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Le fantôme de la France

Au creux d’un mal, solitaire,

Sous un ciel chargé de bois

Dont les verdeurs militaires

Couvraient l’étang de leurs bras,

Quelque chose me frappa

Qui fut cet éclat dans l’eau,

Comme un rayon de vraie foi

Forçant l’illusion du Beau.

 

Alors tu m’es apparue,

Comme une statue voilée,

Sur cette mare, les pieds nus,

Toujours aussi émouvante.

Et tu paraissais vivante

Sous ton moule de tissus,

Dans cette brume d’été,

Et pourtant ne l’étais plus…

 

France ? Soudain ai-je appelé.

Mais tu n’as pas répondu.

Ta silhouette drapée

Demeura comme interdite…

France ? Ainsi tu ressuscites ?

Mais ta voix tant désirée

Encore une fois s’est tue

Me laissant désemparé.

 

C’est alors que j’ai prié,

Pour te réchauffer un peu ;

Ou plutôt, je t’ai bercée,

Avec un ton dans la voix

Où perçait mon désarroi

D’oser encore vibrer,

Dans ce frêle matin bleu,

Pour une forme éthérée.

 

France, qu’est-il donc advenu

De tes arts, de ta pensée,

Des fleurs de pierre tendues

Au ciel de tes cathédrales,

Des cris de Jeanne, la vestale,

Dont la flamme fut aux nues

Un gage de sainteté

Pour ton royaume déchu ?

 

France, où sont cachées tes armes,

Où est passée la « furia »

Qui t’exaltait aux alarmes ?

Rien ne frémit sous ton voile,

Rien ne perce cette toile,

Qui conjurerait ce charme,

Qui nous armerait le bras,

Qui assécherait nos larmes…

 

Lors, j’ai retrouvé mon mal.

Comme Enée, en fuyant Troie,

Portait en lui son fanal,

Je devrai me satisfaire

Du souvenir de mes pères

Comme d’un chant infernal

Que nul n’entendra, sauf moi,

Dans mon île de cristal.

Georges Clément

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Georges Clément 7/5/2017

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