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2014, l’année la plus chaude ?


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Que les lecteurs(trices) me pardonnent pour ce billet qui peut paraître un peu rébarbatif parce qu'on parle chiffres mais, tout comme moi, vous avez tous lu et entendu, répété ad infinitum par la totalité des médias, en général sous le forme de gros titres, que l'année 2014 était, devrait ou pourrait être, ou encore serait, la plus chaude de tous les temps, du millénaire ou du siècle, ou, plus raisonnablement, depuis que les mesures ont commencé, etc.


D'après ce que j'ai pu voir et entendre, et assez bizarrement, aucun des reporters qui couvrent ces sujets ne semble s'être préoccupé de répondre à quelques questions qui viennent immédiatement à l'esprit des lecteurs un peu curieux et éduqués :

Si l'année 2014 est en passe d'être "la plus chaude", de combien de degrés s'agit-il ?
Le réchauffement proclamé pour l'année 2014 est-il significatif par rapport à la marge d'incertitude qui affecte ces mesures de température ?
Quid, exactement, de la situation de 2014 comparée aux précédentes années les plus chaudes 1998, 2005 et 2010 ?

Visiblement, ces questions n'intéressent pas les médias qui rapportent sur ces affaires climatiques.
Et les lecteurs/auditeurs qui aimeraient être réellement informés restent sur leur faim. On n'en saura pas plus.
Du moins par voie de presse, de radio ou de télé…
Heureusement, il nous reste Internet.

Pourtant, comme vous allez le voir, les réponses à toutes ces questions sont édifiantes. Et ceci à plus d'un titre et, notamment, sur la manière dont l'information sur les affaires climatiques est actuellement délivrée au grand public francophone par la totalité des médias.

A l'origine des très nombreux articles de presse, radio, télé etc. portant sur la température de l'année 2014, "l'année la plus chaude", se trouve un communiqué de presse de l'OMM (L'organisation Météorologique Mondiale, une émanation de l'ONU). Ce communiqué de presse a été diffusé urbi et orbi, peu avant la réunion COP20 organisée par l'ONU à Lima (dont on connaît à présent le résultat peu reluisant). En voici des extraits significatifs :

"Si Novembre et Décembre maintiennent la même tendance, alors 2014 sera probablement l'année la plus chaude enregistrée, devant 2010, 2005 et 1998. Ceci confirme la tendance sous-jacente à long terme au réchauffement. Il est important de noter que les différences entre les classements des années les plus chaudes sont des affaires de seulement quelques centièmes de degré et que des données d'institutions différentes peuvent montrer des classements légèrement différents".[...]

Un peu plus loin dans ce même communiqué.

“ L'information provisoire pour 2014 signifie que 14 des 15 années les plus chaudes se sont toutes produites au cours du XXIe siècle" a dit le secrétaire général de l'OMM, Michel Jarraud. "Il n'y a pas de pause dans le réchauffement climatique".

Il n'y a pas de pause dans le réchauffement climatique, nous affirme le Secrétaire Général de l'OMM ?
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On se demande dès lors pourquoi le dernier rapport AR5 du GIEC inclut une discussion détaillée (Box 9.2 du WGI) sur ce qu'il appelle le "hiatus" des températures d'ailleurs magnifiquement illustré par le le petit histogramme du GIEC ci-contre et qu' un nombre conséquent d'articles qui paraissent, en ce moment même, dans la littérature scientifique cherchent justement à expliquer les causes de cette pause ou hiatus… qui n'existe pas selon Michel Jarraud.

Note : Les lecteurs attentifs remarqueront que les incertitudes qui affectent les tendances (en °C/par décennie) sont notablement inférieures aux incertitudes qui affectent les mesures des températures annuelles que nous allons voir ci-dessous. En effet, l'incertitude sur la pente d'une interpolation linéaire est bien inférieure à celle qui affecte chacun des points interpolés.

Dans la suite, nous allons voir tout cela en détail, avec précision et à l'aide de données objectives.
La question est évidemment celle à laquelle personne n'a répondu ou ne semble avoir envie de répondre :
"En quoi ou de combien, l'année 2014 diffère-t-elle des précédentes" ?

Pour cela, nous allons être contraints de nous plonger dans les bases de données officielles utilisées, notamment, par le GIEC ainsi que dans les données des observations satellitaires. De plus, nous allons également nous interroger sur les domaines d'incertitudes qui affectent les mesures de température du globe, ce que personne ne semble avoir fait dans le petit monde politico-médiatique auquel appartient visiblement l'OMM. Puis, nous tracerons les graphiques correspondants et établirons les tableaux des différences des températures moyennes entre l'année 2014 (jusqu'à présent, c'est à dire en Décembre) et les années précédentes.

Et nous verrons ce qu'il en est exactement.

