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Scoop: « Quand la neige ne tombera plus »



Quand la neige ne tombera plus

Déroulé de « C’est dans l’air », émission du Mercredi 7 février 2007

Résumé officiel :

"L’homme est responsable à 90 % du réchauffement climatique". Ainsi s’est conclue la Conférence sur l’évolution du climat, le 2 février 2007, qui s’est tenue à Paris. Au nom d’une quarantaine de pays, Jacques Chirac a lancé un appel au monde entier pour se mobiliser contre la crise écologique qui menace la planète et a défendu l’idée d’une Organisation des Nations Unies pour l’Environnement (ONUE).
Durant la conférence, le Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC), constitué de 2 500 chercheurs venus de 130 pays, a souligné les conséquences particulièrement préoccupantes du réchauffement climatique, avec des températures qui augmenteront de 1,8 à 4 °C d’ici la fin du siècle.
Parmi les prévisions alarmantes, les experts mondiaux prédisent que les glaciers de l’Arctique pourraient disparaître pendant l’été, d’ici 2100. Un relèvement du niveau des mers jusqu’à 58 cm, ainsi qu’une multiplication des sécheresses et vagues de chaleur seraient à prévoir.
Selon eux, il y a 9 chances sur 10 pour que ces catastrophes soient dues directement à l’impact de l’activité humaine sur la planète. Le degré de certitude des scientifiques ayant augmenté, puisque le précédent rapport, daté de 2001, estimait cette probabilité à 66 %.
Les conclusions du GIEC pourraient maintenant donner lieu à des procès. La Cour suprême américaine devrait, par exemple, se prononcer, courant 2007, sur une requête déposée par une dizaine d’Etats et douze associations de défense de l’environnement, qui demandent à ce que les émissions de gaz à effet de serre soient régulées par des normes nationales.
En 2006, l’Etat de Californie avait déjà intenté un procès à six fabricants automobiles, qu’il accusait de lui avoir causé un préjudice de plusieurs milliards de dollars à cause des gaz émis par les véhicules vendus. Mais selon l’avocat international Audley Sheppard, il est peu probable que l’on assiste à la même avalanche de procès que pour le tabac ou l’amiante.
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Yves.Calvi : Bonsoir à tous, nous consacrerons la dernière partie de cette émission à vos questions sms et Internet comme chaque soir,

Le constat semble sans appel et se confirme, le climat change et les activités humaines sont désormais clairement désignées comme coresponsables de cette situation ; les dernières conclusions ont été présentées par les meilleurs spécialistes à Paris, Jacques Chirac lui s’en inquiète, ce soir nous oserons nous demander si la situation est potentiellement aussi grave que cela… on aurait pu intituler cette émission « Le climat change et alors ? », mais nous avons préféré « Quand la neige ne tombera plus », et voici les invités qui ont accepté d’y participer, en public et en direct :

Valérie Masson-Delmotte
Responsable d’une équipe de recherche du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, au CNRS, Valérie Masson-Delmotte est, depuis 1996, ingénieur au Commissariat à l’énergie atomique.
Hervé Le Bras
Directeur du laboratoire de démographie historique de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), Hervé Le Bras est, par ailleurs, directeur de recherches à l’Institut National des Etudes Démographiques (INED).
Jean-Marie Pelt
Président de l’Institut européen d’écologie, Jean-Marie Pelt est également professeur de biologie végétale et de pharmacologie à l’université de Metz.
Eric Joly
Journaliste indépendant et ancien grand reporter à L’Express, Eric Joly est spécialiste des questions liées à la nature et à l’écologie.

Y.C : Les médias en général parlent beaucoup de cette situation, nous avons consacré énormément d’émissions au réchauffement climatique, mais est-ce que vous pensez que nous avons retranscrit correctement les conclusions du GIEC, le rapport qui vient d’être fait, et finalement ce que les scientifiques ont a nous dire sur le réchauffement climatique, et même à la limite je vous dirais expliquez nous ce qu’ils viennent de nous dire, en quelques mots, les principales conclusions.

V.M.D : Alors peut-être que je peux mentionner que j’ai participé à la rédaction du rapport du GIEC sur l’état des connaissances sur le climat, et s’est un travail de longue haleine, qui s’est décliné au cours des dernières années, et un travail d’élaboration d’un état des connaissances consensuel, ce qui est assez unique dans le champ scientifique : il y a le progrès des connaissances qui a sa propre dynamique et dans les sciences du climat on rend aux Nations Unis un état des connaissances, et s’est ce qui a été rendu public sous forme d’un résumé de 14 pages, vous imaginez le niveau de compaction de ce résumé de 14 pages…

Y.C : Et déjà pour nous journalistes on a trouvé ça assez long 14 pages, et vous vous dites que vous avez édulcoré le truc, mais vous savez nous on est un petit peu limités…

V.M.D : oui et c’est également une science relativement récente, avec des certitudes qui émergent, qui se renforcent, et donc ce sont sur ces certitudes que la plupart de la communication s’est faite, et puis c’est également une science qui est associée à une certaine incertitude, et la difficulté de l’exercice consiste à communiquer sur ce qui semble acquis, solide, et puis également la marge d’erreur qui est associée à notre capacité de comprendre la complexité du fonctionnement du climat.

Y.C : Je vais vous laisser avancer un peu plus, mais il y a quand même deux mots qui me paraissent important dans ce que vous venez de dire, et on y reviendra, ce sont les mots consensus scientifique, et ensuite certitudes, parce que ce n’est pas neutre, mais je vous laisse aller un peu plus avant… allez-y… et au bout du compte vous nous dites quoi ?
V.M.D : Donc ce rapport confirme l’emprise des activités humaines sur la composition de l’atmosphère globale, confirme la poursuite du réchauffement du climat, sans aucun doutes, qui ce traduit également –vous parliez de la neige- par une diminution très marquée de la couverture neigeuse dans l’hémisphère nord au cours des dernières décennies, ça fait partie des axes forts qui sont ressortis de ce rapport, et puis également ce rapport attribue une partie importante du réchauffement des dernières décennies à l’action de l’homme sur la composition de l’atmosphère.
Y.C : On parle aujourd’hui de 80%, c'est-à-dire une certitude à 80% ?
V.M.D : Tout à fait.
Y.C : Jean-Marie Pelt, est-ce que vous avez envie d’ajouter quelque chose, est-ce que vous pensez qu’il y a quelque chose d’autre d’important à dire au public sur les principales conclusions, on est vraiment au maximum de la synthèse…
J.M.P : Ce qui m’a frappé tout d’abord, c’est que ce rapport n’a pas été très bien médiatisé, on a pas pu faire la synthèse de la synthèse de manière assez claire pour que l’on aie des repères précis.
Y.C : C’est le moment où jamais. La France vous écoute.
J.M.P : Je crois en tout cas qu’il y a un point d’accord unanime, c’est que le climat se réchauffe –moi je suis Lorrain, nous ne savons plus ce qu’est un hiver lorrain, ça n’existe plus…et ça depuis environ 15 ans, ça s’est essoufflé brusquement depuis les années 90-

Y.C : Excusez-moi, mais puisque vous utilisez une image qui nous frappe, s’était quoi un hiver lorrain, et qu’est-ce que s’est devenu ?

