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Lettre ouverte à nos politiques

LETTRE OUVERTE

La République est en danger: l’urgence est de refonder notre culture humaniste pour résister à la culture de mort des jihadistes.
Monsieur le Président de la République, Emmanuel MACRON,
Monsieur le Premier Ministre Edouard PHILIPPE,
Monsieur le Ministre de l’Education nationale, Jean-Michel BLANQUER,
Mes chers compatriotes,

La maison brûle. La République française est en danger. Les Juifs brûlent et sont égorgés vifs, les Chrétiens, les Athées, les Non-islamistes-jihadistes sont visés, et pour plus de 350 déjà, saignés comme des bêtes de boucherie – une liste que les autorités en place nous disent devoir encore s’allonger – et, si nous n’y mettons pas le holà, nos enfants, nos proches, nos concitoyens seront bientôt assassinés en vertu de la Charia frériste, wahhabite, salafiste qui fait un devoir sacré au Musulman en position de force de combattre et d’exterminer tout ce qui ne veut pas se rallier à son drapeau de mort.
Il y a des Musulmans réformistes, des femmes imam soufies défiant le patriarcat islamiste mais les grands régimes saoudien et iranien sont sur le même registre jihadiste que leurs émissaires en Occident qu’ils ne combattent que du bout des lèvres et sans les taxer d’hérétiques, ce qu’ils savent si bien faire avec les Réformistes musulmans qui se replient en Occident… avant parfois de repartir dans les pays du Moyen-Orient dont ils proviennent après avoir constaté l’état d’aveuglement de nos élites politiques et intellectuelles face au feu qui prend à la maison tandis qu’ils vont à leurs soupers mondains.
Comment en sommes-nous arrivés là ?
Un conte de Grimm, Le Clair soleil le révèlera au grand jour, permet de le comprendre. Je vous le transcris, sachant que parfois une histoire est encore la meilleure des démonstrations :
 » A un compagnon tailleur qui s’en allait de-ci, de-là, de par le monde en faisant son métier, il arriva une fois qu’il ne trouva plus de travail et que sa pauvreté fut telle qu’il n’avait plus un sou vaillant en poche, ni plus rien à manger. Mais voilà qu’il rencontra sur sa route un Juif et, s’imaginant qu’il devait avoir beaucoup d’argent sur lui, le compagnon tailleur chassa Dieu de son cœur et se jeta sur le Juif en lui disant :
« Donne-moi ton argent, ou je te bats à mort! » Le Juif lui répondit: « Laissez-moi la vie sauve! De l’argent je n’en ai point : huit sous, c’est tout ce que je possède! » L’autre lui hurla sous le nez : « Oh ! Que si tu en as, de l’argent, et il faudra qu’il apparaisse! »

Il se jeta sur le Juif, le roua de coups et s’acharna sur lui jusqu’à son dernier souffle. Sur le point de mourir, le Juif put dire encore :  » Le clair soleil le révèlera au grand jour! » puis il expira. Le compagnon tailleur eut beau lui retourner toutes ses poches, il ne trouva rien de plus sur lui que les huit sous qu’il avait dit; alors il tira le corps derrière un buisson et continua ses voyages en vivant de son métier. Longtemps après, quand il eut vu bien du pays, il eut un emploi dans une certaine ville, chez un maître tailleur qui avait une fille fort jolie; il la courtisa, l’aima, l’épousa et vécut heureux en ménage.
Bien plus tard, alors qu’ils avaient déjà deux enfants, ils eurent le foyer pour eux seuls, ayant perdu leurs vieux parents. Le tailleur, un matin, travaillait sur sa table devant la fenêtre, et sa femme lui apporta une tasse de café brûlant; il en versa dans la soucoupe pour le boire, et comme il l’approchait des lèvres, le soleil s’y mira et envoya en réverbération des cercles lumineux qui bougeaient sur le mur, près du plafond. Le tailleur jeta les yeux sur ces éclats lumineux et mouvants, puis dit soudain:
« Eh oui, il voudrait bien le révéler au grand jour, mais il ne le peut pas!  » Sa femme, intriguée, lui demanda ce qu’il entendait par-là, mais il lui répondit qu’il ne pouvait pas le lui dire.  » Si tu m’aimes, insista sa femme, tu me le diras quand même; il ne saurait y avoir de secret entre nous, et puis… et puis… » Bref, elle lui prodigua les plus douces paroles qu’on puisse entendre, le cajola, le câlina, le pressa sans répit jusqu’à ce qu’il lui eût raconté qu’il avait tué un Juif, il y avait de cela très longtemps, quand il faisait son tour de compagnon tailleur pour achever son apprentissage avant de passer maître.
Il était sans le sou, affamé, et il l’avait battu à mort; et ce Juif, dans son agonie, avait dit ces dernières paroles:  » Le clair soleil le révèlera au grand jour. » Alors là, maintenant, le soleil avait bien essayé de le révéler au grand jour, il avait brillé et fait des dessins sur le mur, mais il n’y était quand même pas arrivé. Cela dit, naturellement, il lui fit promettre de ne le répéter à personne, à personne absolument; et elle le lui promit puisqu’il y allait de sa vie. Pourtant, il s’était à peine remis au travail que déjà, elle le racontait à la voisine, bien entendu sous le sceau du plus grand secret, en lui faisant jurer qu’elle n’en soufflerait mot à âme qui vive. Mais trois jours ne s’étaient pas écoulés que toute la ville le savait et que le tailleur fut arrêté, jugé et exécuté.

