La Fed va encore augmenter les taux d’intérêt

À première vue, la baisse des taux d’intérêt aux États-Unis entre 2001 et 2003 semble avoir rempli son office : La croissance de la production et del’emploi ont progressivement accéléré, et l’inflation est demeurée dans la zone de confort de la Réserve Fédérale, en-dessous de 2 %.

Cependant, vers la mi-2004, la Fed s’est rendue compte que le taux d’inflation remontait sournoisement, après un creux en 2003. Alors elle a très progressivement relevé le coût de l’argent à court terme.
Le taux de l’argent au jour est donc remonté à 5,25%, et le tour ne vis n’est pas nécessairement terminé.
En tous cas, c’est ainsi que Wall Street a interprété la mise en garde du Président de la Fed, Ben Bernanke, à propos des prix.

Cela dit, ce n’est un secret pour personne que l’indicateur préféré de la Fed pour l’inflation est la mesure centrale des Dépenses Personnelles de Consommation (PCE). Cet indicateur, qui suit ce que les gens dépensent en gros depuis un an (sauf pour la nourriture et l’énergie) n’a augmenté que de 2,1 %. Même si ce taux dépasse la cible officieuse de la Fed qui est de 2 %, il demeure assez faible pour que la Fed déclare que l’inflation est maîtrisée.

Or, il y a d’autres mesures de l’inflation qui mettent en cause ce jugement rassurant. Quand on inclut la nourriture et l’énergie, les PCE ont augmenté de 3 % sur un an. L’indice de Prix à la Consommation, fondé sur un panier fixe de biens et services (y compris l’énergie et la nourriture) a monté de 3,6 %.

En outre, on a de bonnes raisons de croire que les indices de prix du
gouvernement, avec ou sans les composantes volatiles de la nourriture et de l’énergie, envoient des signaux d’inflation artificiellement bas. Par exemple, la hausse récente des prix du logement n’apparaît même pas dans l’Indice des Prix à la Consommation. On y met ce que l’on appelle l’ »équivalent-loyer des propriétaires » comme variable approchée du coût du logement. Or, cette mesure-là n’a pas suivi l’évolution des prix de l’immobilier.

Si on regarde les vraies données, telles que les donnent les marchés des matières premières, le tableau inflationniste change radicalement : depuis un an, le prix de l’or a monté de 51 % et celui du pétrole brut de 35%. Les indices qui comprennent des prix d’ajustement pour toute une gamme de matières premières industrielles ont aussi fortement monté. L’indice des 23 matières premières du Commodity Research Bureau a pris 15 % de plus sur un an. Que nous observions les statistiques officielles ou les prix de marché, il est assez clair que la Fed a trop longtemps pressé l’accélérateur de la monnaie et du crédit.

Laissez tomber vos obligations traditionnelles et replacez-les par des Titres du Trésor couverts contre l’inflation (TIPS). Placez 10 % de votre
portefeuille dans les matières premières, l’or étant un choix idéal.

Comme je l’indiquais dans mon éditorial du 8 décembre 2003, les statistiques officielles telles que le PCE et l’Indice des Prix à la Consommation sont à la traîne des changements dans les prix des matières premières. En conséquence, je m’attends à des hausses supplémentaires dans les indicateurs d’inflation officiels et à une politique plus restrictive de la Fed.

Si vous n’aviez pas suivi mes conseils de placement à l’époque, c’est le moment de le faire. Laissez tomber vos obligations traditionnelles et
replacez-les par des Titres du Trésor couverts contre l’inflation (TIPS).
Placez 10 % de votre portefeuille dans les matières premières, l’or étant un choix idéal.

Des taux d’intérêt excessivement bas et un excès de crédit ont engendré d’autres distorsions et déséquilibres. Ceux qui ont été formés aux modèles de la conjoncture développés par Friedrich Hayek dans les années 1930 savent que des taux d’intérêt trop bas se traduisent pas un écart croissant entre l’investissement et l’épargne. Les gens ne souhaitent pas différer leur consommation si la rentabilité de l’épargne est faible, et les utilisateurs de capitaux sont trop enclin à financer des projets limite lorsque le coût de
l’argent est bas.

Certes, en 2000 le taux d’épargne brute était de 16.7% du PNB. En 2005, il était tombé à 13.8%. L’investissement brut (c’est-à-dire l’investissement avant amortissement du capital) comme pourcentage du PNB a baissé pendant la période, commençant à 20, 7 pour finir à 20 %. En conséquence, l’écart entre l’investissement et l’épargne s’est fortement accru, passant de 4.0% à 6.25% du PNB.

Au niveau national, cet écart est égal à l’investissement net étranger aux États-Unis. Et celui-ci est égal au solde du compte courant, lequel correspond en gros à la différence entre les importations et les
exportations. Si l’investissement sur place dépasse l’épargne totale des Américains, comme il le fait aujourd’hui, les importations dépasseront les exportations, et nous acquerrons du capital étranger pour financer la différence. Plus simplement, notre déficit commercial croissant est fonction de la différence entre notre taux d’investissement et notre taux d’épargne.

Les politiciens, comme on peut s’y attendre, rendront les Chinois
responsables de notre déficit commercial. Et pourquoi pas ? Quel est l’homme politique américain qui a jamais perdu une élection pour avoir accusé les étrangers pour un problème créé aux États-Unis ? Attendez-vous à un surcroît d’accusations contre les Chinois, à davantage de politique mercantilistes et à un dollar de plus en plus vulnérable.

Steve H. Hanke
Institut Turgot

Ce texte est aussi paru en anglais dans la revue Forbes datée du 3 juillet 2006.
Membre du Conseil Scientifique de l’Institut Turgot, Steve H. Hanke est aussi Professeur d’économie appliquée à la Johns Hopkins University de Baltimore et senior fellow du Cato Institute à Washington,
D.C.

Ce texte est aussi paru en anglais dans la revue Forbes datée du 3 juillet 2006.Membre du Conseil Scientifique de l’Institut Turgot, Steve H. Hanke est aussi Professeur d’économie appliquée à la Johns Hopkins University de Baltimore et senior fellow du Cato Institute à Washington,D.C.

On peut visiter sa page personnelle à http://www.forbes.com/hanke.

Lire aussi, de Steve Hanke :

* « Au pays de l’inflation »
* « Réévaluer le Yuan: à quoi bon, et à quel prix ? »
* « Un nouveau Singapour au coeur de l »Europe ? »

Iris Canderson 20/7/2006

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