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Dans quel œcuménisme habiter (οἰκουμένη) aujourd’hui ?

(Larousse-1925)

Dans quel œcuménisme habiter (οἰκουμένη) aujourd'hui ? S'agit-il de trouver le plus petit dénominateur commun, de se flatter mutuellement (comme le note si justement Souad Ayada concernant l'enseignement scolaire de l'islam) ? Dans ce cas il semble bien que cela n'aille pas très loin puisque l'on peut tomber d'accord sur l'existence déjà historique de questions (a)théologiques, sur l'idée générale de "foi", voire de " mystère", de "surnaturel" etc.

Par contre il n'y a guère de discussions sur le fait de savoir pourquoi n'est pas reconnu par tous la divinité de Jésus. Les Musulmans le nient absolument, les Juifs ne se posent même pas la question, même si selon les écritures chrétiennes ils se l'étaient posées naguère (et ce à Jérusalem même) les athées bien sûr l'écartent et souvent pour des raisons empiriques: les miracles ne sont pas possibles par exemple, or si Jésus est Dieu venu sur Terre pour nous révéler quelque chose de nouveau (la Bonne Nouvelle) alors il peut fort bien faire des miracles….

Donc, Jésus est-il Dieu parce que ce dernier voulait nous parler sous forme humaine ? Faisons ici le pari du oui on n'y perd rien disait Pascal.

Dans ce cas, n'est-ce pas le rôle, principal, voire sa tâche majeure sinon unique, du Pape catholique que de discuter, disputer (la Disputatio) en permanence cette question ?

Jésus a-t-il donc existé ? Si oui (quoiqu'en disent certains qui en viennent à nier même sa trace historique pourtant très documentée) alors il n'est pas un prophète comme le pensent les écritures musulmanes ou une sorte de "hors-sujet" comme le murmurent les écritures juives, puisque, comme il le dit lui-même, il EST la présence divine venue sous forme humaine pour annoncer qu'il prend désormais en charge le Péché Originel, c'est, là, la Bonne Nouvelle, c'est-à-dire l'accès, libre, à la Connaissance (du Bien et du Mal, de la Génération et de la Corruption). Mais, en même temps, Christ prévient que c'est seulement par Lui, (le Verbe) en lui (le Saint esprit) que l'on a accès réellement ("en Vérité je vous le dis") à l'Origine du "de".

de/par/en : du Père par le Fils en le Saint Esprit (comme le raisonne Augustin réfléchissant sur le propos de Jean) : trois sommets d'un même triangle, et non pas trois associations, mais trois Personnes (Persona : masque) personnifiant le de/du de l'Origine de tout ce qui Est par le biais du Verbe cette matrice/ordre qui nous porte, rassemble au mieux et au sein de l'esprit Saint c'est-à-dire en la Grâce ou Diapason ou Harmonie entre l'Origine et l'Être déjà matricé (la racine de 2) c'est-à-dire encore : la Connaissance (du Bien et du Mal qu'Eve porta à Adam) n'est plus seulement la Loi qu'il s'agit de suivre, elle n'est plus seulement l'Annonciation de ce qui sera révélé lors de la mort du temps singulier (la mort individuelle) ou par la fin "des temps", elle Est déjà là cette Connaissance ; elle est , tout de suite, non plus horizontale mais verticale (comme l'indique Hans Urs Von Balthasar) en ce sens où en s'élevant (en élevant aussi) en la Parole elle-même qui indique la Direction on détient par Elle, à la fois le sens réel, vrai (pas seulement exact) des choses (la Vision en Dieu de Malebranche, critiquée par Locke et Arnauld) et à la fois le sens, sensible, de l'Origine, du Pourquoi y-a-t-il quelque chose et pas plutôt Rien disait Leibnitz.