Le soleil, finalement, l’avait quand même révélé au grand jour. »

Grimm Les Contes (1812) Edition intégrale Garnier Flammarion, t. II, pp. 158 – 159.
D’abord merci aux étudiants en Enseignement spécialisé qui m’ont apporté ce conte dans une formation que je leur donnai au printemps 2006, peu de temps après l’assassinat précédé de 24 jours de tortures d’Ilan Halimi par Youssouf Fofana et son dit « Gang des Barbares » dans le silence indifférent d’une  police incapable de prendre en compte le caractère antisémite du crime qui se déroulait sous ses yeux.
Voici un conte d’avertissement. Le non-croyant remplacera Dieu par l’humanité ou la compassion. Pour un compagnon – et l’histoire se passe en Allemagne quelque part entre le Moyen-Age, où les Juifs portaient, par décret royal ou impérial, des vêtements ou des marques qui les faisaient reconnaître comme tels au premier coup d’œil, et les Temps modernes, avant l’émancipation des Juifs allemands (1871). Les compagnons étaient forcément des Chrétiens convaincus ayant prêté serment sur la Bible pour pouvoir faire leur tour d’Europe et être admis à la table des maîtres artisans puis inclus dans les corporations de leurs métiers qui les amenaient souvent à bâtir des cathédrales.
L’histoire raconte le boomerang de la conscience morale, éclipsée puis de retour, chez ce compagnon qui ayant cédé à la pulsion de meurtre ment pour pouvoir s’insérer dans la société, mais qui, une fois devenu père et responsable (ses parents sont morts), ne peut plus assumer son crime tout en gardant son statut familial et social et qui se débrouille, par un acte manqué (il parle de son crime à sa pipelette de femme), pour recevoir le châtiment mérité qui le remet en règle avec la société, sa conscience et lui-même par le biais de la peine capitale. Et en effet, les régimes chrétiens (catholiques, orthodoxes ou protestants) n’ont jamais prôné la mise à mort des Juifs mais leur infériorisation sociale, politique et économique, pour attester de ce qu’eux-mêmes étaient désormais et à leur place le Verus Israël.
Ainsi l’assassinat d’un Juif reste l’assassinat d’un homme, une créature de Dieu et comme telle, une créature sacrée.
Ce conte s’adapte aussi parfaitement à la problématique des enfants de collaborateurs passifs et actifs du régime de Vichy: pour révéler leurs secrets de famille et lever l’hypothèque que ceux-ci faisaient peser sur eux-mêmes et sur leurs enfants, des écrivains et des artistes n’ont pas hésité à les divulguer dans des récits autobiographiques explicites:
Alexandre Jardin, dans Des Gens très bien (Grasset, 2011) raconte le secret longtemps maintenu dans son cercle familial au sujet du rôle de son grand-père, Jean Jardin, directeur du cabinet de Pierre Laval, d’avril 1942 à octobre 1943. Personnalité la plus importante de la période du régime de Vichy après Pétain et architecte de la politique de collaboration d’Etat de la France avec l’Allemagne nazie, c’est Laval qui va organiser la déportation des enfants juifs de moins de 16 ans au moment de la Rafle du Vel d’Hiv (16 – 17 juillet 1942). 11 000 enfants juifs de France périssent durant toute cette période.
A la Libération Laval tente de fuir mais il est arrêté et est condamné à être fusillé pour Haute trahison et complot contre la sûreté intérieure de l’Etat par la Haute Cour de Justice. Le peintre et sculpteur Gérard Garouste, dans L’Intranquille (Livre de Poche, 2011) écrit : « Je suis le fils d’un salopard qui m’aimait. Mon père était un marchand de meubles qui récupéra les biens des juifs déportés. Mot par mot, il m’a fallu démonter cette grande duperie que fut mon éducation.
A vingt-huit ans j’ai connu une première crise de délire, puis d’autres. Je fais des séjours réguliers en hôpital psychiatrique. Pas sûr que tout cela ait un rapport, mais l’enfance et la folie sont à mes trousses. Longtemps je n’ai été qu’une somme de questions. Aujourd’hui, j’ai soixante-trois ans, je ne suis pas un sage, je ne suis pas guéri, je suis peintre. Et je crois pouvoir transmettre ce que j’ai compris. » Oui, connaître les conséquences de nos trahisons à l’égard de la morale et surtout de la vérité (puisqu’il paraît que l’Occident est la terre natale du Logos) est la première condition pour ne pas banaliser ces trahisons et ne pas se mettre à la merci du boomerang qui leur est attaché.
Ciselé comme un diamant, ce conte décrit la mécanique infernale d’auto-destruction dans laquelle s’est piégé le compagnon. Notre société post-moderne sécularisée se croit à l’abri du boomerang de la conscience morale et que dire du châtiment divin ! Elle croit qu’elle peut vivre en ne délivrant, au sujet du plus grand crime contre l’humanité perpétré au XXème siècle, la Shoah, que les vérités qui lui conviennent et notamment remplacer le mot de Shoah par « génocide des juifs et des Tsiganes » qui sonne moins …juif! Et passer sous silence les siècles d’antijudaïsme philosophique et économique ayant suivi l’antijudaïsme religieux chrétien puis musulman et comme eux ayant servi de carburant à l’antisémitisme racialiste, mais aussi les hommages rendus à la Torah par les bâtisseurs de notre Etat de droit, les légistes Bodin, Cujas, Michel de L’Hospital, mais aussi les philosophes politiques Hobbes, Spinoza, Rousseau.
Mais bizarrement voilà que l’extrême-gauche « bouffeuse de curé » se met à choyer les islamistes comme ses frères d’armes dans le combat pour la justice sociale, et sert les intérêts des promoteurs de la Charia en Occident, et qu’un Mélenchon défend les ateliers en « non-mixité » objectivement racistes anti-Blancs et antisémites – prônés par la soi-disant « indigène de la République » Houria Bouteldja, ateliers accueillis à l’Université de Limoges.
Mais voici que les régimes successifs de droite comme de gauche en France, s’accrochent comme la corde au pendu, à des régimes plus liberticides les uns que les autres : Arabie saoudite, Qatar, Iran, leur vendant des armes et des avions militaires comme pour acheter une paix sociale dont rationnellement, on peut se dire qu’elle recule de plus en plus, ces régimes ne pouvant que nous mépriser de marcher ainsi sur nos valeurs et nos principes les plus chers. Y sommes-nous obligés ? Non, vraiment pas.
Et même ce fichu pétrole, ces états ont besoin de l’écouler non ? Ils aspirent à nous le vendre sans avoir besoin de nos salamalecs (cf Thérèse Delpech, L’Ensauvagement) en l’espèce de la tolérance de leurs mosquées salafistes sur notre territoire et de nos prêches anti-israéliens aux 13h et aux 20h, cet Israël chez lequel nous allons maintenant piteusement réclamer des conseils en Renseignement et en lutte anti-terroriste. Alors où est le sens de nos compromissions sinon dans un sabordage à la mesure du refoulement du crime de parricide perpétré contre les Pères de la civilisation occidentale que sont les Juifs?

