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L’imaginaire est-il plus fort que l’idéologie?

L'idéologie comme son nom l'indique propose une idée dont la logique, la liaison systématique entre ses éléments de style si a alors b, veut s'étendre à tout ce qui est, du moins selon l'ambition sous-jacente. Cela dépasse d'emblée le rationnel en ce sens que l'idéologie ne se soumet à aucune autre interprétation que la sienne. En effet le rationnel se distingue de la logique (comme je l'ai montré dans Être et vérité, 2016) par le fait qu'il ne satisfait pas de la concordance exacte quand bien même serait-elle réelle du lien si a alors b car il faut vérifier si tout a signifie tout b d'une part, et si a doit nécessairement donner b (ou précisément la question de la vérité).

Ainsi tel désir (a) cherche sa réalisation (b) et peut se prévaloir de tel ou tel antécédent (exactitude) s'en suit-il qu'il "doit" se réaliser en vérité c'est-à-dire comme intention, comportement, attitude ? Non, si cette action peut avoir des conséquences non quelconques sur la liberté d'être d'autrui (par exemple l'enfant privé de père ou de mère avec la PMA/GPA).

De même, tel propriétaire profite de la situation pour ne pas payer comme il faut son salarié, s'en suit-il que tous les propriétaires fassent de même, que ce profit, là, serait intrinsèque à la notion même de propriété, et pas plutôt à celle d'abus de pouvoir qu'un contre pouvoir pourrait limiter ? Plus encore, est-ce que actuellement toutes les expériences de non propriété privée ont démontré qu'elles sont arrivées à subsumer les contraintes techniques psychologiques économiques politiques de tout mode de production ? Pas sûr du tout à en voir un Venezuela, un Brésil, la France elle-même. Sauf que l'idéologie en a cure, elle applique, déroule l'idée, peu importe si le réel qui la subit se rebelle ne répond plus, l'idéologie en conclura qu'il faut être encore plus drastique dans la réalisation de son réel à elle, son réel subjectif, même si le réel qui n'est pas le sien et dans lequel elle veut s 'imposer possède d'autres objectifs.

Ainsi tel femme prétend que tout regard physique masculin peut la souiller et donc (b) doit se voiler intégralement, ce qui non seulement peut ne pas être ni exact (la réalité de ce regard là) ni vrai (l'intention était-elle celle-là ?) mais, surtout, cela s'avère faux et inefficace devant le regard imaginaire qui lui peut autant déshabiller la femme voilée qu'habiller la femme dénudée. L'idéologie ne peut alors rien contre l'imaginaire. D'où son idée de le chasser, l'empêcher, soumettre l'esprit (le langage du politiquement correct par exemple) soumettre la raison (en empêchant la critique) soumettre la logique (en empêchant l'émergence de contre-arguments jugés par exemple de "bourgeois", "réactionnaires", "fascistes" dixit la propagande des années…30 en URSS et…en France, empêchement qui a repris de plus belle ces temps-ci…) soumettre alors tous les champs de l'artistique à l'informationnel en passant par l'instruction.

L'idéologie écarte tout argument, y compris logique, s'il ne correspond pas à la hiérarchie argumentative décidée au préalable. Elle ne peut rien contre l'imaginaire. Aussi tente-t-elle de détruire tout ce qui permettrait de le voir se réaliser. En détruisant l'art, le langage, l'amour, le regard lui-même, et en s'y substituant par vicariance.

L'imaginaire, cette liberté de la pensée (logos) au sein de l'esprit (la culture, au sens de civilisation) récemment, a cependant cru que "sous les pavés la plage" sauf que l'imaginaire peut se tromper lui aussi puisque sous les pavés il n'y avait en fait pas de plage mais le béton de cette idéologie qui a voulu faire prendre des vessies pour des lanternes telle la révolution culturelle chinoise avec ses supposées "mille fleurs" aux épines prétendant remplacer les fleurs soviétiques alors qu'elles étaient pourtant aussi rouges de sang et son parfum nauséabond lorsqu'il se décompose.

Malgré cela toute une jeunesse occidentale avide de croire plus que de comprendre en a fait son imaginaire parce que le croire suppose précisément un lien fort avec l'imaginaire c'est-à-dire l'émergence libre de cette passion mettant en mouvement avec chatoiement âme et corps sentiments et émotions au sein de la pensée (logos) et de l'esprit (civilisation) alors que le comprendre, lui, exige l'analyse exigeante de l'exact et la critique acerbe de ses conséquences, ce qui a impliqué pour certains de préférer avoir tort avec Sartre que raison avec Camus ou Aron parce que l'idéologie cela paye bien en termes de prestige aisé, de pouvoir au sein des institutions (médias compris) et enfin en termes de richesses (que l'on camouflera en sinécures, jetons de surveillance, d'évaluation, dans divers C.A publics et privés, ambassades, directions des arts et des lettres, directions générales des rectorats, de divers comités Théodules…). On accusera cependant le cas échéant certaines figures de l'opposition d'avoir des "emplois fictifs" afin de mieux cacher les siens.

Aujourd'hui, la chasse à l'imaginaire est plus que jamais ouverte, ne parlons pas de la raison, exsangue, les meutes d'idéologues défendent leurs pré-carrés dans les arts (cinéma, théâtre, danse, musées), les institutions, les enseignements ; un autre croire, totalitaire, émerge épinglant toute critique envers le religieux comme racisme, voire "panique identitaire" ; tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes madame la Marquise nous dira l'imaginaire de Monsieur le Marquis bientôt à Versailles…

Lucien SA Oulahbib 1/7/2017

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