1) Les bases de données.

Afin d'éliminer tout soupçon de manipulation des données, voici les adresses officielles des bases de données que j'ai utilisées pour tracer les graphiques que vous trouverez ci-dessous. Les deux premières, ou leurs succédanés, sont fréquemment utilisées par les contributeurs du GIEC. Les deux dernières qui sont relatives aux mesures satellitaires de températures n'ont toujours pas reçu les faveurs du GIEC.
Chacun pourra ainsi aisément vérifier l'exactitude des graphes et des données sur les moyennes que j'indique ci-dessous, en utilisant, soit un tableur-grapheur courant tel qu'Excel ou encore, comme je l'ai fait, Origin de Microcal qui est un logiciel à usage professionnel à destination des scientifiques. Cependant, il faut être conscient que les données thermométriques sont parfois modifiées (y compris rétroactivement et longtemps après) par les opérateurs des institutions, peut-être pour tenir compte de résultats non encore parvenus au moment de la mise en ligne. Ceci ne se produit qu'exceptionnellement pour les données satellitaires.

Bases de données mensuelles officielles disponibles Période de référence
NCDC (NOAA) Global : Source des données. Jan. 1901- Déc. 2000

GISTEMP¨LOTI (NASA) Global (Land-Ocean Temperature Index) : Source des données.

Jan. 1951- Déc.1980

RSS-MSU (Satellites -Global de 70.0S à 82.5N) : Source des données.

Jan. 1979 à Déc 1998

UAH : (Université de l'Alabama, Satellites- Global): Source des données. Jan 1981 à Déc. 2010 (recommandé par l'OMM)

On observera que je n'ai pas pris en compte, cette fois-ci, les données HadCRUT4 du Hadley Center comme je le fais d'habitude. La raison tient à ce que les séries de données du Hadley pour 2014 sont encore incomplètes par rapport à celles du NCDC (National Climatic Data Center-NOAA), du GISS (Goddard Institute for Space Science-NASA), du RSS-MSU (ou AMSU à présent) et de l'Université de l'Alabama (UAH- Spencer et Christy) qui, toutes les quatre, incluent maintenant le mois de Novembre 2014. Compte tenu du fait que le Hadley Center, le NCDC et le GISS utilisent (avec des traitements légèrement différents) la même base de données thermométrique GHCN, il est à prévoir que les données du Hadley ne différeront que très peu des deux autres, comme elles le font d'habitude.

A noter également que la prise en compte de la période de référence ne change évidemment pas le classement des années en fonction de leur température moyenne, ni leurs différences relatives. Cette différence des périodes de référence utilisées par les différentes institutions se traduit simplement par une translation verticale de l'ensemble des données dans les graphiques suivants, ce qui équivaut à un changement d'origine sur l'axe des ordonnées. Les valeurs des moyennes des anomalies rapportées par les différents instituts sont d'autant plus importantes que la période de référence est plus éloignée dans le temps comme cela est nettement apparent dans la série des graphes ci-dessous.
Quoiqu'il en soit, j'ai utilisé, dans la suite, les données officielles affichées dans les sites dont je donne les adresses, et évidemment, sans aucune modification.

2) Les incertitudes sur les mesures de température

Il n'est pas toujours facile de se faire une idée précise sur ces affaires d'incertitudes. Cependant, un article récent (2012) a fait le point sur cette question délicate, du moins pour les mesures dites HadCRUT du Hadley Center (UK). Le voici. Sa version .pdf est en accès libre.

(Quantifying uncertainties in global and regional temperature change using an ensemble of observational estimates: the HadCRUT4 data set
Colin P. Morice, John J. Kennedy, Nick A. Rayner and Phil D. Jones., JOURNAL OF GEOPHYSICAL RESEARCH, VOL. 117, D08101, doi:10.1029/2011JD017187, 2012).

Cette étude prend en considération les différentes incertitudes (biais, erreurs sur les mesures, échantillonnage et problèmes de couverture du globe par les thermomètres) qui affectent les résultats des anomalies de température publiés par le Hadley Center. Il est évident que cette analyse concerne également, et à très peu près, toutes les autres bases de données (GISS, NCDC etc.) qui, toutes, utilisent la même base de données thermométriques, le GHCN.

Voici un fac-similé de la Figure 7 de cet article, accompagné de sa légende. Je l'ai complété (partie gauche et flèche) en zoomant sur la portion du graphique autour des années 50, afin de mettre en évidence les incertitudes analysées dans l'article et clairement visibles dans cette Figure 7.

Les incertitudes (à 95% de confiance) sont d'environ ± 0,1°C qui semblent se réduire à ~ ± 0.09°C pour les années récentes.

