Londres il y a un an et aujourd’hui

Les terroristes n’étaient pas de pauvres hères, l’excuse habituelle brandie pour expliquer et, partant, justifier de tels actes de barbarie. Celui qui fut probablement le leader du groupe, un Britannique né de parents pakistanais, avait été aide enseignant, avant de perdre son emploi pour cause d’absences répétées. Alors que, parallèlement, son implication religieuse allait croissant et avait eu comme point culminant un voyage au Pakistan. Le fait qu’il était marié et père d’une petite fille n’a pas été un facteur d’équilibre pour celui qui, dans une vidéo, se proclamait « soldat » en lutte contre les gouvernements occidentaux et ceux qui les soutiennent.

Un second terroriste, Britannique également d’origine pakistanaise et très religieux, qui l’avait accompagné lors de son voyage au Pakistan mais s’était probablement rendu à plusieurs reprises dans la région, avait mieux réussi encore car il était diplômé de l’université de Leeds.

Même origine pour un troisième terroriste, encore adolescent, qui venait de terminer des études de commerce. Il avait fait le pèlerinage de La Mecque et était aussi passé par le Pakistan. Contrairement à ses complices de même origine il soutenait ouvertement les mouvements islamistes.

Parcours très différent pour le quatrième larron, un Jamaïquain vivant en Grande-Bretagne, converti à l’Islam en 2000 en même temps que sa propre mère et qui avait épousé une Britannique également convertie. Le fait qu’ils aient eu un petit garçon et que sa femme était enceinte ne l’a guère empêché de perpétrer cet attentat suicide. Bon élève, il avait néanmoins raté sa scolarité. A l’école il affichait déjà ses sympathies islamistes en distribuant des brochures vantant les mérites d’Al Quaida.

Le Muslim Council of Britain commente l’événement dans un communiqué co-écrit avec the Churches Together in Britain and Ireland – Eglises ensemble en Grande-Bretagne et en Irlande – en affirmant que « les textes et traditions dans les communautés musulmane et chrétienne rejettent l’utilisation de la violence. » Ce qui appelle deux remarques : trois de ces terroristes étaient bel et bien passés par des madrasa – écoles religieuses- pakistanaises, et se réclamaient de l’Islam, religion qu’ils pratiquaient assidûment. Et, s’il veut être logique avec lui-même ce Conseil devrait dès lors condamner tous les appels au « martyre » lancés le vendredi dans des milliers de mosquées de par le monde. Ou la création d’une Brigade de Martyrs par le régime iranien. Ce qu’il est loin de faire. Par ailleurs on note dans ce communiqué le fait qu’il n’y ait aucune référence au judaïsme ou à la communauté juive britannique. C’est d’ailleurs Sir Iqbal Sacraine, alors Président de ce Conseil, qui boycottait en janvier 2005 les commémorations du Jour de la Shoa, arguant de génocides « dans le monde et dans les territoires occupés de Palestine. »

Et, le 4 juin dernier, avant de se retirer de la présidence de ce Conseil, il déplorait que le Parlement britannique n’ait pas voté une loi condamnant la critique des religions, à l’instar des lois contre le racisme. Pour lui cela constituait une injustice par rapport aux juifs et aux Sikhs. Or, le délit de blasphème n’a pourtant rien à voir avec le racisme. Ce que tentent pourtant de faire croire des musulmans, mais pas seulement – un député UMP présente un projet de loi allant dans ce sens -, un peu partout en Occident. Il fait d’ailleurs allusion aux caricatures du journal danois, les qualifiant « d’épouvantables. »

De plus, il remettait en cause les enquêtes pourtant très rigoureuses de la police britannique sur les attentats de juillet 2005, estimant que : « les questions auxquels il faut apporter une réponse vont au-delà de qui l’a fait, comment est-ce arrivé et pourquoi ? » Accusant dans la foulée les enquêteurs de se contenter de « suppositions et de spéculations, » ce qui fait, selon lui, « du million 600.000 musulmans britanniques des terroristes potentiels. » Ce qui ne l’a pourtant pas empêché d’être anobli…Ces attentats ayant, dit-il, « un impact non seulement énorme et profond mais aussi à long-terme sur les droits, la dignité et l’existence même de la communauté musulmane » en Grande-Bretagne. Il faut noter que, à la suite des attentats la communauté musulmane a reculé dans les sondages en termes de la confiance qu’on peut avoir en elle.

