Comment nous sommes tombés dans le piège iranien

Tous les signes convergent sur un événement et une date : la réunion du G8.
Difficile de dire ce qui est le plus grave :
soit les politiques et les militaires ont perçu ces signes et n¹en ont pas tenu compte,
soit ils ne les ont pas vus.

Le 21 juillet, au matin de l¹attaque contre le nord d¹Israël, le journal
conservateur iranien Jomhuri Islami choisit de publier un discours prononcé
par Hassan Nasrallah le 23 mai. Le secrétaire général du Hezbollah y
déclarait : « Nous avons aujourd¹hui en notre possession plus d¹armes qu¹il
n¹en faut, quantitativement et qualitativementŠ Plus de 2 millions de Juifs
vivent dans le nord d¹Israël, où se trouvent des centres de tourisme et de
loisirs, des usines, de l¹agriculture et y d¹importantes bases militaires.

Notre présence au sud Liban, voisin de la partie nord de la Palestine
occupée, constitue notre atout le plus important. »

Le 11 juillet, après une rencontre avec Javier Solana, Ali Larijani, chargé
des affaires nucléaires au gouvernement iranien, s¹envole pour une visite
surprise à Damas. Suite à cette visite, le vice-président syrien Farouk
a-Shara annonce que « les mouvements de résistance au Liban et en Palestine
[en clair : le Hezbollah et le Hamas] vont prendre les décisions qui les
concernent. »

Le même jour, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad menace les Etats
occidentaux à la télévision, et les avertit de ne pas soutenir Israël, car
« la rage des peuples musulmans ne se limité pas aux frontières de la région
les ondes de l¹explosion atteindront les forces corrompues [les Etats
occidentaux] qui soutiennent ce régime fantoche. »

Le 3 juillet, Hossein Shariatmadari, rédacteur en chef du journal Kayhan et
très proche du dirigeant iranien Ali Khamenei, écrit : « Nous ne pouvons pas
ne réagir aux crimes perpétrés à Israël qu¹à Gaza, seulement dans les terres
occupées. Pourquoi les sionistes devraient-ils se sentir en sécurité alors
que des musulmans n¹ont aucune sécurité ? » Dans une interview à l¹agence de
presse iranienne Mehr, Shariatmadari dit que le monde musulman ne doit pas
restreindre sa réaction aux attaques sionistes à la seule bande de Gaza,
mais qu¹il doit créer une situation où « aucun sioniste ne se sentira en
sécurité, où que ce soit dans le monde ».

Le 16 juin, le journal Asharq Al Awsat rapporte la signature d¹un accord de
coopération militaire entre la Syrie et l¹Iran « pour repousser les menaces
[des Etats-Unis et d¹Israël]. Le journal souligne qu¹entre autres sujets, il
a été question, lors de conversations entre le ministre syrien de la défense
Hassan Turkmani et son collègue iranien Mustafa Mohammed Naijar, de la
situation au Liban et en Palestine et de l¹aide à apporter au Hamas et au
Jihad islamique dans leur affrontement avec le Fatah. Le ministre syrien
déclare officiellement « un front commun contre les menaces israéliennesŠ
L¹Iran considère la sécurité de la Syrie comme la sienne propre. »

Asharq Al Awsat rapporte aussi que ce même ministre s¹est rendu à Téhéran à
la tête d¹une importante délégation accompagné d¹officiers militaires et de
renseignement, et y avait rencontré des dirigeants politiques et militaires.
Le journal rapporte que l¹Iran accepté de se porter garant d¹un achat par la
Syrie de matériel militaire lourd auprès de la Russie, de la Chine et de
l¹Ukraine, et d¹équiper l¹armée syrienne d¹artillerie, de munitions, de
véhicules militaires et de missiles de fabrication iranienne. Iran allait
également contribuer à l¹entraînement de forces navales syriennes.

Ecrit noir sur blanc


La Syrie annonce publiquement qu¹elle a étendu ses précédents accords aves
l¹Iran à la facilitation du passage de camions transportant des armes au
Liban. C¹était là, noir sur blanc.

Tous ces signes ont été compilés dans les bureaux de MEMRI (Middle East
Media Research Institute), à Jérusalem. Igal Carmon, fondateur et directeur
de l¹institut, qui a travaillé de nombreuses années au sein de
l¹establishment militaire, a téléphoné à un ministre de ses connaissances
peu après l¹attaque du Hamas contre la base militaire de Kerem Shalom. Il
proposait au ministre l¹hypothèse selon laquelle la déviation du Hamas par
rapport à sa politique de cessez-le-feu (exprimée à l’époque par son
acceptation du document des prisonniers) était liée à la pression exercée
sur l¹Iran pour son programme nucléaire.

Carmon dit au ministre et ami qu¹il percevait une escalade dans les menaces
exprimées par l¹Iran, qui augmentaient à mesure que se rapprochait la date
de la réponse que devait apporter l¹Iran au G8 sur son programme nucléaire.
Il a imploré le ministre de parler à ses collègues du gouvernement, en leur
demandant de tenir leur langue jusqu¹à la rencontre à Bruxelles entre le
coordinateur de l¹Union européenne, Javier Solana, et le secrétaire du
Conseil national de la sécurité de l¹Iran, Ali Lanjani.

