Censure de Facebook, pensée pour les chinois, adaptée à l’Europe

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Mark Zuckerberg, PDG fondateur de Facebook, pris par des remords pour ne pas avoir suffisamment censuré les medias non compliant avec la pensée unique, lors de la dernière campagne présidentielle US, a décidé d’imposer en Europe un outil analogue à ce qu’il réserve au marché chinois.  En novembre 2016, le Tycoon des réseaux sociaux, pas gêné aux entournures, avait décidé que si la censure était le passage obligé pour se développer en Chine, qu’à cela ne tienne, il y aurait un bouton de censure.

Ce « progrès » s’étend désormais à la France. Naturellement, comme la France ce n’est, malgré tout, pas encore la Chine, il faut en soigner la présentation. Ce ne sera donc pas littéralement un outil de censure politique, mais de lutte contre les « fake news », comprendre : désinformation. Facebook et ses commissaires politiques agiront en qualité d’arbitres de l’élégance de ce qu’il convient de diffuser ou mettre à l’index.

Au regard de ces critères, un cas typique de catastrophe informationnelle qui serait ainsi évité, ce serait par exemple celui de ces analystes qui, au travers de leur blog, ont eu le toupet d’envisager le triomphe de Donald Trump, se fondant sur des matrices de proyection autres que le wishful thinking. Ce, alors même que tous les titres de la presse de bon goût lui auguraient une cuisante défaite. Ce panier de déplorables démoralisant, se verra refuser l’imprimatur sur Facebook, une fois frappé du stygmate « fake » par les commissaires politiques.

Comme par hasard, les censeurs que Facebook s’est choisi en France sont tous des titres de la presse bisounours. Une presse qui pratique déjà la censure de bon aloi. Parmi eux,  Le Monde, BFM, France Info, AFP etc.

La liste de ce que ces médias n’ont pas vu venir, soit par aveuglément idéologique soit par carence analytique est longue. Les lecteurs ont perdu confiance dans ces titres qui, autrefois, faisaient référence. C’est là où le bât blesse, là ou calomnier ces nouveaux acteurs de l’information, leur faire porter la poutre qu’on a dans l’œil devient une urgence.

La liste qui suit constitue, à peine, un échantillon de la manière dont les faits ont été donné à connaître selon la censure du politiquement correct. L’antagonisme entre ce qui était de bon goût et ce qui ne l’était pas, en journalisme, au cours de ces dix dernières années.

 

  • UKRAINE :

INTERDIT. Les gentils rebelles de la Place Maiden chantent des chants nazis. Souligner même timidement qu’ils n’ont pas l’air d’être farouchement attachés à la démocratie et aux droits de l’homme (en tous les cas, pas celui des autres).

AUTORISÉ. Le faux hélicoptère de CNN « abattu par Poutine », l’héroïque résistance aux chars russes que personne n’a vu au demeurant. Le « Fuck the EU » de Victoria Noland, l’assistante d’Hillary Clinton aux questions européennes, en février 2014. En sous-estimer la portée, ajouter que ce n’était là certainement pas le reflet de l’opinion de ses chefs. Vanter le sens de la mesure et de la recherche de solution négociée de la part des diplomates nommés par Barack Obama. Surtout Samantha Power, l’ex Ambassadeur des Etats Unis auprès des Nations Unies. Faire passer l’idée que l’expression : “mieux vaux un tien, que deux tu l’auras”, ne s’applique pas dans le cas ukrainien parce que l’Occident peut ne pas tenir sa promesse d’aider Kiev dans les proportions accordées, mais tordre le bras aux russes pour continuer à le faire.

  • PRINTEMPS ARABES

INTERDIT : Si cela se reproduisait il ne sera pas permis reporter l’épisode de la volée de pantoufles en Egypte à l’égard d’Hillary Hilton lorsqu’elle était en charge du Secrétariat d’Etat. Accueil qui lui fut réservé par les rares démocrates sincères égyptiens lesquels lui en voulaient (légitimement) pour avoir organisé le coup d’état des Frères Musulmans.

AUTORISÉ : Mohamed Morsi n’est pas un radical. Sous sa présidence tous les égyptiens jouiront de toutes les libertés possibles, d’ailleurs personne ne veux qu’il soit déposé. Il s’entend particulièrement bien avec les généraux.