Jésus est Juif aussi, mais pas seulement en effet, il se réclame cependant de cette Tradition, il la discute aussi à douze ans au Temple avec les Savants, il se pense (et d'autres le pensent aussi comme Jean Le Baptiste) comme celui-là même qui a été annoncé par les écritures juives, même si celles-ci le nient pensant que Dieu ne se révélerait toujours qu'à la façon dont il l'a fait pour Moïse (buisson ardent) or il fallait en faire plus, expliquer la nature du Fruit ; ce faisant Il ne les falsifie pas ces écritures, il ne (les) force pas, il se prétend certes descendant de David, Salomon, Jacob, Isaac, Abraham (Matthieu, versets 1-17) on peut le contester, mais il ne prétend pas ré-annoncer ce qui aurait été "dit" vraiment à ces derniers au contraire de ce qui est indiqué dans la sourate coranique (21) des Prophètes (21, versets 48-84).

De plus les partisans de cette ré-annonciation (opposant d'ailleurs coranistes sunnites chiites, ismaélistes etc) mettent plutôt en avant la descendance d'Ismaël que celle d'Isaac sauf que dans ce cas le fil est rompu et ne peut arriver à Jésus qui lui passe par Isaac ; du moins pour annoncer qu'il vient en cette Tradition, son Esprit, pour élever par lui l'Humanité elle-même en direction de la Bonne Nouvelle immédiatement accessible mais distincte de la forme historico-politique atteinte ("rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu") d'où la Parole de Paul lorsqu'il énonce dans les Épitres que la Bonne Nouvelle concerne aussi les "non circoncis" (ce qui paraît "fou" en effet d'avoir une telle ambition…).

Dans ces conditions la question "œcuménique" au sens fort de "terre habitée, universel" (Oïkos, οἰκουμένη oikouménê, Maison, qui est aussi à l'origine du mot économie) n'est donc pas seulement de se demander qui à dit quoi à qui et qui descend de qui, mais d'abord ce qu'il en est du Message lui-même celui de la Bonne Nouvelle elle-même, l'accès immédiat à la Vérité même, elle-même, comment ? De/Par/En sa nouvelle exposition qu'enseigne Christ comme "ne lui jetez pas la première pierre", quand il conteste la loi du Talion (oeil pour oeil) lorsqu'il parle de la paille et de la poutre, des paraboles de l'enfant prodigue, du bon Samaritain…

Jésus développe donc autre chose. Néanmoins, et comme il est de coutume dans cette Tradition issue de la Genèse, Dieu aime défier sa créature faite à son image en lui posant des énigmes tel le Fruit Défendu, Babel, le Déluge, et, désormais, la Croix, ou le fait de présenter son autre joue, il joue l'universel d'abord donc, l'humain en soi, avant la famille (je suis venu apporter l'épée, rompre le lien du père avec son fils) Jésus demande à ses frères, amis, de quitter père mère femmes enfants pour aller annoncer la liberté au fond.

Mais, ne pourrait-on pas dire que, dans ce cas, et de la même façon, quoique d'une autre manière, Dieu défie là aussi comme il l'a fait dans le Jardin, en poussant (peut-être trop) systématiquement à la transcendance, au fait de (trop) faire passer d'abord les liens universaux entre humains devant les liens familiaux, politiques ?…
Et, pourtant, Jésus dit qu'il s'agit de distinguer César et Dieu, donc il est possible, comme l'a indiqué Augustin, de considérer que dans certaines circonstances cette distinction précisément fasse en sorte qu'elle puisse entrer intrinsèquement en conflit, aussi ; au sens de considérer que les humains qui s'occupent du côté politique, donc de limites, n'ont pas à être déconsidérés pour autant ; ils peuvent aussi s'opposer aux autres humains qui ne voient que le côté "universel" de l'habité (oïkos) alors que ce dernier comprend aussi l'idée de "Maison" au sens fort de l'époque antique ce qui indique que celle-ci a aussi une économie, et que cette dernière doit bien être organisée au profit des Abel plutôt que des Caïn, que dans ce cas les universalistes ne peuvent pas reprocher aux particularistes si l'on peut dire de vouloir conserver aussi la Maison de telle sorte qu'elle ne devienne pas un terrain vague, un sans abri, d'où la difficulté en effet, d'où la tension permanente non seulement entre Athènes et Jérusalem, mais entre César et Dieu.

