Emplois fictifs selon un contrôleur à la Cour des Comptes

" (…) Je lis non sans un certain amusement l'échange de courriels à propos des emplois fictifs. Chacun est libre de s'offusquer ou de relativiser les faits. Je me contenterai de livrer modestement au débat quelques réflexions consécutives à quelques décennies passées à contrôler et observer les comptes publics. Notre beau pays a érigé depuis longtemps en sport national l'attribution de missions ne correspondant à aucun travail effectif. C'est une tradition qui remonte aux pensions et offices de l'Ancien Régime. Temps révolus me direz-vous. Pas tellement.

Une pléthore d'emplois relèvent de ce genre de privilège accordé à certains. Nous avons actuellement quelques dizaines de préfets hors cadre, d'ambassadeurs sans affectation ou avec une affectation bidon priés d'attendre chez eux, souvent jusqu'à leur retraite que les choses se passent. Des centaines d'affectations dans des hauts conseils, hautes autorités, comités de réflexion et autres machins qui ne servent à rien ont pour fonction de donner un salaire, une secrétaire et une raison sociale à plein de gens totalement oisifs. Des sinécures comme le conseil économique et social fournissent quelques autres centaines de postes fort correctement rémunérés dont les membres demeurent pour une bonne partie aux abonnés absents.  

Nos collectivités locales toutes obédiences politiques mêlées regorgent de postes obligeamment offerts à des élus battus aux élections, à des apparatchiks rémunérés à des fins très différentes de la mission qu'ils sont censés exercer (sans parler des postes fictifs dans des associations ou des mutuelles, spécialité socialiste), à des cousins, des enfants, des petites ou petits amis. On ne les voit jamais, mais ils n'oublient pas d'émarger aux frais du contribuable, souvent avec voiture de fonction pour qu'ils puissent déambuler à leur gré. Mais chut! Circulez, il n'y a rien à voir.

Dans un autre domaine, les nominations au tour extérieur dans les inspections générales permettent de remercier des affidés ou consoler des députés battus, des membres de cabinets sans emploi, des maîtresses inoccupées pour un modique salaire de 8000 à 9000 euros nets. On ne les voit non plus jamais au travail, et pour cause. Ils ne sont pas là pour cela. Ce sont des sortes de parachutes dorés administratifs.

Il y a aussi quelques officines spécialisées dans l'octroi de sinécures. Je me souviens d'employés chercheurs (?) au CNRS dont on n'avait aucune nouvelle depuis 25 ans, qui vérifications faites vivaient paisiblement au milieu de leurs chèvres  dans des fermes en Ardèche ou en Lozère sans rien accomplir qui aurait pu justifier un centime de la rémunération qu'ils touchaient chaque mois. Je connais des professeurs d'université que l'on n'a plus vu sur leur lieu théorique de travail depuis cinq ou six ans sans que rien ne se passe. (C'est toujours gênant pour un universitaire d 'en embêter un autre, et puis évitons de mettre cela sur la place publique).  

Pour toutes ces raisons, non exhaustives, l'affaire Pénélope me semble une goutte de perversité dans un océan de vice. Il ne sert à rien de se rouler par terre drapé dans une vertueuse indignation. Il serait plus utile de concevoir la question au fond et s'interroger sur cette curieuse manie française de faire émarger sur fonds publics des gens qui font tout autre chose que travailler à ce à quoi on les paie.

Chuchotons toutefois à l'oreille de nos hommes politiques, surtout à un certain niveau, qu'il existe d'autres moyens plus intelligents de rémunérer son épouse à ne rien faire, comme l'ont fait d'anciens présidents: il suffit de la faire nommer à quelques conseils d'administration chez des copains. Deux réunions par an, et entre 50000 et 70000 euros de jetons de présence. La nomination à deux ou trois conseils de ce genre aide à faire bouillir utilement et parfaitement honnêtement la marmite conjugale. Mme Chirac est ainsi entre autres au conseil de LVMH, sans doute pour son expertise en sacs de luxe, et elle n'est pas la seule. C'est propre, au-dessus de tout soupçon, mais tout aussi immoral.

Désolé de venir refroidir les indignations en en relativisant l'étendue comme la portée, mais il serait bon, je crois, de se départir d'une inutile émotion et regarder les choses non avec cynisme mais objectivité (…)".

Signé JP

Iris Canderson 18/5/2017

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