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La mosaïque sans « vérité »

Sans "vérité", la mosaïque humaine s'effondre, s'affronte,  la vérité  étant, au niveau politique, la possibilité morphologique d'être un et multiple: de considérer l'unité (l'esprit ou conscience commune donnée par la langue) comme cadre (civilisation ou la sensibilité atteinte en tant qu'esthétique de vie) langue et civilisation étant nécessaires au multiple: toutes ces particularités ou Maisons (Oïkos)  et leur singularité (la manière spécifique d'être une âme en leur sein).
Aussi cette mosaïque humaine est-elle un triptyque : 1/démocratie ou individualité de la singularité (chaque Soi posé comme sujet acteur agent) 2/République ou Bien Commun (res publica, polis), 3/Nation (politeia : sentiment d'appartenance à une communauté de destin).


D'où le dilemme: si l'un des piliers s'effrite puis s'écoule, la mosaïque craquèle s'émiette, s'effondre, la perte du pilier en appelant un autre, au sens littéral y compris d'une implosion ou alors d'une substitution, qu'il s'agisse d'un pilier par un autre, ou d'éléments extérieurs qui se forgent comme pilier non pas articulé aux deux autres mais contre eux.


Ce dilemme supposé m'apparaît profond et s'avère être sans doute le secret même de la vigueur de l'Occident, surtout dans son ingéniosité et sa longévité actuelle, en passe d'être cependant remise en cause (comme toujours ?).


Ainsi la singularité ou ingéniosité (l'esprit de la Technique) arrive toujours à se déployer, telles des ailes, mais cette sensibilité là s'envole, se développe, lorsqu'elle s'organise aussi de telle sorte qu'elle arrive à mettre ensemble des choses communes afin d'économiser du temps et de l'effort : à quoi sert-il que chaque maison construise sa propre route jusqu'à la ville, s'il est possible d'en édifier une commune qui ensuite se diversifie ? Et puis il y a le sentiment d'appartenance qui certes est déjà présent dans chaque maison (oïkos) mais se confronte et se fortifie au contact des autres maisons jusqu'à faire cause commune déjà par les liens familiaux tant et tant que cela forme "nation".

Sauf que pour cela tienne ensemble ou vérité du morphologique propre aux trois piliers, cela n'a pu se développer qu'en se protégeant à la fois des tensions intérieures et extérieures: du conflit en interne, nécessaire, entre élite et peuple, et des pressions en externe venant des autres morphologies.


Mais cette vérité ne tient pas toute seule, elle a été forgée au fur et à mesure par les interactions conflictuelles entre les maisons et aussi les institutions qui les animent jusqu'à faire Etat: ou stabilisation d'un état donné des rapports non seulement de force mais aussi d'organisation, de sensibilité, de perception ; le conflit ou la vie même lorsqu'elle exprime la tension entre civilisation -l'âme des peuples jusque dans la particularité (maisons) et singularité (individus ou Soi) : l'eschatologie de la fin dernière animant l'entéléchie atteinte, d'un côté, et, de l'autre, la culture – soit l'esprit, la conscience commune : la téléologie (combinaison fin-moyen) et c'est cette tension entre civilisation et culture qui donne des ossatures diversifiées : centralisées, fédérales, confédérales…


Mais tout cela ne va pas évidemment de soi, c'est même là le point ultime du conflit semble-t-il entre la conception religieuse et la conception politique du monde.

Dante l'a posé de façon cruciale : sans l'Etat (cette stabilisation, institutionnalisation, des interactions issues des trois piliers) la religion, même révélée, c'est-à-dire ce qui "relie" à partir d'un acte fondateur, renvoie, par effet concentrique propre à sa nature, à la seule humanité inspirée par la langue et son imaginaire, le tout niché au sein de la singularité comme âme ; sauf que celle-ci  peut s'affaisser face une morphologie plus puissante.
De même, sans la religion l'Etat peut s'affaisser suite à ses divisions internes ; aussi le Pape ne peut à lui seul personnifier le devenir de la morphologie, pas plus que l'Empereur surtout païen, paganiste ; seul l'Empereur, animé "de par en" la Révélation, pense, semble-t-il, Dante, peut incarner la vérité même du morphologique humain ou les trois piliers (démocratie, bien commun, nation) ou  l'Etat hobbesien lui-même (qui contractualise celui de Bodin).