J.M.P : Écoutez, un hiver lorrain s’était un hiver où l’on s’étonnait pas qu’il fasse -15 pendant au moins 15 jours et qu’il y ait de la neige pendant un mois et demi… ce que s’est devenu et bien s’est que dans mon jardin, je n’ai pas vu un seul flocon de neige, cette année encore. Il y a effectivement un réchauffement chez nous, mais on le voit partout. Sur ce plan là il n’y a pas de difficultés à être unanime.
Y.C : A chaque fois que je vais à la montagne et que je discute avec des savoyards ou des hauts savoyards, ils nous disent mais attendez, il y a des années où on a pas vu la neige avant février… nous y sommes sensibles aujourd’hui parce qu’on se demande ce qu’est l’implication de l’activité humaine ou du réchauffement climatique sur notre vie, mais on a eu des hivers complètement doux, complètement sans neige sauf qu’à l’époque on n’avait pas les canons à neige… Vous n’avez jamais connu ça en Lorraine vous ?
J.M.P : Pas vraiment aussi longtemps et pas sur 15 ans… là ça dure depuis un bout de temps… c’est un constat objectif, et je remarque que ce genre de constat on le fait un peu partout… mais j’ai quand même une question à poser à Madame Masson, c’est qu’on nous a dit il y a 90% de chance pour que ce soit dû aux gaz à effet de serre, qu’est-ce que c’est les 10% qui restent, dans l’incertitude ?
V.M.D : Qu’est-ce qui conditionne l’évolution du climat à l’échelle de temps des dernières décennies… ça peut être des facteurs naturels, de très faibles fluctuations de l’activité solaire, l’occurrence d’éruptions volcaniques, et également la capacité de la machine climatique à générer des oscillations relativement lentes à l’échelle du siècle.
Y.C : Donc ça ça s’appelle la nature… pour employer un mot très simple.
V.M.D : Oui, la variabilité naturelle… et il se trouve en fait que les modèles de climat, que l’on utilise pour faire des projections, et un des aspects importants du GIEC s’est de publier les gammes de projections des risques climatiques à venir, donc ces modèles de climat peuvent être utilisés pour tester la réponse de la machine climatique aux facteurs naturels et aux facteurs anthropiques, et ils ne sont pas capables de reproduire le réchauffement récent sans la présence du facteur anthropique, par contre ils simulent correctement l’ordre de grandeur du réchauffement, entre 0,13 et 0,3 degré en 10 ans, en réponse à l’augmentation de l’effet de serre.
Y.C : Eric Joly… alors on a prononcé deux mots importants, parce que justement s’st ce que vous remettez entre autre en cause, ce sont les mots consensus et certitude… Pourquoi êtes-vous convaincu que ce n’est pas comme ça ?
E.J : C’est très simple… moi effectivement je ne suis pas climatologue, je suis journaliste, donc j’ai enquêté sur ce réchauffement climatique, or, je suis tombé sur des gens, des contestataires, qui sont des gens de premier plan, je pense par exemple à Richard Linsel, aux Etats-Unis, qui faisait partie du MIT, qui a une chaire de météorologie, et qui a quitté le GIEC, en disant j’estime que cet organisme n’est plus scientifique et donc je m’en vais, et donc il estime lui que les prévisions du GIEC ne sont pas suffisamment scientifiques pour être acceptées par l’ensemble du public, or c’est celles qu’on matraque à longueur de journée, donc je pose la question, pourquoi un monsieur comme Linsel, pourquoi un monsieur comme Marcel Leroux en France, pourquoi même un monsieur comme Claude Allègre, dès qu’on va un temps soit peu contre la propagande apocalyptique, on est immédiatement prié d’aller voir ailleurs, c’est ça qui me heurte.
Y.C : Là où ce n’est pas  raisonnable ce que vous dites, c’est quand vous parlez de propagande apocalyptique… on interview depuis suffisamment de temps des scientifiques comme Valérie Masson pour voir qu’ils ne cessent de prendre des précautions oratoires, donc je ne dis pas que les noms que vous venez de citer ne sont pas importants ou sérieux, mais propagande apocalyptique c’est….

E.J : Attendez, sur le consensus, je vais vous dire quelque chose d’amusant, il y a un scientifique anglais qui s’est amusé sur Google à taper Global Climat Change, il a eu 928 réponses, et il a eu 928 études scientifiques… sur ces 928 études scientifiques, il y en a 13 qui reprennent les pronostics du GIEC, ça me semble un peu inquiétant.
V.M.D : Est-ce que vous pensez que c’est le GIEC qui fait les travaux scientifiques ?
E.J : Non, le GIEC est un ensemble, un panel de climatologues…
V.M.D : Et quel est le rôle du GIEC ?
E.J : Le GIEC est chargé de communiquer au gouvernement des indications sur l’évolution du climat.
V.M.D : Où se fait la recherche ?
E.J : Dans tout les pays. Mais simplement le fait que le GIEC fasse des pronostics d’un réchauffement de 1,5 à 5,5 degrés dans le prochain siècle, il y a déjà là une fourchette qui est un petit peu inquiétante.
Y.C : Mais excusez moi, ça atteste qu’ils sont sérieux puisqu’ils nous disent on ne peut pas vous dire tant, ça révèle leur honnêteté… on va dire c’est peut-être pas assez précis mais… moi quand je pose des questions depuis des années à Hervé Le Bras sur la démographie il nous explique toujours que c’est des sciences pointues mais pas forcément exactes et qu’on est quand même dans des ordres de grandeur où des inconnues vont arriver, où on ne peut pas savoir comment les choses vont exactement se jouer, même s’il y a des chiffres signifiants…
E.J : J’entends bien mais pourquoi tirer des conclusions, parce que quand même vous êtes d’accord que l’on voit à longueur de journée des reportages ou le film d’Al Gore, où on voit quand même que la planète est complètement dévastée, donc je me dis est-ce que ça vaut vraiment la peine…
V.M.D : Donc pour vous le film d’Al Gore est catastrophiste ?
E.J : Absolument, il manque Bruce Willis.
V.M.D : C’est très surprenant, parce qu’en fait finalement dans ce film, on vous montre l’évolution du climat passé, l’évolution des rejets de gaz à effet de serre, quelques évènements extrêmes assez spectaculaires, mais ce film ne montre rien en terme de quantification du changement climatique à venir… et c’est vrai qu’on ne peut pas se fier à l’évolution passée du climat pour savoir comment il va varier, on ne dispose que de la physique, et la physique c’est d’avantage d’effets de serre dans l’atmosphère, et en calculer les conséquences, donc on passe par des modèles physiques… ces modèles font leurs preuves, ils calculent le changement climatique récent, les gros changements climatiques passés –on les teste, on a un minimum de confiance dans ces outils- et après on les utilise pour avoir une idée des ordres de grandeur à attendre… voilà l’approche tout à fait rationnelle, raisonnable que l’on peut avoir pour quantifier le risque climatique.
Y.C : Et avant de poursuivre le débat, on va se retourner vers ces meilleurs experts du climat qui viennent de se réunir à Paris et qui confirment le réchauffement climatique attribué je cite «très vraisemblablement à l’activité humaine ». Du coup les conclusions s’empilent les unes derrière les autres : possibilité d’augmentation des températures, fonte des glaces de mer, canicules évidemment plus fréquentes, élévation du niveau des océans, Jacques Chirac appelle lui à la création d’une ONU pour l’environnement, reportage et synthèse de tout cela avec Romain Clément et Denis Enoudi.




Reportage :
Sonner l’alerte avant qu’il ne soit trop tard, voici le message de tous les experts aux décideurs de la planète, devant les caméras du monde entier les plus éminents spécialistes confirment le réchauffement climatique, et pour la première fois ils jugent très vraisemblable le lien entre réchauffement et activité humaine. Conclusion : si rien n’est fait pour limiter les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine, d’ici 2100 la température moyenne mondiale pourrait augmenter de 2 à 4 degrés. Autre conséquence : le niveau des océans s’élève, tandis que dans l’Arctique ou l’Antarctique, la glace de mer disparaît peu à peu. Il est probable que les périodes de canicule ou de fortes précipitations soient plus fréquentes, et les cyclones plus intenses. Pour les scientifiques, le chaos climatique est à nos portes, mais il est encore temps d’agir.
Gérard Meehl : Nous pouvons faire la différence en agissant dès aujourd’hui… d’ici la fin du 21ème siècle, ce que l’on fait aujourd’hui peut avoir un impact.
Achim Steiner : oui je crois que c’est dans notre domaine de réduire les émissions de CO2, ça c’est le plus grand défi en ce moment et c’est dans ce contexte que tout le monde va regarder chaque pays et sa volonté de réagir.
Cinq ans après son discours de Johannesburg dans lequel il parlait de la maison qui brule, Jacques Chirac lance l’appel de Paris. Face à la crise écologique, il veut mobiliser les consciences, les peuples, et convertir les dirigeants.
Jacques Chirac : Nous tous, ici présents, citoyens de la Terre, nous appuyons les efforts des nations qui se mobilisent. Dans un esprit de souveraineté partagée, pour renforcer la gouvernance internationale de l’environnement, nous appelons à transformer le programme des Nations Unies sur l’environnement en une véritable organisation internationale, à composition universelle.
Une organisation des Nations Unies pour l’environnement, sur le modèle de ce qui existe déjà avec l’OMS, initiative soutenue par son fidèle lieutenant, Alain Juppé.
Alain Juppé : Une sorte d’élan s’est crée pour améliorer la gouvernance mondiale en matière d’environnement, créer une organisation des Nations Unies pour l’environnement, qui serait à la fois un lieu d’expertise scientifique, un lieu aussi de mise en cohérence de tous les accords qui existent, et Dieu sait s’il y en a, et puis un lieu de partenariat entre le Nord et le Sud, puisqu’il faut accompagner les pays en développement dans ce combat pour l’environnement.
Une institution supplémentaire raillent certains, un projet qui pour Nicolas Hulot a le mérite d’exister.
Nicolas Hulot : Ce type d’initiative raccourcit le temps de sa création, quoi qu’il en soit. Alors pour autant, est-ce que ça sra dans quelques mois non, dans quelques années j’en sais rien, ou alors vraiment quand nous serons déjà dépassés par les phénomènes… il faut tout tenter, mais évidemment en gardant à l’esprit que les mots, les conférences ne doivent pas abriter l’inaction, mais je pense pas que ce soit l’intention d’aujourd’hui, et je ne vois pas pourquoi cette conférence aurait eu lieu juste pour masquer la misère, c’est pour la révéler, la misère…
Ce projet d’ONU pour l’environnement est soutenu par 45 pays, un premier groupe de travail destiné à promouvoir l’idée se réunira au printemps prochain, mais ni la Russie ni les Etats-Unis ni la Chine n’ont pour l’instant manifesté leur intérêt.
Fin du reportage.



