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Après le tremblement de terre du ciel français

Ainsi le soulagement ressenti le soir du débat était plutôt le signe d'une absorption de la colère incarnée par Marine Le Pen que d'une adhésion à son contenu, et cette personnalité n'a pas pu/su la transcender. Est-ce que son adversaire y a mieux réussi ? À croire le score oui, et non, oui au vu du pourcentage atteint par le nouveau Président Emmanuel Macron, mais non du point de vue du nombre de voix obtenues, 20 millions de voix et quelques versus 10 millions et quelques pour MLP, sans compter les 16 millions d'abstentions et les près de 4 millions de votes blancs et nuls (dont votre serviteur).

S'il y avait alors une image, une seule, qui symboliserait à mon sens la situation, exprimant à la fois l'état des choses et son illusion, je l'ai repéré via la TV à l'esplanade du Louvre, parsemée uniquement de drapeaux, français, à la  grande différence de la Bastille de Hollande en 2012 : soudain, une jeune femme, blonde, qui brandissait et agitait son drapeau fut attirée par le regard d'un jeune homme, noir, agitant lui aussi son drapeau ; ce dernier se mit alors à lui sourire, la jeune femme n'y répondit pas franchement mais esquissa quelque chose avant cependant de lever les yeux vers son drapeau l'agitant plus vivement encore comme si elle indiquait par là que si un contact pouvait interagir cela ne pouvait se faire que dans le cadre de ce que le drapeau français incarne : pas seulement la devise, aussi la civilisation et les moeurs, pas seulement le contrat social, aussi l'adhésion à une manière d'être au monde, ce que le jeune homme acquiesça semble-t-il en agitant lui aussi plus vivement le drapeau levant les yeux au ciel afin de le regarder comme si celui-ci les protégeait.

Une telle scène aurait-elle été rendue possible sans le score important escompté du FN avant même le 1er tour ? Peut-être. Pas si sûr en même temps. Déjà parce que les équipes macroniennes filtraient les entrées des rassemblements en distribuant plutôt des drapeaux français qu'européens (très présents également dans les meetings mélenchoniens) ensuite parce que la situation politique globale avec les scores des Insoumis et des Frontistes nécessite bien de s'interroger sur le ressenti français à la fois en son sein et aussi en Europe et dans le monde ; ce qui implique bien de réfléchir sur ce choc entre ceux qui ont le sentiment de vivre au sein d'une "identité malheureuse" et ceux qui considèrent au contraire que nous sommes dans une "identité heureuse". La résultat de cette élection montre en tout cas qu'il va bien falloir vivre dans cette ambivalence.

On ne peut en effet faire l'impasse sur les impairs et les manques qui travaillent depuis des décennies le pays. Si Macron a pu gagner ce n'est pas seulement par défaut c'est aussi et surtout d'abord, à voir déjà son score au premier tour, que les oppositions séculaires entre le travail et le capital le riche et le pauvre l'urbain et le campagnard l'immigré et le citoyen semblent ne pas avoir vraiment satisfaite par leurs solutions la majorité des français.

Les riches le sont-ils parce qu'ils pompent les pauvres ou est-ce plus compliqué surtout dans un pays qui a le chiffre le plus élevé en matière de dépenses publiques ? Est-ce que le partage du pouvoir au sein de l'entreprise est si satisfaisant ? Sans parler de toutes les institutions à commencer par l'école, la commune ? Est-ce que le poids des cotisations sociales, est-ce que la concurrence inégale au sein de l'UE à leurs propos peut-elle encore tenir ainsi sans bouger ? Est-ce qu'il vaut mieux caresser dans le sens du poil et en premier toutes les diversités ou ne vaut-il pas mieux d'abord faciliter l'adhésion dès l'école à la langue et à la culture française sans oublier ses responsabilités négatives et aussi ses acquis ?

Il semble bien que le désir de saisir à bras le corps cette complexité là a été le vecteur de la victoire d'Emmanuel Macron. Saura-t-il cependant admettre qu'il ne suffira pas de faire de "l'accommodement raisonnable" pour y arriver ? À savoir mettre plutôt en avant la lutte pour la diversité plutôt que la lutte pour l'indifférenciation citoyenne ? Alors qu'agiter le drapeau français ainsi signifie que l'on est d'abord citoyen français avant d'être d'abord ce d'où l'on vient. Telle est la question.

Or, au vu des forces qui le soutiennent, force est justement de constater que cette préférence citoyenne et donc nationale ne semble pas être la priorité malgré la floraison de drapeaux bleu blanc rouge. Si l'on veut que ce drapeau soit un symbole fort et non pas seulement un bout de tissu il ne faut pas succomber aux charmes du multiculturalisme qui nous a amené là où nous en sommes au coeur de cette "France soumise" ; en sus d'un étatisme jacobin de pacotille qui a fait que la force industrielle française classique se soit affaissée alors que a contrario la nouvelle économie a du mal à s'affermir tant les boulets sociaux-étatistes de la fausse égalité par l'impôt sur les seuls plus aisés et le cadre politique européen inégal sont devenus autant d'entraves qui accentuent les fractures et aggravent les factures.

Il n'y a donc pas seulement une confrontation entre "patriotes et mondialistes" il y aussi une opposition sourde entre partisans de la transversalité sociale impliquant une horizontalité inédite au sein de toutes les formes de pouvoir d'une part, et, d'autre part les partisans de la verticalité séculaire éloignant élites et peuple au lieu de les rapprocher puisqu'ils sont les uns et les autres les deux faces de la même médaille France, sans parler du monde: "du haut de ces pyramides quarante siècles vous contemplent" disait N.B…

Tel est semble-t-il le double enjeu des années à venir et déjà des prochaines élections législatives.

Lucien SA Oulahbib 8/5/2017

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