C’est dire si les idées sont pernicieuses …

Et, comme aux plus beaux temps du Komintern et de ses légendaires “Appels » ou « conférences pour la paix”, modèle de… désinformation: pendant qu’on met soigneusement et ostentatoirement dos dos les différents bélligérants, on fait passer les pires sophismes: Bush ne vaut pas mieux que Ben Laden; c’est Israël qui a déclenché la guerre , etc.

Petit florilège:

À partir du siècle dernier, nous sommes essentiellement partis en guerre pour des idées : idée d’un Reich millénaire chez les nazis, idée d’une société égalitaire chez les communistes, idée de l’homme nouveau chez les Khmers rouges, idée d’un Paradis assuré chez les islamistes, idée d’un Grand Israël chez les sionistes, idée d’une lutte entre le bien et le mal chez les Américains.

J’aimerais tant croire que les Américains sont en Irak pour le pétrole, mais le fait est qu’ils y sont pour l’idée qu’ils se font d’un Nouveau Moyen-Orient. J’aimerais tant croire que les Hezbollahis lancent leurs attaques contre Israël pour libérer une parcelle du Sud libanais, mais le fait est qu’ils le font pour l’idée qu’ils ont du martyre et du Paradis. J’aimerais tant croire qu’Israël a déclenché cette énième guerre au Liban pour les eaux du Litani, mais le fait est qu’il est au Liban pour défendre l’idée qu’il se fait de sa sécurité et de l’invincibilité de son armée. Non pas, j’y insiste, pour défendre l’invincibilité de son armée (il est déjà trop tard pour cela), mais pour préserver l’idée d’une telle invincibilité.

Àceux qui m’objecteraient que si certaines idées sont néfastes, d’autres sont louables, je répondrais que toute idée qui nécessiterait l’usage de la violence est néfaste. Quelle paix peut-on espérer quand on fait la guerre pour l’avoir ?

Tant que les juifs estimeront qu’ils ont droit à cette terre parce qu’elle leur fut promise par le Très-Haut, ou parce qu’elle abrite le temple de Salomon, ou parce que leurs grands-parents sont morts dans les camps d’extermination, il ne saurait y avoir ni paix ni sécurité. Tant que les musulmans estimeront qu’ils ont droit à cette même terre parce que leurs grands-parents y étaient, ou parce qu’elle abrite une sainte mosquée, il ne saurait y avoir ni paix ni sécurité.

Au Proche-Orient, les idées sont homicides
Percy Kemp, écrivain
Le Figaro
le 18 août 2006

Voir aussi cet excellent décryptage sur le site Desinfos du petit monument de perversité de Kemp:

Réaction à l’article de Percy Kemp : « Au Proche-Orient, les idées sont homicides » – « … Et dans la proche-désinformation, le verbe est pervers… »,
21 août 2006
Francine Girond, Les Editions de Passy

« Je confesse d’emblée être »… choquée par l’article de Percy Kemp, publié le 18 août par LE FIGARO : en effet sous couvert d’une réflexion qui s’octroie le monopole de la distance et de la perspective, l’auteur introduit un discours quasi subliminal d’une subreptice perversité.

Le Proche-Orient est peut-être « émotionnellement chargé », mais il est surtout « hébraïquement peuplé », et cette réalité est terriblement mise en exergue depuis les propos homicides à l’égard d’Israël du président de la République islamique d’Iran.
Propos dont on devra tout de même un jour un peu plus s’émouvoir ; projet nucléaire dont il faudrait sans doute plus violemment frémir.
République, où, il ne faut cesser de le rappeler, l’on contraint depuis vingt cinq ans la moitié de la population à se voiler, à se censurer, à se nier.
Perversité à fleuret moucheté

Tout d’abord, après quelques grandes généralités oiseuses sur le cadre historique et géologique de la région, P.Kemp assène la première touche : il met en parallèle la création d’Israël et celle du Fatah.
Faut-il rappeler que la première a été votée en 1947 par l’ONU, résolution 181, à la majorité des voix de trente trois pays membres ? plan de partage accepté par le mouvement sioniste et refusé par les pays arabes ?
Sans même juger de la légitimité intrinsèque de l’idéologie des deux entités, il est déjà très dérangeant que l’on appréhende sur le même plan, par symétrie « …ne fut pas créé », « …il fut créé », un état démocratique et un mouvement « politique », qui préconise à ses heures perdues, ne l’oublions pas, le terrorisme.
Perversité au sabre

Riposte après digression gargarisante : vient ensuite le martèlement anaphorique « idée de… » qui, si l’on supprime quelques appositions, rapproche encore dangereusement Reich/Grand Israël et nazis/sionistes… et, mine de rien, nous y sommes !
Le terme d’ « extermination », deux fois employé avec une proximité suspecte, glisse tout naturellement de l’allusion à la Shoah à celle que l’on voudrait nous faire entendre par nombre de moyens médiatico-politiques, qui émanerait des anciennes victimes et qui se perpétuerait sur des nouvelles.