Y.C : 1ère question des téléspectateurs : « Sommes-nous à l’aube d’un cataclysme irréversible? ». Alors vous voyez ça c’est une question qui va jusqu’au bout, en dramatisant, des conclusions qui sont amenées par le GIEC… alors qui veut répondre à cette personne ?
V.M.D : Il y a un aspect qui est irréversible, c’est le dioxyde de carbone que l’on déverse dans l’atmosphère, parce qu’il y reste pendant des siècles, on ne peut pas revenir en arrière, et même si on arrêtait maintenant d’émettre quelque quantité d’effet de gaz à effet de serre que ce soit, le réchauffement climatique se prolongerait ; ensuite quelques vont être nos activités humaines, quelque soit la manière dont on va utiliser de l’énergie, on estime que le réchauffement lié aux activités humaines devrait atteindre environ 1 degré d’ici 2020-2030, c’est un des résultats forts de ce rapport du GIEC, de dire qu’une partie de l’évolution du climat sur les prochaines décennies finalement est déjà inscrite, et nous pouvons jouer sur la fin du siècle… alors quelle est notre marge de manœuvre ? Si nous faisons un maximum d’efforts pour limiter la dérive des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, et c’est faisable, si nous faisons ces efforts on estime que l’évolution du climat la plus probable serait un réchauffement qui plafonnerait à 1,8 degrés, comme valeur la plus probable à la fin de ce siècle. C’est quand même trois fois plus que ce qui a déjà eu lieu. Ca c’est la gamme des possibles.
E.J : Est-ce que l’on peut éventuellement apporter une petite note d’optimisme, je sais bien que c’est très difficile, puisque quand on entend les questions, c’est toujours des questions « Sommes-nous au seuil de l’apocalypse ? »

Y.C : Je ne sais pas, on ne prépare pas les questions… en général quand on fait des émissions sur le climat, il y a toujours une première série de questions sommes-nous au seuil de l’apocalypse, suivie de est-ce que tout cela est bien sérieux, alors…

E.J : On peut rappeler qu’au IXème siècle, il faisait plus chaud qu’aujourd’hui, qu’il y avait de la vigne qui poussait en Angleterre, et que les Vikings avaient des fermes au Groenland…

V.M.D : Alors ça c’est tout à fait vrai à l’échelle locale, bien sur il y a eu des épisodes localement plus chaud, se situe justement dans le rapport complet du GIEC –le pavé de 600 pages- tout un chapitre sur les climats du passé, justement parce qu’on essaye de mettre en perspective les choses… et ce dont on s’aperçoit c’est que oui il y a eu des épisodes plus chauds, mais que les trente dernières années étaient bien plus chaudes que le petit optimum chaud du Moyen Age… c’est important de le voir à l’échelle globale et non pas à l’échelle locale. Et puis la dernière chose c’est sur le climat à venir, si nous poursuivons simplement le développement comme aujourd’hui en utilisant les énergies fossiles, on estime que le réchauffement le plus plausible serait de l’ordre de 4 degrés à la fin de ce siècle. Est-ce que c’est dramatique ? C’est très rapide.
Y.C : Je vous remercie parce que c’est la question que je voulais vous poser… parce qu’une fois qu’on a fait tout ces constats –je vais faire mon Claude Allègre, qu’on verra d’ailleurs dans un reportage- est-ce que c’est grave ? et est-ce que l’Homme n’a pas montré jusqu’ici qu’il est capable de s’adapter à un certain nombre de choses… alors évidemment c’est ennuyeux pour les petits enfants lorrains mais sérieusement ?
V.M.D : Il y aura es bénéfices au changement climatique bien sur, on aura moins d’hivers très froids, la banquise va rétrécir dans le Grand Nord, ça va ouvrir de nouveaux champs à l’exploration pétrolière, de nouvelles voies maritimes, il y aura également des aspects moins agréables, et en particulier ce qui est prévu ce n’est pas seulement des changements de température évidemment, c’est des changements dans les précipitations, et le rapport du GIEC montre de manière beaucoup plus cohérente qu’auparavant que les modèles de climat simulent avec un certain consensus un terme de risque pour les précipitations. Ce qui me frappe moi, c’est par exemple 20% de précipitations en moins sur le pourtour méditerranéen d’ici à la fin de ce siècle, ça c’est quelque chose qui va poser un problème autant pour les systèmes vivants que pour les Hommes.
Y.C : Lequel est-ce qu’il y a mort d’hommes potentiellement ? Je sais que vous brulez d’intervenir, mais je pose une dernière question… est-ce que nous sommes en danger à partir des constats que vous venez de faire, réellement en danger ?
V.M.D : Nous allons être très inégalement situés par rapport au changement climatique ; dans certaines régions il y aura un bénéfice, probablement, dans certaines régions par exemple du Grand Nord ; dans d’autres régions où la population a augmenté récemment, où l’utilisation des ressources locales est déjà au maximum pour l’eau, pour l’agriculture, il y aura des problèmes, parce que ce sont ces zones là qui seront les plus vulnérables. Ce sont les zones côtières –la pression de l’augmentation du niveau des mers-, ce sont les zones semi arides, ce sont les zones polaires où le réchauffement sera le plus rapide, là en fait il va falloir s’adapter très vite, et dans certains cas ce sera impossible, quand il ne pleut plus il est difficile de subsister au même endroit.
Y.C : Hervé Le Bras, vous vouliez intervenir.
H.L.B : Oui, ce qui me frappe là dedans c’est que les recommandations sont toujours du type : « il va falloir moins consommer de pétrole, il va falloir utiliser les éoliennes, les énergies douces, etc » et que tout est focalisé sur la nature, et rien sur les systèmes politiques, or il y a quand même une prévision politique à faire : ce n’est pas par hasard si la Chine et l’Inde ne signent pas des protocoles, ni Kyoto ni les autres, ils ont envie d’avoir des voitures pour tout le monde comme en Occident, donc ça va continuer, et il me semble qu’une prévision plus raisonnable, au-delà des prévisions climatiques que vous avez faites, étant donné la largeur de la fourchette –je ne la conteste pas-mais il me semble qu’au lieu de dire il faut arrêter de faire ceci ou cela, mais la réponse est de dire comment allons-nous nous adapter politiquement à cette nouvelle donne, par exemple si dans certains pays il y a des bénéfices (par exemple en Sibérie ou au Canada ou en Scandinavie) il va falloir peut-être envisager ce que font au fond les canadiens avec une très forte immigration déjà, il va falloir envisager en un siècle une certaine redistribution des populations à l’échelle de la Terre, et là on entre dans du vrai politique et pas dans du moral qui consiste à dire arrêtons de prendre notre voiture.

Y.C : Mais pardonnez moi Hervé Le Bras, puisque vous lancez déjà la question de la démographie, et c’est très intéressant, vous pensez qu’on peut déplacer des paquets de gens comme ça, mettre 300 millions d’africains en Russie, au Canada –ça tombe bien il y a de l’espace et en plus il va faire un peu plus chaud- ?

