Festival International de Jazz de Montréal : ou l’islam s’invite et crée le malaise


Le premier des invités, par ordre alphabétique, était Abdelli, qui s’est produit dans un concert gratuit le dernier jour et a été présenté par Dan Bernan, journaliste d’une radio de Montréal, comme « un musicien berbère, » qui avait donc sa place dans ce Festival « très multiculturel. » La revue du Festival précise que Abdelli est un « Algérien qui vit à Bruxelles depuis 1986, » et «transcende la souffrance de l’exil en un chant à la fois mélancolique et festif, teinté d’espoir, de liberté, de tolérance. » Rien n’est dit quant aux raisons de son exil. Abdelli y fera allusion en disant que voir les deux danseuses Kabyles aux atours colorés qui accompagnent la musique de sa mandole lui font « chaud au coeur » car il n’en a pas vues « depuis longtemps. »
On apprend aussi qu’il a retenu l’attention de « Peter Gabriel. » Tout comme il retiendra l’attention de ses spectateurs, séduits aussi par sa gentillesse.

Dans son audience quelques femmes voilées qui l’accompagnent de youyous. Des petites filles arborent des maillots verts et blancs portant le nom de Zidane – nous sommes un soir de Coupe du Monde de Football – ou un numéro 10 et des inscriptions en arabe.

Tiens, un Zidane aux couleurs de l’Algérie ? Même en y regardant bien, point de bleu, blanc ni rouge…

La question taraude…pourquoi, donc, Abdelli, a-t-il choisi l’exil ? Dans sa biographie, sur son site – www.abdelli.com -, on apprend qu’en 1991-92 il traversa « des années noires » et qu’il arrêta un temps sa carrière, « découragé par le refus catégorique des autorités algériennes à autoriser tous les artistes kabyles qui dérangent à donner des concerts en Kabylie…. » On y apprend aussi que ce musicien exilé a été invité pour un concert par Yehudi Menuhin et Ravi Shankar. Entre autres.

Le dernier groupe de la liste est Zuruba, qui fait retentir des tambours africains lors d’une parade de Loto-Québec, l’un des nombreux sponsors du Festival. Et, dans la chaleur ambiante, incite à la danse effrénée de Québécois en T-shirts, shorts ou jeans, habillés avec le laisser-aller débridé et bon enfant qui caractérise la foule ici. Rare est la recherche vestimentaire ou esthétique autre que celle de légèreté et comfort, après les rigueurs d’un hiver nord-américain.

Place est faite aussi au Kletzmer avec les Gadji-Gadjo, groupe local amoureux des airs d’Europe de l’Est. Ou, bien entendu à des géants du saxophone, comme Wayne Shorter et son Quartet ou la chanteuse Etta James. Et une foule d’autres genres musicaux pour une fête géante. Avec des artistes venus de France aussi.

En ce dernier soir du 9 juillet le Festival proposera des sons de la Nouvelle Orléans, avec Bourbon Street, du Mexique, avec les Los de Abajo, des sons manouche avec Zingaro. Et du Blues avec Mississipi Heat de Chicago qui déchaîne l’enthousiasme avec sa chanteuse noire qui enjoint avec verve et saveur les spectateurs masculins to treat your women right ! – à bien traiter vos femmes – ses musiciens hors pair et Pierre Lacoque qui joue de l’harmonica comme personne. Un Pierre Lacoque, docteur en psychologie, né en Israël où a vécu son père pasteur protestant, attaché à l’Ancien Testament. Drôle de parcours pour ce chrétien hébraïsant, élevé dans la rigueur et qui opte en 1998 pour la passion du blues.

Clou de la soirée : le grand concert de clôture avec Goran Bregovic et son orchestre des Mariages et Enterrements, ses chanteuses bulgares, son choeur et la splendeur de la musique des Balkans. Qui, après un rappel, terminera sur une de ses compositions « Kalachnikov, » écrite pour tourner les militaires serbes en dérision. La foule adore et en redemande. Filmé, le concert sera diffusé par TV5 le 6 août 2006. A ne pas manquer.

Quelques couacs pourtant.


Des esprits chagrins sortis pour danser et s’amuser n’ont pas apprécié la place faite à la splendide musique liturgique dans ce concert. Serait-ce le même public qui se tordait de rire, à deux pas de là au Théâtre du Nouveau Monde, en entendant les vannes antisémites vaseuses du spectacle d’un Dieudonné laborieux, pourtant l’une des Têtes d’Affiche du Festival du Rire ?

Ou encore ce couple, si symptomatique à plus d’un égard. Ils sont jeunes, bien mis, à la différence de la plupart des spectateurs. La barbe du jeune homme a été taillée avec soin. Le voile noir qui enserre la tête de la jeune femme tient de la carapace et fait mal à voir – car ici, à Montréal, la version du hijab est hard. Il serre, se fait multiple, carcan, ne laissant à aucune mèche la chance de s’échapper. Défigure souvent. Pas étonnant que dans l’Ontario voisin il y ait eu une tentative musclée de faire adopter légalement l’application de la charia dans toute sa rigueur aux musulmans locaux-.

La très jeune femme suit le rythme de cette musique d’Europe centrale, se serre à son mari. Il se ferme, croise les bras. La gestuelle est significative. Il prend un air sombre. Et, sans un mot, part, entraînant brusquement son épouse avec lui. Finie pour elle la fête, la joie simple de se laisser aller à la musique. Choc des cultures….Petite scène si triste qui me rappelle l’étonnement d’un des membres du groupe Baobab – groupe notoirement anti-israélien invité par les services culturels du Consulat de Jérusalem pour une tournée dans les Territoires palestiniens il y a quelques années – et qui avait été fort surpris lorsque des concerts publics du groupe avaient été interdits dans la Bande de Gaza. Par des responsables palestiniens.

Cachez cette danse et ce mélange des sexes que le politiquement correct local ne saurait voir…

Le Canada, qui ouvre si largement ses portes à l’immigration, est-il conscient des risques potentiellement encourus ? Fait-il preuve de prudence dans le choix de ses immigrants ? Sans jeter la pierre, bien entendu, à l’ensemble des musulmans.

Après les récentes arrestations de terroristes qui planifiaient des attentats en Ontario, et entre autres, de se saisir du Premier ministre et de le décapiter, on peut supposer qu’il y aura eu prise de conscience…

Pour l’heure, Goran Bregovian et son formidable orchestre continuent à faire vibrer la foule en cette dernière nuit d’un Festival de Jazz remarquable. Des porteurs de bière poursuivent leur commerce. La nuit est belle à Montréal et les cieux, cléments, ont décidé que ce soir-là il n’y aurait pas d’orage.


Hélène Keller-Lind 11/7/2006

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