Esquisse sur la guerre d’Algérie

 Il s’agira de tenter de percer deux énigmes principales :

       1/Pourquoi les habitants de l’Afrique du Nord ont-ils basculé d’une colonisation à une autre, de type arabo-islamique ? Car, contrairement aux apparences, cette dernière est en effet bel et bien plus étrangère, plus féroce, injuste, et humiliante que la française. Elle importe en effet une langue, qui n’était ni parlée ni écrite, y compris avant l’arrivée de la France[1], et impose une dictature identitaire unique et un affairisme jamais vu auparavant ; maquillée par un bourrage permanent des urnes, appris sans doute aux côtés des courants extrêmes de l’Administration française des années 1946-51. Ce qui envenime par la même occasion le sort de tous, jusqu’à voir cette contrée disparaître désormais de l’histoire du monde ; même si elle vivote encore comme appendice de la Ligue arabe, cet ectoplasme, ou coquille vide.

2/De son côté, l’administration française d’après guerre fut héritière d’une erreur magistrale datant de la fin du XIXème siècle, celle de la séparation organisée des communautés, et ce, sans rire, pour le « bien » des… autochtones. Rappelons en effet que Napoléon iii s’inspira de Thomas Ismaïl Urbain dont les bonnes intentions visaient à « protéger » ces derniers contre « la minorité des colons européens[2] ». Ce qui eut l’effet contraire. C’est que l’on appelle aujourd’hui le communautarisme. Ou l’apartheid soft. Au lieu de proposer d’emblée l’assimilation et la naturalisation d’office comme le proposait certains implantés[3] ; ce qui aurait eu certes pour objet de se heurter aux pouvoirs des tribus et des autorités religieuses islamiques, mais aussi de sécréter une voix nouvelle qui aurait pu tracer dans le réel, l’idée que l’affiliation à la République française signifiait bien plus une appropriation des idées de démocratie et de libertés de penser et d’entreprendre nécessaire pour tout réel humain, sans que l’on perde pour autant sa spécificité.
Ce ne fut pas cette voie là qui fut suivie par l’administra­tion française, en particulier celle de Napoléon iii et son idée de « royaume arabe ». Elle crut qu’en renforçant, culturellement, la seule variable arabo-musulmane[4], tout en manipulant, politiquement, le processus électoral (de 1948 et de 1951 par exemple[5]) ils pouvaient astreindre l’aile national islamiste de Messali Hadj[6], et s’accommoder d’une société duale de type sinon d’apartheid du moins communautariste. Celle-ci exista cependant bel et bien et se renforça après 1962. En effet, l’autre aile du mouvement indépendantiste, celle des arabo-socialistes nassériens, envisageait explicitement cette césure. Elle gagna la manche en éliminant tout le monde, « centristes » à la mode comme Abbane[7]… Car les Français et européens[8] implantés s’y prirent mal et au lieu de poser le problème sur des bases démocrates et universelles ils choisirent la manipulation et le fait d’enfermer l’Afrique du Nord dans l’unique dimension « musulmane » alors que nombre d’autochtones refusaient d’être perçus ainsi ; ce qui ne put que renforcer l’aile arabo-islamique et amoindrir des démocrates comme Ferrat Abbas[9].
 
Précisons ces deux points.
 
Indépendamment de ses illusions, de ses erreurs, spécifiques, la présence française ne peut guère être réduite à ses exactions militaires et ses acquisitions (propres à toute invasion). Ou alors il faut également faire de même pour l’invasion arabo-islamique. Sauf que la présence française avait une bien meilleure légitimité historique que cette dernière parce qu’elle pouvait se réclamer de la civilisation romaine et chrétienne à laquelle les Berbères ont massivement contribué, y compris contre Rome, on l’a vu.
Sans l’invasion arabe, la Berbérie serait encore aujourd’hui une terre occidentale au sens culturel alors que depuis qu’elle s’est tournée vers l’Orient, jusqu’à imiter celui-ci dans les moindres turbans, elle n’a fait que régresser.
 
Il est donc clair qu’il ne faut pas réduire la présence française et son action au métro parisien Charonne et à diverses exactions isolées, condensés supposés génocidaires de son invasion et sa répression propres aux xixe et xxe siècle. Parce que, d’une part, la France n’a pas été la seule à envahir et à réprimer dans cette région (on oublie la Turquie), et que, d’autre part, la France est en réalité liée à la Berbérie du Nord, du fait de son propre passé chrétien.
 
Voilà pourquoi Saint Louis désira s’arrêter à Tunis lorsqu’il revint de croisade[10]. Il ne pouvait en effet oublier comme je l’ai indiqué dès le départ de cet ouvrage que les principaux Pères du christianisme viennent de Berbérie : Cyprien, Tertullien, Augustin[11], le pape Victor ier (qui arrêta le nombre des évangiles, rappelons-le[12]).
 
Car le christianisme s’est peu à peu répandu en Afrique du Nord à partir du ier siècle, mais ce à l’insu de Rome et même contre elle, du moins jusqu’à l’avènement de Constantin au ive siècle. La lutte entre saint Augustin et le donatisme par exemple mettait en prise des centaines d’évêques de chaque côté, on l’a vu[13].
Par contre, l’islam s’est imposé par les armes et principalement ainsi. Il a massacré d’entrée de jeu ; aussi est-il ridicule de reprocher uniquement aux Français cette façon de faire, surtout lorsque, il n’y a pas si longtemps, le fln tua au moins cinquante mille de ses propres membres[14], sans parler des messalistes, des berbéristes, et des centaines de milliers de morts des années 1990.

En définitive il s’avère que l’islam, au lieu de se greffer comme élément cultuel et culturel charrié à la façon du judaïsme, du christianisme authentique, voulut leur interdire de regarder la grandeur de leur passé (comme il le fit d’ailleurs en Arabie, à la Mecque, alors que toutes les religions pouvaient prier autour de la pierre noire). Non seulement le passé chrétien (qui dura plus de mille ans et… dure encore, voire même renaît…). Mais également le passé préchrétien qui vit un Massinissa imposer la Berbérie[15] comme puissance montante face à Carthage et Rome[16].
Avec l’islam les Berbères furent frappés d’amnésie, d’où leur ferveur à le défendre, comme s’ils n’existaient que par lui en lui pour lui…
 
Il est vrai que si les Berbères, des campagnes, (ceux des villes s’enfuirent ou se réfugièrent dans les montagnes) s’accommodèrent si bien de cette hérésie, (par opposition à la ville comme je l’ai suggéré), ce fut sans doute parce qu’ils crurent avoir été membres de l’islam de tout temps.
Ils se soumirent donc aux Turcs, (gardiens de la Mecque, une épée de Mahomet est toujours au palais Topkapi de l’ex-Constantinople), et ce durant plusieurs siècles jusqu’à l’arrivée de la France (ce que l’on oublie trop souvent), les habitants d’Alger s’adonnant à la Course, se transformant en pirates sur les côtes, vivant de prise d’otages et de rapines, infestant en un mot la Méditerranée, d’où l’intervention de la France pour que cela cesse.
 