On retrouve ces mêmes domaines d'incertitudes pour les séries moyennées sur une année dans les 3e et 4e graphiques de la Fig. 6 du même article. Une prise en compte plus fine des incertitudes devrait, si possible, faire intervenir les écarts types, les percentiles etc. Cependant, cette prise en compte des incertitudes est largement suffisante pour le but que nous poursuivons ici.

incertitude

 

 

Figure 7 - "Comparaison entre les anomalies de la température moyenne globale de 1850 à 2010 (en °C, par rapport à la moyenne des années 1961-1990) pour la moyenne du HadCRUT4 (en rouge) et pour le HadCRUT3 (en bleu). Les intervalles à 95% de confiance sont représentés par les zones hachurées."

 

 

 

 

 

Les mesures satellitaires de la température de la basse atmosphère (la troposphère), en contact direct avec le sol de la planète, dites TLT (Temperature Lower Troposphere) sont également affectées par d'autres types d'incertitudes qui ont fait l'objet d'études attentives. Par contre, elles sont notamment exemptes des problèmes d'UHI (l'effet de chaleur des îlots urbains en expansion ce qui tend à faire monter les températures autour des thermomètres) ainsi que des questions de TOBS (Time of observation, Moment de la prise de mesure) etc. Elle bénéficient évidemment d'une couverture continue, quasi complète et instantanée de la planète sauf pour une zone limitée située à proximité des pôles.
Les erreurs qui affectent les mesures TLT qu'il s'agisse de RSS-MSU ou UAH qui utilisent des trains de satellites différents, dépendent, entre autres facteurs, de l'incidence des faisceaux de mesure et de la longitude. Un article de Carls Mears qui est le responsable des mesures RSS-MSU a fait le point sur ces questions.

On trouvera sous ce lien du RSS-MSU (-AMSU) les données détaillées (en format .nc) concernant les incertitudes affectant des séries de mesures prises pendant l'année 2014. Dans la suite et dans un souci de simplification, j'ai utilisé les mêmes barres d'erreurs de ± 0,09°C pour les mesures satellites que pour les mesures terrestres, ce qui ne change d'ailleurs pas grand chose au constat global.
A noter que, si on prend en compte les différentes périodes de référence utilisées par ces deux organismes, on observe que les données TLT de l'Université de l'Alabama (UAH) ne diffèrent que rarement de celles du RSS-MSU de plus d'un dixième de degré.
Par contre et comme je l'ai montré dans le billet précédent, ces deux dernières peuvent différer de quelques 0,4°C des données des mesures thermométriques telles que GISS-LOTI comme elles l'ont notamment fait au cours des derniers mois écoulés (en tenant compte des différentes périodes de référence), ce qui est évidemment considérable par rapport au réchauffement revendiqué (par rapport aux périodes de référence) qui n'est que d'environ 0,6 à 0,7°C comme on le voit sur les graphiques suivants.

Voici donc les graphiques tracés à partir des données relevées dans les sources indiquées. Je donne aussi un tableau comparatif des moyennes annuelles des données rapportées par les différents instituts. Comme vous le constaterez et au vu des très faibles écarts observés, on est contraint de travailler avec des décimales (ridicules) qui n'ont évidemment aucun sens du point de vue de la mesure mais qui en ont lorsque l'on calcule, avec précision, des différences. Ceci afin d'éviter de cumuler les erreurs d'arrondi.

3) Les graphiques et les données des anomalies de température :

Tous les graphiques de ce billet sont superposables entre eux. Ils ont été tracés avec les mêmes échelles des abscisses et des ordonnées.
Ils sont présentés sous forme de colonnes dont la hauteur indique la température moyenne de l'année considérée.
A la différence des nombreux graphiques de ce type que l'on peut trouver dans la littérature, les nôtres indiquent les marges d'incertitudes sous la forme de barres verticales de couleur noire. C'est une pratique courante, sinon obligatoire, dans tous les domaines de la science : Toute mesure doit être accompagnée de sa marge d'incertitude sauf à perdre sa signification.

NCDCannual
GISS-LOTI-annual

A) Les mesures "thermométriques"

-Le National Climatic Data Center de la NOAA (ci-contre)

Le tableau ci-dessous indique les différences calculées entre les moyennes annuelles des années "les plus chaudes" de la période 1998-2014.

Année X Temp. Moyenne °C Différence 2014-X
1998 0,63083 0,046 °C
2005 0,645 0,031 °C
2010 0,65083 0,026 °C
2014 0,67636 0 °C

Autrement dit, selon cette institution (le NCDC de la NOAA) "l'année la plus chaude" (de tous les temps comme disent certains), en moyenne, à la surface du globe, aurait été :

plus chaude que l'année 2010 d'environ 3 centièmes de degré.
plus chaude que l'année 2005 d'environ 3 centièmes de degré.
plus chaude que l'année 1998 d'environ 5 centièmes de degré.

