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La guerre entre Cohortes d’aujourd’hui

("mourir pour des idées" mais de mort lente au Venezuela)

Autrefois "riche", mot francique ("riki") signifiait "puissant" (ce sens persiste encore : la richesse intérieure, riche en vocabulaire…) aujourd'hui cette puissance se réduit au côté pécuniaire alors que même sous cet aspect la richesse provient bien plus de l'existence d'une demande (de bien être) que des seuls droits de propriété et des bienfaits de l'héritage ces sources supposées "d'inégalité et d'exploitation".

Sauf que cette pensée, là, qui montre du doigt ainsi "le" riche, ne voit que cette seule dimension, la propriété ou la liberté (au fond) déduisant qu'il "suffirait" de le/la supprimer pour que soit empêché, capté (redressé, rééduqué…) tout autant la demande (vers "l'autre" société supposée "meilleure") ce qui s'est avéré dans l'expérience historique d'autant plus faux qu'une approche réaliste, plus complète, peut montrer que la puissance ne se limite pas à l'aspect financier, surtout celui-là basé uniquement sur la force provenant souvent d'entreprises en déclin, alors que certains métiers sont obligés de suivre leur valeur sur le marché international du travail (d'où les hauts salaires…) ce qui implique d'observer que cette théorie de l'exploitation s'avère locale et non générale…

La puissance peut aussi se profiler en termes de prestige, autorité, symbolique: ainsi la puissance (réelle) de tel journaliste que "le" Pouvoir se sent alors obligé de convier à l'interviewer, donnant-donnant, le premier donnant sa caution au second et ce dernier renforçant ainsi l'autorité symbolique du premier, surtout si elle fut remise en cause à un moment donné…

Cette réciprocité dans l'échange symbolique a toujours été vu ainsi d'ailleurs, su aussi, surtout lorsqu'il s'agissait de souligner que la puissance consiste, d'abord, dans la capacité de peser, de se faire obéir (y compris par hypnose intellectuelle celle aujourd'hui de l'Idéologie) afin de transformer le réel )à son profit, et point seulement s'y accommoder comme la puissance financière le fait lorsqu'elle n'a pas avec elle la puissance des armes ou qu'elle se trouve livrée à elle-même en absence de puissance publique forte, ce qui fait qu'elle s'affiche avec ostentation certes, mais ce comme toute nature humaine refusant de limiter sa puissance (précisément). Aussi ce qui s'appellera affairisme ici sera nommé corruption là ; mais il s'agit du même cynisme, nihiliste, surtout lorsque les moyens numériques amplifient la force d'agir, d'espionner…

Faut-il  pour autant opposer systématiquement richesse extérieure censée être par définition vicieuse et richesse intérieure parée d'emblée de vertu ?  Un mafieux peut être prudent, sinon sage du moins avisé. Et puis c'est à la "puissance" publique (au sens de bien commun) que de forger des contre-pouvoirs indépendants et se limitant réciproquement tout en ayant en main la force légitime. De bien beaux voeux pieux cependant, mais point de la manière dont cela apparaît.

Ainsi certains pensent qu'en restant "public" tel service serait exempt de cette souillure que serait le fait de "gagner de l'argent" alors que rien ne l'empêche à partir du moment où juridiquement la forme choisie y sied comme cela s'observe dans divers pays à propos de chemins de fer y compris la SNCF mais dont le statut juridique d'entreprise publique et non de société anonyme empêche d'avoir les coudées plus franches pour agir à l'international ; ce fut le cas de France Télécom lorsque fut acheté Orange, cash, au lieu de le faire par cession d'actions (une entreprise publique ne le peut pas) d'où l'endettement de France Télécom et le stress sur ses cadres pour que le cash précisément entre le plus possible et le plus vite…D'où d'ailleurs le mythe du "taux de productivité" qui serait l'un des meilleurs en France, sauf que cela se fait au détriment de la qualité de service et de la santé (la France comme la plus grande consommatrice anxiolytique).

Aussi le " service public" n'est pas, en soi, source de qualité de service puisque ce serait dit-on "le" critère peu importe déficits et gaspillages. Ainsi le fret SNCF qui était si criblé déjà de grèves perlées que les entreprises en particulier du frais décidèrent de passer par la route ; aussi l'on ne peut que rire (très) jaune lorsque l'on entend certains syndicalistes faire croire que la diminution du fret à la SNCF aurait été dû à "la concurrence" alors qu'elle est liée à l'incapacité chronique de cette société à bien s'organiser en interne ; d'autant que les disparités frisent pour le coup l'abus de pouvoir, la cohorte de généraux mexicains hantant les sphères décisionnaires un peu comme dans certains ministères, syndicats (patronaux aussi bien) les rectorats en particulier, ne parlons de ces doublons que sont les ambassades et consulats…

Cette cohorte est puissante. De plus en plus. Surtout lorsqu'elle tient les finances. C'est le "deep state", l'Etat profond (qui a toujours existé) cette Cohorte tisse toujours ses propres ramifications, transversales à tous les corps et fonctionnant par cooptation, adoubement, une féodalité de l'Ombre ; force maintenant est de constater que dans certains pays la puissance publique semble si enchevêtrée avec Elle que l'on a du mal à l'en distinguer. D'autant que ce mixte, cet iceberg, se pare de plus en plus d'une idéologie techniciste d'une telle puissance qu'il ne croit plus qu'en elle, la substituant au réel comme on le voit à propos du climat, de l'obligation du multiculturalisme relativiste, de l'inégalité forcée des échanges (ainsi la Chine protège son marché) sous peine de paraître "populiste, d'extrême droite" ces mots à la force symbolique qui font si peur depuis le nazisme alors que le terme totalitarisme rouge ou vert apparaît abstrait, du moins pour ces courtisans de la Cohorte (deep state) qui le vivent (et en jouissent, enivrement de la cooptation d'un soir qui tient au bon vouloir de telle étiquette, conseiller, proche du Prince) alors que ceux qui refusent cette nouvelle Galerie des Glaces (les médias en guise de miroirs) savent ce que cela veut dire que de ne pas penser correctement.