H.L.B : Le Canada accueille chaque année –c’est un pays qui n’est pas très peuplé mais- plus de 400 000 personnes, et si vous multipliez par cent an ça vous fait déjà 40 millions de personnes, ce n’est pas rien, 100 ans ça nous laisse le temps de voir venir, ça nous laisse le temps aussi –et ça c’est un autre point que sous-estime à mon avis les personnes qui font ensuite du pessimisme- c’est qu’on a une capacité de création très grande… très souvent je recommande de dire : mettons-nous en 1900 et regardons ce que nous avons dit et ce que nous aurions dit sur 2000, qu’est-ce que nous aurions prédit ?
Y.C : Je sens que vous nous avez préparé quelque chose de très intéressant, alors allons-y, mettons nous en 1900, on fait C dans l’air, et à l’époque qu’est-ce qu’on raconte ?
H.L.B : A l’époque par exemple, dans mon domaine, en 1900 il y a des prévisions qui sont faites au-delà de 2000 pour la population, qui donnent qu’elle plafonnera à 2 milliards d’habitants, et elle plafonnera parce qu’on sera incapable de nourrir la population !
Y.C : Parce qu’on va mourir de maladies, de faim ou de soif… ?
H.L.B : De maladies, de faim… je ne dis pas que c’est un bien ou un mal, mais on est à 6,5 milliards, et proportionnellement la malnutrition –proportionnellement, pas de valeur absolue- a diminué depuis 1900 et encore plus depuis 1950… c’est toujours difficile de se projeter ; une erreur que l’on a toujours faite c’est de ne pas prendre en compte la réactivité de l’homme et les progrès techniques, et si vous oubliez cette donnée là –mais on l’oublie dans énormément de domaines-…
Y.C : Vous avez un autre exemple à nous donner ?
H.L.B : L’exemple le plus ancien de Malthus pour le rendement de l’agriculture : Malthus avait fait une prédiction très juste qui est qu’on ne peut pas produire plus de 10 quintaux à l’hectare, et il l’avait faite sur une base très juste, qui est que on ne pouvait cultiver qu’avec des engrais animaux, et puis il y a eu fin du XIXème siècle, Liebig, un savant, qui a inventé les engrais chimiques, et ça a transformé l’agriculture de tout en tout, ça a rendu cultivables un nombre très importants de terres, et ça a augmenté les rendements… on avait complètement sous-estimé cette possibilité.

Y.C : Sauf que cette agriculture qui nous a fait vivre et qui a fait vivre des millions pour ne pas dire des centaines de millions d’êtres humains aujourd’hui, elle est remise en cause quand à ses défauts, notamment dans le domaine des engrais chimiques…
H.L.B : Oui et on fait de gros progrès dans le -c’est un très gros danger, je crois que Jean Marie Pelt connaît mieux le problème que moi- mais je sais qu’il y a une baisse très importante actuellement dans un certain nombre de technologies de l’emploi de pesticides.

Y.C : Qu’est-ce que vous pensez de ce que vient de nous dire Hervé Le Bras, Jean Marie Pelt, et je vous pose à vous aussi la question, je sais que ce n’est pas facile mais voilà, imaginons que l’on soit bien sur cette tendance, et on a envie de vous dire, et alors ? Est-ce que c’est si grave que ça et est-ce que l’on n’a pas nous des ressources et des capacités d’adaptation ?

 J.M.P : Alors un point qui n’a pas été évoqué encore, c’est le lien entre ce réchauffement qui n’est pas un phénomène linéaire qui rendrait nos vacances plus agréables mais qui engendre des secousses météorologiques fortes –du style sécheresse et répartition des pluies qui n’est pas la même, du style cyclone, canicule- bon alors est-ce que l’on va aller dans un monde où il y aura des inondations à répétitions, est-ce que nous devrons nous habituer à des canicules à 42 au lieu de 39°C comme la dernière fois, ça ce sont des questions qui sont ouvertes.
Y.C : Pardonnez-moi mais là vous parlez des conséquences potentielles sur un climat qui deviendrait plus violent ?
J.M.P : Plus violent oui… plus d’événements sévères, et des événements de plus en plus sévères.
E.J : Le GIEC n’a pas été catégorique là-dessus…
J.M.P : C’est une des questions qui est posée… alors en ce qui concerne ce qui vient d’être dit sur le bassin méditerranéen qui deviendrait de plus en plus sec, je voudrais me faire l’avocat du diable : madame la ministre de l’environnement m’a montré des cartes et m’a fait réagir sur des cartes –vous voyez j’aime bien les cartes comme vous- et on voyait que la ville où il avait le plus plu en France l’année dernière c’était Montpellier, alors c’est extraordinaire, c’est là que tout le monde veut aller passer ses derniers jours et prendre sa retraite, et c’était tout à fait surprenant… ensuite on a vu que là où il faisait d’habitude très pluvieux (c’était la région de Bordeaux), c’est là où il faisait le plus sec, donc il y a des changements qui se produisent… je ne sais pas si vous pouvez les expliquer ces changements, mais moi je me pose en naturaliste qui observe comme nous le faisons pour les plantes et les animaux, alors vous avez raison de m’inviter parce que bientôt il n’y aura plus de naturaliste du tout, il n’y aura plus que des biologistes moléculaires, les naturalistes sont une espèce en voie de disparition qu’il faut absolument protéger –pour la biodiversité, absolument…-, mais nous voyons ainsi des changements se dessiner qui sont très importants… alors jusqu’où iront-ils moi je n’en sais rien du tout, et d’ailleurs dans ce thème du climat je ne suis pas dans ma spécialité donc je ne peux pas affirmer des choses qui m’apparaitraient comme définitives, mais il y a quand même beaucoup de  questions qui se posent… nous avons vu arriver quel évènement dans notre chère Lorraine : la mante religieuse, qui n’habitait pas en Lorraine, elle était dans le sud de la France, et bien elle vient d’arriver l’année dernière… alors un de mes amis écolo m’a dit c’est le signe d’un réchauffement drastique…
Y.C : Je vous pose une question, amicalement et avec tout le respect que j’ai pour vous depuis des années, qu’elle importance ça a qu’il y ait des mantes religieuses en Lorraine ? Et est-ce que notre avenir est menacé ? Je ne veux pas caricaturer cette question parce que c’est peut-être le révélateur de quelque chose de grave… ! Mais je dois quand même vous poser la question, parce que moi jusqu’ici je ne pète pas de trouille… !
J.M.P : C’est le mari de la mante religieuse qui est gravement menacé… non, la question est est-ce qu’il y aura beaucoup d’épisodes sévères, c’est ça la question.
H.L.B : Aussi la question est-ce qu’il y aura des morts ?
Y.C : Est-ce qu’il y a mort d’hommes dans tout ce qu’on nous annonce ?
H.L.B : Moi je que je peux dire en tant que démographe… il y a sans doute des morts d’hommes comme celles de la canicule, qui sont des morts avancées, mais si on regarde -et il y a une étude récente dans la revue des populations qui est excellente à ce sujet- si on regarde les taux de mortalité à tous les âges et pour tous les grands groupes de cause, ils diminuent rapidement en France depuis trente ans, donc il n’y a pas le moindre impact de l’environnement… c’est assez intéressant, moi je veux bien admettre qu’à un moment donné il va y avoir un retournement, mais en tout cas la situation qu’on décrit sous une lumière de plus en plus sombre depuis trente ans n’a cessé de s’améliorer et d’ailleurs vous voyez que les progrès de l’espérance de vie sont très rapides en France, plus rapides qu’ils n’ont jamais été, alors ça se retournera peut-être mais…
Y.C : Eric Joly on part au Pôle Nord…  
E.J : Non pas du tout… il y a une chose qui me semble importante à préciser, et je voudrais profiter du fait que l’on a une climatologue et qu’elle nous affirme aujourd’hui qu’il n’y a absolument aucune corrélation entre la canicule, l’hiver doux que nous avons connu, le printemps qui sera peut-être pluvieux, sec ou je ne sais quoi, et le réchauffement climatique, parce que ce que l’on voit systématiquement, c’est que l’hiver, qu’il soit froid, doux, sec ou pluvieux automatiquement est accolé à ce phénomène météorologique, le phénomène de réchauffement climatique… donc ce serait bien qu’une climatologue nous dise non, il n’y a pas de corrélation entre les deux.
V.M.D : Je peux dire un mot sur les deux questions ? Alors au niveau des morts au niveau mondial liés directement, les principaux facteurs de décès se sont les vagues de chaleur prolongées, les vagues de froid prolongées et les fortes inondations, en particulier dans les pays du sud.
Y.C : Donc réponse : les morts ça se fait avec le climat.
V.M.D : Il y a une vulnérabilité par rapport aux aléas météorologiques. Ensuite quand le climat change, nécessairement les types de temps qui arrivent changent : un changement de climat se n’est pas que la température moyenne, c’est une diminution des épisodes très froids, mais quand même des hivers froids –moins fréquents- et une augmentation des étés très chauds –actuellement on le voit- donc quand vous me dites est-ce qu’un évènement particulier est lié au changement climatique, ce n’est jamais possible de l’affirmer, ça fait partie des aléas, des types de temps au jour le jour, par contre le fait que des évènements extrêmes se répètent avec un temps de retour de plus en plus court témoigne d’un changement climatique. Je vais donner un exemple : une vague de chaleur, le fait que l’on ait une canicule tout les trente ans c’est normal, c’est même la définition d’une canicule, le fait que des canicules à ce niveau là se répètent non plus tout les trente ans mais tout les dix ans, tout les trois ans, ça ça témoigne du changement climatique. Quand on regarde les prévisions d’évolution des températures, que l’on peut faire avec les modèles de climat, on va regarder à l’échelle d’un siècle… on ne va pas dire en janvier 2017 il va faire chaud ou froid, on en est incapable, mais on peut dire entre 2020 et 2030 l’occurrence d’hivers froids et neigeux va être divisée par tel ordre de grandeur. Le changement de température se traduit par un changement d’évènements extrêmes.
Y.C : Vous allez voir que les glaciologues envisagent maintenant une disparition totale de la banquise, l’été dès 2040. Alors on peut déplorer les conséquences écologiques de tout cela, mais on peut aussi constater une révolution, par exemple dans le transport maritime. Exemple très précis : le trajet Londres-Tokyo gagnerait 6000 km, et on travaille déjà sur de grands projets de développements portuaires… reportage de David Doucan.




