Lu dans la newsletter de ReSPUBLICA n° °456 Jeudi 6 juillet 2006 :


En finir avec la discrimination positive… y compris au PS !

par Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel


La République n’est pas seulement un cadre institutionnel. C’est un processus, un projet, un ensemble de valeurs. Parmi celles-ci, la laïcité est un phare qui éclaire notre action. Etre laïque, ce n’est pas seulement plaider pour une séparation radicale entre l’espace public et la sphère privée, entre les Eglises et l’Etat. C’est aussi une certaine conception de la société, débarrassée de la tutelle de tous les clergés. Une société composée d’individus libres et autonomes, capables de s’abstraire de tous les déterminismes.

Militants laïques, nous souffrons chaque jour davantage devant la progression vertigineuse du communautarisme. La droite, et notamment Nicolas Sarkozy, arguant de l’indiscutable exclusion qui touche les français pudiquement appelé « issus de l’immigration », propose désormais d’instaurer dans notre pays la méthode anglo-saxonne, qui consiste, peu ou prou, à réserver emplois, fonctions, mandats à des citoyens en raison de leurs origines ethniques, culturelles ou religieuses. Ainsi, le ministre de l’Intérieur en charge des cultes cherche désormais des « préfets musulmans ». Il veut encourager une logique de quotas dans certains milieux (notamment les plus visibles : médiatiques, politiques) : c’est lui, par exemple, qui encourage TF1 dans sa recherche d’un présentateur « black ».

Cette logique, si elle part d’un postulat juste (il faut mettre un terme à la discrimination en raison du facies ou du patronyme) porte en elle les germes des pires dérives. Outre qu’elle ne permet de réparer une injustice que superficiellement, elle est profondément stigmatisante. Elle enferme les individus dans un carcan, celui de leurs origines. Elle les condamne à se définir prioritairement comme membre d’un groupe.

Cette poussée différentialiste n’épargne aucune sphère de la société, aucune famille de pensée. Ainsi, le Parti socialiste rentre, lui aussi, dans cette course folle. En envisageant de « réserver » des circonscriptions aux « minorités visibles », au nom de la « diversité», il tourne le dos aux principes laïques les plus élémentaires.

Au-delà des arrière-pensées politiciennes peu ragoûtantes (les quotas permettent d’éliminer des concurrents gênants ou des minorités politiques), cette décision pose de graves questions. Elle s’inscrit d’abord dans le mythe illusoire et dangereux d’uns Assemblée qui serait la « représentation-miroir » de la société. Représentation au sens ethnique du terme, car, d’un point de vue social, la réflexion semble totalement absente: l’absence de députés ouvriers ne semble plus scandaliser le parti qui a pourtant vocation à représenter la majorité du salariat.

Découper le corps social en autant de « groupes » et autres « communautés » susceptibles d’être représentés, c’est privilégier clairement une grille de lecture différentialiste de la France. C’est choisir l’essence plutôt que l’existence. Dans le débat qui s’ouvre, les différentialistes proposent un outil radical et rapidement mobilisable, le quota. C’est la voie dans laquelle se lance aujourd’hui le PS.

Des circonscriptions « gelées » seront « fléchées » pour un contingent de camarades appartenant aux « minorités visibles ». Camarades choisis par la direction, constituée des principales sensibilités en fonction de critères dont la définition échappera totalement aux militants des dites circonscriptions. Le tout aboutissant à un résultat calamiteux : bien souvent, le gel favorisera des camarades ou des personnalités extérieures, au détriment des militants de terrain, eux aussi issus de l’immigration mais ne bénéficiant pas de l’audience nationale des premiers. De la discrimination positive à l’arbitraire positif, le pas est rapidement franchi.