-Le Goddard Institute de la NASA (ci-contre) :

Année X Temp. Moyenne °C Différence 2014-X
1998 0,60917 0,058 °C
2005 0,65 0,017 °C
2010 0,6575 0,01 °C
2014 0,66727 0 °C

Autrement dit, selon cette institution (le GISS de la NASA) "l'année la plus chaude" ("de tous les temps"), en moyenne à la surface du globe, aurait été :

plus chaude que l'année 2010 d'environ UN centième de degré.
plus chaude que l'année 2005 d'environ 2 centièmes de degré.
plus chaude que l'année 1998 d'environ 6 centièmes de degré.

Autant dire que ces différences d'un, de deux, de trois ou même de 6 centièmes de degré sont, en réalité, imperceptibles et n'ont aucune signification dans une collection de résultats de mesures qui sont déterminés à plus ou moins un dixième de degré près.

En réalité, l'anomalie de température de l'années 2014 est donc parfaitement indistinguable de celle des années 1998, 2005, 2010, ainsi d'ailleurs, en toute rigueur, que de toutes les années dont les marges d'incertitudes (trait vertical noir) interceptent les zones en grisé. C'est à dire au moins de toutes les années depuis 1997, sauf les années plus froides 1997, 1999 et 2000 pour le GISS-LOTI et 1999 et 2000 pour le NCDC-NOAA.

De fait, on ne saurait mieux illustrer le fait que le globe se trouve, encore et toujours, sur un plateau de température, et ceci au moins, depuis 1998. Le responsable de l'OMM (déjà épinglé dans le passé pour d'autres déclarations du même type) le reconnaît implicitement lui-même (mais le renie dans une déclaration qui contredit la première partie de sa phrase) en déclarant que :

" Il est important de noter que les différences dans les classements des années les plus chaudes sont seulement une affaire de quelques centièmes de degré et que différents jeux de données peuvent donner des classements différents"..[ et plus loin ] "Il n'y a pas de pause dans le réchauffement climatique".

En effet, si "les classements des années les plus chaudes sont seulement une affaire de quelques centièmes de degré" (ce qui est exact – mention d'ailleurs "négligée" ou "oubliée" par la quasi-totalité des reportages médiatiques), alors que personne n'est capable de mesurer l'évolution de l'anomalie de température avec cette précision, ceci signifie que ces années sont indistinguables entre elles et que la seconde partie de la phrase de Michel Jarraud : "Il n'y a pas de pause dans le réchauffement climatique" n'a pas de sens. Au contraire, ces années "record" qui s'étalent d'un bout à l'autre d'une période de 16 années sont indistinguables entre elles et on se trouve donc sur une "pause" ou un "hiatus" comme le dit le GIEC.

A noter, en passant, que même si les observations futures venaient à confirmer les modèles utilisés par le GIEC qui projettent une progression d'environ +0,2°C/décennie – ce dont on est très loin, on est plutôt proche de 0,04°C/décennie depuis 16 ans - il faudrait environ 5 ans de hausse continuelle pour que la hausse des températures moyennes devienne significative, c'est à dire supérieure à l'incertitude d'un dixième de degré.

B) Que nous disent les mesures satellitaires RSS-MSU et UAH ?

rss-msu
UAH-annual

 

Comme on le voit immédiatement, les mesures satellitaires RSS-MSU de la température moyenne globale de la basse troposphère, en contact direct avec la planète, ne montrent rien de particulier pour ce qui concerne l'année 2014.

2014 n'est pas une année "record".

2014, l'année "la plus chaude" selon l'OMM a, en réalité, été dépassée à de multiples reprises depuis 1998 selon les données satellitaires.

Je n'ai pas perdu de temps à calculer les différences de températures entre les "années record".

C'est inutile. Le résultat est évident au vu de ce graphique.

 

 

 

Pour ce qui est des mesures de l'Université de l'Alabama, UAH :

L'année 2014 n'est pas et ne sera probablement pas non plus l'année la plus chaude pour les mesures satellitaires UAH comme on peut le constater sur le graphique ci-contre et comme le déclare un des responsables (Roy Spencer) de ces mesures satellitaires.

 

Ces graphiques se passent de commentaires.

 

 

 

 

 

 

Plus intéressante est la comparaison des prédictions/scénarios des modèles du GIEC avec les mesures effectives de température, en les complétant par les données pour l'année 2014 dont nous disposons actuellement.

4) Quid de l'année 2014 quant à la divergence modèles/observations ?

Il est évident que ce ne sont pas des variations de l'anomalie de température de l'ordre du pour cent de °C pour 2014 qui pourraient modifier, en quoi que ce soit, le plateau qui se poursuit depuis 1998 et la divergence modèles/observations, sauf à l'aggraver, comme on peut le voir sur les deux graphiques suivants.