Reportage :
Plus de glaces dans l’Arctique, dès demain… chaque été, à partir de 2040, la banquise pourrait n’être plus qu’une immense étendue d’eau… pour l’instant les rares ports de l’Arctique ne fonctionnent que quelques semaines par an pendant l’’été, c’est le cas ici à Churchill, tout au nord du Canada. Mais cela pourrait bientôt n’être plus le cas. David Barber est un des meilleurs glaciologues au monde : ses études sont sans appel, le pôle Nord pourrait n’être bientôt qu’un souvenir du passé.
D.B : Notre planète n’est habitable que grâce à la proximité du soleil. Cette énergie solaire est plutôt absorbée par ce qui est noir et fortement réfléchie par ce qui est blanc. La glace renvoie 97% de l’énergie solaire dans l’espace ; si vous enlevez cette couverture de glace, toute la chaleur solaire va pénétrer dans l’océan et le réchauffer.
Constat inquiétant pour l’avenir de la planète mais réalisme ou cynisme, les marins et les marchands du port de Churchill y voient un très bon oracle. Ce cargo panaméen est l’avant-dernier de la saison. Il embarque 38 000 tonnes de blé et son commandant constate dès aujourd’hui l’impact du réchauffement climatique : avec le réchauffement, il fait escale à Churchill de plus en plus tard dans la saison.
Commandant : Vous pouvez voir que ça arrive déjà… normalement ici les années précédentes, cet endroit était complètement gelé à cette époque de l’année. L’année dernière il y avait déjà 60 cm de glace et maintenant c’est complètement libre.
Pendant la saison habituellement navigable, c'est-à-dire entre juin et septembre, une petite quinzaine de navires passe par Churchill. Ce chiffre pourrait se démultiplier dans les prochaines années avec la fonte des glaces. En 1997, le port et toutes ses infrastructures sont vendus à une firme multinationale américaine, investissement surprenant et important, mais avec la banquise qui se transforme en canal ouvert, les hommes de cette entreprise OMNITRAX ont des billets verts dans les yeux.
Mickael Born (propriétaire d’OMNITRAX) : Churchill est situé sur cette partie de la baie d’Hudson, et quand vous prenez le détroit, vous arrivez directement en Europe, puis la Russie. C’est une route beaucoup plus courte, une navigation plus courte signifie que les armateurs économisent de l’argent, et les produits parviennent au consommateur plus rapidement.
Pour exporter vers l’Atlantique, le Canada passe pour l’instant par le corridor de Thunder Bay et ses écluses payantes : c’est long, cher, et la taille des bateaux est limitée.


Avec l’essor prévu de Churchill, s’ouvrirait le pont Arctique, avec une liaison entre l’Amérique du Nord et la Russie plus courte de 3000 km.


Pour les autorités canadiennes, c’est un enjeux majeur, car quoi qu’ils en disent, la connexion avec la Russie c’est évidemment le lien avec le pétrole.
Ron Le Mieux (ancien ministre des transports canadiens) : On n’a pas pensé au gaz ou au pétrole. Peut-être que les russes y pensent, mais nous ici on n’y a pas encore pensé… mais vous savez, on ne ferme aucune porte…
A terme, le Pôle Nord pourrait devenir l’une des autoroutes maritimes du monde, entre l’Europe, l’Amérique et même l’Asie, par le détroit de Behring… en fait, une logique de surenchère : si la banquise fond, c’est à cause de la pollution, la multiplication des échanges maritimes pourraient être le coup de grâce écologique pour la région.


D.B : Nous devons être très attentifs aux ballastes des navires qui viendraient par exemple de méditerranée et relâcheraient dans l’Arctique de nouveaux types de virus et des bactéries inconnues.
Les canadiens ne sont pas le seuls à se réjouir de la fonte des glaces. Par exemple ici à Arktrux, un des ports russes en bordure du cercle polaire : le Grand Nord qui chaque année prend des allures de Méditerranée… de quoi attiser les envies lucratives des transporteurs maritimes du monde entier.
Fin du reportage.



Yves.Calvi : Ca surprend ces images… A qui bénéficiera géo stratégiquement le réchauffement climatique ? Vous y avez réfléchi Hervé Le Bras ?

H.L.B : Non… on sait à qui bénéficiera globalement, et on l’a vu ici : c’est la Russie, ou du moins la partie sibérienne de la Russie et puis le Canada très certainement… alors que veut dire géo stratégiquement ? On a vu que là au niveau des transports ça jouerait un rôle, ça jouera aussi un rôle dans l’agriculture : si la population mondiale reste ce qu’elle est, l’équilibre est un peu précaire en raison de la consommation de viande animale… pour produire de la viande animale il fait beaucoup plus de céréales, et ces céréales seront de plus en plus produites au Canada ou en Sibérie alors que maintenant elles sont largement produites par exemple au Brésil et au Mexique. Voilà géo stratégiquement un élément fort.
Y.C : Hors réchauffement climatique, sur ce qu’on appelle les limites de la Terre, en sachant que la pression démographique va continuer à être plus importante… quand vous faites des projections sur l’avenir de l’Humanité en nombre, vous le démographe vous nous dites quoi ?
H.L.B : L’ensemble des démographes pense que la population du monde va se stabiliser un peu au dessus de 8 milliards d’habitants vers 2040. Moi je suis de ceux qui pensent qu’elle va même diminuer à partir de cette date, et qu’on peut arriver en 2100 avec une population nettement moins nombreuse parce que maintenant dans la plupart des grands pays la fécondité est en baisse extrêmement rapide et est souvent passée en dessous de deux enfants par femme… même des pays moins grands comme l’Iran qui ne sont quand même pas des pays d’un modernisme fantastique du point de vue des mœurs sont au dessous de nous actuellement en terme de nombre d’enfants par femme… la Tunisie est au dessous de nous, etc.… donc il n’y a pas de raison que ce mouvement s’arrête, c’est une plongée. Je pense qu’on va vers une Terre où il y aura beaucoup de familles d’enfant unique. Donc la réponse à votre question c’est qu’on sera sans doute moins nombreux, ou peut-être aussi nombreux, mais certainement pas plus nombreux… par contre on consommera beaucoup plus : les chinois, les indiens, les indonésiens, la plupart des pays qui actuellement sont en développement rapide, il n’y a aucune raison que ce développement casse brutalement, ou bien sur il peut y avoir une catastrophe mondiale comme il en a existé dans le passé mais assez peu, et à ce moment là les facteurs qui portent sur le climat continueront à exercer leurs pressions, c’est pour ça que je suis d’accord avec vous, le poids humain sera de plus en plus fort.
E.J : Je pense que ce serait intéressant aussi de parler de l’idéologie qui sous-tend ce réchauffement climatique et les influences…
Y.C : Idéologie dites-vous ?
E.J : Idéologie oui, parce que si Richard Linsel est parti du GIEC justement c’est qu’il trouvait que cet organisme était singulièrement manipulé.
Y.C : Pardonnez moi mais manipulé par qui et par quoi ? Parce que dès qu’on emploie le terme de manipulation on veut savoir qui est le grand ordonnateur de tout ça… Hervé Le Bras semble un peu d’accord, alors allez-y.
E.J : Je vais tacher de vous l’expliquer… il semble quand même que bon nombre de tenant du réchauffement accéléré, de l’apocalypse qui va survenir, de l’épouvantable condition dans laquelle notre chère planète Terre va se trouver, sont des gens qui sont viscéralement opposés au système on va dire libéral qui a fait la réussite jusqu’à présent de notre société. Et on utilise ce réchauffement climatique pour dire ce système est tellement pervers qu’il est grand temps de le jeter bas… donc il ne faut pas oublier que c’est important, que ça existe, que des tas d’associations sont derrière le réchauffement climatique pour ça, et que ça a des conséquences finalement assez grave, parce que si vous dites aux indiens, aux chinois et aux africains écoutez messieurs arrêtez tout, ne prenez surtout pas un système pervers qui va aggraver le réchauffement climatique, ne faites pas comme nous, arrêtez, et je trouve ça dangereux, et on en parle pas assez.
Y.C : Vous allez répondre, parce qu’il vous demande si vous n’êtes pas une dangereuse écolo marxiste.
H.L.B : Si c’est antilibéral, il n’y a pas de raison de faire intervenir la Chine ou l’Inde, ou les grands pays en développement… je crois justement que s’il y a une idéologie et je trouve que votre mot est juste, l’idéologie qu’il y a par derrière est comment faire pour conserver l’avantage qu’ont actuellement les nations les plus développées sur les autres, je crois qu’il y a une très grosse inquiétude devant le développement très rapide, avec des normes qui ne sont pas les nôtres, y compris les normes de démographie et les normes économiques et on se demande comment on va réagir face à ce danger, et de ce point de vue là je crois que la préoccupation du GIEC reflète cette peur des anciens ou des actuels dominants face aux anciens dominés.