Féminisation, rajeunissement, renouvellement : nous souscrivons tous à ces objectifs. La meilleure façon d’y parvenir, ce n’est pas le choix d’une solution à l’anglo-saxonne. Nous en appelons à une réponse républicaine, celle de la respiration démocratique : elle passe par le non-cumul des mandats, y compris dans le temps.
Cela demande plus de courage et de volontarisme que les solutions aujourd’hui privilégiées. Comme par exemple d’appliquer aux candidats aux élections législatives de 2007 le principe de mandat unique… principe que le PS envisage de faire figurer dans son futur projet. Alors, chiche : sans attendre, donnons l’exemple dès élection.

Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel, respectivement vice-président du conseil général de l’Essonne et conseil régional Ile-de-France


Atmosphère suffocante dans le Londonistan

par Ernst Hillebrand

Le multiculturalisme britannique a largement échoué dans son rapport aux populations immigrées musulmanes. Seul l’establishment de gauche refuse toujours de l’admettre.

40 % des musulmans vivant en Grande Bretagne souhaitent l’application de la Charia dans certaines parties du pays. 32 % pensent que les musulmans devraient s’engager pour mettre fin à la civilisation occidentale, « décadente et amorale ». 20 % disent comprendre les motivations des responsables des attentats du métro de Londres le 7 juillet 2005. Dans le même temps, seuls 17 % des non-musulmans pensent que musulmans et non-musulmans peuvent vivrent ensemble pacifiquement de façon durable. Et un quart de l’électorat peut s’imaginer votant un jour pour un parti d’extrême droite ; bienvenue en Grande Bretagne, dans une société qualifiée par le British Council de «riche d’une grande diversité, ouverte, multiculturelle».

Alors que les autorités persistent à diffuser des messages glorieux, les attentats de Londres ont crûment révélé une réalité qui n’avait pu échapper, auparavant déjà, à tout observateur attentif : le vaste échec du multiculturalisme britannique, du moins en ce qui concerne l’intégration des musulmans. Le pays est confronté aux dégâts d’une politique qui voulait l’intégration non pas via l’adaptation à la culture britannique mais via la proclamation et l’affirmation actives, encouragées par l’Etat, des différences culturelles et religieuses propres aux populations immigrées. Même en faisant abstraction du désastre absolu, en matière interculturelle, que représente le terrorisme islamiste, les résultats de cette politique sont tout sauf convaincants : la Grande Bretagne «évolue insidieusement vers une société où règne la ségrégation», déclarait ainsi il y a quelques mois Trevor Philips, président de la Commission for Racial Equity, commission nationale de lutte contre les discriminations.

(…)

Publié in www.communautarisme.net


Les demandes de régularisations massives des sans-papiers me posent un problème

par Bruno Ledoux

Encore une fois, le dossier des « sans-papiers », qu’on appelait auparavant « clandestins », mobilise toute la gauche. La Ligue des Droits de l’Homme (lire ci-dessous) impulse une pétition intitulée « Chasse aux enfants, notre conscience nous interdit d’être complice ».
Quelle est la question ? Des couples non régularisés peuvent inscrire leurs enfants dans les écoles. A partir de là, toute procédure d’expulsion de la famille voit se mettre en place des mobilisations autour de certains enseignants, de parents d’élèves, soutenues par toute la gauche institutionnelle.
Dans Respublica 454, vous publiez un texte de Jennar, souvent excellent contre les libéraux de Bruxelles, qui se veut hostile à Ségolène Royal. Dans ce texte, voici ce que je lis :
« Dans une France où, pour la première fois depuis Vichy, des policiers entrent dans les écoles primaires pour arrêter des enfants d’immigrés et les déporter, où, pour la première fois depuis Vichy, la loi incite à la délation, où, pour la première fois depuis Vichy »

