» Pourquoi j’ai voté FN en 2002… « 

Je pars prendre le RER pour rentrer chez moi. Pour rejoindre la gare, je prendS un chemin en terre qui longe les pavillons avoisinants. C’est le chemin le plus rapide pour aller à la gare. Je passe devant deux jeunes qui sont en train de discuter sur un banc. Leur discussion semble très animée, ils parlent fort. Je ne les regarde pas. Soudain, l’un d’eux m’interpelle :
« psst .. psst !!! hey copine ! copine ?! »

Ca fait un an que j’étudie ici et ce n’est pas la première fois que je me fais interpeller par des bandes de jeunes. Ces jeunes sont souvent allés jusqu’à m’insulter et m’humilier sans raison. Ils s’attaquent toujours aux autres à plusieurs et seulement quand ils sont sûrs d’avoir le dessus. J’ai toujours choisi de les ignorer et de ne pas répondre à leurs provocations.
Je ne ferais pas le poids de toute façon.

Donc, je choisis d’ignorer les deux lascars qui m’appellent. La routine quoi. Je ne les connais même pas d’ailleurs. Je ne les ai jamais vus avant aujourd’hui.

A peine les ai-je dépassé que j’entends un bruit de verre cassé juste derrière moi. Je me retourne : une bouteille de bière a explosé juste à côté de mon pied. Les deux jeunes se sont levés du banc. L’un d’entre eux tient une bouteille en verre et s’apprête à la lancer. L’autre me jette sa canette de coca qui atterrit à quelques centimètres de moi en éclaboussant mon jean.

« Salope !! Espèce de pute !! » me crie l’un deux ! Ils sont hilares. Ils explosent de rire. Ils se sont un peu rapprochés. Ils n’attendent que la bagarre. Il n’y a personne d’autre que nous trois sur le chemin. Inutile d’attendre de l’aide. Je commence à flipper. Je ne leur réponds pas, je me retourne et je marche très vite. Que puis-je faire d’autre ? Ils sont deux.
Ils sont armés de bouteille de verre et prêts à m’éclater la tête avec pour se marrer. Comme ça sans raison. Ma seule erreur : avoir croisé leur chemin.

Il n’y a rien d’autre à comprendre. Pourvu qu’ils ne me courent pas après !
me dis-je. Mon sac à dos est rempli de polycopiés de cours. Le chemin est en côte. Il fait très chaud. Je transpire. Mon jean me colle. Mon cœur s’emballe. Je n’arriverais jamais à courir si je dois échapper à ces deux connards ! Je continue de marcher très vite. Après avoir parcouru quelques dizaines de mètres, je me retourne une ou deux fois. Ils ne me suivent pas.

Ouf. J’y ai encore échappé ! Au fond de moi, je suis furieuse.

Je hais ce quartier. Les insultes et les incivilités quotidiennes me pourrissent la vie. J’ai grandi dans une banlieue tranquille et c’est la première fois que je vis cela. Je hais ces jeunes qui ne vivent que pour emmerder les autres. Je les hais au plus profond de moi même. Je n’ai jamais haï à ce point. Le quartier est désagréable. Invivable même. Les relations sont tendues entre les habitants. L’agressivité plane partout. Il y a une cité à problèmes juste à côté.

Le mois dernier, un jeune lycéen s’est reçu un coup de couteau à la sortie de son école, à seulement quelques pas de la mienne. Résultat : il est dans un état grave à l’hôpital. Dans le coma à ce que j’ai cru comprendre. Des voitures ont été dégradées sur le parking de mon école. Les rackets sont fréquents. Les chauffeurs de bus sont régulièrement insultés.
L’autre jour, un midi, j’étais partie acheter un sandwich au monoprix du coin et j’étais en train de payer lorsqu’un jeune m’a sautée dessus pour me pelotter. Ca a provoqué l’hilarité des clients. A part la caissière : elle était outrée. J’ai crié et la racaille est partie sans demander son reste.