Y.C : Vous êtes passée de l’écolo marxiste à la néolibérale dangereuse… plus sérieusement, c’est très intéressant ce qu’ils viennent de nous dire, parce que je ne doute pas qu’il y ait des groupes de pression autours du GIEC qui pour des raisons bonnes ou mauvaises et parfois les deux fassent de la politique au sens le plus clair du terme sauf que ça ne retire rien au constat et à l’honnêteté d’un certain nombre de scientifiques comme vous vers qui on se tourne… st-ce que vous voulez bien répondre et est-ce que vous vous avez observé ça, des gens vous tourner autours… je pense que demain les idées de Jean Marie Pelt qui sont exposées depuis des années peuvent aussi être détournées par des gens malhonnêtes ou des gens qui veulent faire du fric… est-ce que vous le percevez, est-ce que c’est vrai ?

V.M.D : Il y a un objet d’étude qui est le climat en tant que tel et les effets de l’activité humaine sur le climat. Le GIEC coordonne les efforts de prévision pour pas que ce soit chaque groupe de recherche dans son coin qui publie un chiffre et pour que justement il y ait une confrontation des qualités des modèles et une fourchette qui vous semble large mais qui est quand même la base d’un travail scientifique extrêmement précis. A coté de ça, vous avez les conséquences politiques, on en a parlé, tout de suite on sort du champ scientifique pour parler de politique. Alors faut-il faire du catastrophisme ? A ma connaissance c’est le rôle qu’ont eu certains médias et également certaines ONG, certaines associations écologistes, clairement. A coté de ça vous avez également tout un volet de l’activité économique qui s’intéresse à l’aspect climat, à l’économie du carbone puisque c’est actuellement la voie qui est suivie pour maitriser les rejets de gaz à effet de serre, ce n’est pas une révolution dramatique, c’est inclure dans le fonctionnement de l’économie actuelle une économie du carbone avec un coût associé au rejet de gaz à effet de serre, c’est un moyen comme un autre de répartir les externalités liées à ces aspects environnementaux. On voit à coté de ça de grandes entreprises qui commencent à s’intéresser au prix de la tonne de carbone, à faire des investissements, à boursicoter sur la tonne de carbone, faire de la spéculation, etc.
Donc on a les deux aspects : on a à la fois un marché émergent où on donne une valeur à la pollution, ce qui est spécifique, le principe du pollueur-payeur est une notion très particulière et à coté de ça vous avez des groupes de pression comme vous dites avec des conceptions idéologiques –soit des types de sociétés, des types de développement, d’équité internationale aussi- qui se négocient. Actuellement nous avons quoi ? Nous avons un protocole qui est celui de Kyoto, qui a été ratifié par une majorité de pollueurs –la moitié des émissions mondiales-, non ratifié par les Etats-Unis, l’Australie par exemple, et qui n’impose de limites aux rejets que pour les pays les plus riches ; et ces limites sont très modestes, 5% de moins à l’horizon 2012 de rejet de gaz à effet de serre par rapport à 1990.
C’est une première étape : est-ce que l’on est capable de maitriser les rejets de gaz à effet de serre ? C’est même une démonstration de faisabilité presque… et les négociations actuellement sont sur l’après Kyoto. Moi je ne participe pas à ces négociations, je m’en fais l’écho ici mais je travaille dans mon laboratoire de recherche, clairement. Et les négociations sont essentiellement entre pays riches et pays en voie de développement qui revendique un droit au développement par rapport à ces rejets de gaz à effet de serre qui ont été accumulés essentiellement dans les pays riches au cours des générations précédentes. Et dans les scénarios qui ont été développés pour le futur, tous incluent une utilisation accrue des énergies fossiles dans les pays en voie de développement et parfois un effort volontaire des pays développés pour maîtriser leurs rejets. Ce sont les scénarios sur lesquels nous travaillons.

Y.C : Nous allons maintenant ouvrir le grand livre d’histoire climatique de notre planète, cette histoire se lit vous le savez notamment dans la glace ; le réchauffement nous l’avons d’ailleurs déjà connu et la Terre en a vu d’autres comme le fait souvent remarquer l’ancien ministre Claude Allègre. Reportage Yvan Bastion.
 




Reportage.
Dans un frigo de ménagère, un trésor : les détails de l’histoire intime de la Terre.
Journaliste : Ca c’est le livre de l’histoire du monde ?
Françoise Vimeux : Oui une partie en fait, le livre est beaucoup plus grand, il fait à peu près trois km…
J : Et on sait tout avec ça ?
F.V : A peu près tout, enfin le principal !
Cette carotte glacière provient de forages en Antarctique. Dans cette glace, les scientifiques savent lire le passé : quelques molécules deviennent une preuve irréfutable, la Terre a déjà connu des réchauffements climatiques…
F.V : Ben là je tiens de la glace qui a à peu près je ne sais pas, cinq cent mille ans… donc si vous voulez mettre un glaçon dans votre whisky ce soir… des périodes chaudes on en a déjà connu, des périodes chaudes similaires à celle que l’on vit actuellement, en moyenne globale, et on a aussi connu des périodes un petit peu plus chaudes –il y en a eu deux-…
J : Et ça se voit, ça saute aux yeux ?
F.V : Ca saute aux yeux une fois que vous avez analysé la composition isotopique de la glace : vous voyez très bien qu’il y a à peu près 120 000 ans et 400 000 ans on a eu pendant plusieurs milliers d’années des périodes un petit peu plus chaudes qu’aujourd’hui en moyenne.
J : Et le niveau de la mer débordait ?
F.V : Non non non, le niveau de la mer était un peu plus haut qu’aujourd’hui, mais ça ne débordait pas…
La fac de Jussieu, dans le centre de paris. La Mecque de la recherche scientifique française. Ici l’élite des savants scrute chaque vibration des courbes de températures passées. Avec une découverte, les exemples sont nombreux, de changements de météo sur Terre.

Vincent Courtillot : Le Groenland, en langue danoise ça veut dire je crois la terre verte, parce que la terre y était verte, et les Vikings étaient là-bas parce qu’on pouvait y élever des animaux et y faire croitre des plantes… donc oui l’Homme s’est adapté au climat et a connu des climats complètement différents : fut un temps où l’homme se baladait au milieu de l’herbe verte et des lacs au Sahara, fut un temps où il y avait des glaciers sur Moscou et même 2 km de glace sur le Lac Léman.
Des herbes folles sur les plateaux glacières du Groenland, la Seine que l’on traversait à pied en hiver à Paris, les changements de climat ont accompagné l’histoire de l’Homme. Les scientifiques ont même donné des noms à ces saisons passées de la Terre : Optimum Climatique Médiéval, Petit Age Glaciaire avec sur des millénaires des évolutions de plusieurs degrés de moyenne. La révolution climatique a donc déjà eu lieu… le tout dit le vieux rebelle de la science, c’est de s’y préparer… Claude Allègre est l’opposant amusé à la catastrophe annoncée.
Claude Allègre : Paris Match, y’a des choses assez formidables… « la Sibérie deviendra une immense forêt après le dégel du permafrost… » Est-ce que c’est une régression que ce soit une forêt au lieu d’un tas de boue ?
Pour le scientifique franc-tireur, il serait donc plus efficace de se préparer aux changements à venir, plutôt que de crier au loup.