La pétition de la LDH va exactement dans le même sens. Ce type de parallèle est malsain. Aussi peu sympathique soit-il, Sarkozy est-il Bousquet ou Himmler ? Les familles en situation irrégulière, renvoyées avec leurs enfants dans leur pays d’origine, doivent-elles être comparées avec ces familles juives et leurs enfants qu’on envoyait dans les camps de la Mort, soixante-cinq ans plus tôt ?
Je remarque par ailleurs que la LDH, et nombre de signataires « Indigènes de la République » de ce texte, faisaient le même parallèle sur la loi contre les signes religieux à l’école. Ces mêmes personnes nous parlaient déjà de lois d’exception, et comparaient le sort des jeunes femmes contraintes de retirer leur voile au sort des juifs contraints de porter l’étoile jaune.
Mais, au-delà de ces mauvais parallèles, il convient d’examiner le problème de fonds, en étant conscient de la détresse de certaines familles, sans se laisser pour autant aveugler par des sentiments compassionnels, voire par une culpabilité post-coloniale fort présente chez de nombreux militants de gauche.

La quatrième puissance du Monde doit-elle accueillir toute la misère du monde, pour faire repentance, entre autres, de son passé colonial ?
Si on répond oui à cette question, il y a une cohérence dans la démarche de la LDH et des Réseaux Education Sans Frontières (RESF), et il y a une cohérence avec ceux qui, dans les manifestations, réclament « Des papiers pour tous ».
Mais si on répond non à cette question, la France a-t-elle le droit d’expulser, dans le respect des procédures, quiconque, citoyen ou famille, qui n’est pas admis a demeurer sur son territoire ? Le fait que l’école accepte les enfants dont les parents sont en situation irrégulière devient-t-il pour ces parents un bouclier interdisant leur expulsion ?
Seuls les adultes sans enfants peuvent-ils désormais être raccompagnés à la frontière, ou bien même pour eux, cela doit être impossible ?

Toute la gauche s’engage dans cette campagne qui apparaît marquée par la générosité, en s’appuyant sur la défense d’enfants scolarisés. Le gouvernement va probablement, au-delà des mots de Sarkozy pour ne pas effrayer son électorat, régulariser des milliers de sans-papiers supplémentaires.
Cela ne mériterait-il pas un vrai débat républicain, plutôt que de sombrer dans le compassionnel ?
Peut-on être de gauche, prétendre lutter contre la mondialisation, et ne pas s’interroger sur les conséquences de l’arrivée massive de travailleurs en situation irrégulière pour l’ensemble des salariés et des chômeurs de ce pays, y compris les derniers immigrés récemment régularisés ?

Le protectionnisme, que réclament les artistes, ne serait-il pas valable pour les travailleurs ?

Jeter sur le marché du travail, des travailleurs supplémentaires n’est-il pas une aubaine pour le patronat pour tirer les salaires et les conditions de travail vers le bas ? Peut-on avoir lutté contre Bolkestein, et vouloir la régularisation massive de tous les sans-papiers ?

Alors que la génération du papy-boom va partir massivement en retraite, libérant des milliers de postes et faisant baisser le chômage, pour la première fois, les jeunes salariés et les chômeurs peuvent avoir un rapport de forces leur permettant de regagner une partie de la part des salaires qui leur a été rognée depuis vingt ans. Le CPE de Villepin était une première réponse, que les mobilisations de la gauche ont mise en échec.
L’arrivée massive, et la régularisation des sans-papiers, est une autre arme, d’autant plus efficace, que toute la gauche, par absence de courage, la soutient, entraînée par la démagogie de l’extrême gauche et des organisations se disant antiracistes comme la LDH.

Comment va réagir le citoyen moyen ? Eh bien, il comprendra que si la gauche revient au pouvoir, il aura affaire à des gens qui préfèrent régulariser les sans-papiers, maintenir des chômeurs dans un statut d’assisté, plutôt que de créer les conditions pour qu’ils puissent vivre dignement de leur travail.

Il n’est pas certain que cela se termine bien, dans les urnes, en 2007.

Pour contacter ReSpublica : evariste@gaucherepublicaine.org.

Nim Myotis 6/7/2006

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