On ne peut pas en effet comprendre autrement l'emballement actuel contre la Russie (qui est aussi la lutte implacable entre deux Etats profonds en réalité) : à la fois, d'un côté,  les enchevêtrements faramineux de divers secteurs d'activité mondialisés donc harmonisés et, de l'autre côté, la volonté technique de "transparence" afin de mieux rendre fluide en réalité les réseaux mondiaux et leurs transferts en vue d'optimiser la dotation en capital ; même s'il y a aussi la résilience d'une certaine société civile, plutôt portée par la puissance du prestige que la puissance du pouvoir ou de la richesse, voudrait arracher à la Cohorte cette capacité de contrôle et donc ce monopole de la puissance publique en vue de renforcer le bien commun, mais cette société civile est toujours entre les mains de l'idéologie techniciste issue de la déviance christique du communisme français et allemand puis russe, aussi n'est-elle (comme l'avait bien vu Auguste Comte) qu'un cheval de Troie de la Cohorte, du technicisme bureaucratique plus global, qui a toujours eu besoin d'une Face externe, même "rebelle", car elle peut ainsi capter les colères authentiques populaires, les canaliser, coopter les plus prometteurs.

Sauf que la Cohorte contrôlant la Russie (et celles spécifiques à la Chine, l'Iran etc…) ne veulent pas se voir guider leur puissance, en particulier dans la manière d'optimiser la dotation en capital, par cette Cohorte issue de l'Occident, d'autant que cette dernière s'avère plastiquement plutôt décadente, forme viciée des derniers jours de l'Empire Romain

Il y a là d'ailleurs une contradiction majeure donc objective morphologiquement parlant entre une volonté hégémonique d'une normalisation aseptisée d'êtres humains de plus en plus cybernétiques, "vivant" de plus en plus dans la réalité des séries et des jeux vidéo, et le fait de croire que son organisation mondialisée, complexe, peut se faire avec un matériel humain de plus en plus désaxé dans tous les sens du terme (même si c'est encore à la marge, une marge qui contrôle de plus en plus cependant les lignes du cahier…). D'où la volonté des autres Cohortes de ne pas suivre cette destruction (tout en y goûtant dans les alcôves).

Cela peut aller loin.

Ainsi certains éléments puissants de la Cohorte occidentale, ivres de transformisme cybernétique intégral, très forts financièrement (tels un Soros, autrefois un Bergé) ne supportent plus du tout que la Cohorte russe lui ait posé un holà en matière de moeurs depuis 2013 (ce qui se manifesta aux jeux d'hiver de Sotchi) ; (la montée en puissance dudit "retour du religieux" peut d'ailleurs se lire aussi en creux à l'encontre de ces prétentions plastiques, aussi faut-il ici modérer l'analyse…). 

Cette lutte, sourde, posant que le transformisme "doit" (sollen) être l'alpha et l'oméga de tout devenir humain, montre que les Cohortes, au-delà de leurs intérêts stratégiques spécifiques sont elles aussi traversées par des luttes symboliques, esthétiques, plastiques, au coeur même de la Puissance (ou Force).

Faut-il en conclure que les récentes accusations envers la Cohorte russe s'agissant des armes chimiques en Syrie ou de divers empoisonnements d'opposants à Londres (en particulier) resteraient en dehors de cette vaste lutte en profondeur ?…

On peut répondre par une autre question: s'il s'avère, d'après Françoise Thom dans son dernier livre sur le poutinisme, que Poutine a toujours été ivre de vengeance lorsqu'il se sent trahi, et ce au-delà de toute prudence, avait-il néanmoins intérêt à se venger juste avant sa réélection triomphale ? De même en Syrie, quel intérêt aurait le régime en place de bombarder chimiquement et aux yeux de tous à l'ère des téléphones portables intelligents alors qu'il a désormais la dynamique avec lui et qu'un bombardement "classique" serait bien plus "efficace" ?…

Pour aller plus loin encore, mais sur un tout autre sujet, quel intérêt aurait Israël de tuer un photographe alors que cet acte seul ne ferait qu'exacerber l'opprobre à son égard, d'ailleurs alimenté par les mêmes éléments qui en veulent à la Russie ?… Rappelons-nous Sétif en 1945 : un à deux scouts furent tués lors d'une manifestation pacifique, et, brusquement, à peine quelques heures après (selon Pierre Goinard), une centaine d'Européens furent sauvagement assassinés, un instituteur eut les deux bras coupés par exemple, n'est-ce pas là une préméditation ourdie visant à créer cet océan de sang entre communautés comme le voulaient certains oulémas (je relate cet aspect dans "Le monde arabe existe-t-il ?",2007) ?…

Aussi serait-il judicieux qu'un Trump voire un Macron ne tombent pas dans ce qui s'avère être manifestement un piège visant à alimenter cette guerre des Cohortes aux issues incontrôlables comme ce fut le cas en août 1914, si beau, si chaud…

Lucien SA Oulahbib 10/4/2018

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