Parmi les liens recommandés par ce Conseil et la Société Islamique Britannique, on trouve celui de MV UK, la « voix islamique de Grande-Bretagne- qui met en ligne l’ode « à ma terre, » la Palestine, d’un jeune musulman. Il s’y adresse à un « vous » qui n’est point nommé et qu’il accuse des classiques : « génocide » « terrorise » « bulldozers, hélicoptères, » contre des « pierres. » Et, à titre d’exemple, les mensonges sur Jénine n’ont pas disparu de ces sites, en dépit des déclarations de Kofi Anan, lui-même.

D’autres liens renvoient à une série d’organisations caritatives musulmanes. Et l’on y apprend que des sommes non négligeables sont envoyées aux Palestiniens – mais où vont-elles donc puisqu’il est indéniable que la population palestinienne dans sa grande majorité reste pauvre….serviraient-elles à acheter armes et munitions que l’on trouve à foison dans la Bande de Gaza et, à un degré moindre, en Cisjordanie ? -. En mai 2006, Muslim Aid, l’une de ces organisations, qui, selon ses dires, venait d’envoyer une première somme de 100.000 £ affirmait que les hôpitaux palestiniens manquaient de médicaments…Alors que la Croix Rouge affirme qu’on n’y manque pas de médicaments…

Mais il y a bien pire : en août 2005 The Observer soulignait que la police espagnole avait accusé cette organisation de financer les Moujahidins de Bosnie et recrutait pour eux. Et que des administrateurs du Conseil appartenaient à cette organisation caritative ou avaient des liens avec Saad Al Fagih et MIRA, organisations considérées comme terroristes par les Etats-Unis.
Quant au nouveau Secrétaire général du Conseil, Abdul Bari, il est diplômé d’universités britanniques, ancien officier de la Royal Air Force, et enseignant. Mais, lors d’un raid effectué en juin dernier par la police britannique sur la base de renseignements mais au cours duquel rien n’aurait pu être trouvé et bien que Tony Blair ait soutenu sa police sans réserves, il s’est interrogé sur la validité de ces renseignements, ajoutant : « il peut y avoir perte de confiance. Et des gens en colère peuvent faire n’importe quoi, des gens en colère peuvent même estimer qu’ils doivent faire eux-même la loi… » D’aucuns y virent une menace voilée…

Son adjoint, Daud Abdullah, a été étudiant en Arabie Saoudite et au Soudan et s’est installé en Grande-Bretagne au milieu des années 90 pour être l’un des chercheurs pour le Palestinian Return Center. Qui, comme son nom l’indique, prône « le droit au retour » des Palestiniens, c’est-à-dire la destruction d’Israël. Une séquence édifiante de « Les otages de la haine », film de Pierre Rehov, est consacrée à ce centre.

Lors d’une des commémorations qui ont eu lieu à Londres, le Premier ministre Tony Blair évoquait une « unité et une solidarité qui transcendent les races, les religions et les divisions. » Pourtant, le Chef de la police londonienne, parlait bien, lui, de « menaces intérieures et extérieures » contre la Grande-Bretagne. Et les terroristes du 7 juillet étaient loin d’être des cas isolés. En effet, Sir Ian Blair, révélait qu’à ce jour trois attentats ont été déjoués. Il estime qu’un autre attentat du même type est inévitable, quelle que puisse être la vigilance de la police.

Mais, alors, que fait donc le Conseil Musulman Britannique en termes de prévention et pour s’assurer que les textes et traditions dans la communauté musulmane, rejetant l’utilisation de la violence et qu’il invoque, soient bel et bien appliqués ?


Hélène Keller-Lind 7/7/2006

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