Mais lorsque les Berbères crurent se réveiller en menant (pour les autres) la majeure partie de l’effort de guerre en vue d’une indépendance dans laquelle toute leur diversité ethnique, religieuse et culturelle pourrait voir le jour (comme ils le crurent lors du Congrès de la Soummam avant que « Krim » ne se débarrasse d’Abane Ramdane[17]), ce fut, en réalité pour s’abandonner, à nouveau, au joug d’une armée d’opérette installée confortablement au Maroc et en Tunisie tout le long du conflit avec la France. Tout en allant chercher ses ordres au Caire. Ce qui leur aliéna Messali Hadj qui ne voulait pas obéir au socialisme arabe nassérien (sans doute parce qu’il le ne le trouvait pas assez arabo-islamique au sens traditionnel[18], car lui aussi voulait construire un « Maghreb arabe[19] » ; ce qui précipita l’« extermination » de ses partisans par le fln[20].
Les Français « de souche », du moins les officiels, espéraient depuis Napoléon iii[21] devenir une « puissance musulmane » et tentent encore de le réaliser en France actuellement en soutenant la junte militaire et son idéologie.
Pourquoi était-ce impossible ? Parce que dans ce cadre là l’attachement à l’islam en tant qu’entité politico-religieuse (à la différence du judéo-christianisme) aurait toujours prévalu et empêché de fait un brassage. Le seul moyen aurait été d’encourager la pluralité religieuse et culturelle en n’entravant pas d’une part l’effort de redécouvrement chrétien effectué par les Kabyles ; en supportant d’autre part les efforts laïcs de certains arabophones qui refusaient la mainmise islamique sur le mouvement de libération[22].
Il n’en fut rien.
Raymond Aron avait donc sinon raison du moins de meilleurs arguments que Jacques Soustelle lorsque le premier préconisa contre le second de sortir au plus vite du guêpier « algérien[23] ». Ne serait-ce déjà que par le facteur démographique. Et ensuite par l’incompatibilité entretenue volontairement par les messalistes, les ouléma et les divers dirigeants arabo-nassériens du fln entre islam et démocratie.
Pourtant, la civilisation dite uniquement « arabe » s’avère être historiquement une fiction fabriquée très récemment : au xixe siècle par les colonisateurs français et anglais, au xxe siècle et à partir des années 1930 par les nationalistes arabistes lorsqu’ils prirent comme exemple le nazisme.
Par ailleurs les faits historiques, non falsifiés, montrent que son déclin actuel, remontent dès la fin du xie siècle, à la suite de l’effondrement omeyyade (par ailleurs d’origine syrienne, c’est-à-dire non arabe, la langue arabe n’étant devenue langue officielle en Syrie que dans les années 1920). L’extension abbasside qui prit la suite des Omeyyades est bien plus un conglomérat de peuples dominés par les Kurdes (Saladin), les Perses (Avicenne) et… les Afro Berbères (Almoravides Almohades). Jusqu’à l’invasion Tartare ; puis Turque.
 
Les plus idéologues des arabistes contemporains sont conscients de ce fait, bigarré, composite ; aussi utilisent-ils, alternativement, le religieux comme sédiment et moteur, – par exemple lorsque le mot “arabe” devient trop vague ou s’es­tompe depuis la disparition d’un Nasser ou l’effondrement d’un Saddam Hussein –, en considérant, cette fois, que c’est par l’islam, qu’une telle civilisation aurait pu voir le jour.
Et d’aucuns, parmi eux, tel un Ben Laden, pensent que c’est précisément en réincarnant, réinsufflant, imitant, pas à pas, cette affiliation religieuse, c’est-à-dire en sacralisant jusque dans le moindre aspect cette « longue marche » que fut le mode d’extraction, d’émergence et d’organisation politique qu’impulsa Mahomet, qu’une résurrection doit être possible.
Quelle fut la première conséquence de ces deux erreurs ?

Celle-ci : en choisissant d’insérer les « indigènes » (les vrais) dans l’unique dimension arabo-islamique, – (par exemple en favorisant le développement de l’influence ouléma[24], en plaçant l’arabe (littéraire) comme seule langue autochtone à enseigner lors du statut de 1947[25]), la France empêchait, de fait, la possibilité d’une coexistence supérieure où l’on aurait vu se construire une Berbérie pluriculturelle, plurilinguistique, pluri religieuse, à l’instar de ce qui se passa lors des brassages avec les juifs et les romains ; (le terme pluri se distinguant de multi en ce sens qu’il s’appuie plutôt sur un socle universel et laïc qui fonde et limite la diversité, alors que le multi récuse ce socle et prétend s’y substituer, ce qui a pour résultat la coexistence ghettoïsée des « communautés »).
Observons que les autorités françaises de 2007, empêchent encore une telle pluralité, par exemple en refusant la création d’une Maison culturelle de la Pluralité Berbère à Paris alors que l’Institut du monde « arabe » propage sa falsification historique, (– anti-israélienne par ailleurs : ce pays n’étant pas mentionné sur la carte géographique murale…) –, alimentant ainsi la haine entretenue savamment par certains dans les quartiers dits « difficiles » et donc fabriquant un nouvel antisémitisme bien plus virulent que le racisme anti-nord africain…


Que dire à tous ces Berbères, non pas les arabophones, mais les arabo-islamisés ou néo-colons[26] qui non seulement pensent vivre en Arabie mais l’imposent aux autres ?
Ils sont semblables à ces Berbères de la frange occidentale (Maroc) qui, sous Idris ier, construisirent Fès en copiant le style d’Orient, ne sachant pas que celui-ci bégayait déjà Byzance (Sainte Sophie) c’est-à-dire l’art grec inspiré par le christianisme (la mosquée de Jérusalem fut par exemple construite par un architecte grec).
 
Que leur dire ? Peut-être leur proposer de vivre en Arabie, à Gaza, leur arabo-islamité[27]. Mais certains se prétendent « Berbères » comme l’actuel Président de la République dite « algérienne ». Si l’on était comme eux, on proposerait d’expulser les plus excités. Comme ils l’ont fait avec les Juifs, les Européens, et les fidèles à la République française[28]. Avec l’aide, objective, des désespérés de la colonie il est vrai[29].
Mais les Berbères authentiques sont généreux et peuvent accepter que dans le cadre d’une pluralité démocratique où l’on verrait les trois cultures co-exister (berbérophone, francophone, et parlers populaires unifiés), de tels individus aussi intolérants soient… tolérés. Par contre, il s’agirait d’exiger d’eux qu’ils acceptent dorénavant de penser à une pluralité culturelle, linguistique, religieuse, sur une base laïque et démocratique, voilà un minimum que l’on ne peut guère uniquement caractériser de « berbériste ».

Ce fut d’ailleurs là le drame des berbères arabo-islamisés, voire des assimilés dans le monde entier : personne ne leur fait confiance, même si on peut leur reconnaître des mérites. La xénophobie (à ne pas confondre avec le racisme néanmoins) est la chose au monde la mieux partagée.
Ainsi le rcd et le ffs, pas entièrement arabo-lobotomisés il est vrai[30], avaient beau jeu de présenter des programmes alternatifs globaux, c’est-à-dire intégrant les intérêts de toute la population dite « algérienne », eh bien, non seulement le Pouvoir mais aussi ses soutiens français (de « souche »), par exemple au journal Le Monde, (au Figaro aussi) les traitaient tout aussitôt de « partis kabyles ». Ne parlons pas du fameux « complot berbériste ». Et même lorsque les berbères jouent uniquement la carte arabo-islamique, les vrais Arabes, eux, les regardent avec suspicion, on l’a dit, ou alors s’en servent comme porte-flingues[31].

Cette suspicion n’est pas nouvelle. Ainsi Charles-André Julien peut-il rappeler, on  l’a lu plus haut, que « les Arabes, fussent-ils de la plus basse origine, détestent les Berbères musulmans. Le kharijisme a donné suffisamment de tablature aux conquérants pour expliquer leur berbérophobie croissante, et l’on comprend que l’ascète Bohloul ait donné un festin le jour où il acquit la preuve qu’il était bien un Arabe cent pour cent[32].

Pourtant, malgré cette « berbérophobie », et alors que les gages donnés par eux sont innombrables (ne serait-ce qu’en faisant de la surenchère coranique), les Berbères sont devenus en majorité amnésiques de leur glorieux passé, et ce sans doute à cause d’un présent stagnant, et d’une vision idyllique, mystique même, de l’islam, cette réécriture pourtant[33], qui les a purgé à la façon du docteur Jeckill se transformant en Mister Hyde. Pour l’éternité.
D’où leur refus, logique, d’accepter la loi républicaine, dite « française », alors qu’elle allait bien au-delà de cette forme historique puisqu’elle touchait à l’universalité, celle qui permet de développer l’être humain et non pas seulement l’occi­dental.
Nous le voyons aujourd’hui tous les jours, de l’Inde à la Chine, et de plus en plus en Afrique. Tandis que les pays dominés par le national arabo-islamisme et le caudillisme sud américain (bureaucratie exponentielle et homme providentiel) régressent, malgré l’embellie pétrolière connue par certains.

