Incompréhension de l’Islam ?

Le week-end dernier, un ou des « kamikazes » se sont fait exploser dans un quartier de la capitale irakienne. Un quartier historique de Bagdad est parti en fumée. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, a été littéralement soufflé le quartier des bouquinistes, quartier où les gens venaient pour lire et échanger les idées. Trente cinq personnes au moins, hommes, femmes, enfants, boutiquiers, passants, ont été tuées, réduites à l’état de fragments humains avec des milliers de livres réduits en cendres ou en charpie.
Chiites, Sunnites : les auteurs de cet énorme autodafé ?

Aucune revendication ni objectif militaire n’ont été donnés par ceux qui ont pris la vie de ces personnes en envoyant un ou deux fanatiques se faire exploser au milieu de passants et commerçants.
Les jours qui ont suivi n’ont pas été moins sanglants.
Mardi, un attentat a fait 117 victimes dont des femmes et des enfants.
Mercredi, nouvel attentat suicide dans un café de Baladruz, bourgade se trouvant à une centaine de kilomètres de Bagdad, il a fait 30 tués et 29 blessés.
C’est la destruction de toute vie sociale en Irak qui, manifestement, est recherchée par les commanditaires de commandos fanatisés par la haine et par la croyance que Dieu aime ceux qui tuent un maximum « d’impies » ou de mauvais croyants.

Connivence, inversion de la charge de la preuve ?

Mardi, dans une tribune libre du quotidien gratuit Métro, un « chargé d’études à l’institut national de recherche pédagogique » commente les conditions d’ouverture du lycée musulman Al-Kindi. Il fait, à ce propos, grief à celui d’entre nous qui :
« …suspecte l’Islam d’être incompatible avec la laïcité »… il veut rassurer le lecteur, en rapprochant les aspirations religieuses qui reviennent en force parmi nos concitoyens de culture musulmane des évolutions parmi les autres éléments de la population, Juifs, Chrétiens qui reviennent aux sources de leur tradition nationale ou religieuse. Il explique que cela participe d’un phénomène qui n’est pas lié spécifiquement à l’Islam. Je le cite : « on assiste au retour du phénomène religieux, comme un phénomène identitaire, quelle que soit la religion. »

Certes. Mais il y a phénomène identitaire et phénomène identitaire, retour au religieux et retour au religieux.
Être espagnol et faire sauter des trains des banlieues madrilènes, c’est « religieux » et c’est « identitaire ». Mais les effets de ce « retour du religieux » là ne concernent pas que ceux qui passent des études supérieures ou de la délinquance au piétisme fanatique. Il a concerné, et on a vu comment, des centaines de travailleurs madrilènes qui ont connu le sort tragique des Irakiens ou celui des Israéliens victimes des bombes humaines.

Être Britannique et aller se faire sauter dans le métro londonien, comme en Irak d’autres sont allés se faire sauter sur un marché, dans un café, dans la rue des bouquinistes – réalisant au passage un immense autodafé de livres – ce n’est pas seulement un phénomène identitaire et une marque de piété. C’est un type de phénomène identitaire et de piétisme qui a concerné les passagers du métro de Londres qui ont perdu la vie, été blessés ou traumatisés à vie
Peut-être.

On m’objectera, comme on a objecté à Redeker, qu’il ne faut pas faire d’amalgame. J’en suis parfaitement d’accord. Je ne fais pas d’amalgame.

Je ne fais pas d’amalgame, mais je veux répondre à la tribune libre de notre spécialiste « chercheur en pédagogie » : que si des amalgames et des craintes entourent injustement l’Islam et ses croyants, c’est parce qu’aucune autorité morale musulmane n’a condamné clairement et énergiquement les meurtres d’innocents, qu’elles n’ont pas appelé et n’appellent pas à neutraliser les bombes humaines qui ensanglantent quotidiennement les rues de Bagdad.
Et lorsque je parle d’autorité morale musulmane, je pense bien sûr à l’université Al Hazar du Caire, d’abord. N’incarne-t-elle pas la continuité de la doctrine musulmane ? Je pense aussi au CFCM en France, à sa mouvance issue des frères musulmans, l’UOIF. Je pense également à tel de ces intellectuels, se voulant ouvert et fidèle observant tout à la fois, qui a droit aux plateaux des TV ainsi qu’aux sinécures offertes par le gouvernement britannique.

Les a-t-on entendus ?

Ont-ils pensé aux Irakiens – en proie à une folie meurtrière qui ressemble, en pire, aux tueries des guerres de religion des 16ème et 17ème siècles en Europe.

S’ils ont pensé à ces victimes de la furie et de la haine, on ne les a encore pas entendus pour nous faire connaître le contenu de ces pensées. Et s’ils ont crié contre ces tueries, comme contre les tueries des fanatiques « jenjawid » qui ensanglantent le Soudan depuis plus d’une décennie, leurs cris ont été bien faibles.
Il n’est pas trop tard, il n’est jamais trop tard pour bien faire.
Et s’ils criaient comme ils convient, pour condamner tous ces crimes à répétition, l’UOIF, le CFCM, l’université Al Hazar, le conseiller en affaires d’islam de Tony Blair , probablement qu’alors ne monterait pas dans ce pays et d’autres cette sourde inquiétude dont se fait l’écho l’entretien publié par le quotidien Métro.

8 mars 2007

Iris Canderson 8/6/2019

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