C.A : Il y a eu des événements chauds qui par exemple en 1706 ou 1707 ont tué 100 000 personnes en France, une canicule, donc on voit bien l’instabilité de ce système climatique, il y a des tendances etc.
J : Et on s’en est toujours sorti ?
C.A : On s’en est toujours sorti parce que l’homme s’est adapté bien sur… et aujourd’hui c’est même ridicule, on dit que la température va augmenter de deux degrés en un siècle, c’est ridicule, si la température augmente de deux degrés vous n’allez pas le noter… la différence entre le jour et la nuit est de dix degrés… mais là on est dans le catastrophisme médiatique qui est ridicule.
Avec pourtant un défi nouveau pour l’Homme : il a déjà fait aussi chaud, mais jamais la température n’a progressé aussi vite… L’humanité est au seuil d’une question vitale : pour ce nouveau changement, l’Homme arrivera t’il à s’adapter ?
Fin du reportage.


49min10 :

Y.C : Alors voyez, on a une question de téléspectateur qui est formidable après ce reportage: quelle différence fait-vous entre le réchauffement actuel et celui d’il y a 12 000 ans ?
V.M.D : Alors il y a 12 000 ans c’est la fin de la dernière période glaciaire, c’est un réchauffement qui est en moyenne global de l’ordre de cinq degrés et qui se produit en environ 10 000 ans, mais de manière un peu plus rapide autour de l’Atlantique du nord que pour l’ensemble de la planète. Il y a 12 000 ans les saisons n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui parce que la position de la Terre dans son orbite autour de soleil était différente –c’est le moteur des grandes variations climatiques à l’échelle de plusieurs millénaires-. A cette période là on estime que la température moyenne de la Terre était assez peu différente de la période pré industrielle mais en Europe du nord par exemple les étés étaient plus chauds d’environ deux degrés par rapport à aujourd’hui. C’était aussi une époque où les moussons étaient beaucoup plus intenses en Afrique, et l’époque justement de ces vertes prairies que décrivait Vincent Courtillot dans le Sahara. Oui bien sur la machine climatique a toujours réagi à des perturbations, que ce soit les variations de l’ensoleillement à cause de l’orbite terrestre –les glaciations- que ce soit l’occurrence d’éruptions volcaniques ou de petites variations de l’activité du soleil au cours du dernier millénaire, mais aujourd’hui le problème est la vitesse du changement. Alors Claude Allègre sourit avec les deux degrés, c’est vrai que ça n’a l’air de rien, mais deux degrés c’est une moyenne globale.
H.L.B : Oui mais là où il a raison quand même c’est de dire que le propre de l’homme c’est de s’adapter, puisqu’il y en a même au fond une théorie de l’hominisation qui dit que c’est justement parce qu’il y a eu ces fluctuations climatiques que l’homme a été amené à changer.
V.M.D : Tout à fait… à inventer.
H.L.B : Il y a une phrase, justement dans Malthus, qui dit que si rien n’avait changé, l’homme serait resté comme les bergers d’Arcadie à attendre que les fruits tombent des arbres et il ne se serait pas développé, donc c’est vrai qu’il y a un enjeu : c’est beaucoup plus rapide, mais c’est aussi en faisant face à cet enjeu que nous serons parfaitement humains.
V.M.D : Tout à fait.
E.J : Mais pourquoi les réactions ont-elles été selon vous aussi violentes quand ce monsieur Allègre a dit des choses finalement pertinentes et pleine de bon sens ? Pourquoi est-ce qu’il a pris une telle volée de bois vert ? C’est ça qui me semble suspect…
Y.C : Et quelle est la réponse d’après vous ?
E.J : Ce qui m’interpelle c’est que je pense qu’il y a des gens qui profitent d’une certaine manière du catastrophisme induit par le réchauffement climatique, on en parlait tout à l’heure… !
Y.C : Pardonnez-moi mais profitent dans quel sens ? Soyez très précis.
E.J : Profitent dans le sens où il faut absolument changer cette civilisation perverse qui est basée sur une industrie polluante et qui va nous mettre la planète en l’air.
Y.C : Et vous pensez qu’il ne faut rien faire ? Parce que même si vos constats sont réels, pensez-vous qu’il ne faille rien faire ? Et après je me retourne vers Jean Marie Pelt qui a décrit plein de choses positives qui ont lieu.
E.J : Bien sur qu’il faut faire, mais je pense que l’on fait beaucoup : il me semble que nos voitures polluent moins qu’il y a 20 ans, il me semble que la prise de conscience écologique est réelle, et il me semble que l’on travaille beaucoup dans le bon sens, que l’on va dans le bon sens… donc ce n’est peut-être pas la peine non plus d’en rajouter et de vouloir absolument montrer que tout est pervers dans notre civilisation.
Y.C : Autre petite question : avez-vous déjà vu l’activité humaine changer fondamentalement sans des règles et des contraintes extrêmement strictes ? Un exemple simple est la route : les morts sur la route ça s’est quand même fait à coup de flashs, de flics et d’amendes, ça ne s’est pas fait dans un grand élan communautaire de dialoguer fraternellement autours de je réduis ma vitesse.
E.J : Non mais de là à annoncer ni plus ni moins que la fin de la Terre, l’apocalypse, Claude Allègre en parlait très bien, ça me semble excessif !
Y.C : Jean Marie Pelt…
J.M.P : Je ne pense pas que nous soyons à la veille d’une apocalypse, mais la question toute bête qui se pose c’est celle-ci : est-ce qu’on peut continuer à aller toujours plus vite dans la direction où on va actuellement ? C’est ça la question. Et la réponse à cette question est non. Quand on parle de l’empreinte écologique comme le fait WWF, il nous dit : si tous les habitants de la Terre avait le mode de vie et le standing de vie d’un américain il faudrait mettons cinq ou six Terre pour apporter les ressources nécessaires. On ne les a pas. Donc tous les habitants de la Terre quand nous serons 8 ou 9 milliards ne pourront pas vivre comme un américain, donc il faut vivre autrement. Alors moi ce que je pense c’est que l’on peut vivre autrement. Si j’ai écrit ce bouquin c’est que je suis très frappé des initiatives remarquables qui sont faites partout.
Y.C : Alors est-ce qu’il y a des choses réellement remarquables qui sont faites et à grande échelle ? Parce que vous savez c’est toujours ce qu’on oppose aux novations que vous défendez : oui c’est très bien pour une petite communauté à l’autre bout de la ville si je puis dire… vous citez le Brésil pour les transports, le Danemark qui est devenu le pays le plus écologique du monde, dites nous deux trois mots sur ces deux exemples.
J.M.P : Dans les deux cas il y a une volonté politique très forte de gens qui sont très engagés.
Y.C : Donc il faut le vouloir…
J.M.P : Le maire à Curitiba a fait une ville écologiquement correcte où les transports en commun fonctionnent tellement bien qu’il y a très peu d’embouteillages et très peu de voitures où il y a très peu de dégagements de gaz à effet de serre, où on a réglé le problème des déchets dans les favelas d’une manière géniale parce que les déchets étaient déversés n’importe où, ça faisait des monticules, quand il y avait un orage ça faisait de l’eau partout, les camions ne pouvaient pas passer parce que les ruelles étaient étroites, alors il achète les ordures aux gens et leur donne des tickets de théâtre ou de transport en échange… génial ! Ca coute beaucoup moins cher que d’aller avec des gros camions dans les favelas parce qu’il faut casser des maisons pour y rentrer, etc. Bon, il y avait une volonté, elle a réussi, ça peut se faire dans quantités de ville ! Le maire de Genève y a été, et il a dit ils font dix fois mieux que nous et nous, ce qu’on fait ça coute dix fois plus cher que ce qu’ils font eux. Donc on peut faire bien ! Le Danemark avait une volonté forte d’éduquer les enfants -comme nous le faisons à Metz d’ailleurs- à l’écologie très tôt. Les petits danois depuis trente ans sont dans une culture écologique, alors le pays est écologique, ce n’est pas un hasard si le patron de l’environnement à Bruxelles est un danois. On peut faire bien. Il n’y a pas un scénario catastrophe avec au bout la fatalité. Je ne crois pas du tout à ça, mais je ne crois pas non plus qu’on peut continuer à faire comme on fait maintenant de plus en plus vite. On parlait tout à l’heure des voitures, vous dites les voitures consomment moins, j’apprends aujourd’hui même qu’en 2012 les voitures devront dégager seulement 120 grammes de gaz carbonique alors qu’actuellement c’est 160, mais il y a de plus en plus de voitures, alors même si on diminue les quantités que la voiture consomme, on augmente le chiffre du dégagement. Mais on peut faire autrement.
Y.C : Il y en aura de plus en plus en Inde et en Chine vient de nous dire Hervé Le Bras. On va prendre quand même quelques questions SMS et Internet.