Le midi, j’achète des sandwichs car je ne veux plus mettre les pieds au resto U.
Au resto U, certains jeunes ne respectent rien : ils insultent pour un rien, doublent dans les queues, bousculent … C’est pénible. Et il ne faudrait pas avoir le malheur de leur dire quelque chose ! La dernière fois que j’y suis allé, il y a eu une bagarre : un garçon a presque atterri sur mon plateau , renversé par un autre qui lui cherchait des embrouilles.
Autre phénomène inquiétant : il y a également des filles voilées au resto U.

Elles sont toujours entourées de garçons. Elles se laissent réprimandées, baissent les yeux. Le foulard islamique sur des filles si jeunes me choque.

J’ai des amies d’origine maghrébine et musulmanes. Elles sont toutes émancipées et se sont toujours refusées à porter le foulard symbole pour elles de soumission. Les parents de l’une d’entre elles ont été mariés de force en Tunisie quand ils étaient tout jeunes. Ils en ont tellement souffert qu’ils ont encouragé leurs enfants (leur fille comme leur deux garçons) à s’émanciper. Et cette amie a été elevée à égalité avec ses deux frères.

Dans ma classe, il y a un étudiant qui vient de Toulouse. Il vit dans une cité universitaire sans code à l’entrée de l’immeuble : la nuit, des bandes de voyous investissent les couloirs et réveillent les étudiants en donnant des grands coups de pieds dans les portes. Mon ami Toulousain en a plus que raz le bol.

Dans ma classe, il y a aussi beaucoup de garçons issus de l’immigration maghrébine. Ils vivent eux aussi dans des banlieues difficiles. Mais ils n’ont rien à voir avec les petites frappes qui sévissent ici. Ils détestent les caïds autant que moi d’ailleurs. Ils n’oublient pas que, si ils ont du mal à décrocher des stages en entreprise, c’est aussi à cause de ceux de leur communauté qui se conduisent si mal …

Deuxième partie : le rejet du politiquement correct


Nous sommes en 2001 à un an de l’échéance électorale. Je parle de la délinquance qui sévit dans les banlieues avec quelques copines. Le sujet est arrivé par hasard dans la conversation. En effet, une copine s’est faite arrachée son portable et molestée. Je leur raconte ce que j’ai vécu. Je me fait automatiquement taxée de « raciste » et de « xénophobe ». Le plus drôle :
je n’ai même pas mentionné l’origine ethnique de mes agresseurs !! J’ai simplement parlé des racailles qui m’ont menée la vie dure. Le mot « racaille » n’a aucune connotation ethnique ou raciale à ce que je sache.

L’une essaye de me faire dire que c’est en fait la couleur de peau qui me gêne chez les jeunes de banlieues. Je lui rétorque que c’est le comportement des caïds que je dénonce. Pas une couleur de peau. « Un voyou est un voyou ! »
lui dis-je. Je lui rappelle que j’ai des amis d’origine étrangère qui vivent en banlieues et qui sont autant mes amis que ceux des banlieues plus riches.
Mais il n’y a rien à faire. Je suis vite cataloguée comme « Lepéniste », l’être indésirable à montrer du doigt.

D‘autres, plus agressives, me disent que je suis comme « une petite vieille qui raconte n’importe quoi », que les petits voyous qui pourrissent la vie des autres n’existent que dans mon « imagination délirante ». On m’explique que les jeunes dont je parle sont avant tout des « victimes », qu’ils sont une richesse contrairement à moi la petite blanche « raciste » et « haineuse ».

L’une ajoute que, si des jeunes m’insultent, c’est que j’ai sûrement fait quelque chose pour que ça arrive. Bref que c’est de ma faute et que je l’ai bien cherché. D’autant que, après tout, tout cela est bien fait pour moi puisque j’ai été démasquée : je ne suis qu’une « raciste » !

