POURQUOI ISRAËL FAIT LE SALE BOULOT

Pas un jour, pas une heure qui passe sans que les télévisions ne nous assènent les images horribles des destructions que Tsahal est en train d’infliger au Liban. Le tout agrémenté de l’interminable litanie des morts. Oui, cette guerre qui ne dit pas encore son nom, tue beaucoup. Oui, parmi les morts qui se comptent par centaines du côté libanais, on relève des femmes et des enfants. Et tous sont des « civils ».

Mais d’abord, une question se pose qui n’est pas que de pure forme. Le Hezbollah est une milice, une armée insurrectionnelle qui mène une guerre insurrectionnelle. Or, dans ce type de conflit, le « civil » n’est parfois qu’un milicien qui vient de déposer sa Kalachnikov ou qui la prendra dans quelques heures. Ceci doit être dit et rappelé. Comme il doit être dit et rappelé que le Hezbollah est une organisation cynique qui se nourrit de la haine et de l’esprit de revanche que chaque nouvelle mort sème. Et c’est pourquoi cette «armée » de lâches se fond dans la population civile, entraîne des adolescents à devenir des miliciens –quand elle ne les forme pas à se transformer en kamikazes – et camoufle ses dépôts d’armes dans des maisons familiales (1) .

Comme il doit être rappelé, enfin, que l’armée israélienne prévient les populations civiles avant de frapper. Ce qui, bien entendu, n’enlève rien à l’horreur des morts de femmes et d’enfants innocents. Seulement voilà, tous ceux qui, aujourd’hui, dans les milieux politiques et les médias, dénoncent la « disproportion » de la riposte israélienne sont bien contents, en définitive, qu’Israël fasse le sale boulot, le « travail qui tâche » comme disent les Russes. Qui en Europe, comme dans le monde arabe, ne souhaitait pas en finir avec le Hezbollah, cette organisation totalitaire et terroriste qui, hier, prenait en otage la démocratie et aujourd’hui prend en otage la population libanaise dans son ensemble ? Qui ne souhaite pas détruire ce bras armé de la République des mollahs. Oui, l’offensive israélienne dérange parce qu’elle tue des civils. Mais oui, elle arrange, en fait, beaucoup de monde – et de nombreuses capitales – parce que l’occasion est donnée, enfin, d’en finir avec le Hezbollah (au moins sur le plan militaire) et de faire comprendre à Téhéran qu’il existe des lignes rouges indépassables.

Qu’on ne s’y trompe pas : une reculade ou une faiblesse de l’Etat hébreu ne rendra pas service au monde –et nous ne parlons pas seulement, ici, du monde occidental – si l’offensive ne va pas à son terme logique, à savoir détruire les combattants du Hezbollah, éliminer sa direction, casser sa chaîne de commandement et ses capacités opérationnelles et lever l’hypothèque que ses stocks de missiles font peser sur Israël (mais aussi sur des régimes arabes qui, demain, pourraient déplaire à Téhéran, comme la Jordanie…), alors ces morts seront tombés en vain. Si l’organisation militaire du Hezbollah n’est pas anéantie, alors, demain, ce seront des soldats de l’ONU participant à une force d’interposition qui tomberont sous ses armes et ce seront des otages étrangers qui pourriront dans les caves de Beyrouth, comme en 1985.

Les beaux esprits diront qu’il suffisait d’appliquer la résolution 1559 de l’ONU. Certes, mais le seul problème en l’occurrence est que l’ONU est un géant au pied d’argile qui ne se donne jamais la force d’appliquer ses décisions.
La communauté internationale l’a dit il y a des années déjà : le Hezbollah doit désarmer. Mais le Hezbollah a refusé de le faire et plonge aujourd’hui le Liban dans la tragédie. Qui a été sur le terrain pour appliquer cette résolution ? L’armée libanaise ? Que non ! Le Liban est d’ailleurs dirigé aujourd’hui par un gouvernement qui compte trois membres du Hezbollah –un officiel et deux sympathisants –et son Premier ministre qui demande à l’organisation de déposer les armes sait très bien qu’il ne sera pas écouté. Quant au Président libanais, Emile Lahoud, ce valet qui a vendu son pays à la Syrie, il clame urbi et orbi que « le Hezbollah est respecté dans le monde arabe ». La voix de son maître…

La nature humaine et celle du monde sont ainsi faites que la loi sans la force n’est rien. Si ce n’était le cas, d’ailleurs, aurions-nous besoin de policiers pour appliquer les lois pénales dans nos démocraties ? Les citoyens ne s’y plieraient-ils pas de leur plein gré ? Mais ce n’est pas le cas. Aujourd’hui au Liban, c’est à Israël que revient le sale boulot. Il n’y a aucune raison, là, de tresser des couronnes de lauriers aux soldats de cette démocratie. Mais peut être y en a-t-il une pour faire attention aux critiques et à la manière dont on les profère. Aujourd’hui, quand le gouvernement libanais ou l’Europe condamne la « disproportion » de la riposte israélienne, ils le font au nom de leurs manquements, de leur lâcheté et de leurs compromissions.

Ce sont cette lâcheté, ces manquements et ces compromissions qui, autant au moins que la provocation insensée du Hezbollah, ont plongé le Liban dans le deuil. L’armée israélienne n’est ici que l’instrument du destin. Mais c’est un fardeau bien lourd à porter pour une démocratie qui, il est vrai, depuis tant d’années, s’est habituée à être bien seule.

(1) ou des mosquées, comme on vient de l’apprendre

Claude MONIQUET est Président de l’ESISC ( European Strategic Intelligence and Security Center )

25/7/2006

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