Hezbollah-Israël : pourquoi cela risque de durer

L‘intérêt du Hezbollah ne semble pas en effet aller dans ce sens parce que cela irait à l’encontre de son attaque délibérée envers Israël et ce en vue d’une stratégie bien plus vaste qu’une demande d’échanges de prisonniers qui ont par ailleurs du sang sur les mains (si ce n’est pas le cas le Hezbollah pourrait demander leur transfert devant la Cour internationale de Justice…).

Le Hezbollah n’est pas un parti « nationaliste » au sens occidental d’une patrie à défendre puisque sa seule nation c’est l’islam et le code de lecture se trouve à Téhéran. Même un commentateur aussi critique d’Israël et des USA comme Olivier Roy est obligé de convenir (dans le Monde daté du 21 juillet) que l’Iran est derrière la crise actuelle. Son président a déjà annoncé il y a quelques mois que ce pays se prépare à la guerre totale avec Israël en utilisant l’arme atomique si nécessaire. Mais avant cela il faudrait que « la rue musulmane » se soulève et permette qu’un vaste courant pan-islamiste se constitue autour de son offensive. En un mot, les sunnites devraient accepter que les chiites mènent l’offensive contre Israël en particulier, et l’Occident en général. Pour l’instant ce n’est pas gagné. Même si des pays comme l’Algérie et l’Arabie Saoudite accusent de plus en plus Israël, utilisant en fait l’évènement pour faire taire leur opposition interne.

La rue musulmane ne se soulève pas, (elle est même excédée par la volonté des djihadistes toutes tendances confondues de l’entraîner vers l’enfer de la guerre, hormis quelques excités et leurs homologues assis bien tranquillement devant leur TV à Paris et à Londres…), le bras armé de l’Iran, le Hezbollah, cherche à tout prix à créer ce soulèvement, espérant réussir là où les palestiniens ont échoué. Il fait donc pression sur les opinions musulmanes et internationales par la médiatisation des dégâts quotidiens que fait toute guerre (mais les populations occidentales l’ont oublié…), utilisant ici la même tactique que les organisations palestiniennes toutes tendances confondues. Il espère cependant que cela marchera mieux parce que cette fois l’enjeu est religieux : l’islam doit triompher, autrement cela voudrait dire que le Coran, c’est-à-dire la Parole de Dieu, s’est trompée sur la question de ce triomphe, ce qui est non seulement impossible, mais impensable, dans ce cas cela implique de choisir à terme son camp, soit celui de Dieu soit celui des infidèles, incroyants, américano-sionistes, etc.

Pour réussir un tel ralliement, il est clair qu’il faut du temps. Des alliés. Même occasionnels. Ceux-ci sont tout trouvés avec le nombre de politiciens et de médias occidentaux qui n’ont de cesse de mettre en avant le moindre mort civil pour des raisons soit électoralistes soit humanistes pacifistes, appelant par exemple au cesser le feu comme si celui-ci n’allait pas plutôt permettre au Hezbollah de souffler un peu avant d’en remettre une couche puisqu’il a tout de même déclenché l’affaire (mais dans deux semaines, qui s’en souviendra avec l’étalage médiatique des victimes à venir ? ).

Une radio comme RFI a par exemple téléphoné dernièrement au responsable de la sécurité de l’ambassade de France à Beyrouth pour lui demander s’il pouvait observer les conséquences de la « catastrophe humanitaire », celui-ci a répondu sur le ton neutre du militaire en activité que la situation était semblable à celle qui existe en situation de conflit avec une flambée des prix et un afflux de réfugiés… Autrement dit le préposé à l’information sur RFI cherchait à tout prix à faire dire au militaire français que les israéliens avaient non seulement délibérément agressé le Liban mais qu’ils y organisaient même un génocide…comme le clament les médias islamistes ou sympathisants (jusqu’au représentant du gouvernement libanais parlant d’holocauste sur CNN le mercredi 26 juillet), perdant évidemment toute mesure, la « disproportion » n’étant pas parfois là où on croit la voir…mais le militaire français n’est pas tombé dans le piège…

Si le Hezbollah arrive à susciter l’émotion, -(et il y arrive de plus en plus lorsque l’on observe les médias et les blogs… mais la majorité silencieuse, elle, semble lassée par cette guerre sans fin…)-, néanmoins il ne semble pas qu’une force d’interposition fasse son affaire ; aussi il est dans son intérêt d’empêcher un tel déploiement en intimidant les pays comme l’Italie qui veulent être à la pointe de cette proposition, d’où l’incident du dimanche 23 juillet. En même temps, si ce déploiement a quand même lieu, il sera toujours possible de faire comme en Afghanistan (et à…Beyrouth il y a vingt ans) en envoyant des camions piégés sur les « forces d’occupation », le Hezbollah se redorant ainsi le blazon, puisque la force d’interposition apparaîtra plutôt comme une force protégeant « l’ennemi sioniste » du feu islamique.

Téhéran attend donc le résultat de son investissement médiatique accompagnant la seconde étape (la première étape étant ses déclarations de l’automne dernier sur la nécessité de continuer une guerre qui dure depuis des centaines d’années) : les régimes sunnites seront à terme débordés par leur rue, à force de voir des morts affichés en gros plan dans les médias, occidentaux y compris ; mais ce n’est pas évident que « la » rue, surtout urbaine, (c’est-à-dire aspirant à un certain confort, une quiétude…) se soulève ainsi…d’autant que la saison estivale commençait à battre son plein à Beyrouth et que les habitants du Golfe s’apprêtaient à y déverser leurs pétrodollars dans des nightclubs ayant de nouveau pignon sur rue. Sur ce point d’ailleurs le Hezbollah fait d’une pierre deux coups : il voyait évidemment d’un très mauvais oeil ce mode vie non islamique proliférer voire prospérer d’une part, d’autre part, l’énergie ainsi non dissipée, et frustrée, peut être un excellent carburant pour la guerre à venir.

Mais comme ce scénario a donc encore du mal à prendre, il s’agit pour Téhéran, du moins semble-t–il, soit d’attendre que le nombre de victimes civiles permette le ralliement de la rue sunnite, soit de créer un évènement majeur dont l’ impact psychologique serait tel qu’il ne pourrait que rallier les indécis et définitivement déclencher la « guerre totale » comme le clame le Hezbollah, porte parole de Téhéran…

L‘Iran a en effet encore besoin de deux à trois ans pour mettre au point sa bombe atomique, ces années ne seront pas de trop pour faire monter la mayonnaise qui s’effectue sous nos yeux…incrédules tant il est courant de penser dans nos contrées que le Mal ne peut qu’être qu’occidental, qu’il vient uniquement du Nord, tandis qu’au Sud, en particulier en Orient, il n’existerait que gentillesses, poésie, religion de paix, loukoums et danse du ventre…Il s’avère de plus en plus qu’il n’en est rien, mais n’en parlons pas puisque la faute en reviendrait évidemment à…Israël…C’est à cause de ce pays qu’un tel paradis aurait été perdu, avant lui, la région, voire le monde entier, en particulier en Europe, par exemple en 1914 et en 1939, baignaient dans de tels délices…

Il serait peut-être tant de se réveiller d’un tel ensorcellement…

Lucien SA Oulahbib 26/7/2006

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