Napoléon a tenté le Geste dantesque, Lénine, Staline, Hitler, Franco, le réitèrent comme caricature,  Poutine s'en approche (confirme Françoise Thom) ainsi qu'en Turquie, Chine, Iran, Amérique du Sud (Venezuela, Cuba, Bolivie, Equateur…), Afrique (Congo, Mali, Maroc, Algérie, Egypte, Afrique du Sud par certains biais). Au risque cependant d'un retour à la conception pharaonique puis islamique lorsque le Calife en tant que Commandeur est supposé tenir les deux rênes du religieux et du politique, mais sans contre-pouvoirs cela dérive en absolutisme pire qu'une tyrannie : le totalitarisme au-delà des différences de forme. Car le Prince asservissant le Principe du bien commun et de la nation le fait également au détriment du troisième pilier la singularité alors que celle-ci est source d'ingéniosité (préférable au terme trop restreint de "progrès" : à quoi bon progresser dans l'attelage des équidés à l'heure du moteur mécanisé, aujourd'hui électronisé ?) Or c'est celle-ci, l'ingéniosité, le génie d'un peuple, qui par l'invention, tombée entre des mains (publiques et privées) avisées, peut donner à la morphologie nationale considérée la supériorité stratégique. D'où l'effondrement progressif de l'empire mahométan ottoman à partir de l'émergence du mousquet, du fusil puis de la cavalerie blindée, l'effondrement du militarisme japonais et du racialisme nazi.


D'où aussi l'effondrement de la démocratie, seule, lorsque les deux autres piliers (République et Nation) ne sont pas renforcés; ainsi la France, parlementariste, bureaucratisée (refusant l'ingéniosité stratégique de la cavalerie blindée au profit du progressisme de la ligne Maginot) s'effondre face à une Allemagne unifiée par le néo-césaro-papisme que fut le nazisme avant de s'effondrer elle aussi cependant parce que cette morphologie était seule et surtout fondée sur une conception erronée de la "race" qui n'est pas ethnique mais métaphysique, au dire même de Nietzsche d'ailleurs, ce qu'avait pourtant bien compris Heidegger sauf que celui-ci considérait semble-t-il que la "sensibilité" d'une nation ne peut être composite sous peine de perdre "l'éclat" originel le lien imaginaire avec la langue alors que celle-ci peut aussi avoir un substrat bien plus morphologique que seulement ethnique.


D'où la perte d'énergie, de substance, la destruction des juifs d'Europe s'apparentant en fait à une auto-destruction. De même que la destruction de l'élite russe faite par les communistes ou la perversion du second pilier, la République,  détruisant simultanément le premier pilier, la civilisation (ses acquis spirituels et institutionnels) puis en même temps que le second (le bien commun devenu zombi) le troisième pilier ou la singularité réduite à l'état également de zombies produits sous diverses variétés comme on le voit encore aujourd'hui dans les résidus qui essaiment encore et se perpétuent dans tout ce qui est "trans" au-delà du vernis "illibéral" oeuvrant pour la destruction de l'Occident comme singularité particularité et universalité.


Aujourd'hui l'élite techno-culturaliste au-delà de ses divergences sur la question du rôle du second pilier (chose publique) semble être de plus en plus fascinée par la destruction accomplie, voulant même pour les plus anti-rationnels rejoindre le brasier qu'ils ont eux-mêmes allumé et qu'ils dénoncent en même temps afin, tel Dracula, récupérer également l'énergie de ce qu'ils ont détruit, une telle schizophrénie (virtuelle néanmoins, par "proxy" : migrants, palestinistes, cheminots, étudiants…) ayant été pensée comme variété de la "logique du sens" par le néo-léninisme par exemple chez Deleuze/Foucault ce qui permet d'en appeler à combattre ce que l'on a fait émerger, rappelant ainsi ces exaltés irénistes qui, dit St Augustin, se jetaient au 4ème siècle des falaises pour prouver leur capacité au martyr et ainsi peut-être être élevés au rang de "saint" par la postérité via quelques "oeuvres" comme diverses manips le must étant de considérer comme "art" toute action, y compris la plus sordide, en particulier en politique.


Un anagramme de ART donne RAT.

Lucien SA Oulahbib 7/4/2018

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