INTERDIT : En Lybie des factions tribales sont en train de récupérer l’arsenal des américains et des troupes libyennes régulières et sont tentées de rejoindre le yihadisme salafiste. Al Quaeda Maghreb contrôle la contrebande, c’est un business qui vaux le coup d’une guerre et même de plusieurs. Le Mali commence à être contaminé. Les Touaregs sont divisés entre nationnalisme et yihad salafiste.

AUTORISÉ : La Lybie sans Kadhafi s’ouvre enfin au monde. C’est un pays en paix. L’épisode de Benghazi c’est le fait isolé d’un fou. Les pays de la région seront bientôt tout aussi heureux que les libyens.

INTERDIT : Dans la zone du Sham, il y a plus de soixante groupes de yihadistes salafistes qui arborent, à peu de choses près, tous la même bannière que Daesh. Tous commettent les pires exactions contre les civils. Ils sont entraînés par la Turquie d’Erdogan, la Jordanie, mais surtout par l’Arabie Saoudite, le Qatar et les Etats Unis sous l’administration de Barack Obama.

AUTORISÉ : Les rebelles forcément modérés de Jaish al-islam, Ahr al- Sham etc., dénoncent l’usage des armes chimiques de la part de Bashar al Assad. Ce sont des gentils qui agissent sans arrière-pensées. Il faut les croire sur parole.  Ils s’attaquent peut-être un peu aux chrétiens mais ils s’attaquent plus aux musulmans, vu qu’il y en a plus. On ne peut donc leur reprocher d’être sectaire. Des groupes salafistes sunnites, seul Daesh est méchant. Les autres feront de gentils démocrates et garantiront la liberté religieuse pour tous, dans la mesure où ils sont eux-mêmes très attachés à leur religion. Surtout à l’application littérale du Coran. Le plat principal : personne au Moyen Orient ne saurait être plus dictatorial que Bashar al Assad.

INTERDIT : Se poser d’insistantes questions sur la très troublante attaque américaine en janvier 2017 à Deir ez Zor, tuant des dizaines de soldats de l’Armée Syrienne qui étaient sur le point de reprendre le contrôle de ce quartier stratégique. Bombardement qui permit à Daesh de gagner une bataille à la Pyrrhus. Tout aussi troublant, concomitamment, la reprise de Palmyre par Daesh au moment où les russes évacuaient Alep. Le Pentagone n’a jamais rien vu venir quand il s’agissait de groupes islamistes. CNN n’ont plus.

AUTORISÉ : L’opération Bouclier de l’Euphrate est tout simplement une succès story. C’est juste un peu plus long que prévu. Cinq ans pour écraser une meute de psycopathes composée des derniers de classes du monde, ce n’est pas de trop.

  • BAVURES

INTERDIT : Mentionner autrement que comme un malheureux incident l’attaque américaine contre un hôpital tenu par Médecins Sans Frontière (MSF) dans la ville de Kunduz (Afghanistan) dont la position GPS avait pourtant été fournie par l’ONG au commandement militaire US. Bavure qui fit 9 morts parmi le personnel MSF et plusieurs dizaine de blessés. Interdit également : mentionner les milliers de pertes civiles houtties souffertes au Yémen, comme résultat du bombardement aérien le plus soutenu de ces trente dernières années, action décidée par l’administration du Prix Nobel de la Paix, Barack Obama pour plaire aux saoudiens et achever d’une fois pour toutes avec les chiites du Moyen Orient.

AUTORISÉ : Mentionner toutes les bavures russes et en ajouter chaque fois que c’est possible.

  • ISLAMISME

INTERDIT : Là en gros tout est interdit à moins de se condamner à une vie de paria. Interdit d’utiliser le mot terroriste dans la presse pour des attaques commises par des sunnites islamistes y compris lorsque les auteurs des faits affirment avoir sciemment voulu tuer aveuglément comme politique d’instauration de la terreur. En tout état de cause, même si l’attentat est commis devant des caméras et revendiqué, utiliser le mot “présumé” terroriste. Interdiction totale de faire de l’humour avec l’islam, même pour ceux qui s’auto-proclament “Je suis Charlie”. Interdit se poser des questions sur la qualité des ressources humaines qui arrivent en Europe, sans y être invitées et de qualifier leur comportement lorsque celui-ci choque les moeurs des autochtones.