ntre-riposte que l’on sentait venir : « …qu’Israël a déclenché cette énième guerre au Liban »…insidieusement, il gomme l’enlèvement des deux militaires de Tsahal et les attaques du Hezbollah du 12 juillet, l’agressé devient l’agresseur…
Et Percy Kemp, de mère libanaise, d’en ajouter une couche, méprisant par ignorance sans doute l’analyse de Joel Fishman sur les Accords d’Oslo : « Quelle paix peut-on espérer quand on fait la guerre pour l’avoir ? », comme on disait à Munich et à Vichy… encore heureux que nos aînés, et nos alliés, aient fait la guerre…sinon l’on continuerait à brûler les livres… y compris ceux de Percy Kemp…

Le malaise qui suinte de cet article ne se situe pas dans le point de vue qu’il semble exprimer : point de vue brillant qui analyserait la motivation des conflits sous un angle original.
C’est l’utilisation de postulats discutables, de présupposés manipulateurs, insérés par petites touches, sur lesquels le raisonnement est bâti qui provoque comme un début de nausée…

Enfin, rassurons-nous : il n’y a là aucun « paradoxe »…juste un rien de perversité et une bonne dose de désinformation …
A sa question initiale : « Mais qu’est-ce qui m’autorise à dire ainsi… », puis-je suggérer « l’idée » qu’il lui soit répondu : Rien…

Texte de Kemp:

Au Proche-Orient, les idées sont homicides
Percy Kemp, écrivain
Le Figaro
le 18 août 2006

Je confesse d’emblée être plus choqué par le discours autour de la guerre au Liban, que je ne le suis par la guerre elle-même. Et si je le suis, c’est parce que j’estime que cette guerre n’est qu’un effet du discours, que celui-ci émane des chantres de la lutte contre le terrorisme ou des colombes de la paix.

Mais qu’est-ce qui m’autorise à dire ainsi que le discours, le mien compris, est premier ? Ce qui m’y autorise, c’est la constatation que j’ai faite que les guerres au Proche-Orient ne sont pas tant des guerres pour la survie ou pour l’appropriation de richesses, que des guerres d’idées.

Nul besoin d’être sorcier pour se rendre à l’évidence que l’intensité de la violence au Proche-Orient est inversement proportionnelle à l’importance géostratégique de cette région. Car la Méditerranée orientale n’a pas de pétrole, peu ou prou de flux énergétiques et financiers y transitent, et elle est traversée par trop peu d’artères vitales, si l’on excepte le canal de Suez – lequel n’importe que pour l’Europe qui, elle, n’importe plus. Pour tout dire, cette Méditerranée orientale est un grenier à blé vide, un sous-sol bien plus archéologique que minéralogique, et un vrai cul-de-sac géopolitique.

Et pourtant, elle est la scène d’un conflit permanent. Or, si la violence y fait ainsi rage en dépit de l’absence d’enjeux géostratégiques majeurs, c’est parce que cette région pauvre en ressources minérales et en artères vitales est en revanche riche en idées. «Berceau des civilisations», «lieu de naissance des grandes religions monothéistes», le Proche-Orient est émotionnellement chargé, et cette charge émotionnelle intense se cristallise immanquablement autour d’idées qui se muent à leur tour en agencements guerriers.

Ne nous y trompons pas. L’État d’Israël ne fut pas créé par le colonialisme en vue de s’approprier l’or noir des Arabes. L’État d’Israël fut créé autour de l’idée du Retour du peuple juif à sa Terre promise. Le Fatah de Yasser Arafat ne fut pas créé pour servir les ambitions de l’Union soviétique. Il fut créé autour de l’idée de l’awda, pendant arabe de la loi du Retour chez les juifs. La conquête israélienne de Jérusalem-Est en juin 1967 ne répondait pas à une exigence d’espace sécuritaire. Elle répondait à l’idée biblique d’un Grand Israël. Le Hamas et le Hezbollah ne sont pas là pour servir les intérêts de l’Iran et de la Syrie. Ils existent parce qu’on croit devoir combattre une idée par une autre.