Jésus dit donc de laisser, là, sa famille singulière pour aller prêcher en direction de la famille universelle. Mais le demande-t-il à tous ? Pas sûr. Et le demande-t-il contre César, contre le pouvoir politique ? Non. Il demande de distinguer les moments, il ne tranche pas ainsi, il ne les confond pas en tout cas comme il semble bien que le fasse le Pape François d'aujourd'hui en outrepassant quelque peu son rôle : défendre le Dogme, celui de la Trinité (du triangle UN et ses trois Angles) et sa Dialectique cosmique (que révèle le Poème de Parménide sans cependant opposer poésie et science comme le prétend Habermas épousant ici les thèses de Marcuse qui ont ouvert à la diabolisation des mathématiques par les postmodernes et les déconstructionnistes post heideggeriens genre Derrida) mais pas au détriment nécessairement du Politique, sinon il y aurait de nouveau l'opposition tranchée entre l'Empereur et le Pape alors que le "et" est inclusif, même si ce dernier terme a été détourné de son sens puisqu'il s'apparente à un oui infini celui du sans limite du "no border" alors que ce n'est pas possible si l'idée de Maison de famille est aussi à respecter et n'est certainement pas "d'extrême-droite" (le nazisme est contre l'idée de Maison-État, Rosenberg s'oppose à la conception hégélienne, mais aussi hobbesienne).

Concrètement, et pour basculer dans l'actualité (car j'ai des mains) il ne faut pas confondre l'idée de se demander comment universellement faire en sorte que tous les humains se sentent bien et l'idée de les obliger à s'accepter d'emblée les uns les autres surtout en prenant (fiscalement) aux uns pour donner (sans compter) aux autres ; donner la moitié du manteau oui, tout le manteau non, cela n'aide pas, pas plus que de distribuer les poissons au lieu d'apprendre à les pêcher ; si Christ l'a fait c'était un cas d'urgence, des milliers de gens l'écoutaient ils ne pouvaient pas en même temps aller pêcher.

Cette différentiation conflictuelle est très prenante encore aujourd'hui : ainsi et à l'instar de ces villageois qui lors du débat avec Laurent Wauquiez (26'08) lui disent qu'ils ne trouvent pas de charpentier, ni de boulanger, et que donc ils ne voient pas d'inconvénient à ce que des migrants s'installent là, ce dernier s'offusque, mais ne sait pas quoi répondre (sinon que l'exode urbain succédera un jour à l'exode rural grâce à la fibre optique ?…Pourquoi pas…mais quand ?) ; il s'agirait cependant de ne pas confondre cette situation là (que l'on retrouve aussi en Italie en Calabre par exemple) où l'on voit ces migrants désirant réellement s'intégrer (pour commencer…) et ceux qui ne veulent pas le faire et même s'appuient sur ceux qui à l'instar d'un Christ que l'on opposerait à César leur disent de ne pas le faire, du tout, tout en occupant le terrain des idées, agitant même des mots plus grands qu'eux (toute politique de régulation serait identifiée à de la rafle prélude à l'extermination) et ce au nom du fait que la migration aurait toujours été là, sauf que cela ne passe pas tel quel en soi, le "droit des gens" ne signifiant pas le "droit à " (droits-créances) se posant d'emblée supérieurs aux droits-libertés comme le dénonce à juste titre Barbara Lefebvre dans son dernier Opus (p.10).

Que penser d'ailleurs des propos de cette jeune journaliste allemande ne se sentant plus du tout en sécurité en Allemagne, indiquant par là qu'il ne s'agit pas seulement de son intégrité physique mais morale, cultu(r)elle, refusant de se voir imposée sous peine de paraître raciste cette volonté opiniâtre de croire que l'on peut d'un claquement de doigt et surtout sans aucune préparation et conditions requises intégrer des populations pour une part hostiles surtout quand par exemple des Erdogan en papier les somment de ne pas "s'assimiler", un propos qui ne s'adresse pas seulement aux Turcs mais en filigrane à tous les musulmans, le néo-calife original (qui a prononcé cette phrase) étant encore persuadé qu'il peut redevenir le nouveau "Commandeur des Croyants" alors que le temps historique de l'Empire Ottoman/musulman reste une page tournée, même si d'aucuns à Kabul et ailleurs tentent de prouver le contraire.

Mais qu'en est-il de la "Vieille Europe" ?