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Ci-contre, le graphique présenté par le GIEC dans la version au second ordre du rapport AR4 en 2013, mis à jour en le complétant avec ce que nous savons des mesures thermométriques (NCDC et GISTEMP LOTI) pour l'année 2014 (Décembre exclu).

Comme vous le voyez, l'ajout de l'année 2014 n'améliore en rien la divergence évidente entre les modèles(en couleur) et les observations (en noir). A l'évidence, les modélisations numériques "surchauffent" la surface de la planète.

 

 

Pour sa part, Steve McIntyre, le pourfendeur pointilleux et tenace de la fameuse crosse de hockey de Michel Mann, a superposé les dernières projections du modèle CMIP RCP 4.5 avec les données disponibles du HadCRUT4. Voici, ci-dessous, le résultat de cette superposition.

Deux des pics négatifs que l'on peut observer dans la courbe noire simulée et dans son intervalle de confiance à 95% (en grisé) correspondent aux éruptions volcaniques des années 1982 ( El Chichon) et 1991 (Pinatubo) dont les refroidissements simulés induits sont d'ailleurs nettement plus visibles dans les simulations que dans les observations.

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Figure 1. "Moyenne des ensembles de modèles CMIP RCP4.5 (en noir) et 5-95% enveloppe en percentile en gris comparée aux mesures HadCRUT4 (en rouge). En tirets bleu, la projection du plateau/ralentissement de 1997-2014 jusqu'en 2030. En tirets rouge, une projection qui rattraperait la moyenne des modèles CMIP5 RCP4.5 vers 2030."

A noter que, pour des raisons de commodité, Steve McIntyre a utilisé les données RCP4.5 dont le scénario d'émission est inférieur à celui qui s'est produit dans la réalité. S'il avait utilisé le RCP8.5, plus proche de la réalité du point de vue des émissions, la divergence aurait été encore plus importante.

 

 

Steve McIntyre détourne ironiquement le mantra de Michel Jarraud de l'OMM au sujet des températures, dans un billet – non moins ironiquement – intitulé

"Désaccord "sans précédent" avec les modèles": (caractères engraissés par PU)

 

 

 

 

La divergence entre la surchauffe prévue par les modèles et les températures de surface en 2014 a été la quatrième dans l'histoire des mesures et 5 des plus grandes divergences entre les modèles et les observations se sont produites durant les 6 dernières années.

5) Compléments et conclusion :

Parmi beaucoup d'autres, le journaliste scientifique David Whitehouse ne mâche pas ses mots quant au communiqué de presse de l'OMM, non plus d'ailleurs qu'au sujet du communiqué de presse du Met Office UK. Voici ce que David Whitehouse écrit à ce sujet, (caractères engraissés par PU), dans un billet intitulé "La surchauffe du reportage médiatique" dans lequel il cite des extraits du communiqué de presse de l'Office Météorologique UK.

0.01 +/- 0.1 

"Nulle part, dans le communiqué de presse de l'OMM, il n'est fait mention des erreurs dans la mesure de la température moyenne de la surface du globe. L'erreur est de +/- 0,1°C. Ainsi 2014 est de 0.01 +/- 0.1 °C plus chaude que 2010. Appuyer ses conclusions sur une telle mesure est ridicule.

[...] L'Office Météorologique (le Met Office) du Royaume Uni a publié ses prévisions pour 2014. Ils disent que la température moyenne du globe de Janvier à Octobre, en se basant sur les données HadCRUT4 (compilées par l'Office de Météorologie et le Centre de Recherche Climatique de l'Université d'East Anglia), est de 0.57 °C (+/- 0.1) au dessus de la moyenne à long terme (1961-1990). Ils disent que ceci est cohérent avec les affirmations de l'Organisation Météorologique Mondiale (OMM) "avec encore deux mois de données à ajouter, le chiffre pourrait changer mais, à l'heure actuelle", 2014 est juste au dessus du précédent record de 0.56°C établi en 2010 ( NdT : Soit une augmentation de un centième de °C !) dans les données globales qui remontent à 1850. La valeur finale pour cette année sera très proche de l'estimation centrale de 0,57°C de la prévision du Met Office pour 2014 effectuée à la fin de l'année dernière."

La fin du communiqué de presse du Met Office adopte un ton plus raisonnable. Colin Morice [NdT: qui est l'un des auteurs de l'article que j'ai donné plus haut en référence], un climatologue du Met Office dit : "Les années record ou proches des records sont intéressantes mais le classement des années les unes par rapport aux autres doit être traité avec une certaine prudence parce que les incertitudes dans les données sont plus grandes que les différences entre les années record. Nous pouvons dire que cette année complétera la série des températures proches des records que nous avons vues durant la dernière décennie."