Ce fut ce contenu universel là (mal vendu à l’ époque il est vrai par les implantés et l’Administration française) que redoutait précisément leurs ennemis anti-démocrates et anti-laïcs par définition même, cherchant à tout prix à rattacher l’Afrique du Nord à l’Orient, surtout depuis que celui-ci était à nouveau entré en ébullition aux alentours des années 1930 à la suite de la chute de l’empire turc.
Ils leur fallait dans ce cas absolument récuser la filiation originaire de la Berbérie à l’Occident puisqu’elle a été l’un des berceaux du christianisme, lui-même au fondement de la liberté de conscience qui a eu par ailleurs la capacité de se rebeller contre lui-même via le protestantisme et la philosophie des Lumières.
Rien de tel ne s’est passé en l’islam. Et la réserve des mo’tazilistes au IXe siècle récusant le caractère incréé du Coran et défendant l’idée du libre arbitre fut âprement combattu[34].Tout comme la pensée philosophique autonome à vrai dire, puisque l’islam est censé répondre à tout puisqu’il est l’intercesseur qui en permet la possibilité même et son discernement.
 
Il ne faut donc pas se tromper d’angle. Les prétendus pourfendeurs de la présence française, encore actuellement au pouvoir et possédant nombre de relais en France même parmi la petite et moyenne intelligentsia arabisée et alter islamisée[35], ne visaient pas en réalité à libérer les Berbères d’un énième joug et ainsi à leur ouvrir les portes de cet immense et prospère avenir qu’est la démocratie basée sur les libertés de penser et d’entreprendre.
Pourquoi ? Parce qu’elle remettait en cause la primauté de la loi islamique considérée comme supérieure aux idées de démocratie et de laïcité.
L’impasse de la constitution d’un double Collège (l’un « musulman », l’autre « européen ») ne pouvait dans ce cas qu’accroître les tensions entre deux « communautés », séparées, et ce bien plus du fait de forces – françaises, européennes, et arabo-islamisées – refusant leur mixage[36], à la façon américaine, que par effet congénital qui aurait été propre aux autochtones.

Jacques Soustelle crut, on l’a vu, qu’une espèce de fédération francophone aurait pu sauver la mise, du moins après 1958 [37]. En fait, si l’on remonte disons avant les évènements de Sétif dont nous allons parler dans un instant(1945), le débat n’était pas entre choisir l’affiliation pure et simple et le choix mixte entre national-islamo-baathisme, comme il s’établit de plus en plus dans les années 1960, mais plutôt entre un universalisme démocratique et une emprise uniforme autocentrée sur une origi­ne ethnique imaginaire, semblable au mythe aryien. Ce fut la seconde option qui l’emporta. Mais ce fut subtilement fait. Les Berbères tombèrent en effet dans le panneau d’une Algérie, démocratique et plurielle, alors qu’ils oeu­vrèrent en réalité pour asseoir une dictature nationale arabo-islamique qui les somme désormais de disparaître purement et simplement.
Pour y arriver, il faut tout d’abord éloigner l’influence occidentale en général, française en particulier. Comment ? En créant des murs de sang. On l’a vu lors de l’insurrection de 1871 : pas plus l’islam que la structure tribale, ne furent, semble-t-il, les ferments déclencheurs. La Kabylie s’embrasa à partir d’un seul foyer, celui d’un différent monétaire. Pourtant, ils en devinrent les ingrédients nécessaires pour en justifier la propagation et permettre ensuite que les répercussions bénéficient, en fin de compte, aux religieux islamiques.
En effet, les religieux, tels des guerriers aux aguets, étaient à la recherche du moindre incident ; organisés de plus en plus en confréries maraboutiques, et donc en contre-sociétés, – (n’oublions pas qu’en islam, la confrérie détient un rôle politico militaro religieux comme ce fut le cas à Kairouan puis avec les Almoravides et les Almohades), ils étaient de plus en plus inquiets, en réalité, de voir les efforts d’intégration de la France en direction d’un monde non tribal, urbain, tel par exemple, on l’a déjà signalé plus haut, le sénatus-consulte du 14 juillet 1865 (soit six ans avant l’insurrec­tion Kabyle de 1871…) qui offrait aux autochtones un choix de société au sens fort, crucial, absolu, du terme, observe Goinard[38] : « (…) entre continuer d’être « régis par la loi musulmane » ou « jouir des droits des citoyens français en étant régis par les lois civiles et politiques de la France » (…) ».

Cette volonté de séparer les Communautés  existe toujours de la part des religieux islamiques ; c’est par exemple exactement ce qui est train de se passer… en France… en 2007, sous nos yeux. Nous avons relaté plus haut l’exemple de Cheikh Aheddad durant l’insurrection Kabyle de 1871 qui cherche à créer un fossé de sang entre les peuples ; eh bien on s’aperçoit que c’est ce même genre d’idée qui se trouve agitée actuellement par les pro-arabo-islamisants, avec le soutien d’idiots utiles, tel un Pascal Blanchard qui dénonce une « volonté coloniale »visant à faire un sort à une culture autochtone, (entendez immigrée), alors qu’elle se trouve installée en…France. Ainsi celle-ci ne peut plus défendre sa propre culture par exemple en refusant de voir entrer le voile islamique dans les Services Publics, sous peine d’être traitée de « raciste » ; mais, bien sûr, les innombrables actes réellement racistes effectués dans les pays dominés par cette même culture islamique qui tente de s’imposer en France seront passés sous silence.
Plus encore, ce qu’il convient bien d’appeler un alterislamisme participe de cette idée fallacieuse stipulant que toute culture non occidentale est, par essence, une culture de résistance alors qu’elle peut fort bien charrier des éléments que l’on aurait autrefois taxé de réactionnaire.
C’est ce genre de choses qu’obtiennent les religieux islamiques et autres experts en insurrection : créer un mur de sang entre les Communautés de telle sorte qu’aucun « melting pot » ne soit envisageable, pas même une cohabitation.
Observons sur ce point un premier exemple, quoique ancien, mais toujours actuel de manipulation, celui de Sétif.
Le livre de Robert Aron, déjà cité, fait état de 5 000 à 6 000 morts (chiffre donné par des fonctionnaires connue pour leur « arabophilie » ajoute le livre de Robert Aron), tandis que Charles André Julien parle de 6 000 à 8 000 morts[39] et que David Pryce-Jones fait état de 6 000 morts[40] tout en soulignant l’aspect prémédité concocté par les « nationalistes arabes » Ce que relate, mais sans plus, le livre dirigé par Robert Aron[41] en soulignant le caractère complexe de la situation, en particulier pour cerner l’exact déclencheur de la crise.
Cette prudence dans l’analyse, n’est cependant plus d’actualité, ce qui indique beaucoup de choses, et implique déjà que l’on entre à nouveau dans les détails.

Ainsi, en 2005, lors du soixantième « anniversaire », le drame dont nous allons parler dans un instant est définitivement rejeté sur la partie française : qu’il s’agisse de Jean Daniel du Nouvel observateur (11 mai 2005), de Jean-Paul Mari sur le site du même journal (8 mai), de Mehdi Lallaoui et de Hassane Zerrouky dans le journal L’Humanité (respectivement 5 et 7 mai), de Josée Garçon de Libération (7 mai), de Nicolas Weill du Monde (8 mai), ou encore du point de vue de Jean-Louis Planche (Le Monde du 8 mai), force est de constater que, d’une part, le commentaire submerge la présentation des faits. En particulier leur enchaînement, si crucial, au vu du déchaînement qu’il entraîna. D’autre part, leur mise en perspective reste des plus succinctes.

Ainsi, s’agissant du séquentiel des faits, le premier élément déclenchant fut donc cette manifestation à Sétif où un coup de feu abattit le porteur du drapeau, un « scout » dont le site du Nouvel Obs donne le nom : Bouzid Saal, tout en parlant de « bousculade » quant à la cause du coup de feu sans plus de précision ; idem dans un court article du Monde, (relativement bien fait néanmoins comparé aux autres) ; idem également selon une autre brève trouvée sur le site du Nouvel Obs, alors que Mehdi Lallaoui affirme qu’il est « établi que c’est la police qui la première ouvrit le feu contre les manifestations de Sétif, à hauteur du Café de France » ; tandis que Hassane Zerrouky assène que c’est le « préfet de Constantine, Lestrade-Cardonnel, qui a ordonné aux forces de police : « Faites tirer sur tous ceux qui arborent le drapeau algérien. »
Le commissaire de police Lucien Olivier ne se fait pas prier : il fait tirer sur les manifestants. Les colons, organisés en milices, participent à la répression ».
 