Et voici le contre-témoignage de la vérité porté par Victor Duruy, Historien agrégé, Ministre de l’Instruction publique, promoteur de l’Instruction des filles et des enfants des classes les plus modestes de France :
Les Juifs

[…] Le mont Sinaï fut consacré par la promulgation de la loi civile et religieuse, et Moïse essaya d’enchaîner son peuple au dogme précieux de l’unité divine par de nombreuses prescriptions qui donnèrent aux lois hébraïques une incomparable supériorité sur les autres législations. Au lieu de la distinction des castes, […] les Juifs eurent l’égalité des citoyens devant Dieu, devant la loi, et, dans une certaine mesure devant la fortune, puisque dans l’année sabbatique et au jubilé , qui revenaient l’une au bout de sept ans et l’autre après 49 années , l’esclave était affranchi, la dette effacée, et la propriété aliénée restituée à son premier maître [d'où les fulminations des prophètes quand les rois ne respectaient pas cette prescription ! ]. Les chefs des Juifs sortaient du peuple, et si leurs prêtres devinrent comme héréditaires, parce qu’ils durent toujours être pris dans la tribu de Lévi, ils n’eurent que l’hérédité de la pauvreté. Dans le monde ancien où la société reposait sur l’esclavage, les Juifs avaient des serviteurs plutôt que des esclaves. Ailleurs le législateur ne s’occupe ni du pauvre ni de l’indigent, et repousse l’étranger. Ici la loi était partiale pour le pauvre ; elle défendait l’usure, commandait l’aumône [Tsadik, le Juste vient de Tsedaka, la charité, l'aumône, ici considérée comme un droit], prescrivait la charité même envers les animaux, appelait l’étranger au temple et aux sacrifices. Ainsi tout ce que le monde ancien abaissait et repoussait, la loi mosaïque le relevait. Dans cette société l’étranger n’était plus un ennemi, l’esclave était encore un homme et la femme venait s’asseoir dignement à côté du chef de la famille, entourée des mêmes respects ».

Victor Duruy, Histoire générale. Histoire abrégée de l’Antiquité du Moyen-Age et des Temps modernes jusqu’en 1848- Hachette, 1910, 8è édition .

Pour l’Antiquité, après avoir traité des Egyptiens, Assyriens, Phéniciens, Duruy en arrive aux Juifs (et ça paraît très étonnant qu’il emploie ce terme vu que les manuels d’Histoire actuels ne parlent que des « Hébreux » pour l’Antiquité alors qu’ils parlent des « juifs » au moment du nazisme) On sait que Duruy était un progressiste en matière sociale et politique. Victor Duruy (1811 – 1894), historien et ministre de l’Instruction publique sous le Second Empire (1863 – 1869) d’orientation politique démocratique et sociale (il votera pour la Seconde République en 1848) et est à l’origine de l’Instruction gratuite et obligatoire en France. Il encourage la gratuite de l’enseignement primaire en donnant des subventions d’Etat aux communes pauvres, et en créant la Caisse des Ecoles pour aider les élèves issus de familles nécessiteuses. Sa loi du 10 avril 1867 oblige les communes de + 500 hab. à ouvrir une école de filles; En 1868 il crée l’Ecole Pratique des Hautes Etudes . La III ème République achèvera son œuvre. Jules Ferry lui demandera de l’aider pour l’élaboration de la loi du 21 décembre 1880 relative à l’enseignement secondaire des filles. Il est membre du Conseil supérieur de l’Instruction publique de 1881 à 1886. Il fut reçu premier à l’agrégation d’Histoire en 1833 et écrivit de nombreux ouvrages d’Histoire savants et scolaires. Il s’appuie dans ce texte sur la législation des Hébreux qui se trouve dans le Deutéronome et dans le Lévitique.

En 6ème, il serait judicieux de faire suivre ce texte, dans le livre d’Histoire, des questions suivantes:
- Pourquoi Duruy parle-t-il de « Juifs » et non d’ »Hébreux » [après la déportation des Hébreux à Babylone, en – 596, par Nabuchodonosor on leur donna le nom de "Juifs" en désignant ainsi le fait qu'ils habitaient la Judée, située au sud de l'Israël actuel]

