Acta est fabula

C'est à mon sens ce qui est en train d'arriver en France quand, pour des raisons toujours médiocres, les candidats les plus emblématiques à la magistrature suprême se montrent à ce point incapables d'exprimer la moindre idée réellement élevée.

Dans une telle configuration politique, le salut se trouve donc tout entier inscrit dans une fuite en avant éperdue qui, alors, paradoxalement, se transforme en un hallucinant retour aux sources du modèle gaullien des Trente Glorieuses !

C'est en tout cas la voie très politicienne choisie par le candidat actuellement le plus haut dans les sondages, en l'occurrence Nicolas Sarkozy, si l'on accepte de passer par pertes et profits les Royal, Bayrou et autres Le Pen aux idées encore plus courtes.

"Contre-exemple cinglant à la doxa libérale qui oppose efficacité et centralisation, Etat et performance, les Trente Glorieuses ont été ce moment béni où le dirigisme économique semblait garantir à la fois une croissance élevée et la sécurité de l'emploi".*

C'est manifestement ce vers quoi veut revenir M. Sarkozy qui, sans nul doute, espère ainsi rafler la mise en donnant aux Français le sentiment fallacieux de pouvoir revivre sans risque, en l'élisant, un passé doré, certes, mais définitivement clos.

A Cormeilles-en-Parisis, le "libéral" Sarkozy fait donc feu de tout bois : "Il nous faut reconstruire un Etat qui protège pour conjurer l'angoisse qui paralyse tant de Français. On n'est pas incité à l'audace, on n'est pas incité à prendre des risques quand on vit la peur au ventre".

Ainsi ne faut-il pas chercher ailleurs que dans une malsaine nostalgie des défuntes Trente Glorieuses l'origine de cette ode à l'Etat tutélaire, de type millénariste, à contre-courant du monde réel et, surtout, privée de toute inspiration libérale !

Pis encore : "L'Etat c'est ce qui est stable au milieu de ce qui ne l'est pas (…) C'est ce qui mobilise, ce qui entraîne, ce qui entreprend (…) c'est la masse critique (…), la seule force opposable aux marchés (et) à toutes les fatalités". CQFD.

A partir de ce flamboyant sophisme, on peut alors aisément comprendre que l'esprit déserté de Nicolas Sarkozy, lui-même en poste depuis trois décennies, ne parvienne pas à dépasser des schémas de pensée désormais ôtés de toute réalité !…

Tout cela implique clairement que ce serait folie, même si, finalement, on ne nous laisse aucun choix, de remettre notre confiance entre les mains de prétendus réformateurs aussi viscéralement attachés au statu quo : l'avenir s'annonce des plus sombres.

Mais les libéraux veillent : "Nul Etat, nul fonctionnaire, nul ordre moral ne peut dire "pour votre bien, pour que vous soyez heureux, nous avons décidé…". Nous sommes assez grands, assez responsables, pour savoir quand commencer et quand nous arrêter de manger et de fumer… Nous n'avons que faire d'une super-nounou sécuritaire, qui veillerait au grain de nos propos, de nos téléchargements, de nos moindres faits et gestes, pour "notre bien"".**

En foi de quoi, sur un mode lapidaire, notre Manifeste se décline comme suit : "Nous ferons tout pour que la société du libre choix devienne réalité. Nous ferons tout pour être les promoteurs de cette révolution de velours à la française, par les libertés, pour la liberté".**

Notes


* Augustin Landier-David Thesmar : Le grand méchant marché, décryptage d'un fantasme français, chez Flammarion (janvier 2007).

** Edouard Fillias : Le manifeste des alter-libéraux, aux éditions Michalon (janvier 2007) http://blog.edouard-fillias.fr.

Librement !

8 mars 2007

Philippe Robert 8/6/2019

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