Une version pourtant controversée si l’on en croit les propos de l’historien Jean-Louis Planche, (dans un point de vue pourtant très peu objectif), puisqu’il signale que l’on « discute aujourd’hui pour savoir qui, d’un policier ou d’un manifestant, a lâché le premier coup de feu » ; sans oublier que Hassane Zerrouky va bien vite en besogne lorsqu’il énonce le rôle immédiat des colons « organisés en milices ».
Parce que la séquence n’est pas celle-ci. Mais plutôt qu’à la suite de l’assassinat du porteur de drapeau, au soir du 8 mai, sur « le registre de décès » relate Jean-Paul Mari du Nouvel Obs, vingt et un « indigènes » et vingt « européens » sont déclarés morts. Puis il s’avère que ce sont « 102 » européens qui trouvent la mort, concède Jean Daniel, (Josée Garçon, elle, saute la séquence, ainsi que Nicolas Weill qui s’en tient à vingt neuf européens tués le 8 mai, tandis que Mehdi Lallaoui parle de « 103 Européens d’Algérie », sans cependant donner plus de précisions quant à la séquence temporelle et au type d’exac­tions alors que Jean-Paul Mari indique que les « troubles gagnent le Constantinois. À Kherrata, les émeutiers font sauter la boulangerie, la poste, le palais de justice ; ils violent, tuent et mutilent les cadavres. L’armée accourt, les civils se constituent en milice… ».
C’est, d’une part, bien donc à la suite de l’assassinat de ces 102 ou 103 européens que les milices surgissent et non immédiatement le 8 mai 1945 comme l’énonce pourtant plus haut Hassane Zerrouky dans l’Humanité. D’autre part, seul Jean-Paul Mari indique, on l’a lu, des viols et des mutilations de cadavres concernant les dits européens.
 
Or, il aurait été loisible d’approfondir la question, par exemple lorsque l’on lit un Pierre Goinard qui expose, dans son livre référence, Algérie, l’œuvre française, que[42] : « Des heurts avec le service d’ordre clairsemé, un coup de feu et c’est l’émeute sauvage, fermes européennes attaquées, massacrés gardes champêtres et gardes forestiers, juge de paix, curé, des femmes, des vieillards, des enfants, égorgés, mutilés, mains tranchées, ventres éviscérés, seins arrachés, organes sexuels sectionnés fourrés dans la bouche du cadavre… ; en quelques heures plus de cent morts et deux cent cinquante blessés européens. Cependant le soulèvement reste localisé et n’est pas unanime : des musulmans préviennent ou cachent des Européens. Ceux-ci, regroupés en milices, tuent à leur tour (…) ».
Ce genre d’exaction, Benjamin Stora le relate, quoique par inadvertance (Libération du 7 mai 2005[43]) : « on sait qu’un des responsables du PC à Sétif a eu les bras sectionnés lors des affrontements », précédé par le propos suivant : « Certains militants européens ont d’ailleurs participé à la répression de Sétif, dans les milices. Peut-être par simples représailles ».

Cette observation tempère d’une part l’idée que les « colons » s’organisent uniquement dans des milices pour aller chasser de « l’indigène » dans un esprit génocidaire comme le prétend le président algérien actuel ; par ailleurs le fait que cela soit un communiste qui se fasse ainsi mutilé n’est peut-être pas dû au hasard, puisqu’il représente cet athéisme si honni par certains ouléma. Les communistes de l’époque, parlent, eux, d’éléments « hitlériens » au sein des insurrectionnels, ce que récuse l’historien Alain Ruscio dans un article de l’Humanité.

Or, Pierre Goinard avance[44], que les ouléma « dans l’Est algérien surtout et à Tlemcen, étaient nationalistes et antifrançais au nom de l’islam, en liaison étroite avec les Universités de Tunis et du Caire, le Proche Orient et le monde arabe. Déconcertés par la laïcisation de la Turquie sous Kémal Pacha après 1918, ils orientèrent alors leurs sympathies vers Charkib Arslân qui diffusait de Genève l’idéologie de la nation arabe. Expulsé du Liban par les Français en 1920, antisémite admirateur de Hitler et en même temps financé, dit-on, par Moscou ».

Ce genre de stratégie, susciter la réaction de l’ennemi en le provoquant émotionnellement par des mutilations préméditées, a été appliqué à plusieurs reprises, par exemple en 1955 à El Halia, mais aussi en 1871 lors de l’insurrection dite Kabyle on l’a vu plus haut (et c’est devenu monnaie courante lors de l’affrontement entre les islamistes et les arabo-baathistes dans les années 1990 en Algérie ou encore actuellement en Irak).
 
Si l’on réfléchit donc sur le début de la séquence, si déterminante, il s’avère peu vraisemblable qu’à la suite du meurtre (commandité par qui ?) de ce scout, musulman, un tel déchaînement dans la mutilation ait pu spontanément avoir lieu (au cri de « El djihad » mais que relativise – au nom de quoi ? – Annie Rey-Goldzeiguer, citée par Josée Garçon, en le cataloguant d’« arme de guerre civile plus que religieuse ») : de fortes présomptions incitent, d’une part, à observer le côté prémédité du phénomène qui a été déclenché de telle sorte que la réaction française puisse prendre la démesure souhaitée.
Ceci créa ce « mur de sang » dont parle Cheikh Aheddad et que Stora relève également lorsqu’il énonce que le « soulèvement musulman et la répression à grande échelle ont creusé un fossé de sang entre Européens et Algériens indépendantistes ».
 
D’autre part, la situation de l’époque ne peut guère se réduire au fait que puisque l’assimilation ou l’intégration s’avé­rait une impasse donc elle ne pouvait que déboucher sur ce genre affrontement comme l’avance hâtivement l’historien Jean-Pierre Peyrolou dans l’article de Josée Garçon. C’est oublier que précisément cette ouverture n’était pas acceptée par la mouvance arabo-islamiste animée par les ouléma d’une part, par Messali Hadj ensuite, par les partisans du « socialisme arabe », qu’exprimèrent les nassériens et autres baathistes ensuite.
Dans ces conditions d’oscillation les propos d’un Ferhat Abbas de 1936, que Pierre Goinard relate[45] expriment bien cette complexité : « Nous avons écarté une fois pour toutes les nuées et les chimères pour lier définitivement noter avenir à celui de l’œuvre française dans ce pays. Nous sommes les fils d’un monde nouveau, né de l’esprit et de l’effort français ». De tels propos étaient dangereux pour les franges du nationalisme arabe et de l’arabo-islamique. Il fallait empêcher que se constitue une voie intermédiaire. Coûte que coûte. D’où Sétif. Et le début de la chute pour l’espoir.

Second exemple : ce travail de sape peut être repéré par la suite au sein même du fln.

Partons d’un texte, celui de la constitution du Front de libération algérien créé en 1955. Sa lecture est décelable dans les mémoires d’un des bras droits d’Abdel Nasser, Fathi al Dib, (j’en déjà parlé à propos d’Abbane), et ceci est révélateur non seulement parce que cela incarne le soutien, notoire, du nassérisme, voire son implication centrale, au nationalisme dit algérien, mais aussi parce qu’y est inscrit noir sur blanc une certai­ne conception de la nation se raccrochant bien plus à son acception raciste qu’à sa traduction citoyenne, c’est-à-dire républicaine, mais aussi démocratique.

Ainsi l’article 1 parle bien de citoyenneté, (tout en étant précédé de la sentence coranique « Au nom d’Allah, Puissant et Miséricordieux ») les articles 4 et 5 le démentent tout aussitôt – (à l’instar de l’article 6 de la Constitution soviétique – la plus démocratique du monde – qui donnait en réalité tout le pouvoir au Parti)- en formalisant ce qui suit :

article 4 : « L’Algérie est arabe de race et musulmane de foi et continuera à l’être. Elle respecte également les autres religions, croyances et races. Elle condamne toutes doctrines racistes et colonialistes ».