« Je lui ai dit qu¹il était important que les Européens comprennent que les
Iraniens n¹avaient aucune intention de répondre favorablement à la
proposition de compromis américaine », se souvient Carmon. « Je lui ai dit
qu¹à mon avis, s¹il existait un plan iranien destiné à repousser les
pressions internationales, il faudrait alors s¹attendre à une menace sur
notre frontière nord. »

Le lendemain, le Hezbollah attaquait le long de la frontière libanaise, et
une fois de plus, Carmon demandait de la retenue. Carmon a également jugé
que les actes terroristes en Irak, dirigés par les alliés chiites de l¹Iran
emmenés par Mustafa Sadr, étaient également liés à la question nucléaire. Il
prédit qu¹avant peu, les Iraniens déchaîneront des attentats terroristes
contre des cibles juives et israéliennes partout dans le monde.

« Nous assistons à un échec très grave de nos dirigeants. Ils ont laissé
l¹Etat d¹Israël tomber dans le piège iranien en répondant à la provocation
iranienne. provocation destinée à perturber les discussions du G8 qui était
censé parvenir à former un consensus international contre le programme
nucléaire iranien. Un dirigeant responsable aurait retardé sa réaction de
plusieurs semaines, et n¹aurait pas fait le jeu de l¹Iran. »

« Nous avons manqué une chance de montrer au monde entier les provocations
iraniennes avant le G8. Nous avions la latitude de lancer des attaques
contre le Liban plus tard. Il aurait été possible de fixer un ultimatum
selon lequel, si les soldats n¹étaient pas libérés dans un court délai, nous
utiliserions alors tous les moyens nécessaires pour les ramener à la maison.
Et entre temps, nous aurions pu prendre des mesures sur le front intérieur,
qui a été pris par surprise, et déployer trois divisions sur la frontière
syrienne. »

« L¹opinion n¹est pas stupide. Elle aurait compris qu¹une menace contre
quatre millions de personnes due au programme nucléaire iranien est bien
plus grave que la mort et l¹enlèvement de soldats au nord. »

L‘explication à l¹insistance têtue des Iraniens à retarder leur réponse à la
proposition américaine jusqu¹au 22 août peut être trouvée dans les médias
iraniens. Il y a quelques semaines, des informations ont été publiées sur
une déclaration imminente d¹Ahmadinejad à propos d¹un « développement
important dans la capacité nucléaire de l¹Iran. »

Carmon estime qu¹ils pourraient avoir besoin de quelques semaines
supplémentaires pour finaliser leur capacité d¹enrichissement total ou
partielle d¹uranium, sans dépendre d¹aucun autre pays. Ce développement
pourrait aussi avoir à voir avec le développement de missiles avancés.

Peur ou colère

En entendant Olmert dire mardi que la crise au nord était une « tricherie
iranienne », Carmon n¹a pas su s¹il devait trembler de peur ou exploser de
colère. Furieux après Olmert, il dit : « ce n¹est pas une tricherie comme au
football. Cela m¹inquiète que même le président américain ne comprenne pas
qu¹il ne s¹agit pas ici de la merde du Hezbollah, ou de tensions
régionales, mais bien d¹une crise de dimension globale. » MEMri parle du
danger que courent les alliés traditionnels des Etats-Unis, comme l¹Arabie
saoudite et l¹Egypte, qui sont en train de perdre leur statut régional au
profit de l¹Iran, qui se trouve, lui, en train d¹acquérir une capacité
nucléaire.

En même temps, la Russie, considérée comme un allié de l¹Iran, prend de
nouveau position contre les Etats-Unis, en tant que puissance mondiale qui
exerce son influence au Moyen-Orient, dont elle est le principal fournisseur
en pétrole et en gaz.

Ainsi, la structure de deux super-puissances est en train de renaître, avec
la rivalité entre les blocs Est et Ouest au Moyen-Orient, comme au temps de
la guerre froide.

Le fait de ne pas tenir compte de cette menace inquiète particulièrement
Carmon, car toutes ces informations étaient disponibles, y compris le chemin
que prenaient les armes livrées par la Syrie au Liban, soudainement
« découverts » par les généraux israéliens qui l¹appellent une « route de
contrebande « .

Pour Carmon, si tous les décisionnaires au sein du gouvernement et de
l¹armée avaient tenu compte de l¹implication de l¹Iran, ils auraient compris
que tous les missiles, y compris le C-802 qui a frappé le navire israélien,
seraient en possession du Hezbollah.

« Il ne s’agit pas de tricheries », raille-t-il. « Il faut intégrer le fait que
Tsahal combat une milice iranienne, qui a le soutien logistique de l¹Iran.
Les Etats-Unis doivent comprendre que Poutine est en train d¹édifier un
centre d¹enrichissement d¹uranium en Sibérie, et que la Russie est le
principal soutien de l¹Iran. La Russie y a 6.000 experts, et elle sait
comment garder cet allié, situé dans un endroit sensible. Ils sont certains
que nous serions incapables d¹endurer une guerre sur le front intérieur,
comme l¹ont fait les Arabes. Dans la guerre Iran-Irak, plus de deux millions
de musulmans sont morts. »

Carmon s’inquiète de la possibilité que, dans quelques jours, après avoir
usé notre armée de l¹air, l¹Iran, de mèche avec la Russie, se porte
« volontaire » pour régler la crise entre Israël et le Hezbollah, et en
échange de cette bimbeloterie, ne gagne le véritable diamant : faire avancer
son programme nucléaire.

Haaretz, 26 juillet 2006

27/7/2006

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