Tariq Ramadan ment-il? À votre avis?

Je propose aussi de soutenir leurs homologues en Occident, soit des personnalités telles que […] Magdi Allam, un Égyptien devenu un journaliste italien de premier plan; Naser Khader, un parlementaire au Danemark; Salim Mansur, un professeur et auteur au Canada, et Irfan Al-Alawi, ici en Grande-Bretagne.

Lors d’un débat ultérieur, le même jour, intitulé «Is There an Islamic Threat?» (Existe-t-il une menace islamique?), auquel je n’ai pas pris part, mais dont deux personnes m’ont parlé et qui a été décrit par Carol Gould, Ramadan m’attaqua pour avoir mentionné Magdi Allam. Mozammel Haque confirma cela par la suite dans un article intitulé «Professor Tariq Ramadan on Islamic Threat,» (Le professeur Tariq Ramadan à propos de la menace islamique) paru dans l’édition du 9 février du Muslim Weekly, une publication islamiste. Voici le passage en question:

Le professeur Daniel Pipes parla de Musulmans modérés et, à ce propos, il a qualifié un Égyptien copte de Musulman modéré dans son débat. Le professeur Ramadan a dit: «Ce qu’il a dit était faux, Il mentait. C’est un Copte. C’est un Chrétien égyptien. Mais il a un nom arabe.»

À cette étape, il faut relever deux éléments: (1) Ramadan ne dit pas que je me trompais en désignant Allam comme un Musulman, mais que je «mentais». Cela implique que je saurais qu’Allam est chrétien, mais que je le qualifie fallacieusement de Musulman. Voilà un langage bien cru de la part de Ramadan. (2) Ce sont des mots étranges, en fait, vu que je n’ai identifié Allam comme un Musulman ni dans le passage susmentionné, ni à aucun autre moment de mon discours de Londres – je ne l’ai qualifié que d’«allié civilisé» parmi plusieurs autres. Ramadan m’implique ainsi sans aucune raison valable dans une sombre dispute sur l’affiliation religieuse d’Allam.

Et Magdi Allam lui-même, une personnalité de premier plan du quotidien italien Corriere della Sera, que dit-il sur sa foi (je remercie Lorenzo Vidino pour son aide dans la recherche d’informations à ce sujet). Allam a publié une autobiographie – Vincere la paura. La mia vita contro il terrorismo islamico e l’incoscienza dell’Occidente (Vaincre la peur: ma vie contre le terrorisme islamique et l’inconscience de l’Occident») – en 2005 dans laquelle il décrit longuement (p. 18–52) son enfance en Égypte, où il est né de parents qui se qualifiaient tous deux de Musulmans et où il a été élevé en tant que Musulman. Voici quelques extraits qui éclairent bien cet aspect:

«L’Islam que j’ai vécu, l’Islam dans lequel je suis né et j’ai grandi […]» («L’islam che ho vissuto, l’islam in cui sono nato e cresciuto […]»), p. 27.

«Ma mère, qui a toujours été une Musulmane pratiquante, […]» («Mia madre, che e’ sempre stata una musulmana praticante, […]»), p. 32.

«Mes parents étaient tous deux musulmans, ils croyaient en le même Dieu et partageaient les mêmes valeurs et la même culture» («I miei genitori erano entrambi musulmani, credevano nello stesso Dio e condividevano il medesimo sistema di valori e culturale»), p. 37.

Allam admet avoir pensé à se convertir au Christianisme en s’installant en Italie, afin de mieux s’intégrer, mais il n’a jamais franchi le pas. Il n’a aucun lien avec les Coptes. La note de l’éditeur de son livre Vincere la paura résume ainsi la présentation d’Allam: «Magdi Allam se décrit lui-même comme un Musulman laïque né et élevé dans l’Égypte de Nasser» («Magdi Allam racconta se stesso, musulmano laico nato e cresciuto nell’Egitto di Nasser»).

D’où sort donc la calomnie de Ramadan sur l’identité copte d’Allam? D’une antipathie entre les deux hommes, tous deux Européens d’origine égyptienne. Par exemple, l’autobiographie d’Allam contient une «lettre ouverte à Tariq Ramadan» («Lettera aperta a Tariq Ramadan») qui présente Ramadan comme un extrémiste, et à la suite du refus d’Allam d’apparaître avec lui, le PEN American Center a refusé d’octroyer un prix à Ramadan.

Ramadan n’est pas seul à répandre cette version des choses; il est assisté de l’Unione delle Comunità ed Organizzazioni Islamiche in Italia (Union des communautés et organisations musulmanes en Italie) et d’un certain Miguel Martinez, un polémiste qui mène une campagne prolongée de calomnie et de discrédit contre Allam.
Qualifier Allam de copte a au moins pour effet d’émousser sa forte voix anti-islamiste. Au pire, le faire passer pour un apostat met sa vie en danger. Ce n’est pas un secret qu’Allam ne peut plus se déplacer sans une escorte permanente de plusieurs gardes du corps fournie par l’État. En participant ainsi à la mise en danger d’un penseur musulman courageux, Ramadan se déshonore définitivement.

Donc, pour résumer: Magdi Allam est né musulman, a grandi musulman et se présente aujourd’hui encore comme un Musulman. Mais Ramadan le dit chrétien. J’ai appelé à soutenir Allam. Ramadan dit que j’ai «menti».

Chère lectrice, cher lecteur: qui est le menteur ici, à votre avis?

Un dernier indice: ce n’est pas le premier démêlé public de Ramadan avec la vérité. Voici deux autres cas:

(1) Il justifia le meurtre d’Israéliens, prétendit ne pas l’avoir fait puis a été confondu par un enregistrement de ses paroles.
(2) Il déclara par deux fois, erronément, que j’étais à l’origine de son exclusion des États-Unis, puis il nia avoir jamais dit cela.

Traduit par Alain Jean-Mairet

6/3/2007

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