La reconnaissance de Jérusalem et l’espérance du monde

Le "pont des cordes" de Jérusalem, photo P. Lurçat Ce qui est en jeu dans la reconnaissance par les États-Unis de la capitale d'Israël n'est pas seulement le statut de Jérusalem dans l’arène politique internationale, mais aussi – et surtout – la reconnaissance de l’identité historique et spirituelle d’Israël. Face à une Amérique qui retrouve son rôle de grande puissance et de leader du monde libre, l'Europe est entraînée, aujourd'hui comme hier, sur la pente de la négation de ses valeurs et du rejet de ses racines, qui sont à la fois Athènes et Jérusalem. En prétendant que Jérusalem n'est pas la capitale d'Israël et du peuple Juif, l'Europe ne nie pas seulement l'évidence de l'histoire et de la géographie, mais elle scie la branche sur laquelle elle est assise.

Samedi soir, on a pu entendre un journaliste français interroger sur un ton catastrophé le géopolitologue F. Encel, en exposant ainsi la situation : « Au coeur de cette journée d'hommage à Johnny Hallyday, il va se passer ce soir quelque chose qui fait courir un gros risque à toute la planète… Donald Trump va annoncer qu’il reconnaît Jérusalem comme la capitale d’Israël ! » Après cette entrée en matière apocalyptique, il demandait à son interlocuteur : « Les Palestiniens peuvent-ils l'accepter ? » Dans une surenchère de lâcheté rarement atteinte, les dirigeants français ont tour à tour dénoncé la décision américaine, qualifiée de “regrettable” par le président Emmanuel Macron et “d’extrêmement grave” par l’ancien président François Hollande.

 

Le seul pays qui a sauvé l’honneur de l’Europe est, à l’heure où ces lignes sont écrites, la République tchèque, dont le président a suivi l’exemple américain et dénoncé la lâcheté de l’Union européenne. Ce qui se joue actuellement est ainsi le re-découpage géopolitique du monde occidental et arabo-musulman autour de la question de Jérusalem : les frontières sont redessinées entre un camp israélo-américano-saoudien et un camp irano-européen.

 

 

"La reconnaissance de Jérusalem est le ferment d’espérance d’une humanité déboussolée"

 

Fin du mensonge palestinien et dhimmitude de l'Europe

 

Paradoxalement, le mensonge d'une Jérusalem arabe et palestinienne a été si bien intégré par le discours des chancelleries et des médias occidentaux, qu'ils sont aujourd'hui quasiment les derniers à y croire dur comme fer… Par un effet boomerang de la propagande, ceux qui s'en sont fait les vecteurs en sont devenus les premières victimes. Alors même que le monde arabe et musulman, en pleine effervescence, abandonne progressivement le mensonge palestinien et se divise autour de thèmes plus brûlants, qui n’ont rien à voir avec la thématique de la Jérusalem arabe ; alors que l'Arabie saoudite elle-même, autrefois leader du camp du refus et du boycott d'Israël, se range aujourd'hui ouvertement dans le camp des Etats-Unis et d'Israël face à la menace iranienne, c'est la France qui convoque une réunion d'urgence du Conseil de Sécurité pour aborder la question de Jérusalem !

 

L'amiral Michel Darmon, président de France-Israël Alliance Général Koenig, était toujours prompt à déceler dans les affres de la diplomatie française les restes de l'esprit antijuif séculaire. Après la décision américaine de reconnaître (enfin) Jérusalem pour ce qu'elle est et a toujours été, la France se retrouve à la tête d'un camp anti-israélien qui réunit les pays arabes les plus radicaux et les organisations de « l'axe de la résistance » (anti-américain et anti-israélien), du Hezbollah et du Hamas soutenus par l'Iran. (Notons que, dans le concert de dénonciations françaises de la décision américaine, quelques rares voix courageuses font entendre un son de cloche différent, comme le journaliste Franz-Olivier Giesbert, qui affirme face à un journaliste incrédule que Jérusalem a toujours été une ville juive…)

 

Mais, en réalité, il est question de tout autre chose que de la politique américaine (ou du “lobby juif”, comme le disent plus ou moins ouvertement les chancelleries occidentales, de la Suède au quai d’Orsay) ou même de la politique internationale. Comme l’écrivait Avraham Livni, “les nations (occidentales) voudraient réduire les revendications d’Israël sur la Judée et la Samarie à un problème politique. Mais pour Israël, le problème n’est pas politique, il est essentiellement moral, celui de la reconnaissance de son identité historique et métahistorique” *. Ce qui est en jeu dans la question de Jérusalem (et du sionisme) est la question du retour d’Israël sur sa terre et du retour d’Israël dans l’histoire universelle.

 

“Le combat d’Israël contre la prétention palestinienne est en fait le combat de l’histoire contre l’anti-histoire, de la mémoire contre l’anti-mémoire, de l’homme contre l’illusion et le mensonge politiques”, poursuit Livni dans son livre prophétique, dont les dernières lignes semblent décrire précisément la situation actuelle : “le temps du Retour est aussi un temps de rupture et de cassure… le monde nouveau du Retour surgit ainsi lentement du sein de la dégradation d’un monde moralement désemparé… “ La reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël s’inscrit dans la suite logique de ce que Livni qualifie de “miracles évidents, comme la Déclaration Balfour, la création de l’Etat d’israël et la libération de Jérusalem. La libération du Retour ne concerne d’ailleurs pas seulement le peuple juif. Au-delà d’Israël, elle concerne l’ensemble des peuples. Car le Retour d’Israël est, en vérité, l’espérance du monde”.

 

Contrairement à ce qu’affirment les dirigeants occidentaux, aveuglés par le mensonge palestinien qu’ils ont eux-même créé de toutes pièces (avec l’aide d’une poignée d’intellectuels juifs égarés), la reconnaissance de Jérusalem capitale d’Israël n’est pas l’étincelle qui peut “mettre le feu aux poudres” et déclencher une nouvelle guerre, régionale ou mondiale**. La reconnaissance de Jérusalem est le ferment d’espérance d’une humanité déboussolée et la lueur qui annonce l’espoir d’un monde pacifié, autour de la capitale juive restaurée.

 

Le "pont des cordes" de Jérusalem,

photo P. Lurçat

* Avaham Livni, Le Retour d’Israël et l’espérance du monde, éditions du Rocher 1984, réédition 1999.

 

** On remarque que ce même discours apocalyptique autour de Jérusalem est adopté par certains dirigeants israéliens de gauche lorsqu’ils parlent du Mont du Temple.

 

 

 

Pierre Lurcat 10/12/2017

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