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Les sangsues d’aujourd’hui

(Mur photographié à Tolbiac, printemps 2018)

"Jamais deux sans trois, comme l'on dit chez nous" ainsi réagissait un journaliste malien rappelant que deux de ses concitoyens désormais pouvaient se targuer d'avoir été eux aussi ces "héros du quotidien" selon la formule consacrée par la macronie avancée en sauvant certains otages d'hypercacher pour le premier, un bambin de quatre ans pendu à une balustrade au quatrième étage pour le dernier.

"Chez nous" dit ce journaliste malien cela fait plaisir d'entendre un proverbe français partagé en Afrique lointaine, tout autant que d'apprendre qu'un migrant reste un être humain avant de se sentir "racisé" par la nouvelle bienpensance (incarnée par le mur photographié ci-dessus à Tolbiac) s'insurgeant d'une dite "récupération" de cet acte de bravoure tout en oubliant (comme la plupart des commentateurs d'ailleurs) que le voisin ayant tenu la main du bambin avant qu'il ne soit mis en lieu sûr par le jeune malien devrait être lui aussi remercié ; sauf que sa prouesse est moins spectaculaire, plus "quotidienne" au fond, et en plus le voisin est "blanc" ce qui n'est pas très tendance, surtout quand le Président français se targue de ne pas se fendre d'un "énième plan banlieue" concocté par des "mâles blancs".

Et l'on voit bien que ce dernier propos si réducteur sent la nouvelle zoologie politique à la mode où l'on est renvoyé réduit contracté à sa couleur de peau, sa religion, son milieu, sa classe, son sexe que la nouvelle doxa aimerait si multiple au même titre que la culture (des fleurs); ce qui revient encore une fois à réduire celle-ci à sa seule affirmation, "j'existe", alors que la culture n'est pas, en soi, propice à aider au réel développement humain (comme les libertés de penser et d'entreprendre au-delà de son sexe et de son milieu) toute culture devant (sollen) démontrer sa solidité, sa capacité à nous faire être au sens shakespearien, à faire surgir toutes ces nouvelles traditions à même de mieux amortir le désir de faire ce que l'on est, et ce dans le devenir, permanent, ce qui implique d'affiner l'émancipation au lieu d'affirmer seulement celle-ci comme le fait le libertarianisme et son allié libertin ; et c'est précisément la possibilité d'habiter une langue, ici le français, capable d'être ce parlé et cet écrit au-delà des couleurs et des visions du monde, d'où la pleine légitimité de ce journaliste malien à dire "chez nous" alors que le "jamais deux sans trois" n'est pas exclusivement malien…

Mais la doxa à la mode, alors qu'elle a échoué partout et échoue encore,  nie tout cela, et fiévreusement (ainsi le Venezuela serait victime de "l'impérialisme") comme si elle le désirait ardemment tant il est préférable de s'en parer dans les salons afin de justifier, d'excuser, sa position pompant la République, ou le fameux "échouer d'échouer l'échec" (de Blanchot) qui on le sait avait été popularisé dans la lumpen-intelligentsia par le "il vaut mieux avoir tort avec Sartre que raison avec Aron" ou comment bénéficier du confort républicain tout en le niant bien sûr le noyant dans le "toujours plus" tout en refusant de prendre une quelconque responsabilité d'associé à part en tiers à l'identique de ce qui se passe dans la cogestion allemande.

Certes les derniers bastions de ces sangsues le coeur à gauche (et le portefeuille à droite) tombent un par un, mais pas encore l'Université ni les principaux médias publics encore moins l'édition, le cinéma, le théâtre, toujours la même guimauve, industrielle désormais, plus ou moins bien faite d'ailleurs, qui en même temps cependant nourrit par aversion les courants traditionalistes tant elle impose comme obligation les nouveaux canons du relativisme obligatoire surtout en matière de moeurs (haro sur le cisgenre et l'hétéronormé).

Pour l'anecdote, une de leurs sympathisantes lors d'un colloque sur la notion de"communauté", m'avouait sa perplexité lorsque la plupart de jeunes participants à un débat sur la question de "la domination de genre" prenaient la parole en énonçant d'abord et systématiquement qu'ils étaient "pan-sexuels" nouveau terme à la mode pour indiquer au fond leur désir de créer une nouvelle espèce d'humains organisant une confusion de genre au sens littéral, porte ouverte, comme en Iran avant la chute du Schah pour que les courants rejetant toute cette boue urbaine propre à la canaille chic (rejetons des Incoyables et des Merveilleuses) surgissent d'ici peu (telle cette dirigeante UNEF) pour imposer un exact opposé qui n'a jamais vraiment prouvé cependant qu'il était issu d'une vision si supérieure, voire "incorrecte" comme le prétend le nouveau magazine du même nom, malgré une volonté certaine de produire du dandy dodelinant s'en gaussant par nostalgie feutrée tel Musset dans Souvenir d'un enfant du siècle. Croyant ainsi qu'il suffirait de se cloitrer à nouveau dans les corsets classiques de la négation plastique du corps féminin pour laisser accroire comme le prétend la nouvelle égérie de l'UNEF que son voile serait un "choix" alors qu'il symbolise une politique, celle d'enfermer tout regard autre dans l'impureté supposée.

Et si l'on est ni proche de ces derniers empêtrés dans leur âge d'or reconstruit ni proche des contorsionnés déconstruits issus de l'implosion marxiste, "nous" voilà bien pris en tenaille, d'autant qu'un troisième courant, techniciste et post-national, se servant des deux premiers comme repoussoir pour l'un, béquille idéologique pour l'autre, tout en dominant les monde des affaires et de la Technique, se targue aujourd'hui de réfréner leur actuelle résurgence ici et là en proposant des solutions synthétiques jetant bien plus de l'huile sur le feu qu'autre chose en réalité comme on le voit ces temps-ci en Italie et ailleurs.

Pour sa décharge néanmoins la Ligue et Cinq étoiles auraient mieux fait de jouer la pédale douce au début (comme ne pas proposer un anti-euro notoire au poste de l'économie) à moins que ces derniers, comme le FN au fond et Mélenchon de l'autre, préfèrent plutôt gérer la protestation (tout en vociférant le contraire appelé "marée humaine") au lieu d'arriver réellement au pouvoir, sachant que ce ne serait guère un long fleuve tranquille comme cela a été démontré en Grèce.

Au fond le leader Tsipras a été bien plus courageux que tous ces faux pourfendeurs des "élites qui nous gouvernent" puisqu'il n'est en fait pas possible de laisser croire qu'il suffit de prendre aux riches et de faire tourner la planche à billets pour que cela change ; il est clair que le Venezuela d'aujourd'hui en est l'exemple désormais chimiquement pur, et les "gens" ne sont pas dupes contrairement à ce qu'en disent les Ruffin et consorts.

Et on a beau dire : ces messieurs et dames n'ont de cesse d'en appeler à l'égalité à tous les étages (sauf pour leurs rejetons bien au chaud dans les couveuses adéquates) sans se demander ce qu'ils font là à hurler vociférer au lieu de faire passer le joint : si le développement personnel, l'aide privée aux devoirs "favorisent les inégalités sociales" pourquoi ne pas imaginer un turnover des leaders politiques et sociaux, tous les mois par exemple, montrant ainsi une unité de vue : la cause juste la cause… Chiche?… On aurait plus toujours les mêmes à "nous" faire du sous-sous-Marx à longueur d'ondes…

Lucien SA Oulahbib 29/5/2018

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