L’alliance des totalitarismes reste impensée en France et chez les Démocrates américains

Pourtant des intellectuels et écrivains formés aux écoles léninistes, antisémites (et anti-anglosaxons par nature) le firent et trouvèrent comme cause essentielle du nazisme le Traité de Versailles (Jean-Marie Le Pen avance lui aussi cet argument), tout en plaçant l’existence du totalitarisme fasciste italien et militariste japonais sur le dos bien large du capitalisme (ancienne définition du vocable « mondialisation -néo-libérale »-)…

Mieux encore, la cause de l’extermination des Juifs d’Allemagne et d’Europe devrait être mis sur le compte exclusif de la « Modernité », -(par exemple Adorno à propos d’Auschwitz, puis dans les années 1970-80, Deleuze, Lyotard… et il y a quelques temps Zygmunt Bauman défendu par Nicole Lapierre dans le « Monde » -2002-, puis par Jean-Baptiste Marongiu dans Libération (2004), voir sur ces auteurs mon livre La philosophie cannibale, pp. 19, 41)-, et non pas comme étant d’abord la résultante du nationalisme allemand basé sur la supériorité de la langue (le Fichte du Discours à la Nation allemande)-, et de la race germanique, les racines de ces deux ensembles étant plongées dans le supposé fond indo-européen.

Il n’est donc pas étonnant que soixante ans plus tard, -du fait également de la prégnance croissante sur la vaste classe moyenne mondialisée des idéologies tiersmondistes et communautaristes (ces deux mamelles de l’anti-prospérité ou comment le développement humain a été capté par les Etats et les mafias affairistes et politico-religieuses par peur de voir « tomber  » l’individu au mains des « Mutinationales », phénomène que la droite conservatrice a bien alimentée puisqu’elle lui a donné du grain à moudre en flattant les pouvoirs en place au lieu d’inciter à la dite bonne gouvernance comme l’on se gargarise aujourd’hui..)-, il n’est guère surprenant donc d’observer que l’émergence du totalitarisme islamiste dans ses versions national-arabiste et shiite, d’une part, d’autre part, que la persistance du communisme nord coréen, castriste, Mungabeiste, et le néopopulisme façon Chavez, soient toutes deux bien moins analysées dans leurs causes singulières, et plutôt perçues comme conséquences locales de « l’unilatéralisme occidental « pour rester soft, du busho-sionisme dans la version hard ; (alors que, par exemple, la structure quasi seigneuriale de la propriété terrienne sud américaine -propriété latifundiaire- et la construction oligarchique des Etats sont, en partie, responsables des disparités propres à l’Amérique latine, au lieu d’y voir la patte « du » capitalisme, en général, « gringos » en particulier…).

Le fait que certaines de ces dictatures et régimes populistes s’allient (L’Iran et la Syrie dernièrement), plus ou moins implicitement, tout en s’échangeant des armes de destruction massive (Iran-Corée du Nord ; Syrie-Irak du temps de Saddam), ou en s’épaulant économiquement (Vénézuéla–Zimbabwe-Cuba-Bolivie) sera d’ailleurs perçu avec bienveillance par tous les partisans de la version hard…

Observons par exemple un reportage réalisé ces temps-ci sur l’Irak (puis, très brièvement deux propos sur le Hamas…).

