Bavure judiciaire :accusé de viol mais laissé libre, il récidive

Mais bien que confondu en 2006 par son ADN, il avait été laissé libre et placé sous contrôle judiciaire par une juge des libertés et de la détention (JLD). « Un pur scandale », selon le syndicat Synergie officier pour qui le sort des victimes est totalement bafoué. « On a méprisé la première victime en relâchant son agresseur », s'insurge l'un de ses représentants, avant de poursuivre : « C'est parce qu'on l'a laissé libre que Bejaoui a pu s'en prendre à une autre jeune femme. »

La semaine dernière, Majdi Bejaoui aurait donc à nouveau sévi. Selon l'accusation, dans la nuit de mercredi à jeudi, il accoste une jeune femme dans une rue du XVIIIe arrondissement de Paris et lui demande une cigarette. Puis, il la suit dans le hall de son immeuble. Il l'agrippe alors par les cheveux, la roue de coups à l'aide d'une arme de poing et l'entraîne au deuxième étage de l'immeuble où il abuse d'elle. Il est cependant aussitôt arrêté par la police judiciaire qui, alertée par un témoin, s'est précipitée à l'adresse indiquée. « Il y avait du sang à tous les étages… Avec la mâchoire et le nez brisés, la victime était méconnaissable. L'homme s'est acharné avec une terrible rage », relate un proche de l'enquête.

Cet acharnement sur ses victimes est-il la signature de Majdi Bejaoui ? Un an plus tôt, il avait été arrêté pour une agression similaire commise le 21 mai 2006 dans le XIXe arrondissement. Coinçant sa proie, une mineure de 16 ans, dans un hall d'immeuble, il l'avait entraînée dans les étages et l'avait violée. « Il y a eu des insultes, des violences et une vraie volonté d'avilissement », résume un fonctionnaire. Majdi Bejaoui aurait, par ailleurs, utilisé son portable pour prendre des clichés. Ces derniers n'ont jamais été retrouvés.
Une fois arrêté, il a nié ce premier viol. Mais entre les déclarations de la victime et celles de témoins de la scène, la juge d'instruction avait demandé un mandat de dépôt. Elle n'a pas été suivie, le JLD remettant en liberté le suspect. Motif invoqué : pas d'aveux.

Preuve imparable

Quatre mois plus tard, le dossier s'était pourtant enrichi d'une preuve imparable, les résultats d'analyse révélant que l'ADN du suspect avait été retrouvé sur le lieu du crime. Bejaoui était alors arrêté sur mandat d'amener de la juge d'instruction. Mais une fois de plus, le JLD renonçait à écrouer le violeur présumé, considérant que « l'ADN ne constituait pas un élément nouveau susceptible d'entraîner une incarcération ». Une position conforme à celle du Parquet de Paris qui n'avait pas requis de mandat de dépôt et qui n'a pas souhaité, hier, faire de commentaire sur cette affaire.
« Si Majdi avait parlé de relations consenties avec la mineure, argumente un policier, il est évident que son ADN retrouvé sur place n'aurait rien apporté. Mais comme il a nié le viol, l'ADN a tout de même bien prouvé qu'il avait menti ».

ANGÉLIQUE NÉGRONI

Analyse de resiliencetv


Dans certains milieux intellectuels remontés ces temps-ci contre "le" féminisme, le viol n'est pas considéré comme un crime mais une pratique sexuelle extrême (selon par exemple l'avocate Marcella Yacub) à la façon des sports du même nom. Par ailleurs des journeaux comme Le Canard Enchaîné, le Point, ont fait état à de nombreuses reprises de la manière dont certains juges passent d'un extrême à l'autre, condamnant sans coup férir dans l'affaire Outreau, prenant certaines libertés dans l'exercice de leurs fonctions et, au moins dans un cas, avec une carte bancaire dérobée. La lecture assidue de Michel Foucault y est sans doute aussi pour quelque chose, lui qui voulait que le viol soit considéré comme l'équivalent d'un coup de poing dans la figure, tout en avouant qu'il ne prenait plaisir que dans des situations border line.

Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que tel juge des libertés et de la détention (JLD) puisse contredire son collègue juge d'instruction parce que la culture dans laquelle il baigne, faite de compréhension voire d'empathie envers l'acteur, puisse aller à l'encontre même de l'idée de jiustice. Bien sûr il faut juger (si l'on peut dire) cas par cas. En tout cas les magistrats devraient être dotés d'une sorte de service interne permettant d'inspecter certains cas douteux comme celui-ci.

On retrouve cette même contradiction entre juge d'instruction et juge des libertés et de la détention un peu partout dans les affaires de justice. Ainsi, dans un cas, le premier avait condamné une personne à quitter le logement dont elle ne payait plus le loyer depuis trois ans. Mais comme elle prétextait la garde d'une enfant (alors que celle-ci avait été confiée à son père) le JLD a à chaque fois refusé d'appliquer la sanction.

Ce cas explique pourquoi devant l'impossibilité d'expulser les mauvais payeurs, les propriétaires préfèrent ne plus louer ou alors en se garantissant lourdement.

La justice va mal en France : elle est à la fois débordée (voir le Tribunal de grande instance de Bobigny dépeint par un journaliste du Point qui en a même fait un livre tant il y a matière…) et en même temps rongée en interne par une culture extrême qui dénonce toute loi comme répressive, dominatrice…D'où l'idée pour certains de devenir juge pour mieux détruire "le système ", de l'intérieur… Il en est de même dans l'enseignement et dans divers corps de l'Etat… Je me rappelle un étudiant à l'ENA me disant que c'était ça ou devenir terroriste : ou le machiavélisme cynique visant à pénétrer la machine d'Etat pour la pourrir de l'intérieur…

Il faudrait faire un audit général à partir de ce fil…on pourrait presque comprendre alors pourquoi, même en architecture, certains bâtiments publics ne tiennent pas la route comme l'Opéra Bastille ou la Grande Bibliothèque puisque là aussi l'idée était de construire des bâtiments déconstruits, éphémères, qui s'émiettent, nécessitant une maintenance coûteuse permanente, ce qui fut même dénoncé en son temps, y compris par des anarchistes d'ailleurs, sans grand succès. Ou alors des bâtiments impossibles comme cette école dans le 15ème qui avait été construire à la façon d'une prison : les classes avaient une toute petite fenêtre qui donnaient sur une cour grise sans arbres. Il a fallu que les parents refusent d'envoyer leurs enfants poru que des aménagements se fassent…

En un mot, l'appareil d'Etat baigne à la fois dans un corporatisme extrême qui interdit les réformes et à la fois dans une culture cynique ou bêtement sociologiste posant l'acteur du délit comme victime ayant uniquement des circonstances atténuantes.

Nous en sommes là, semble-t-il.
 

6 avril 2007

Iris Canderson 15/10/2017

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