- Quels liens faites –vous entre  »dogme précieux de l’unité divine » à laquelle « Moïse essaya d’enchaîner son peuple » et les lois morales et économiques qui régissaient le peuple juif dans l’antiquité ? [réponse : étant tous crées par le Dieu unique, les hommes sont tous frères et doivent se concevoir et se traiter comme tels : d'où l'impératif de la justice sociale, de l'égalité des hommes et des femmes; des travailleurs; du respect des étrangers. cf. Deutéronome, 7, 25 "Nous aurons la justice en partage"; Deut., 15, 4 "Il n'y aura pas d'indigent chez toi."; Deut.17, 18-19 "Tu établiras des juges et des magistrats dans toutes les villes…et ils jugeront le peuple avec justice. Tu ne porteras atteinte à aucun droit. Tu n'auras pas égard à l'apparence des personnes et tu ne recevras point de présents…Tu suivras ponctuellement la justice afin que tu vives…"; Deut., 23, 7 "Tu n'auras pas en abomination l'Egyptien car tu as été étranger dans son pays."; Deut. 23, 15-16 "Tu ne livreras pas à son maître un esclave qui se réfugiera vers toi, après l'avoir quitté. Il demeurera chez toi, au milieu de toi dans le lieu qu'il choisira, dans l'une de tes villes, ou bon lui semblera. Tu ne l'opprimeras pas." etc.. ]

- Qu’est-ce que la loi pour le peuple juif ? [une prescription de l'intérêt général, sous le contrôle de Dieu (soit l'idéal de l'Etat de droit) et non un décret de l'arbitraire des rois ou des empereurs]

- Quels sont les aspects de la législation juive de l’antiquité que retient ici Duruy ? [ aspects moraux, sociaux , économiques. Il ne traite pas des lois pénales]

- En quoi cette législation juive diffère-t-elle des autres législations antiques ? (prenez des exemples précis ). [dans le Code d'Hammourabi, le législateur penchait toujours en faveur des plus riches, ce qui est interdit ici]

- Quels liens peut-on établir entre les conceptions législatives des Juifs de l’Antiquité et celles des Républiques démocratiques modernes ? Quelles différences note-t-on ? [ les idéaux de liberté sous des lois, d’égalité de tous devant ces lois, et de fraternité qui interdit de hiérarchiser les êtres humains au motif de leur condition sociale, sexe, ethnie, religion sont communs. Mais la liberté, l’égalité et la fraternité étaient commandées par Dieu; alors que dans la république moderne elles sont indépendantes de la religion et décidées par le peuple souverain.