Ainsi dans Le « Monde » daté du 6 juillet, lorsqu’un Patrice Claude fait un reportage sur l’Irak intitulé  » Les « émirats » de Bagdad« , le propos semble s’axer uniquement sur la disparition des signes et mouvements qui pouvaient symboliser la liberté d’être dans sa trame née en Europe, comme l’alcool, les joueurs de tennis, les femmes sans voile, effacement dû à la prégnance islamiste que ce prisme par contre n’étudiera guère puisqu’il s’agira moins pour lui d’en chercher les causes que de s’en servir d’illustration majeure pour une critique larvée de l’intervention anglo-américaine et de leurs alliés ; comme si la multiplication des faits, significatifs, devait plutôt prouver que cette intervention avait fait basculer en trois ans un régime dit « laïc » en un émiettement (« émirats » dit le titre) islamiste, et ce au plus profond des gestes dans le mouvement des travaux et des jours.
Autrement dit, pour se venger en quelque sorte de la présence étrangère les hédonistes de la veille sont devenus le lendemain des intégristes maudissant jusqu’à la coupe du monde de football…
Une relation de cause à effet pour le moins inédite. Il y aurait donc un « avant » somme toute assez vivable et un « après » impossible, la transformation et les conditions de celle-ci étant à chercher du côté de l’intervention anglo-américaine et de ses exactions…
Mais que se passait-il vraiment « avant » l’éviction de Saddam ? Il n’y avait pas d’islamistes ? Pas de mafias ? Pas de disparitions ? De massacres ? Peut-être, mais au moins Saddam « les » maintenait à distance…entend-on ici et là… Le fait que de plus en plus, Saddam donnait des gages à l’islamisme (sunnite), tout en se référant à la phraséologie de son histoire guerrière (Saladin), finançait les kamikazes palestiniens, cherchait à se réarmer (d’où l’existence d’un embargo onusien) a été sous-estimé parce que l’apriori de départ, à savoir l’existence d’une opposition de nature entre nationalisme arabe et islamisme, empêchait d’en évaluer la réalité : celle qui souligne pourtant que cette dite différence est plutôt de l’ordre du degré, et qu’il s’agit en fait de concurrence politique (deux crocodiles ne peuvent pas vivre dans le même marigot) et non pas de divergence fondamentale sur la nécessité de retrouver l’Age d’or et de l’imposer à nouveau.

L‘Egyptien Gamal Abdel Nasser, le leader incontesté du nationalisme arabe des années 50-60, pouvait-il avancer ceci concernant l’islam : « (…) Nous n’avons jamais dit (…) que nous avions renié notre religion. Nous avons déclaré que notre religion était une religion socialiste et que l’islam, au Moyen Age, a réussi la première expérience socialiste dans le monde » , tout en ajoutant que « Muhammad fut l’imam du socialisme » (12 novembre 1964 in Paul Balta, L’islam, Marabout /Le Monde Éditions, 1995, p. 116) .

Une telle continuité «socialiste» doit alors être pensée non pas, bien entendu, dans les termes du socialisme européen (il en est de même du nationalisme), mais plutôt comme une institutionnalisation coranique modernisée ; c’est-à-dire telle qu’elle englobe toujours le politique, l’économique, la culture, les mœurs, c’est-à-dire, en bref, plus ou moins, la Charia ; l’islam est par exemple religion d’Etat dans la plupart des pays dits arabes à l’exception de la Tunisie ; tout en admettant la concession de quelques retouches formelles d’ailleurs critiquées par l’islamisme : le Président de la République n’est pas officiellement Calife, c’est-à-dire Commandeur des Croyants. Mais l’on attribue de toute façon à l’ensemble de cette construction l’idée d’une supériorité théologique et politique définitive. Michel Aflak, fondateur (chrétien) du parti dit « laïc », Baath , ne disait-il pas que «le souffle du Prophète animera toujours le nationalisme arabe » ? ( Ibid., Balta, p. 115).

Certes, de nos jours, Leila Shahid, l’une des responsables de l’OLP, ne porte (toujours) pas le voile, et il faut naturellement se garder d’une assimilation totale du nationalisme et de l’islam. Néanmoins, remarquons que le parti Baath syrien actuel fait cause commune avec le Hamas et le Hezbollah, tandis que le nationalisme palestinien, supposé lui aussi laïc, fait non seulement référence à Jérusalem en tant que troisième ville sainte de l’islam, mais la revendique comme capitale, en son entier. La revendication de Jérusalem est un exemple décisif de ce lien entre nationalisme arabe et islamisme. Or, comme l’explique si bien Emmanuel Servan dans son livre célèbre, Mythes politiques arabes (Paris, Fayard, 1995, chapitre II, p.67 et suivantes), Jérusalem ne devint une référence aux yeux des Musulmans que tardivement, c’est-à-dire au fur et à mesure qu’ils s’aperçurent de son importance aux yeux des Chrétiens et des Juifs…