On ne saurait mieux dire que Colin Morice qui exprime exactement ce que j'ai montré dans ce billet. Les années "records" sont indistinguables entre elles et, a fortiori, l'année 2014.

Pour sa part et parmi d'autres, la climatologue Judith Curry a consacré à ce sujet un billet intitulé
"Le travesti (ou le déguisement) de "l'année la plus chaude"

Elle rejoint évidemment les observations précédentes. Voici quelques extraits de son billet :

[...] "Eh bien, classer 1998, 2005, 2010 et 2014 comme "les années les plus chaudes" apparaît tout à fait cohérent avec un plateau de température depuis 1998.

[...]Même si 2014 maintient son statut parmi le top 4 des années les plus chaudes en quoi cela impacte-t-il l'affaire de "la pause" ? [...]La véritable question est relative à la divergence croissante qui existe entre les projections des modèles et les observations de la température de surface.[...] Mettre à jour le diagramme pour y inclure l'année 2014 ne fera qu'augmenter la divergence entre les modèles et les observations parce que les modèles montrent un réchauffement inexorable.[...]  .

Alors que le rapport de l'OMM [NdT : qui est un organisme de l'ONU] n'était pas déraisonnable, leur communiqué de presse constitue une tentative évidente pour influencer les délibérations à Lima, dans le sens de l'alarmisme."

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Et Judith Curry conclut son billet avec ce petit cartoon ironique que j'ai francisé :

 

 

En conclusion :

Les médias ont fait beaucoup de bruit pour rien.

On peut comprendre que la totalité de la presse nationale s'efforce d'épauler les efforts du gouvernement qui a décidé (fort imprudemment, à mon avis) de faire du COP21 à Paris-Le Bourget, en 2015, un succès.

Mais ceci a été fait sans aucune investigation, au détriment de la complétude et de l'exactitude de l'information communiquée au grand public. L'information délivrée sur cette question a été systématiquement tronquée voire dissimulée au public et ceci, manifestement, dans un but politique.
Dans ce domaine, comme dans les autres, la fin ne justifie pas les moyens.
Les médias traditionnels y perdent en crédibilité ce qui n'arrange pas leurs affaires face à la concurrence d'Internet qui attire, à présent, de plus en plus de lecteurs. On comprend pourquoi.

Il est non moins inquiétant qu'un organisme mondial comme l'OMM de l'ONU, supposé paré de tous les attributs de la science, publie des communiqués de presse de cette nature. Là encore, si on peut comprendre que l'OMM et son secrétaire général soient contraints de s'inscrire dans le cadre de la politique de l'ONU, s'agissant de science et d'observations objectives, les non-dits, l'ellipse et l'hyperbole ne sont pas admissibles.

On comprend également la situation délicate dans laquelle se trouve le Met Office UK qui, lui aussi, pour des raisons évidentes, se voit contraint de s'inscrire dans le cadre de la politique gouvernementale de son pays. Mais, à sa décharge et à la différence de l'OMM, on observe que son communiqué de presse inclut volens nolens et à la fin du texte, les observations du climatologue Colin Morice du Met Office qui semble être le seul à informer correctement le grand public.

Hélas, c'est un bien triste constat sur la manière dont les médias informent le grand public. sapin
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Meilleurs vœux pour 2015, à toutes et à tous,
… sur un globe qui ne s'est toujours pas réchauffé de manière mesurable depuis, au moins, 1998 et tout particulièrement durant l'année 2014.

Prenez des forces, reposez vous bien. Nous en aurons besoin. Sans aucun doute, à l'approche du COP21 à Paris, l'année médiatique 2015 sera "la plus chaude"…

Stay tuned !
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Addendum du 18 Janvier 2015 : La NASA et la NOAA viennent de publier leurs données pour le mois de décembre 2014; Les conclusions sont inchangées.

Comme promis, voici les mises à jour pour les températures moyennes globales pour 2014, incluant le mois de Décembre, selon le GISS-LOTI, le NCDC, UAH et RSS.
Je reprends la mise en forme précédente en actualisant les tableaux. Les corrections à apporter par l'introduction des données du mois de décembre sont de l'ordre de quelques millièmes de degré (!),ce qui peut affecter les arrondis.

-Le National Climatic Data Center de la NOAA (ci-contre)

Le tableau ci-dessous indique les différences calculées entre les moyennes annuelles des années "les plus chaudes" de la période 1998-2014.