Article 5 : « L’Algérie fait partie intégrante du Maghreb arabe, qui fait partie du monde arabe. Ses aspirations au panarabisme et sa collaboration avec les peuples et gouvernements ainsi qu’avec la Ligue arabe sont tout à fait normales[46] ».

On voit tout d’abord une contradiction majeure avec ce qui était cru à la base. Rappelons ce que Rémy Madoui relate de son expérience de terrain, par exemple les propos que lui aurait confié dans le maquis Boughara Ahmed Ben Larbi (dit M’Hamed, dirigeant du maquis algérois, qui meurt en 1959) : « (…) il ne faut pas oublier un instant que notre révolution n’est pas une guerre de religion. Le peuple algérien est musulman, chrétien, juif, agnostique ou croyant non pratiquant tout simplement. (…) Tout ce que nous avons en commun avec les ouléma, en tant que parti, est que l’Algérie est notre patrie. Tout comme pour la religion, ici nous parlons la daridja, qui est un dialecte formé de mots arabes, berbères et français, le français, et quelques langues berbères[47] ».
Or le contenu des articles 4 et 5 est en contradiction flagrante avec ce propos puisqu’il est question de race et de panarabisme qui, de fait, tue dans l’œuf toute spécificité autre que la suprématie « arabe » et, surtout, les inscrit dans une dimension d’infériorité avec la dhimmitude.

Arrêtons-nous un peu plus en un troisième exemple sur cette question qui montre bien en quoi le nationalisme arabe et l’islamisme sont les deux faces d’une même médaille.

On a tendance en Occident et singulièrement en France à opposer « socialisme arabe » et islamisme. Cette illusion, largement partagée au-delà de la gauche tiers-mondiste et de la droite gaulliste, s’est manifestée encore fortement en 2003 à l’occasion de l’attaque du régime de Saddam Hussein par les États-Unis et leurs alliés. On entend souvent reprocher à George W. Bush et à Tony Blair d’avoir détruit « le seul régime laïc de la région » ou encore « le rempart contre les mollahs iraniens » tout en y cataloguant de « contre-nature » l’actuelle alliance islamo baathiste.
Certes le socialisme arabe et l’islamisme ne sont pas identiques. Mais, contrairement aux apparences, ils ne s’oppo­sent pas sur le fond, la résurgence de la grandeur d’autrefois, mais sur les moyens d’y arriver : la renaissance (Nahda) pour le premier en s’inspirant des efforts de modernisation prônée au début du xixe siècle par certains intellectuels installés en Europe[48] ; le retour à l’imitation des pieux ancêtres pour le second (al-salaf al-salih) qui donna le salafisme dont les Frères musulmans égyptiens, le wahabisme saoudien, le Hamas palestinien sont les variantes.
L’idée de califat agitée par exemple sous Saddam Hussein, baasiste pourtant, (et encore actuellement par ses partisans) n’est donc pas seulement une perspective tactique visant à rallier l’islamisme. Elle poursuit la velléité du grand califat espérée dans les années 1920 à 1940 à la suite de l’effondrement de l’Empire Ottoman, puis enrayée par l’Arabie Saoudite avec la naissance de la Ligue arabe en 1945 ; elle fut réamorcée à la fin des années 1950 avec les deux tentatives de création d’une République arabe unie l’une comprenant l’Égypte, la Syrie, et pratiquement l’Irak si l’alliance des deux premiers n’avait pas périclité entre-temps, la seconde incluant à nouveau l’Égypte, la Syrie, et la Libye, jusqu’en 1977. Ces tentatives (qui devaient également inclure l’Algérie et la Tunisie), échouèrent – (et permirent, surtout après 1967, la montée en puissance du wahabisme saoudien et ses milliards de dollars) – pour deux raisons décisives : d’une part cette union ne s’est pas faite sur des bases démocratiques impliquant une pluralité des centres de décisions et des contre-pouvoirs institutionnels. Bien au contraire, elle a épousé les formes classiques de la constitution d’un Empire impliquant la centralisation du pouvoir, et donc l’hypertélie d’un centre[49], en l’occurrence ici le Caire, au détriment de la périphérie, ce qui était inconcevable à terme pour la caste militaro affairiste dominant ces divers pays. La seconde raison tient à la base largement islami­que de leurs structures institutionnelles en ce que l’intrication des sphères décisionnelles entre le politique et le religieux, (ce dernier étant pour une part fonctionnarisé avec des mosquées d’État, par exemple en Égypte et en Algérie) empêcha l’émer­gence autonome d’attitudes politiques laïques, idem en matière de culture et de mœurs.
L’un des critères permettant de le vérifier tient par exemple à la manière dont la feu « nouvelle gauche arabe » ayant eu le vent en poupe dans les années 1950-1960 analyse ces régimes du nationalisme arabe. Emmanuel Sivan, dans son livre célèbre, Mythes politiques arabes[50], le décrit en ces termes, y soulignant deux temps : « Dans un premier temps, ce courant s’est consacré à la critique des régimes dits « révolutionnaires » ou « progressistes » (nassérisme, partis Baath en Irak et en Syrie). Il attribuait l’absence de réels changements socioéconomiques à l’attachement de ces régimes aux valeurs de l’islam (tout au moins à celles qui se prêtent à la manipulation des masses) et à leur refus d’épouser les valeurs de la modernité, au plan politique comme au plan des libertés individuelles. Dans un deuxième temps, ce mouvement devait aboutir à une réévaluation de la contribution de la pensée arabe au xxe siècle (…). Pour ces auteurs, la pensée traditionnelle était coupable de répandre de vaines croyances selon lesquelles le passé récent serait une période de décadence due exclusi­vement à l’influence de facteurs extérieurs (…) ».
Or, pour quelqu’un comme Saddam Hussein, lorsqu’il s’avéra que la construction d’une République arabe unie achoppait en effet sur la nécessité démocratique de son éventuelle construction (à l’instar de l’Union Européenne par exemple), de toute façon antinomique avec cet islam continué et formellement relooké que prônait le socialisme arabe, l’issue fut plutôt de renouer avec la forme politique ancienne, celle du califat incarné par son âge d’or (vii-ixe)[51], qui avait, en plus, – et ce surtout après la défaite de 1967 qui marqua le glas du socialisme arabe comme fer de lance du renouveau –, l’avantage d’articuler à elle toutes les tendances islamistes, à l’exception des chiites dont Saddam échoua par ailleurs à vaincre la tendance principale incarnée par l’Iran.
En ce sens, son adhésion de plus en plus visible à l’histoire, conquérante, de l’islam, (et non point uniquement au passé mésopotamien et babylonien), a non seulement précédé la première guerre du Golfe – au lieu d’en être le produit com­me il est prétendu ici ou là, mais était déjà perceptible dès la guerre avec l’Iran. Dans ces conditions lorsqu’il envahit le Koweït le 2 août 1990, il fallait moins y voir une annexion de type expansionniste mais une étape stratégique de transition vers la construction du califat, qui passait ensuite et nécessairement par la prise de la Mecque et de Médine en vue de légitimer son emprise dominante sur « le monde arabe et isla­mique » par une sacralisation. D’où l’appel apeuré en direction de Bush père du régime wahabiste saoudien qui se serait bien passé de voir des « mécréants » fouler son sol « sacré ».
Ne pas comprendre cette stratégie husseinienne (et aujour­d’hui benladeniste) visant à renouer avec l’arabo-islamisme classique (puisque la voie démocratique en tant que séparation organique du politique et du religieux est antinomique avec l’idée même du califat) afin de s’emparer, toujours dans un premier temps, des lieux saints musulmans avant de reprendre, dans un second temps (et muni des armes nécessaires…) le djihad, ininterrompu, avec l’Occident, explique alors bien pourquoi l’illusion de son « laïcisme » perdure encore parmi les visions en vogue de la vulgate dominante, surtout en France.