Les Américains made in USA s'étant réveillés pour une part, même si Trump oublie de souligner que les problèmes migratoires ne peuvent pas être résolus par des "murs" et qu'il faut en effet mobiliser l'ONU pour ce faire, secouer ces pays faillis qui a l'instar du Congo (Kabila) du Venezuela (Maduro osant interdire à l'opposition de se présenter sous le prétexte qu'elle se présenterait en Front : au nom de quoi doit-il indiquer à l'Opposition la façon de s'organiser?).

Il reste cette volonté, suicidaire en effet comme le dit Zemmour, de certains à vouloir à tout prix comparer l'incomparable, identifier jusqu'à l'obsession préservation et enrichissement de sa civilisation et racisme/suprémacisme (tout en accusant la Russie de tous les maux) alors qu'ils sont eux-mêmes issus d'une histoire idéologique qui à force d'homme nouveau à construire a détruit toute possibilité de repenser l'Universel autrement que dans les vieux pots de la vieille histoire de l'utopie sectaire s'accrochant à un christianisme imaginaire comme il existe un "racisme imaginaire" (dixit Pascal Bruckner) quoiqu'en pense Libération en attaquant ce dernier.

Penser à identifier populisme et extrême droite est donc bel et bien faux comme le pense également Pierre-André Taguieff, il vaut mieux parler de nationalisme, au sens patriotique, même si cependant une partie de celui-ci se pose non seulement comme non-intégrationniste, mais aussi non assimilationniste (tels les Identitaires et autre remigrationnistes) ; ce qui peut néanmoins se comprendre vu la pression sectaire des "droits à" jouant là leur dernière carte certes ; aidés en ce sens et puissamment par les idéologues du technicisme nomade post-national (Minc, Attali, la Silicon Valley désormais), sauf qu'il ne faut pas tomber dans ce double piège (nationalisme étriqué réhabilitant un gentil Pétain façon Zemmour contre nomadisme transhumaniste) qui a permis au "front anti-fasciste" des années 30 de prospérer à l'ombre de la Catalogne de l'Ukraine et du Goulag en pleurs, ce qui n'a pas empêché Auschwitz, bien au contraire…

On le voit, distinguer César et Dieu ne veut pas dire les séparer (et en ce sens Descartes n'a pas été compris lui que l'on accuse de "dualisme" alors qu'il n'y a pas le corps et l'âme mais celle-ci comme l'autre forme de celui-ci, telle l'onde et le corpuscule) tout comme l'on n'a pas compris la partie 6 du Discours de la Méthode, passons) ce qui veut dire qu'il ne faut ni mélanger les deux, César et Dieu, ni les empêcher de se confronter ni non plus croire qu'ils sont indépendants; il s'agit d'une interaction, d'une action réciproque (Kant) au lieu de voir les choses de façon seulement binaires donc uniquement dominatrices au sens où il y aurait surtout un côté obscur de la force, la domination (assimilée à la "droite" voire l'extrême droite, ce qui force le concept alors qu'un Weber l'assimile à hégémonie plutôt) soit ledit refus (réac) de s'ouvrir (jusqu'où ? Jusqu'où dire oui ?…Jusqu'à la "soumission", l'esclavage, ?) et de l'autre un "progressisme" bien ouvert (la gauche et ses fesses zadistes) qui ferait que chaque avancée serait automatiquement, mécaniquement, technologiquement, bonne (on disait cela des villes nouvelles, de Le Corbusier, des autoroutes urbaines…) alors que le non peut être aussi légitime que le oui ; n'en parle-t-on pas ces temps-ci à propos du "consentement", de la lutte contre le productivisme, l'obsolescence programmée, le gaspillage ?.

Il est en fait bien temps de basculer du paradigme de la Domination, réducteur, sectaire, au paradigme de l'Interaction morphologique qui combine persistance et innovation, conservation de soi et métamorphose, au-delà de la pensée magique, millénariste, illuminée, sectaire, totalitaire. Il nous faut habiter dans un autre univers mental que celui du post-léninisme, même recyclé dans l'affairisme techno tout en se maquillant hypocritement en misérable qu'il contribue à fabriquer comme base nucléique.

Lucien SA Oulahbib 27/1/2018

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