Et pourquoi donc attribuer aux Juifs et non à Emmanuel Kant le mérite de la découverte de la morale universaliste qui interdit de considérer quiconque, depuis le plus déshérité des handicapés jusqu’à l’homme dans toute sa vigueur, depuis le membre d’une classe dominée, par exemple un(e) étranger(e) appartenant à un groupe ethnique ou religieux minoritaire souffrant de vexations quotidiennes de ses semblables, jusqu’à celui d’un membre mâle d’un groupe majoritaire et dominant se considérant comme chez lui dans son pays et se rengorgeant de n’être pas un exilé, en passant par la femme, l’enfant ou le pauvre?
Parce que Monsieur le Président, toute sa morale rationnellement fondée n’a pas prémuni Kant contre le sexisme le racisme et l’antisémitisme les plus plats comme on peut le constater à la lecture de l’Anthropologie du point de vue pragmatique ou de La Religion dans les limites de la simple raison.
Parce que le doux Alain qui se targuait de comprendre la religion sous les auspices du positivisme rationaliste était imbu de préjugés antisémites que sa raison ne lui indiquait nullement comme antithétiques avec un humanisme que tous lui prêtaient mais qui excluait des êtres humains – les Juifs – de l’humanité.
Parce que la raison humaine erre bien souvent, là où l’idée philosophique d’un Tout-Autre (pour parler comme Lacan) totalement hors de la portée de notre intelligence et des ruses de nos intérêts, est seul capable, comme garant de l’éthique, de faire barrage à notre dévorant désir de nous imposer nous-mêmes comme norme de l’humanité dans sa quintessence et dans son excellence – ce qui est la définition même du crime contre l’humanité comme l’a bien analysé Hannah Arendt à la fin d‘Eichmann à Jérusalem en discernant que, loin de signifier un sommet dans la cruauté, le crime contre l’humanité c’est de se croire investi du droit de dire qui a ou non le droit d’habiter la terre avec « nous ».
Et en adoptant le racialisme et l’antisémitisme Kant a émargé aux mêmes sources empoisonnées que ses compatriotes nazis cent cinquante ans plus tard. Cela veut-il dire qu’il faille nous couvrir de cendres et nous convertir au judaïsme si possible orthodoxe? Non, mais qu’il faut nous rendre attentifs au message philosophique que véhicule le judaïsme et qu’il faut enfin reconnaître la filiation juive de notre civilisation occidentale dans ses aspects progressistes.
C’est la Bible à la main que Thomas Hobbes a désacralisé dans le Léviathan (1651) la fonction royale en la faisant dépendre de la capacité du roi à assurer la sécurité de ses sujets en faisant taire le loup que chacun est pour son prochain en l’absence d’un pouvoir politique fort capable d’éteindre les velléités de guerre civile, et non plus, comme on le lisait jusque-là chez Bossuet, d’un décret divin voulant que l’on soit roi de père en fils si on appartenait à tel lignage. Et dans son Traité théologico-politique, Spinoza rend hommage aux aspects politiques de la Torah au nom de laquelle il avait pourtant été exclu de la synagogue.
Et tous quelle que soit notre religion, ne devons-nous pas enfin rendre hommage au peuple juif pour avoir introduit un jour de repos hebdomadaire, rompant par-là même avec le mépris du travail ravalé dans les conceptions antiques à la corvée d’esclave faute de shabbat et lui ayant conféré une dignité quasi divine, puisque le shabbat imite la cessation dans l’œuvrer du Dieu créateur. Existe-t-il au monde un peuple ou un individu qui ne bénéficie pas – ou ne rêve pas de bénéficier – de ce jour de repos hebdomadaire et Marx lui-même aurait-il pu élever le travail au rôle de « créateur de l’homme » dans sa XIème thèse sur Feuerbach si le IVème Commandement n’avait pas existé?
Le combat contre l’antisémitisme que vous dites vouloir mener, Monsieur le Premier Ministre, ne peut se livrer sans un nouvel enseignement de l’estime à l’endroit de nos compatriotes juifs pour ce que leur civilisation a apporté à la civilisation humaine. Ce ne sont ni le silence ni les déplorations à chaque crime antisémite qui déconstruiront les stéréotypes antisémites qui portent avec eux la mort comme la nuée porte l’orage. Sans un nouveau narratif positif au sujet de leur histoire longue et de leurs apports à l’humanité, pas de sortie des Juifs de la légende noire que la doxa des enfants des ex-collaborateurs du régime de Vichy – et ils sont très nombreux en France comme dans le reste de l’Europe – véhiculent encore de nos jours puisque l’Ecole ne leur en apprend pas d’autre!
