Dieudonné est dangereux pour la démocratie et notre pays

C’est désormais un rendez-vous traditionnel. Comme l’an passé, Dieudonné a terminé sa saison par un grand spectacle au Zénith de Paris. En décembre 2004, la dernière représentation de « Mes excuses » avait suscité le scandale en raison des outrances antisémites auxquelles s’était livré l’artiste. Hier, jeudi 22 décembre, Dieudonné a récidivé lors de la dernière de « 1905 », son one-man-show consacré au centenaire de la laïcité.

Dès son entrée en scène, le ton est donné : « J’ai eu beaucoup d’ennuis l’année dernière. Pour ce nouveau spectacle j’ai du restreindre mon budget car les sponsors ne se sont pas précipités » explique-t-il ironique au public. «Ah, si ! Al Manar s’est proposé… ». Rires, applaudissements. La salle réagit au quart de tour. « Al, Manar ! Al Manar ! », scandent les cinq mille spectateurs qui en redemandent ; Dieudo va leur en donner. Pourquoi un nouveau spectacle sur la laïcité, pourquoi un thème politique ? lui demande sur scène « Jacky » , son technicien partenaire, chargé traditionnellement de lui donner la réplique, «tu peux pas de faire comme les autres, des sketchs rigolo, sur les téléphones portables, sur le sexe… ?

- Non, il y a Gad Elmaleh pour ça, », répond Dieudonné.
Huées dans la salle. Sifflets.

- « Ou alors il y a Elie Semoun… »
La salle reprend de plus belle.

- « Et pourquoi pas Boujenah ? «
Les cinq milles spectateurs exultent, huent, sifflent trépignent. Dieudonné continue sur sa lancée.

- « J’aime faire chier les cons. C’est mon côté taquin. Faut dire que je suis tombé sur un filon. Le sioniste, c’est facile, dès que tu le taquines, il monte au rideau. Je suis peut-être un emmerdeur, mais je suis un virtuose. Rendez-vous compte : j’ai eu vingt procès en deux ans, je les ai tous gagnés ».

Autre personnalité attaquée : Jamel Debbouze, auquel Dieudonné reproche de l’avoir lâché :
- « Jamel, il était monté, ici, sur scène l’an passé pour me soutenir. Il avait dit : « Dieudo, t’es le plus fort, tu dis tout haut ce qu’on pense tout bas ». Mais, ensuite il a été convoqué chez Bernard. Bernard-Henri Lévy, le philosophe milliardaire. Quand tu es convoqué chez BHL, tu chies mou pendant une semaine. Jamel a abjuré « (huées, sifflets). » Il a sauvé sa Ferrari…. (les huées repartent). BHL, il a plein de milliards qu’il a volé on ne sait pas où… En Afrique. »

Humour ? Humour au second, au troisième degré ? Ou harangue populiste, haineuse ? Une chose est sûre : Dieudonné ne rit pas « de tout ». Il caresse son public dans le sens du poil et affine sa ligne politique. Ses sketchs ne s’attaquent pas qu’aux juifs ou au sionistes. Il y a aussi les Américains, les Français, les blancs, les chrétiens. Ils sont racistes, méprisants, bêtes et ridicules. Il brocarde l’école laïque, fait siffler le mouvement « Ni putes ni soumises », mais ne cache guère sa sympathie pour les jeunes filles voilées. Cette dernière représentation de « 1905 » semble confirmer l’analyse de la journaliste Anne-Sophie Mercier qui dans son livre « La vérité sur Dieudonné » (Plon) considère que Dieudonné est désormais un « compagnon de route » des islamistes. Derrière l’humoriste, c’est bien le politique qui se profile et qui ambitionne de fédérer toute une partie des communautés noires et arabes de France. C’est sans doute le sens qu’il faut donner à l’annonce, sur scène à l’issue de son spectacle, de sa candidature à l’élection présidentielle de 2007.

Clément Weill-Raynal

Sentinelle 5769 27/12/2005

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