Pour y voir encore plus clair sur ce point, notons tout d’abord que l’émergence de l’islamisme, se situe, dans sa gran­de majorité, au milieu du xixe siècle. C’est donc un phénomène bien plus récent que l’idée arabiste de Nahda indiquée plus haut. L’islamisme s’appuie certes sur des précurseurs médiévaux, par exemple Ibn Taymiyya, un commentateur coranique syrien du xive siècle (qui inspira également au xviiie siècle Abdel Wahab, fondateur saoudien du wahabisme, puis tous les courants islamistes). Néanmoins les principaux courants islamistes contemporains se sont également, voire surtout, nourris d’une lecture tronquée de la littérature histori­sante européenne depuis le xviiie siècle jusqu’au milieu du xxe siècle vantant soit la supériorité rationaliste et scientiste de l’Europe, soit le droit historique à la reconquête, soit encore indiquant seulement l’aspect cupide des incursions de l’Occi­dent en Orient, négligeant son fondement religieux.
Emmanuel Sivan le montre bien[52] en indiquant comment les termes de « croisés » et de « croisades » surgissent seulement lors de la seconde moitié du xie siècle[53] à la suite de telles lectures dans l’historiographie arabisante en les définissant comme les causes majeures du déclin (le sionisme en serait l’avatar moderne), alors que les chroniqueurs arabisants de l’époque concernée n’ont ni utilisé ce thème comme élément scandant l’histoire du Moyen Orient, ni même employé les termes pour en désigner les acteurs occidentaux[54].
De même Menahem Milson[55]explique clairement de quelle façon un Jamal al-Din Afghani (chiite éduqué à Kabul et en Iran) et un Muhammad ‘Abduh (égyptien) ont émergé seulement au milieu du xixe siècle en appelant à un panislamisme, (au delà donc de la césure sunnite/chiite), prétendant « réformer » l’islam par l’épuration de ses éléments étrangers (lois, pensées), avec la maxime suivante « Il n’y pas de défaut dans l’islam ; la faille se trouve chez les musulmans ». Ils se sont appuyés sur Ibn Taymiyya (cité plus haut) pour osciller, à la façon du militarisme japonais, entre un je t’aime moi non plus l’Occident et son rejet total appelant au retour de l’imitation des « pieux ancêtres » ou salafisme ; tout en s’opposant au soufisme cet « islam populaire » dit Paul Balta[56], dont l’approche mystique faite de recueillement, d’extase à base de danse et de récitations lancinantes, préférant en un mot l’illumination à la déduction, leur semblait peu à même de forger les outils nécessaires pour la résurrection de l’âge d’or arabe.
En prônant l’unité panislamique comme tactique, Afghani eut plus de succès que ‘Abduh qui cherchait plus à lutter contre la modernité industrielle et urbaine par l’imitation d’une conduite pieuse, par exemple en combattant la polygamie. Son disciple direct, Ridha, Syrien, s’écarta de lui et chercha plutôt comme Afghani à traduire le salafisme en termes politiques, transformant l’idée de l’imitation en volonté de reproduire les conditions mêmes de la prise de pouvoir par Mahomet : retrait et refus de la société ambiante, recrutement exclusif de guerriers, conditions sacralisées puisque Mahomet les a aussi vécu.
Il fallait aussi lutter pour que la description littérale du monde inscrite dans le Coran soit inscrite dans les faits. Ce qui implique de s’opposer au début du xxe siècle à « l’invasion » juive de la Palestine. Parce que les juifs doivent rester soumis comme il est prédit dans le Coran. Qassam (qui donna son nom aux roquettes dont le Hamas abreuve Israël) continua l’interprétation de Ridha en assassinant des juifs et des britanniques choisis au hasard. Mais un autre disciple de ‘Abduh, Abd al-Raziq, qui prônait par contre une distanciation entre religion et État (1925) et faisait partie de ceux qui ne s’opposaient pas au retour des juifs sur leurs terres, fut promptement écarté au profit d’un Amin al-Husseini (grand oncle d’Arafat) qui devint célèbre comme mufti de Jérusalem et nazi convaincu (il fit alliance avec Hitler).
Les Frères musulmans avec la maxime « l’islam est la solution » et fondés en 1928 par Hassan el-Banna s’inspirèrent de l’interprétation strictement politique du salafisme prôné par Ridha, écartant la lecture pieuse et d’imitation d’un ‘Abduh, tout en prônant une rigoureuse chasse du juif, ce « cheval de Troie de l’Occident croisé »», aidé en cela par les Syriens et les arabes chrétiens, qui étaient les principaux panarabistes au début du xxe siècle, pourchassant les juifs, peuple « déicide », faisant de la surenchère dans l’arabisme pour être accepté par les idéologues socialistes, musulmans et islamistes. Sayyid Qutb, égyptien, prône la même prose, c’est le parfait exemple des frontières poreuses en islamisme et socialisme panarabe puisqu’il débuta dans les années 1940 en nationaliste égyptien avant de finir après un séjour aux USA comme djihadiste zélé posant comme apostat toute loi non islamique.
Cette fixation envers le passé fait-elle pour autant de l’isla­misme un adversaire déclaré de la Nahda du nationalisme arabe, c’est-à-dire ce souci d’actualisation qu’avaient nombre d’intellectuels arabisants au début du xixe siècle et du siècle suivant comme le pense Balta[57] ? Rien n’est moins sûr. Déjà parce que cet islamisme insiste « sur le rôle essentiel des Arabes dans la mise en œuvre d’une réforme islamique » comme l’obser­ve Menahem Milson. Ensuite, le nationalisme arabe, dans sa lecture syrienne ou égyptienne, n’a pas émergé comme rupture idéologique avec le religieux (nous l’avons vu plus haut avec les critiques de la feu nouvelle gauche arabe des années 1950-1960) – à la différence des révolutions jacobine, léniniste et nazie qui, toutes trois, se sont voulues totalement con­traires au judéo-christianisme, sur des modes, bien entendu, spécifiques. En Algérie, arabisme et islamisme se sont articulés constamment[58] jusqu’à en donner la preuve historique récemment.

Certes, le Coran fut brûlé en pleine rue lors de la révolution irakienne de 1958 comme le souligne Gilbert Meynier[59], ou encore le voile musulman n’était plus obligatoire, mais il s’agissait bien moins de signifier une rupture que d’af­firmer une supériorité doctrinale, l’arabisme, contre les tentatives – perçues comme poussiéreuses – de reproduire à la lettre l’islam du début.

D’ailleurs, les Frères musulmans se sont alliés avec le mouvement des officiers libres égyptiens qui renversa le roi Farouk en 1952, en particulier lorsque l’un d’entre eux, Gamal Abdel Nasser, démit à son tour son représentant attitré, le général Néguib, et entama une vigoureuse campagne anti-juive puis anti-copte[60], tout en protégeant les Frères musulmans ; même s’il pouvait également en pendre quelques-uns lorsque ceux-ci voulaient le concurrencer. Sadate prolongea l’islamisation et l’antichristianisme, même s’il signa la paix, il fut d’ailleurs tué pour cela.
En un mot, le socialisme arabe ou panarabisme, a été bien moins loin, au-delà de ses concessions cosmétiques, qu’un Atatürk ou un Bourguiba puisque son corps de doctrines s’est constamment nourri de cette lecture islamiste de l’Histoire qui pose le passé comme un éternel présent[61], tout en croisant cette perception avec l’historiographie marxisante et léniniste basant le capitalisme sur l’impérialisme c’est-à-dire l’accumulation primitive ou pillage qu’auraient apporté les Croisades à l’Occident alors qu’elle fut marginale, et rarement la motivation première[62].
Ainsi l’égyptien Gamal Abdel Nasser, le leader incontesté du nationalisme arabe des années 50-60, avançait : « (…) Nous n’avons jamais dit (…) que nous avions renié notre religion. Nous avons déclaré que notre religion était une religion socialiste et que l’islam, au Moyen-Âge, a réussi la première expéri­ence socialiste dans le monde[63] », tout en ajoutant que « Muhammad fut l’imam du socialisme[64] ». Cette continuité dite « socialiste » doit être alors pensée non pas, bien entendu, dans les termes européens du socialisme, mais comme une institutionnalisation englobant le politique, l’économique, la culture, les mœurs, bref, l’islam, tout en admettant quelques retouches formelles, doté d’une supériorité, théologique et politique, définitive. Michel Aflak, fondateur (chrétien), rappelons-le, du parti dit « laïc », Baath[65], ne disait-il pas, je l’ai déjà cité, que « le souffle du prophète animera toujours le nationalisme arabe ?[66] »