S’agissant du Hamas, qu’il s’agisse d’un Sylvain Cypel dans le même journal (chat du 5 juillet, intitulé « Israël-Hamas : l’épreuve de force » ), ou d’un Pierre Beylau (dans le Point du 6 juillet), à chaque fois, ce mouvement est vu de haut, conçu comme « produit » de l’intransigeance israélienne, des circonstances, jamais comme illustration en bonne et due forme d’un mouvement historique aux racines théo-politiques profondes et encore impensées dont les similitudes avec le militarisme japonais et le national-socialisme sont non seulement réelles, mais également effectives depuis les années 30. Voilà un vrai ethno-centrisme pourtant. Le fondement religieux de la revendication politique du Hamas est certes perçue (par exemple Beylau), mais plutôt comme habillage idéologique de circonstances issu d’une « humiliation » aux racines multiformes, (dont la corruption de l’Autorité palestinienne), mais jamais comme expression politique d’un fondement métaphysique majeur qui sacralise sa revendication sur un texte non négociable : le Coran.

Ces deux journalistes ne sont pas les seuls. Ainsi le CRIF note dans sa dernière lettre électronique du 6 juillet que selon l’Express « l’opération militaire lancée par Israël » ne ferait que « renforcer les jusqu’auboutistes de tout bord », tandis que le Point (encore lui) indiquerait que « cette opération militaire israélienne » aurait « remis «en piste un activiste exilé à Damas », Khaled Meshaal », alors qu’un Alexandre Adler avait bien souligné dans un récent éditorial sur France Culture (4 juillet) que celui-ci tirait plutôt les ficelles, depuis longtemps, et ce pour le compte de l’alliance syrano-iranienne qui, elle, a fait tout son possible pour torpiller le plan référendaire de Abbas comme le soulignait le Canard Enchaîné (daté du 5 juillet).

On le voit, qu’il s’agisse de l’Irak, du Hamas, voire de l’Afghanistan, d’une part, de la congruence des totalitarismes d’autre part, l’insuffisance d’analyse est patente en France, (mais aussi dans le camp démocrate américain), sur les racines totalitaires légitimées religieusement ou historiquement par le nationalisme arabe et son frère ennemi islamiste, légitimées idéologiquement d’autre part par les communismes asiatiques africains et sud-américains, ayant tous en ligne de mire le régime démocratique, même s’ils s’appuient sur une part de vérité, à savoir les phénomènes de puissance, à la fois inhérents à l’histoire du genre humain,et à fois spécifiques à un pays ou à un système, alors que le régime démocratique s’avère être le seul à même sinon d’y remédier du moins de tendre vers une amélioration de plus en plus patente, bien que cela bloque encore à l’OMC et ailleurs dans l’organisation plus équilibrée des échanges mondiaux et des tissus socio-économique à l’ère techno-urbaine de plus en plus animée, de plus en plus intelligente….

En tout cas, les conséquences pratiques d’une telle insuffisance analytique quant aux causes spécifiques des totalitarismes se font cruellement ressentir, par exemple, in fine, dans la manière dont l’actuel président algérien insiste à faire croire que l’actuelle gabegie dans laquelle lui et ses frères d’armes ont mis ce pays depuis maintenant quarante quatre ans serait l’exacte conséquence de la présence française à cette époque, triste mensonge qui est pourtant pris pour argent comptant par ces jeunes endoctrinés s’enroulant dans le drapeau algérien avant de se heurter aux CRS les soirs de victoire de l’équipe de France de football, croyant sans doute que c’est là aussi « à cause de » la France que l’Algérie, depuis quarante quatre ans, n’a pas été à même de construire une infrastructure sportive digne de ce nom…

Tout est lié, sur ce point en tout cas : en sous-estimant la nature profondément islamiste, raciste, du nationalisme arabe (que celui-ci voulait justement habiller autrement en réalité) et en véhiculant un déni historique sur les origines profondes du manque de développement en Algérie, les responsables politiques et médiatiques en France ne font qu’empirer la crise identitaire et activer la réplique d’un hyper 22 avril en préparation…malgré le dopant footballistique actuel qui nous fait voir des éléphant(e)s roses….et des gargouilles au panache blanc(mais n’est pas Henri IV qui veut…).

Lucien SA Oulahbib 6/7/2006

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