Il y a plus d’un demi-siècle déjà, Krishnamurti faisait remarquer que les conflits contemporains ont ceci de différent des conflits anciens, qu’ils portent moins sur les richesses et les biens que sur les idées, et qu’ils concernent moins l’exploitation des ressources ou des hommes, que l’exploitation des idées. À partir du siècle dernier, nous sommes essentiellement partis en guerre pour des idées : idée d’un Reich millénaire chez les nazis, idée d’une société égalitaire chez les communistes, idée de l’homme nouveau chez les Khmers rouges, idée d’un Paradis assuré chez les islamistes, idée d’un Grand Israël chez les sionistes, idée d’une lutte entre le bien et le mal chez les Américains. Après le temps des mercenaires et des corsaires, le temps était venu des commissaires politiques, des croisés et des djihadistes. Temps, non plus, de l’occasion qui fait le larron, mais de l’idéation qui fait l’extermination. Extermination, car les idées ont ceci de différent, par rapport au profit, par exemple, ou aux conquêtes, qu’elles ne sont pas négociables. Et, n’étant pas négociables, elles transforment le rival politique en ennemi irréductible. D’épreuve de force, la guerre se mue alors en épreuve de volonté qui ne peut se terminer que par l’annihilation de l’autre.

J’aimerais tant croire que les Américains sont en Irak pour le pétrole, mais le fait est qu’ils y sont pour l’idée qu’ils se font d’un Nouveau Moyen-Orient. J’aimerais tant croire que les Hezbollahis lancent leurs attaques contre Israël pour libérer une parcelle du Sud libanais, mais le fait est qu’ils le font pour l’idée qu’ils ont du martyre et du Paradis. J’aimerais tant croire qu’Israël a déclenché cette énième guerre au Liban pour les eaux du Litani, mais le fait est qu’il est au Liban pour défendre l’idée qu’il se fait de sa sécurité et de l’invincibilité de son armée. Non pas, j’y insiste, pour défendre l’invincibilité de son armée (il est déjà trop tard pour cela), mais pour préserver l’idée d’une telle invincibilité.

Àceux qui m’objecteraient que si certaines idées sont néfastes, d’autres sont louables, je répondrais que toute idée qui nécessiterait l’usage de la violence est néfaste. Quelle paix peut-on espérer quand on fait la guerre pour l’avoir ? Quelle liberté a-t-on lorsqu’on empiète sur celle de son voisin ? Quelle justice obtient-on lorsqu’on répond à une injustice par une autre ? Quelle sécurité atteint-on lorsqu’on alimente constamment la peur chez nos propres concitoyens ?

Est-ce à dire que, pour Israël et ses voisins, paix et sécurité seraient impossibles ? Rien ne serait moins vrai. Car si l’idée de la paix n’est pas la paix, et si l’idée de la sécurité n’est pas la sécurité, c’est en abandonnant l’idée qu’on trouvera la paix et la sécurité. Tant que les juifs estimeront qu’ils ont droit à cette terre parce qu’elle leur fut promise par le Très-Haut, ou parce qu’elle abrite le temple de Salomon, ou parce que leurs grands-parents sont morts dans les camps d’extermination, il ne saurait y avoir ni paix ni sécurité. Tant que les musulmans estimeront qu’ils ont droit à cette même terre parce que leurs grands-parents y étaient, ou parce qu’elle abrite une sainte mosquée, il ne saurait y avoir ni paix ni sécurité. Paix et sécurité ne sauraient être possibles entre des juifs et des musulmans, identités idéelles. Paix et sécurité ne sont possibles qu’entre êtres humains et entre voisins, identités réelles.

C’est dire si les idées sont pernicieuses. Il fut un temps où les hommes tuaient pour manger ou pour ne pas être tués. Il fut aussi un temps où les hommes chapardaient parce qu’ils avaient faim. Puis, les idées firent leur apparition. Puis, on les exploita. Puis, elles s’imposèrent. À présent, ceux qui ont faim tendent la main, et ceux qui sont menacés dans leur vie implorent la pitié. Quant à ceux qui accaparent et qui tuent, ce sont ceux-là même qui mangent à leur faim, et qui dégurgitent des idées.

Je suis conscient de ce paradoxe qui fait que j’avance là une idée pour en finir avec toutes les idées. Je ne chercherai pas à m’en sortir par une boutade, en disant, par exemple, que le paradoxe a de tout temps fait avancer la vérité. Je dirai plutôt que le paradoxe n’est qu’apparent, et qu’il peut être dépassé si tant est qu’on le reçoive, non pas comme une machine à produire de nouvelles idées (pour ou contre), mais comme une évidence. Ne pas y réfléchir, donc, mais agir. Agir dès à présent, notamment sur soi, tant il est clair qu’on ne résoudra les conflits qui nous opposent les uns aux autres qu’une fois qu’on aura résolu ce conflit-là, entre le réel et l’idéel, qu’on porte en soi.

Dernier ouvrage paru, Et le coucou, dans l’arbre, se rit de l’époux (Albin Michel, 2005).

JC Durbant 30/8/2006

Discuss this articleDiscuss this article

Imprimer ce texte Imprimer ce texte

1 191 vues

Tous les articles de JC Durbant

Share/Save/Bookmark

Trackback

Posted in: Non classé

 

Comments are closed. Please check back later.