Certains savants russes prévoient une mini période glaciaire pour 2055-2060, que pouvez- vous nous en dire ?
V.M.D : Alors il y a une différence entre petit refroidissement et glaciation… au niveau de l’orbite de la Terre, c’est clair, on est dans une situation qui est très inhabituelle, il n’y a pas de glaciations à attendre dans les dix mille prochaines années, ça c’est ce que nous apprennent les changements climatiques passés. Ensuite au niveau de l’évolution future du climat, il y a l’augmentation des gaz à effet de serre d’origine humaine, et à ça vont se superposer les facteurs naturels. Ce qu’il est important de bien voir, c’est que le surplus d’effet de serre modifie de manière très importante les échanges de rayonnement entre la Terre et l’espace, actuellement déjà de l’ordre de 2,5 W/m². Les éruptions volcaniques, les petites variations de l’activité solaire –parce que c’est ça que ces savants russes essaient de prévoir- c’est moins de 0,5W/m². Donc la physique du climat c’est que ce qui va dominer l’évolution future c’est l’effet radiatif du surplus de gaz à effet de serre… malheureusement, je dirais.
Y.C : Pour avoir des crédits, beaucoup de laboratoires de recherches ne mettent-ils pas en avant l’augmentation de l’effet de serre ?
J.M.P : Oui.
V.M.D : Je peux donner un élément factuel ? Le budget de mon équipe a diminué de 22% cette année.
H.L.B : Aux Etats-Unis les physiciens se sont beaucoup plaint, et notamment toutes les recherches sur le trou de l’ozone ont été des tentatives des physiciens pour récupérer une partie des crédits qu’ils perdaient par rapport aux biologistes… alors en France on a une technique actuellement différente des répartition des crédits, mais à l’échelle mondiale c’est vrai que l’effet de serre est une activité rentable du point de vue de la recherche.
Y.C : On vous l’a baissé, mais peut-être que on vous l’avait beaucoup augmenté avant…
V.M.D : Moi je ne le pense pas, je pense que c’est une évolution de la recherche à financer des projets à court terme en réponse à des enjeux de société, et c’est vrai que l’on peut avancer des aspects climatiques, mais dans ce cas là les crédits vont d’avantage vers les nouvelles technologies, la séquestration du dioxyde de carbone, des voitures moins polluantes, sur l’étude des impacts des changements climatiques, comment s’adapter pour avoir le minimum de conséquences pour l’économie, et pas uniquement sur la recherche fondamentale.
H.L.B : Oui je suis d’accord avec vous.
Y.C : Le changement climatique réhabilite t’il le choix du nucléaire français ? Jean Marie Pelt, je suis sur que vous avez un avis sur la question.
J.M.P : Oui, nous sommes le pays le plus nucléaire au monde, nous aurions beaucoup de mal à changer sur ce plan là, je ne dirais pas qu’il faut abandonner dans les 20 ou 30 ans définitivement le nucléaire, je n’ai pas une position définitive là-dessus, le nucléaire ne dégage pas de gaz à effet de serre. Mais, et il y a un mais, le nucléaire c’est dangereux, pas seulement par les déchets, pas seulement par les problèmes de sécurité, ça peut être dangereux et problématique parce qu’il ne faut pas qu’un avion terroriste se précipite sur une centrale. Voilà, ça c’est un problème précis. Pour moi ce problème n’est pas résolu et il devra absolument être résolu si on décide d’aller plus loin dans le domaine nucléaire, et puis il y a que quand on fait du nucléaire civil on peut dévier vers du nucléaire militaire, et ça c’est quelque chose qui est très difficile à maitriser. Alors si on met tout ça sur la table et qu’on en discute, je suis prêt en effet à avoir une opinion permettant de faire un peu de nucléaire. Après le 11 septembre le gouvernement français a paniqué parce qu’on craignait qu’un avion se précipite sur une centrale et il se trouve que j’ai été immédiatement mêlé à la suite des évènements dans un groupe d’experts, il faut savoir que les préfets des zones de défense devaient décider eux-mêmes d’abattre tout avion qui s’approcherait d’une centrale si il ne réagissait pas aux sommations d’usage sans en référer à Paris –parce qu’on avait pas le temps, il faut aller très très vite dans ce cas-là- c’est un domaine où il faut quand même faire très attention. Alors la bonne nouvelle c’est qu’il parait que nous sommes les meilleurs, et que nous avons seulement dix minutes, quatorze minutes entre le moment où il y aurait une alerte grave et le moment où l’avion se ferait descendre ; nous avons huit avions qui sont prêts à décoller dans l’instant même si l’alerte se faisait sentir.
Y.C : Les réserves de pétrole s’amenuisent et donc la pollution. Ne pensez-vous pas que les catastrophes annoncées sont alarmistes ?
E.J : Je vais répondre mais simplement dire une petite chose très courte, c’est que les prévisions météo c’est cinq jours, et là on a des prévisions à un siècle, donc restons un peu raisonnables.
V.M.D : Quand on souffle dans un ballon, on ne peut pas dire où va chaque molécule, mais on peut prévoir la pression et la température. C’est exactement la même chose : la météorologie c’est l’instant, et la tendance sur le long terme c’est le climat.
H.L.B : Sur les réserves et les ressources je peux peut-être dire un mot ? Parce qu’il ne faut pas confondre réserves et ressources. Les réserves sont absolument énormes, simplement c’est très cher de les extraire toutes, donc les ressources c’est une question financière. Les annuaires de l’IPPC publient des réserves prouvées, on voit bien qu’elles augmentent quand le prix du pétrole augmente justement, parce que de nouveaux gisements deviennent disponibles, parce qu’on peut exploiter plus longtemps d’anciens gisements… donc c’est très difficile de faire un bilan ; si le pétrole monte à 200 dollars le baril, les réserves vont faire un bond.
Y.C : Pourquoi les énergies renouvelables coutent-elles si cher ? Et je rajouterais et est-ce vrai ? Jean Marie Pelt ?
J.M.P : Ben en fait de moins en moins cher à au fur et à mesure qu’on les utilise de plus en plus… car il y a des effets de seuil : il est moins cher aujourd’hui de faire une maison solaire qu’il y a 20 ans, c’est complètement évident, et ça sera en effet de moins en moins cher au fur et à mesure que le temps passera. Nous ne sommes pas encore culturellement encore prêts à ça, j’ai pris l’exemple de Fribourg qui est une ville qui fonctionne au solaire où effectivement ça n’est pas très cher, et les maisons produisent de l’énergie au lieu d’en consommer –c’est Fribourg en Allemagne, c’est pas le Fribourg suisse-.
Y.C : Les pays développés vont-ils devoir amorcer une décroissance de leurs activités ?
E.J : Effectivement on nous dit pour moins polluer il faut absolument moins produire, il n’y a pas de mystères…
Y.C : Si vous interrogez Noël Mamère aujourd’hui il va vous dire il faut changer de civilisation. Bon alors Noël Mamère fait de la politique, on n’est pas forcément d’accord avec lui, mais il a peut-être raison in fine ?
H.L.B : Vous savez qu’un des grands thèmes maintenant c’est qu’on est en train de passer d’une civilisation matérielle à une civilisation immatérielle… c’est pas du tout avec… l’informatique, le fait de faire des ordinateurs performants ça ne coute pas très cher et ça ne dépense pas beaucoup, ni d’énergie ni de matières premières, votre ordinateur fait maintenant 1,5 kilos, donc on entre aussi… bien entendu que…
Y.C : Vous voulez dire que les productions deviennent plus légères, elles de dématérialisent…
H.L.B : C’est le terme que l’on emploie actuellement.
E.J : Si on a le choix quand même, entre produire moins et avoir un chômage multiplié par dix, qu’est-ce qu’on va choisir ? Alors certains climatologues peuvent dire il faut lever le pied pour avoir moins de croissance pour avoir moins de pollution, alors qu’est-ce qu’on fait ?
J.M.P : Mais on fait autrement !! Mais ce n’est pas compliqué, on fait autrement ! On est à Munich, à New York, il faut donner de l’eau potable, ça coute très cher, il faut faire une ville de 8 milliards de $, on dit on la fait pas, on va mettre de l’agriculture biologique sur 6 000 hectares au dessus des zones de captage, et on a une eau parfaitement propre, des agriculteurs qui travaillent et qui gagnent leur vie, il y a de l’emploi, l’eau est propre et on a fait autrement.

YC : Bon écoutez il y a pour une fois un peu de synthèse sur ce plateau. Donc on va vous souhaiter une excellente soirée, vous remercier les uns et les autres d’avoir participé à cette émission, vous rappelez que nous sommes rediffusés vers 22 heures 30 sur la câble, le satellite, l’ADSL, la TNT et que nous vous retrouvons en public et en direct demain à 17h30. Bonne soirée, merci.

Durée totale : 01 :05 :22

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Météo neige janvier 2018 :
Iris Canderson 7/2/2018

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