Ce sentiment est donc porté historiquement par un grou­pe, « les » Arabes, qui s’auto-conçoit, depuis Mahomet, com­me une sorte de caste suprême et ultime à laquelle il s’agit d’appartenir, sous peine d’être marginalisé. Par exemple en payant de lourds impôts comme les chrétiens et les juifs (dhimmis jusqu’à l’arrivée des Occidentaux…), et en effectuant toutes les corvées sur les domaines. D’où le désir des peuples dominés de se convertir afin d’échapper à ce statut clairement inférieur, au grand dam des dirigeants de l’époque (par exemple les Omeyyades) qui tentèrent, tout le long du viie siècle, de décourager cette pratique entraînant une nette diminution des rentrées fiscales, et une raréfaction de la main d’œuvre. Ce dernier aspect expliquera d’ailleurs l’essor de l’es­clavage dans les pays islamisés, en particulier venu d’Afrique (de douze à dix huit millions sur un millénaire) lorsque celui venu des pays Slaves vint à se tarir.
Dès le début observe Balta[67], les « Arabes avaient fait la symbiose entre foi et ethnie, islam et arabité. Ils estimaient (et certains estiment encore) avoir la prééminence sur les autres musulmans. (Note 1 : Il est vrai que Bokhari cite ce hadith de Mahomet : « L’abaissement des Arabes est celui de l’islam ») ». Cette fusion entre peuple et religion n’est certes pas l’apanage arabe, mais, à la différence des juifs, il y a volonté d’imposer l’islam comme seule vraie religion, et aussi de considérer qu’il n’est point besoin d’autre chose que l’islam. La question, en corollaire, n’est alors pas de se demander si démocratie et is­lam, si islam et développement, sont compatibles, mais si l’is­lam a besoin de leurs définitions singulières pour exister. La réponse est non jugent nationalistes et islamistes au-delà de leur formes spécifiques.
Oublier cet aspect condamnerait à ne pas comprendre l’origine majeure des échecs simultanés et successifs de la démocratisation au sein des pays dominés par l’institutionnali­sation de l’islam puisque celui-ci aurait réponse à tout. Il explique également l’impossibilité, permanente, de trouver une solution au conflit judéo-arabe[68].
La création, sous nos yeux, d’un national islamisme dont le racisme, patent, reste le seul à ne pas rendre des comptes, du fait de son auréole anticolonialiste et tiers-mondiste, n’est donc ni la conséquence du conflit judéo-arabe comme on le prétend[69] ni des deux dernières guerres en Irak, mais, au contraire, leur cause première.


 

 

 

 

 

 

 

[1]Pour preuve le fait que le pouvoir arabo-islamique en place depuis 1962 (sous couvert de nationalisme/socialisme arabe dans un premier temps) préféra cette solution au lieu d’unifier les parlers populaires en une seule langue, qui, aux côtés de Tamazight et du français aurait fait de ce pays une contrée avec trois langues officielles, comme la Suisse, bien plus petite (tandis que l’Inde en a près de 18).
 

 

 

 

 

[2]
[3]Nous emploierons ce terme plutôt que celui de colon car nombre de Français qui s’installèrent étaient assez comparables aux immigrés d’aujourd’hui s’expatriant pour des raisons économiques… (Pierre Goinard, Algérie, l’œuvre française, Éditions Jacques Gandini, 2001, p.88). De plus, certains le firent sous la contrainte, par exemple après la Monarchie de Juillet, après les Trois Glorieuses, après également le coup d’Etat de Napoléon iii où l’on déporta les républicains l’ayant combattu, après la défaite de 1871 avec l’arrivée d’Alsaciens à qui l’on donna des terres kabyles à la suite de leur défaite, (voir plus loin), sans compter les déportés de la Commune, et les forçats…
 

 

 

 

 

[4] Pierre Goinard, dans son Algérie, l’œuvre française,op.cit., relate (p.319) que « 
[5]op.cit., pp.277-286.
 

 

 

 

 

[6]Voir l’ouvrage de Benjamin Stora, Messali Hadj, Paris, Hachette/Pluriel, 2004, pp.110 et suivantes.
 

 

 

 

 

[7]Fathi Al Dib, dans Abdel Nasser et la révolution algérienne, Paris, L’Harmattan, 1985, p.172, explique bien pourquoi Abbane devait être éliminé : « 4. Abbane, dans ses idées et ses points de vue sur l’avenir de l’Algérie indépendante, avait ignoré l’appartenance arabe et islamique, ce qui constituait une déviation par rapport aux principes énoncés dans la constitution du 1er novembre 1954 ». L’auteur ajoute (p.251) : « J’avais transmis à Nasser les décisions de ce congrès, (Congrès national de la Révolution algérienne, réuni au Caire le 1er septembre 1957), lequel les avait jugées positives d’autant plus que le congrès avait constitué l’unité entre l’aln et le fln. Il m’avait chargé de transmettre ses félicitations au président et aux membres des comités pour cette réussite. Quelques jours plus tard, nous avions appris l’assassinat d’Abbane Ramdane, alors en route pour la Tunisie. Les membres du Comité avaient voulu laissé dans l’ombre la manière dont il avait été liquidé ainsi que les auteurs de cet attentat. Mais nous avions appris, par l’intermédiaire de ceux qui nous étaient fidèles, que Krim Belkacem en était l’instigateur. Son but était de se débarrasser d’un élément qui déviait de la droite ligne de la Révolution et qui cherchait à renforcer le pouvoir des politiques au détriment de l’armée. Ainsi finissait l’étape avec Abbane alors que commençait avec Krim Belkacem l’étape de conflit et de tentative de domination personnelle ». Voir également Bachaga Boualam, Mon pays la France ! Paris, éditions France-Empire, 1987, p.175. Rappelons que le terme de socialisme dans sa dimension arabiste n’a rien à voir avec son acception tournée vers le social, mais plutôt avec le national pensé comme renaissance, renouveau, de la gloire arabe… (voir l’annexe sur ce point).
 

 

 

 

 

[8] Pierre Goinard remarque qu’en 1837 et observe qu’en 1856 « près de la moitié de ces Européens n’avaient pas la citoyenneté française » Algérie, l’œuvre française, op.cit., p.104.
 

 

 

 

 

[9] Les origines de la guerre d’Algérie, Robert Aron, op.cit., p. 104.
 

 

 

 

 

[10] Visant à libérer le Tombeau du Christ et non pas à conquérir comme il fut prétendu par la suite. Voir sur ce sujet le livre d’Emmanuel Sivan,
[11] Gabriel Camps, Les Berbères, op.cit., p.124. Voir également Marcel Peyrouton, Histoire générale du Maghreb, op.cit., pp.34-37.
 

 

 

 

 

[12] Vincent Serralda et André Huard, Le Berbère…Lumière de l’Occident, op.cit ., p.51.
 

 

 

 

 

[13]Idem., p.33-35.
 

 

 

 

 

[14]Gilbert Meynier, Histoire intérieure du fln (1954-1962), Paris, Fayard, 2002, p.704.
 

 

 

 

 

[15]Rappelons qu’il était plutôt aguellid des Massyles ; Les Berbères eurent plusieurs noms durant leur Histoire (Lebou, Gétules, Numides, Maures, etc…, voir sur ce point Camps,
[16]Charles André Julien, Histoire de l’Afrique du Nord. op. cit., pp.12, 62-63, 119-121.
 

 

 

 

 

[17] Fathi Al Dib, Abdel Nasser et la révolution algérienne, op.cit., p.252.
 

 

 

 

 

[18] Sur l’affiliation islamique de Messali Hadj, voir l’ouvrage de Benjamin Stora, Messali Hadj, Paris, op.cit., pp.110 et suivantes.
 

 

 

 

 

[19]Idem, p.276.
 

 

 

 

 

[20]Gilbert Meynier, Histoire intérieure du flnop.cit., p.689 : « le fln mena contre le mna une véritable guerre d’extermination » souligne l’auteur….
 

 

 

 

 

[21]Pierre Goinard, Algérie, l’œuvre française, op.cit., p.109.
 

