La vie des autres

Un ancien camarade d’université, devenu son supérieur, le Lieutenant Grubitz, lui confie la tâche de surveiller un célèbre écrivain de théâtre, très en vue et réputé acquis au parti, ami de Mme Honecker, épouse du Président. Dès le lendemain Wiesler installe un système d’écoute dans l’appartement de l’écrivain, qui partage sa vie avec une actrice. Bien décidé à démasquer un de ces intellectuels revendicateurs et subversifs, il va découvrir de tout autres vérités qui vont faire basculer ses certitudes…

La Vie des autres est un de ces films historiques qui nous régalent. À la fois classique dans ses développements, sa narration, et résolument moderne, issu de la nouvelle école allemande, avec un travail superbe sur les cadres et la lumière. Mais l’adhésion que suscite le film auprès d’un public déjà nombreux s’explique sans doute parce qu’il va au-delà du film historique. Même si la reconstitution de cette Allemagne de l’Est du milieu des années 80 est très réaliste et minutieuse : le tournage de nombreuses scènes s’est tenu dans les lieux même où ont eu lieu les faits, comme dans l’ancien QG de la STASI aujourd’hui transformé en musée.
On se passionne pour les destins croisés de personnages qui se débattent avec leurs contradictions dans un monde finissant. Des destins qui prendront inéluctablement une nouvelle trajectoire avec la chute du Mur de Berlin et la fin du régime communiste. Et si le film nous touche, c’est qu’il parle autant de nous que de ses personnages : il parle de doute, de choix, de trahison, de liberté, d’engagement et de renoncement. Il parle d’une société régie par la peur, d’un état devenu ultra sécuritaire ou chacun est fiché et catalogué.

Florian Henckel emprunte autant au film d’espionnage qu’au mélo, au film policier qu’au drame social. Il réussit avec un talent rare à utiliser cette large palette pour livrer une œuvre captivante : le film distille une tension parfaitement dosée, au fil d’un récit redoutablement efficace. Le pari le plus dangereux était sans doute de nous faire aimer le capitaine Gerd Wiesler, cet officier froid comme la mort. Et pourtant, on se surprend à éprouver une grande empathie pour lui, en l’accompagnant pas à pas, dans le détail de son travail qui l’obsède.

Lui « le bouclier et l’épée du Parti », lui qui vit dans une solitude crasse, qui n’a ni ami, ni collègue, ni voisin. Lui qui n’ose pas demander le nom d’un de ses voisins parce qu’il sait qu’il devra inévitablement faire une fiche sur lui. Cet homme qui découvre le théâtre, l’amour, la passion, la musique et qui tout à coup vacille… finit par être bouleversant. Le talent et la physionomie de Ulrich Mühe y sont pour beaucoup. Cet incroyable comédien que l’on a pu voir chez Haneke et plus récemment dans Amen de Costa-Gavras, où il interprétait le tristement célèbre docteur Mengele, nous entraîne au plus près des émotions que traverse son personnage et nous livre son humanité. La Vie des autres est une réussite complète, un film fort qui confime avec éclat la belle santé d’un cinéma allemand en pleine renaissance.

Un dossier pédagogique est disponible sur le site www.zerodeconduite.net

 

Analyse de RTV

Ce qui frappe dans ce film, c'est aussi l'impunité presque parfaite que détiennent tous ceux qui en France et ailleurs ont soutenu un tel régime aux pratiques mises sous silence depuis tant d'années alors que le moindre écart de la CIA est vouée aux gémonies. On hurle sur Guatanamo, mais on se tait ou l'on dit si peu sur les geôles cubaines, arabes, chinoises… On n'arrête pas de faire film sur film, livre sur livre sur l'horreur nazie mais presque rien n'est fait sur les longs convois de la mort qui allaient en Sibérie et où moururent près de soixante millions de prisonniers politiques ; ne parlons pas de sa version chinoise à la "justice si efficace"… certes, ils ne furent pas gazés, mais tués à petit feu par le froid qu'aucun réchauffement climatique ne venait soulager, avec peu de nourriture à peine quelque force pour casser les cailloux nécessaires pour édifier le socialisme réel…

Evidemment nos caciques ont hurlé à la tyrannie d'un seul homme, Staline, jurant sur leur Bible, le Kapital, qu'avec eux rien de la sorte n'aurait pu existé : sauf qu'il s'agit d'un engrenage qui paralysa le cerveau de Lénine avant de l'emporter lorsqu'il s'agit de s'appuyer sur la Terreur ; car rien ne l'arrête, puisqu'elle se nourrit elle-même à partir du moment où une dictature se met en place au nom des grands principes.

En France, le fait d'en parler vous catalogue immédiatement de suppôt de la mondialisation néo-libérale : comme au bon vieux temps…

4 mars 2007

Shirley Loral 8/6/2019

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