Professeure de Philosophie et formatrice de professeurs, je sais de quoi je parle et j’en ai déjà traité dans mes articles en ligne.
La France, faute de reconnaître sa filiation réelle, est tiraillée entre deux mauvaises idées aussi contre-productives l’une que l’autre : la première est la croyance magique dans la possibilité de restaurer son roman national inchangé depuis la IIIème République avec son identité gauloise ethniquement pure, ayant permis l’enseignement universitaire du racialisme et du mépris à l’endroit des peuples colonisés et des Juifs (repensons à l’Affaire Dreyfus); la seconde est de verser dans le multiculturalisme relativiste en se lavant les mains des valeurs de la République et de la laïcité au nom d’une prétendue tolérance, qui masque mal les compromissions de l’électoralisme et l’abandon du peuple à ses assaillants islamistes.
Sommes-nous vraiment condamnés au suicide? Non. Il suffirait – et je pense ici à Moïse admonestant le Pharaon Ramsès II de libérer son peuple mais celui-ci le refusant obstinément nonobstant les plaies de l’Egypte, la dixième seulement le décidant à ouvrir les vannes de la liberté – de prendre au sérieux la profondeur de notre besoin de nous reconnaître en vérité pour ceux que nous sommes, des êtres libres, égaux en droits et fraternels,  en cessant de gommer notre filiation juive au milieu d’autres filiations, mais non exclusives de la première.
Oui, je sais, on nous l’a assez seriné, nous sommes post-modernes et nous avons tué le Père en la personne du roi et accessoirement en celle des Juifs. Mais un Père islamiste violent et persécuteur qui se targue de sa toute-puissance frappe à notre porte aujourd’hui, comme si le peuple ne pouvait, lui, s’en passer et réclamait son règne, sous la forme de sacrifices humains faute  d’autres représentations en cours.
Curieusement, Monsieur le Président vous avez  longé une pyramide, édifice on ne peut plus religieux, pour étrenner symboliquement votre accession au pouvoir. Hasard? Nécessité? Avez-vous compris qu’un choix crucial se présentait désormais à vous ? Le choix entre les rôles de libérateur ou de fossoyeur de votre peuple ? Car aujourd’hui il faut ou bien se savoir et se dire de filiation civilisationnelle juive et judéo-chrétienne ou mourir. Juifs majoritairement non par le sang mais par le sens, nous tenons de la Bible notre conception du caractère sacré de la vie humaine, notre Etat de Droit et notre Justice sociale, comme notre sens de l’égalité des êtres humains toutes conditions, toutes origines confondues.
Saurons-nous le dire à nos enfants en le rapportant dans nos programmes scolaires comme le faisait Duruy ou continuerons-nous à véhiculer le mythe de nos origines culturelles exclusivement gréco-romaines, nonobstant la justification philosophique de l’esclavage (Aristote, Politique, I, 4, I, 6, I, 10), les sacrifices humains religieusement institués et les infanticides permis par la loi à Athènes et à Rome? Avec, à côté, une histoire lacrymale des juifs, savourant à la Voltaire – le Voltaire antisémite très lâche du Dictionnaire philosophique – de les voir insultés, torturés et assassinés sous nos yeux indifférents, sans savoir que nous sommes tous, Juifs et non-Juifs mais sans allégeance à l’Etat islamique, promis au même sort?
Or notre penchant antisémite lié à la sécularisation de l’antijudaïsme chrétien dans les écrits des philosophes occidentaux nous rend poreux à l’antisémitisme mais aussi au sexisme et au totalitarisme, pour le dire en un mot, de l’islamisme conquérant.
Le combat de la culture par l’éducation pour la sauvegarde de notre civilisation dans la complexité de sa formation qui en fait la beauté (et je n’ai pas le temps et l’espace de m’étendre ici sur les apports des autres composantes de la nation qui doivent tout autant que ceux des Juifs figurer dans notre humanisme élargi) mais aussi la vulnérabilité, doit avoir lieu ou bien nous périrons. C’est ce devoir de vérité sur sa propre filiation juive qui fit faire à l’Eglise catholique les progrès du Concile de Vatican II que vous connaissez et lui permit de surmonter le déshonneur du silence de Pie XII face au nazisme. Un travail sur nous-mêmes comme nous réclamant d’une culture humaniste et laïque – mais non amnésique – est aujourd’hui un impératif vital.
En vous souhaitant une réflexion approfondie et sans concessions sur ce sujet, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, Messieurs les Ministres, l’expression de ma vigilante attente d’une action politique enfin à la hauteur des défis à relever.