 

 

 

 

[22]Gilbert Meynier dans Histoire intérieure du fln, op.cit, p.508.
 

 

 

 

 

[23]Lire leurs positions dans deux fascicules : celui de Raymond Aron, La tragédie algérienne, Plon, 1957 ; et la réponse de Jacques Soustelle dans
[24] Robert Aron, Les origines de la guerre d’Algérie, op.cit., p.162.
 

 

 

 

 

[25] Idem, p.272.
 

 

 

 

 

[26]Comme l’actuel fln avec Abedaziz Belkhadem, Le msp d’Aboudjerra Soltani (Mouvement de la société pour la paix, le mrn d’Abdallah Djaballah (Mouvement pour le renouveau et la paix), qui mènent actuellement une violente campagne anti-française (anti-démocratique en réalité) afin de solidifier leur rôle de relais, de marionnettes, visant à asseoir l’emprise néocolonialiste des forces arabo-islamistes mondiales.
 

 

 

 

 

[27]Par contre, comment ne pas comprendre cet Anglais, qui, à Londres le 4 février 2006, en pleine affaire des caricatures danoises sur Mahomet, hurla courageusement « Go ! just go away ! » à l’encontre de la horde islamique menaçant de décapiter quiconque poserait des questions sur l’utilisation de l’islam et de son Ayatollah pour justifier des attentats, ce que reprochaient en réalité et essentiellement les dites caricatures danoises…
 

 

 

 

 

[28]Il n’est d’ailleurs pas possible de taire l’émouvant témoignage du Bachaga Boualam qui les représentait dans Mon pays la France ! op.cit., p170).
 

 

 

 

 

[29]Comme L’oas… mais celle-ci ne fut pas un ramassis de reclus fascistes comme on l’aurait cru. Ainsi, dans ses mémoires, Rémy Madoui, qui fut chronologiquement fellagha, officier français, et déserteur, peut-il écrire (op.cit., p.316) : « Quant à nous, « soldats perdus » qui dirigions l’ oas, nous venions de tous les horizons, nos convictions étaient diverses. Il y avait des anciens de la Résistance, des gaullistes, des hommes de gauche, des hommes de droite, des apolitiques…Nous convergions vers un seul but : nous opposer à la politique algérienne du général de Gaulle – nous étions des résistants à l’abandon. (…) ».
 

 

 

 

 

[30] Quoique…Said Sadi, dirigeant du rcd, n’a-t-il déclaré par exemple publiquement qu’il était « musulman » ? Ce qui n’est pas chose anodine lorsque l’on est responsable, public, d’un parti politique, dont le programme prône la laïcité.
 

 

 

 

 

[31]Amar Ouerdane, Les Berbères et l’arabo-islamisme en Algérie, Canada, éditions kmsa, 2003, p.68 et suivantes.
 

 

 

 

 

[32] CH-A Julien, Histoire…op.cit., p.381-382.
 

 

 

 

 

[33]Puisqu’il est clamé que le judaïsme et le christianisme sont truffés d’erreurs, ce qui est faux, et qu’elles défendent l’idée de liberté (par exemple Genèse, ii, 19), âme de l’identité berbère….
 

 

 

 

 

[34] Julien, Histoire de l’Afrique du Nord, op.cit., pp.383-384.
 

 

 

 

 

[35]En ce sens que l’islam apparaîtrait comme une alternative au capitalisme pour certains déçus du communisme, d’où la méfiance envers l’islam et le souhait de le contrôler en France, comme le dénonce avec circonvolution néanmoins Anna Bozzo dans La fracture coloniale, Paris, éditions La découverte, 2005, p.78, (ouvrage dirigé par Pascal Blanchard, entre autres, ayant également dirigé la rédaction du
[36] Pierre Goinard, Algérie, œuvre française, op.cit., p.110.
 

 

 

 

 

[37] L’espérance trahie, Paris, éditions de l’Alma, 1962, p.23.
 

 

 

 

 

[38] L’Algérie, œuvre française, op.cit.,p. 110.
 

 

 

 

 

[39] Les origines de la guerre d’Algérie, op.cit., p.141, note 3.
 

 

 

 

 

[40]In La diplomatie française, les Juifs et les Arabes, revue Commentaire, hiver 2005-2006, p.846.
 

 

 

 

 

[41] P.120 et suivantes.
 

 

 

 

 

[42] P. 35, op.cit.
 

 

 

 

 

[43] Interviewé par Hervé Nathan.
 

 

 

 

 

[44] Algérie… op.cit., p.355.
 

 

 

 

 

[45] Algérie, œuvre française… p.354-355.
 

 

 

 

 

[46] Abdel Nasser et la révolution algérienne, op.cit., p.52.
 

 

 

 

 

[47] J’ai été fellagha, officier français et déserteur, op.cit., p.51.
 

 

 

 

 

[48] Par exemple Tahtâwi et Abdô (égyptiens), in Paul Balta,
[49]Pour une analyse précise de l’opposition démocratie/empire, voir Jean Baechler, dans démocraties, Paris, Calmann-Lévy, 1985.
 

 

 

 

 

[50] Paris, Fayard, 1995, p.141-142
 

 

 

 

 

[51] Selon l’historien libanais Nabih Amin Faris, cité par Sivan, la décadence débute dès les « ixe-xie siècle » (Sivan, op.cit., Mythes… p. 59).
 

 

 

 

 

[52] Sevan, op.cit., p.30-31
 

 

 

 

 

[53] Idem., op.cit., p.24-26.
 

 

 

 

 

[54] Il en est de même pour Jérusalem observe Sivan (p.69) : « En juillet 1099, Jérusalem tomba aux mains des croisés. (…) Les sources musulmanes de la période ne signalent ni ébranlement, ni frustration, ni humiliation religieuse. (…) ».
 

 

 

 

 

[55]Professeur de littérature arabe à l’Université hébraïque de Jérusalem.
 

 

 

 

 

[56] L’islam, op.cit., p.36.
 

 

 

 

 

[57] L’islam, op.cit., p.104.
 

 

 

 

 

[58] Fusion présente dès le début du mouvement fln en Algérie. Voir Gilbert Meynier dans Histoire intérieure du fln, op.cit., p.220, 221, 223, 505, qui montre bien la présence de l’islam au fondement même de la dite « révolution » algérienne.
 

 

 

 

 

[59] Op.cit., p.220.
 

 

 

 

 

[60] Masri Feki, Le malaise égyptien, in A l’ombre de l’islam, minorités et minorisés, avec Moïse Rahmani et Lucien-Samir Oulahbib, janvier 2005, Bruxelles,
[61] Sivan, Les mythes… op.cit., p.35.
 

 

 

 

 

[62] Sivan, op.cit., p.55.
 

 

 

 

 

[63] 12 novembre 1964 in Paul Balta, L’islam, op.cit., p.116.
 

 

 

 

 

[64] Ibid., Balta, p.115.
 

 

 

 

 

[65] Parti de la résurrection arabe (1943 et 1953) fondé en Syrie par le chrétien Michel Aflak, le musulman sunnite Salah Al Din Bitar et Zaki Arsuzi, syrien, formé à la Sorbonne en 1920. Aflak ajoutait : « Philosophie du parti Baath, Jamil Chaker dans la revue libanaise Travaux et Jours, n°10, juin-septembre 1963, repris dans Revue de Presse (Alger, octobre 1963, n°78).
 

 

 

 

 

[66] Op.cit., Balta, p.115.
 

 

 

 

 

[67] Op.cit., p.102 et suivantes.
 

 

 

 

 

[68] A. R. Abdel Kader, dans Le conflit judéo-arabe, (Paris, François Maspero, 1961), relève dès les « années 30 » (p.42) le caractère « raciste, réactionnaire » de la « propagande arabe » à propos de la création du foyer national juif, racisme s’appuyant sur le « mépris » séculaire du « nègre » et du « juif », (p.45).
 

 

 

 

 

[69]Il suffit de lire la Charte nationale palestinienne pour s’en rendre compte : http ://communautes.hexali.fr/showtopic-3501.html
 

27 juillet 2016

 

 

 

Lucien SA Oulahbib 7/4/2018

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