La conquête musulmane de l’Egypte

Cette conquête les Musulmans l’appellent : Al-futûh. Celle-ci est présentée dans les manuels scolaires et dans différents ouvrages comme un phénomène naturel, positif et généreux.

À cet égard, la lecture de la publication du C.R.D.P. (Centre Régional de Documentation Pédagogique) de l’Académie de Versailles dans la collection : « Aide à la mise en œuvre des programmes » est édifiante.

Cette collection est destinée aux enseignants afin de leur donner des problématiques qui leur permettent de préparer leurs cours avec le maximum de perspicacité. Le volume consacré au niveau de 5ème explique la rapidité de cette conquête arabo-musulmane par le fruit des : « rivalités de l’Empire byzantin et de l’Empire perse, religion orthodoxe imposée, Arabes accueillis en libérateurs (sic). »

La thèse qui présente les Arabes en « libérateurs » se manifeste dans de nombreux ouvrages, ainsi celui de Jean-Paul Roux : «Au début cependant tout est simple. La trahison d’un Occident apparent (sic) facilite la tâche des conquérants. Les Chrétiens monophysites, mal résignés à subir la domination d’une couronne exigeante, tyrannique, assoiffée d’impôts, accueillent les Musulmans comme des libérateurs. Ils leur ouvrent les portes de leurs villes, n’hésitent pas à collaborer avec eux. Egypte, Syrie, aux premiers coups portés aux forces byzantines, acceptent les nouveaux maîtres, tournent le dos aux anciens ».

Francesco Gabrieli verse dans une véritable propagande musulmane : « un historien arabe parle à ce propos de « conquête facile », bien qu’à Agnadaïn et au Yarmouk les envahisseurs aient dû s’imposer aux Byzantins par la force. Partout ailleurs, ils furent généralement accueillis en amis et en libérateurs. En certains endroits les autochtones se portèrent à leur rencontre dans un grand concours de musique et de chants, et quand les nouveaux occupants, sous la menace de la contre-offensive d’Héraclius, évacuèrent Hims, les indigènes exprimèrent ouvertement leurs regrets et leur préférence pour le régime bienveillant instauré par leurs nouveaux maîtres, bien différent de l’oppression byzantine ».

René Kalisky : « L’Islam pouvait surgir. Le conquérant qui débarrasserait la Syrie du joug byzantin était sûr d’être reçu en libérateur. » et: « Le vainqueur (les Arabo-musulmans) se montra généreux. » ; Maurice Lombard : « Les Arabes avaient en fait toutes chances d’être accueillis comme des libérateurs par les vieilles populations du monde sémitique de Syrie et de Mésopotamie et par les Egyptiens.(…) Or, les tendances démocratiques, égalitaires, et cosmopolites du message islamique répondaient à ces mouvements de révoltes sociale et religieuse. » Pierre Miquel est plus honnête : « Face à une grécité surimposée, il (l’islam) fut vu, autant qu’on puisse l’imaginer, en nombre de cas comme un libérateur ».

Les Musulmans auraient ainsi sauvé les populations d’une religion chrétienne orthodoxe honnie et imposée par une conquête libératrice excluant toute violence comme si cette colonisation s’était faite pacifiquement et que les Chrétiens n’attendaient que cela pour devenir musulmans. Ouf ! Voilà enfin les Arabes qui apportent la liberté et la tolérance ! Il est des auteurs qui n’hésitent pas à aller jusqu’au ridicule, ainsi le massacre des ennemis tombés entre les mains des Musulmans résulterait de : « la nécessité de « liquider » les irréconciliables à l’état de paix, non de tuer des non-croyants », l’euphémisme est de taille ! En fait de paix, il s’agit de repos éternel. Quant à l’esclavage des femmes et des enfants il obtient des gages de légitimation : « La survie des femmes et des enfants ennemis vaincus attribués comme esclaves aux musulmans laisse espérer leur conversion, au moins celle des enfants à naître des maîtres musulmans, donc l’accroissement du peuple musulman ». Béni soit l’esclavagisme musulman ! Il a une noble cause. Il est bien évident que les massacres perpétrés par des chrétiens n’ont pas du tout aux yeux de l’auteur le même mérite, pour lequel il s’agit tout simplement d’une pure et simple « extermination de l’Infidèle ».

Quant à la vulgate religieuse musulmane, elle fait des colonisateurs arabo-musulmans des « porteurs de guidance (sic), de bien, de justice, et de bonté » face à des empires « à la situation délabrée et aux affaires corrompues, si bien que la putridité les avait envahis de toutes parts ».

Dans le même registre, nous trouvons ce texte d’une grande limpidité : « Al foutoûhât n’ont jamais été des guerres que les musulmans auraient menées contre des peuples, et que l’on aurait pu assimiler à de la colonisation. Lors de leurs différentes actions militaires, les musulmans ne se sont pas battus contre les habitants d’« ach-Cham » (Proche-Orient), ni contre le peuple égyptien par exemple : ces peuples étaient sous la tutelle des Byzantins, qui les utilisaient pour réaliser leur bien-être et préserver les intérêts de leur Etat ! De même, quand les musulmans « ouvrirent » l’Iraq et la Perse, ils se sont en réalité battus contre ceux qui opprimaient les populations de ces pays, soumises par une politique de répression et d’injustice socio-économique flagrante. C’est pour cette raison que l’on peut dire que les foutoûhât étaient plutôt des guerres de libération, pour remettre le pouvoir entre les mains du peuple, qui avait, lui, le libre choix d’adhérer à l’Islam ou de le rejeter. C’est dans cet esprit que les musulmans se lancèrent pour transmettre le message de Dieu à l’humanité : avec la mission de libérer les hommes de l’emprise de l’Homme et de les réconcilier avec leur Créateur, Le Dieu des hommes. »

En fait la conquête musulmane serait une guerre anti-coloniale contre les Byzantins et les Perses, ces derniers se colonisant eux-mêmes !

En premier lieu, rappelons brièvement quelques éléments. Si la rivalité entre l’Empire byzantin et l’Empire perse fut une réalité, la méditerranée avant l’arrivée des Musulmans était chrétienne depuis longtemps, depuis que l’empereur Constantin au IVe siècle avait fait de la religion chrétienne la religion de l’empire romain. Prenez n’importe quel manuel sur Byzance, vous ne verrez jamais que la religion chrétienne ait été imposée. S’il y eut des conflits religieux comme la crise iconoclaste, ce furent des crises internes au monde orthodoxe, jamais la religion chrétienne en elle-même ne fut remise en cause. Il est à remarquer qu’un grand nombre d’Arabes s’étaient installés dans l’empire perse et l’empire byzantin et s’étaient convertis à la religion chrétienne, ce fait est souvent passé sous silence.

Est-ce que les présupposés politico-religieux décrits plus haut correspondent vraiment à la réalité historique ?

Quelle est la part d’imagination ou de manipulation intellectuelle dans cette problématique voulant absolument démontrer que les Arabo-musulmans de la conquête furent de « généreux libérateurs » animés de loyaux idéaux ?

Qu’en est-il de la vérité historique sur cette colonisation arabo-musulmane ?

C’est ce que nous nous proposons d’aborder dans cet ouvrage.

Louis Chagnon

10 septembre 2006

9/6/2019

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