Année X Temp. Moyenne °C Différence 2014-X
1998 0,63083 0,058 °C
2005 0,645 0,044 °C
2010 0,65083 0,038 °C
2014 0,6892 0 °C

Autrement dit, selon cette institution (le NCDC de la NOAA) "l'année la plus chaude" (de tous les temps comme disent certains), en moyenne, à la surface du globe, aurait été :

plus chaude que l'année 2010 d'environ 4 centièmes de degré.
plus chaude que l'année 2005 d'environ 4 centièmes de degré.
plus chaude que l'année 1998 d'environ 6 centièmes de degré.

-Le Goddard Institute de la NASA (ci-contre) :

Année X Temp. Moyenne °C Différence 2014-X
1998 0,60917 0,066 °C
2005 0,65 0,025 °C
2010 0,6575 0,0175 °C
2014 0,675 0 °C

Autrement dit, selon cette institution (le GISS de la NASA) "l'année la plus chaude" ("de tous les temps"), en moyenne à la surface du globe, aurait été

plus chaude que l'année 2010 d'environ UN à DEUX centièmes de degré.
plus chaude que l'année 2005 d'environ 2 à 3 centièmes de degré.
plus chaude que l'année 1998 d'environ 6 à 7 centièmes de degré.

Autrement dit, encore et en tenant compte des erreurs d'arrondis, la prise en compte du mois de décembre introduit, dans les mesures des températures moyennes annuelles de surface, une augmentation de 0 à 1 centième de degré par rapport aux données précédentes.

Autant dire que ces différences d'un, de deux, de trois, ou même de 7 centièmes de degré sont, en réalité, imperceptibles et n'ont aucune signification dans une collection de résultats de mesures qui sont déterminés à plus ou moins un dixième de degré près, c'est à dire avec une marge d'erreur totale d'environ 0,2°C.

En réalité, l'anomalie de température de l'années 2014 est donc parfaitement indistinguable de celle des années 1998, 2005, 2010, ainsi d'ailleurs, en toute rigueur, que de toutes les années dont les marges d'incertitudes (trait vertical noir) interceptent les zones en grisé dans les graphiques ci-dessus. C'est à dire, au moins, de toutes les années depuis 1997, sauf les années plus froides 1997, 1999 et 2000 pour le GISS-LOTI et 1999 et 2000 pour le NCDC-NOAA. On ne saurait mieux illustrer le fait que nous sommes actuellement sur un plateau de température qui se poursuit depuis, au moins, 17 ans.

Pour sa part, BEST, l'organisme de l'Université de Berkeley (USA) indépendant qui affirme avoir réduit les marges d'incertitudes à ± 0,05°C (!) enfonce le clou. BEST déclare que (caractères engraissés par PU) :

Le domaine d'incertitude que nous avons atteint est remarquablement réduit (0,05°C avec une confiance de 95%). Ceci a été obtenu en partie par l'introduction de données à partir de 30000 stations de température et par l'utilisation de méthodes d'optimisation statistique. Mais même dans ces conditions, l'année la plus chaude n'a pas pu être distinguée.
Bien entendu, ceci indique que la température moyenne de la Terre n'a que très peu changé durant la dernière décennie.

On ne peut mieux dire que le réchauffement climatique fait "la pause". (Voir, sur le même sujet, le billet de Judith Curry).

Pour ce qui est des mesures satellitaires UAH comme RSS-MSU, les variations des températures moyennes globales annuelles dues à la prise en compte du mois de décembre ne sont que d'environ 0,003 °C qui sont évidemment imperceptibles sur les graphiques rapportés ci-dessus. Ces graphiques demeurent donc inchangés. Ils montrent que la température moyenne de la basse atmosphère durant l'année 2014 ne présente aucun caractère particulier par rapport aux années précédentes.
Ainsi que l'ont montré les analyses précédentes, on observe que la divergence entre les mesures satellitaires et les mesures thermométriques s'accroît d'année en année. Il s'agit là d'un problème qu'il faudra bien résoudre un jour ou l'autre.

Note : Des experts en métrologie ou, plus couramment, des chercheurs habitués à la pratique de diverses mesures en physique et en thermique, s'étonnent que des institutions se déclarent capables d'évaluer des variations de la température moyenne globale de l'ordre de quelques centièmes de degré, d'un objet aussi vaste, hétérogène et convectif qu'une couche d'air plus ou moins confinée, répartie sur toute la surface de toute la planète…

Pour ma part, je me suis contenté de reproduire ici les résultats communiqués par ces différentes institutions avec les marges d'erreurs retenues, sans porter de jugement.
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Mise à jour du 18 Janvier 2015 : Des éclaircissement sur les incertitudes et les probabilités.

Bien entendu, de nombreux scientifiques/journalistes scientifiques (anglophones) qui sont au courant des incertitudes qui affectent les mesures de température se sont émus, tout comme moi, des affirmations péremptoires répercutées par tous les médias selon laquelle "l'année 2014 est la plus chaude etc."