La fille qui s’est fait arracher son portable est la seule qui est d’accord avec moi. On lui rétorque que c’est bien fait pour elle : elle n’a qu’à pas se pavaner avec son portable de « riche ». Cette copine qui a été volée est pourtant sans emploi et galère pour trouver un logement … Sans commentaires.
Quand je dénonce les insultes misogynes, voici ce que l’une d’entre elles (se réclamant pourtant « féministe ») me réponds : « C’est normal que tu te fasses traiter de pute, les européennes sont des filles faciles tu le sais bien » Drôle de conception du féminisme ! Elle ajoute que je manque « d’ouverture d’esprit » et que, décidément, je ne pense pas comme il faut.
Elle pense que je devrais faire preuve d’un peu plus « d’indulgence » !
Néanmoins, elle trouve le culot de me dire qu’elle n’aimerait pas habiter dans un endroit comme Trappes. Les problèmes de banlieues c’est bien sûr aux autres de les supporter. Pas à elle. Et elle s’octroie bien sûr le droit de calomnier tous ceux qui oseraient s’élever contre la délinquance ou ne serait-ce qu’en parler … C’est moi qui suis insultée et agressée. Et c’est moi que l’on montre du doigt en criant au « fascisme ».

Je me sens encore plus révoltée que je ne l’étais déjà …

J’ai eu bien sûr d’autres occasions pour parler de la délinquance avec d’autres personnes : à quelques rares exceptions, je me suis très souvent heurtée à cette espèce de mépris et à l’accusation en « racisme » dès qu’on ose dire ce que certains refusent d’entendre.
Un an après retentit un grand coup de tonnerre : le 21 avril 2002.
Je fais partie des 6 millions d’électeurs qui ont donné leur voix au FN au 1er tour des présidentielles. Pourquoi en suis-je arrivé là ? Je ne suis pourtant ni raciste, ni extrémiste.

Je sais que Le Pen est un fasciste, et il y a des collabos dans son parti.
Je sais que c’est un nostalgique de Mussolini et de Franco, et qu’il avait de l’admiration pour l’apartheid raciste. Je sais que s’il était au pouvoir, les intégristes catholiques qui sont au Front national interdiraient le droit à l’avortement que les féministes ont obtenu de haute lutte. Je sais qu’il est ami avec le dictateur Saddam Hussein. Je sais qu’il a dit des choses affreuses sur les chambres à gaz. Mais je sais aussi que je peux voter Le Pen sans risque, car il ne gagnera pas.

J‘ai donc voté Le Pen au 1er tour d’abord par colère. La malhonnêté intellectuelle et le politiquement correct de personnes de gauche, qui m’ont rejetée alors que je souffrais, m’ont écœurée à l’extrême. Voter FN a été une manière de dire « merde » à ce « politiquement correct » qui, au nom du non-racisme, voudrait que les citoyens, français ou étrangers, courbent l’échine devant l’inacceptable.

Mes amis d’origine immigrée sont outrés de voir Le Pen au 2e tour. Je me mets à leur place, je comprends leur énervement. Et je culpabilise.
J’aimerais pouvoir en parler avec eux, leur dire que j’ai voté FN et leur expliquer pourquoi. Mais je n’ose pas : j’ai trop peur de perdre leur amitié qui m’est si chèrement acquise …

La colère qui m’a poussée à voter FN est depuis retombée. Je n’ai pas l’intention de revoter FN en 2007. Pourquoi ? Parce que, au cours des dernières années, j’ai rencontré des personnes qui ont eu le courage, contrairement à beaucoup de Français, de s’élever contre ce qui ne va pas dans notre pays.

J’ai découvert des mouvements comme Ni Putes ni Soumises, je vous ai suivis dans la campagne contre les signes religieux à l’école, j’ai apprécié des personnes comme Caroline Fourest ou Corinne Lepage.

Je ne sais pas encore pour qui je vais voter en 2007, mais je sais que je ne voterai pas pour Le Pen ou de Villiers, et c’est grâce à des gens comme vous. Je voulais vous en remercier.

Claire Granger

Pour contacter la rédaction de ReSPUBLICA : evariste@gaucherepublicaine.org

Shirley Loral 11/7/2006

Discuss this articleDiscuss this article

Imprimer ce texte Imprimer ce texte

2 591 vues

Tous les articles de Shirley Loral

Share/Save/Bookmark

Trackback

Posted in: Non classé

 

Comments are closed. Please check back later.