AUTORISÉ : Raconter des histoires horribles d’enfants échoués, omission faites de la profession de leur père. Faire l’apologie des passeurs, évoquer les flux de réfugiés comme des vagues spontanées, soutenir qu’Erdogan n’y est pour rien, le mentionner comme un négociateur pas un maître chanteur, traiter de raciste toute personne qui réclamerait de procéder à la pleine identification des entrants comme cela se ferait pour quiconque, signer des éditos sur le sujet, en rajouter des louches pour l’avancement. “Ils ne sont pas un danger, ils sont en danger.” Se poser la question : pourquoi seule une partie de la population d’Afghanistan arrive et pas tous? On est bien mieux ici.

  • PAPE PERONISTE

INTERDIT : Informer sur son passé de collabo de la dictature argentine, ses amitiés avec l’ex gouverneur de la Province de Buenos Aires Eduardo Duhalde et tout un sequin de prêtres mafieux, antisémites et pas présentable en société. Rappeler que des Papes illustres l’histoire en a connu, que Rerum Novarum ça c’était de l’encyclique progressiste et ce n’est pas Bergoglio qui l’aurait inventé. Dire qu’il parle l’italien comme une vache espagnol, ânnone un peu d’anglais et ne comprend aucune langue biblique. Evoquer son passé de famille pauvre italienne de substrat culturel mussoliniste. Son ignorance de l’histoire d’Europe, sa haine des élites intellectuelles, sa culture populiste, le culte de soi.

AUTORISÉS : Dire qu’avant lui les catholiques ne connaissaient pas le mot “pauvre”. Qu’il va transformer l’Eglise comme personne avant lui. Tellement que c’en est à se demander la raison d’être de l’institution qui l’a précédé. En quelque sorte, il invente l’Eglise. Que grâce à lui les minorités sexuelles ne répondent plus à l’appel de la liberté. Elles doivent être bigotes. Un progrès incroyable. Si ce n’est pas là, la raison d’être d’une Eglise : qu’est-ce donc alors?

  • CHINE

INTERDIT : La Chine n’importe que des produits non transformés des autres pays émergeants. La balance commerciale est totalement négative. Dans les pays d’Amérique Latine et Afrique où elle investit, ses pratiques ont souvent tué l’économie locale, causé des dommages environnementaux, provoqué plus de corruption, sans que cela ne se traduise par un avantage, même indirect.

AUTORISE : Dresser des louanges de Xi Jimping depuis qu’il a fait son coming out à Davos de libéral. Il est notre père à tous de la globalisation. Ce n’est pas grave si c’est une globalisation unilatérale: Trump ne l’aime pas, ce que Trump n’aime pas est bon pour tous.

L’auteur de cette tribune ayant été correspondante en Russie pour Radio Classique garde un souvenir ineffable des titres français, mû par une sorte d’instinct grégaire. Lorsque face à la mort de centaines de russes, lors de l’attentat du Théâtre Nord Ost, les médias occidentaux mainstream ne doutèrent pas à accuser le FSB d’être dernière l’horreur, ce sans le moindre début de commencement de preuves.  Et par effet de ricochet un autre mensonge se transforma en vérité. L’urgence pour Le Monde, alors chef de file du courant conspirationiste (fake news), était de blanchir à tout prix les tchéchènes. C’était le début de la grande histoire de désinformation du XXIème siècle. C’était déjà, à l’époque, du conspirationnisme à l’état pur, fruit de la russophobie compulsive des nostalgiques de l’ancien régime, aujourd’hui curieusement les plus ardents défenseurs de l’Alliance Atlantique. Mais c’est eux qui avaient accès au crachoir et formaient l’opinion et ils n’avaient pas encore besoin de l’appli censure de ce grand Kevin des réseaux sociaux. Va t-il falloir censurer Facebook?

©Teresita Dussart. Tous droits de PI et reproduction réservés

Teresita Dussart 9/2/2017

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