Nadia LAMM, professeure de philosophie


Bibliographie :

HALIOUHA (Noémie) L’Affaire Sarah Halimi, Paris, Les Editions du Cerf, 2018.
KAPLAN (Francis) La Passion antisémite habillée par ses idéologues, Editions Le Félin, 2011.
KRIEGEL (Blandine) Philosophie de la République, Paris, Editions Plon, 1998 (pp. 48-51)
NAJI (Abu Bakr) Gestion de la barbarie, Editions de Paris, 2007.
ROUSSEAU (Jean-Jacques) Fragments politiques, Œuvres complètes, t.III,  Paris, Editions de la Pléiade, 1964.
YE’OR (Bat), L’Europe et le spectre du califat, Editions Les Provinciales, 2010.



Copies à M. André MAMOU, directeur de Tribune juive, à Mme BAT YE’OR, historienne, à MM. Lucien-Samir OULAHBIB, enseignant –chercheur directeur de la revue en ligne Dogma, Olivier VERON, Directeur de la maison d’Edition Les Provinciales, Francis KALIFAT, président du CRIF, Frédéric POTIER, Préfet, délégué en chef à la DILCRAH,  MM. Christophe CASTANER, président de LREM, Olivier FAURE, président du P.S., Laurent WAUQUIEZ, président de LR, Jean-Luc Mélenchon président de FI.

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Nadia Lamm 31/3/2018

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