L'un de ces journalistes scientifiques, (David Rose UK), a demandé (sur Twitter) des explications, à ce sujet, directement à Gavin Schmidt. Schmidt est le successeur de James Hansen notamment en tant que responsable de ces mesures au GISS de la NASA. Celui-ci lui a répondu que la présentation orale à la presse des données de température incluait effectivement une estimation des différentes probabilités qui tenaient compte des marges d'incertitudes.
Voici le tableau inclus dans le tweet de Gavin Schmidt :

nasanoaa

Ce tableau est intitulé "Le classement des années records est sensible à la méthodologie et à la couverture"


Il indique, entre autres, que le probabilité que 2014 soit "l'année la plus chaude" est d'environ 48% (un peu mois d'une chance sur deux) pour la NOAA et d'environ 38% (un peu plus d'une chance sur trois) pour la NASA.

 

 

 

 

Sous le titre "Le calcul des probabilités pour le classement de l'année 2014" la NOAA explique la dialectique utilisée pour déterminer les probabilités indiquées ci-contre et donne quelques compléments :

"En utilisant la méthode de Monte-carlo (Arguez et al, 2013), le NCDC a pris en compte l'incertitude connue pour la température annuelle des terres et des océans du globe pour la détermination du classement de l'année 2014. En tenant compte de l'incertitude et en supposant que toutes les années (1880-2014) dans les séries de données sont indépendantes, les chances de 2014 d'être :

  • L'année la plus chaude : 48.0%
  • Une des cinq années les plus chaudes : 90.4%
  • Une des dix années les plus chaudes : 99.2%
  • Une des vingt années les plus chaudes : 100.0%
  • Plus chaude que la moyenne du XXe siècle : 100.0%
  • Plus chaude que la moyenne des années 1981-2010 : 100.0%"

Si, maintenant, on se rapporte aux éléments de langage rappelés (ci-dessous) par la NOAA, donnant une définition précise des fameux "probable", "improbable", "très probable", etc. on trouve que les probabilités indiquées dans le communiqué de presse présenté par Gavin Schmidt tombent dans la catégorie "more unlikely than likely" (plus improbable que probable, ce qui est justifié par le fait que les probabilités sont inférieures à 0,5 soit 50%) aussi bien pour le NCDC de la NOAA que pour le GISS de la NASA.


likely
Autrement dit, se conformant aux conventions tabulées (ci-contre) par la NOAA (et le GIEC) (h/t WUWT, Motl) dans le même billet de la NOAA, tous les médias auraient dû intituler leurs articles par la phrase suivante :

"Il est plus improbable que probable que l'année 2014 a été l'année la plus chaude"

Ou bien, du moins pour la NOAA, "il est très probable (90%<90,4 <99%) que l'année 2014 est l'une des cinq années les plus chaudes" ou encore, " il est presque certain (99,2%>99%)) que l'année 2014 est l'une des dix années les plus chaudes", et encore, "il est certain (100%) que l'année 2014 est l'un des 20 années les plus chaudes".

.. Ce qui aurait été exact mais aurait fait désordre par rapport au mantra ambiant dans la perspective de la conférence Climat COP21 à Paris.

C'est pourtant ce qu'auraient fait des journalistes bien renseignés et soucieux d'exactitude et de précision quand il s'agit d'informer leurs lecteurs. Il faut bien reconnaître que les NOAA/NASA ont omis (on se demande bien pourquoi …) d'évoquer les probabilités dans le communiqué de presse distribué aux médias. Les médias sérieux auraient dû remonter jusqu'à la source de la présentation (en particulier, sur le site de la NOAA indiqué) faite à la presse.
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Maj du 27/01/2015 : Les seules données manquantes, celles du HadCRUT4 britannnique, viennent juste d'être publiées. Celles-ci sont commentées par le Met Office de la manière suivante (texte engraissé par PU) :

“Les données HADCRUT4 (compilées par le Met Office (UK) et le Centre de Recherche sur le Climat de l'Université d'East Anglia) montrent que l'année dernière a été de 0,56°C (±0.1C) au dessus de la moyenne à long terme des années (1961-1990). En principe ceci classe 2014 comme la co-détentrice du record de chaleur avec 2010 mais les domaines d'incertitude indiquent qu'il n'est pas possible de dire de manière définitive laquelle parmi plusieurs années récentes a été la plus chaude."

Voilà qui est honnête et conforme à ce que nous avons dit plus haut. A noter que l'agence de presse US, l'AP (Associated Press), a tempéré ses premières déclarations en évoquant également les incertitudes des mesures. Dommage qu'ils ne l'aient pas fait avant et que d'autres n'aient pas suivi son exemple !
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Stay Tuned ! Le prochain billet paraîtra sous peu…

Pensée unique 28/1/2015

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