Il y a des justes parmi les Juifs

Il y a des justes parmi les Juifs


par Maciej Mazurek

 

Traduction du polonais Irena Elster

 

      Le conflit entre la Pologne et Israël qui a éclaté après la modification de la loi de l’Institut Polonais de la Mémoire Nationale, est, pour de nombreux Polonais, un choc. Le texte de loi est le suivant : « Celui qui, à l’encontre des faits, attribue à l’État polonais et à la Nation polonaise la responsabilité ou la coresponsabilité de crimes nazis perpétrés par le IIIe Reich allemand ou d’autres crimes contre l’humanité, contre la paix et d’autres crimes de guerre – sera passible de sanctions pénales ou d’incarcération de trois ans ». La même sanction sera appliquée « pour la flagrante minimisation de la responsabilité des réels coupables de ces crimes ». La loi se range du côté de la vérité historique.

      Elle a provoqué une attaque massive des médias du monde entier et de l’État d’Israël. Le choc résulte de l’identification fréquente chez les Polonais, de la politique avec la morale, avec la conviction que la morale doit diriger la politique ou bien qu’on ne peut mener une politique dépourvue de moralité. Les conséquences qui s’ensuivent de la vision de la Pologne, ne sont pas forcément irréparables, à condition que l’État opte pour une politique plus pugnace en matière de la vérité historique. D’autant plus que quelques hommes politiques allemands ont, sans ambigüité, reconnu l’entière responsabilité des Allemands dans l’Holocauste. Ils ne l’ont guère fait par sympathie pour la Pologne, ils l’ont fait pour que le débat sur le degré de culpabilité de l’Allemagne ne ressurgisse. D’où la tendance à étouffer le problème.
       L’on peut discuter sur la pertinence d’une pénalisation des insinuations mensongères. Mais puisqu’elle a été votée, dès lors, il convient de la défendre, c’est dans l’intérêt du pays. Le gouvernement ne peut plus aller en arrière – question de prestige. Le milieu polonais républicain, non pas le nationaliste, pensait que l’antipolonisme provenait surtout des Juifs américains. Et voilà qu’il doit faire face au terme de ses illusions. C’est d’autant plus blessant lorsque je rencontre des gens qui se disent philosémites.
       J’y vois bien une satisfaction de la pire espèce, celle qui confirme les stéréotypes cauchemardesques au sujet des Juifs. Goethe écrit quelque part sur l’aspect démoniaque de la vie. Dernièrement, je suis hanté par cet aspect démoniaque. Je pense que si l’on élargissait le point de vue, la quête d’une souveraineté par la Pologne – et c’est ce que tente le gouvernement actuel – génère des conflits et des problèmes semblables à ceux de l’entre-deux-guerres. Serait-ce le prix à payer pour une souveraineté dans ce monde démoniaque ?
       Dernièrement, j’ai lu un livre sur Kazimiera Illakowiczowna (*) ; dans les années trente elle voyageait à travers l’Europe en expliquant aux élites de l’Ouest, la politique de la Pologne, elle était alors attaquée en tant que représentante d’un pays antisémite. Les problèmes d’aujourd'hui sont l’effet de l’image négative propagée par les médias occidentaux ; celle-ci existerait de toute façon quoi qu’aurait fait le gouvernement. On peut certes s’interroger – est-ce que présenter des arguments sur un plateau et ne pas minimaliser les conséquences d’une aura négative qui s’intensifiait durant des années et qui, probablement pas par hasard, vient d’exploser au moment de l’établissement de la souveraineté du gouvernement polonais – a un sens.

       L’Allemagne et la Russie aimeraient faire éclater le rapprochement de la Pologne avec les États-Unis. Les vecteurs géopolitiques restent inchangés. L’antipolonisme d’une partie des Juifs peut en être l’outil. D’ailleurs, le gouvernement actuel d’Israël s’entend bien avec Poutine. C’est triste. Néanmoins, l’antisémitisme est une plaie comme les généralisations : tous les Juifs sont comme ça, et les Allemands sont comme ci ou comme ça. Généraliser est infondé car on trouvera toujours un juste. Et ils sont nombreux.
       C’est ainsi qu’un homme politique israélien, Moshé Arens, en est un. Ex-ministre des affaires étrangères d’Israël, à trois reprises Ministre de la défense ainsi qu’ambassadeur d’Israël aux États-Unis. Dans un article du journal Haaretz, il cite les mensonges historiques au sujet de la prétendue coresponsabilité des Polonais dans l’Holocauste. Il ne dissimule pas sa colère face aux reproches lancés ces jours-ci par différents félons, à l’intention des Polonais.
       Il rappelle que « seule l’Armée de l’Intérieur avait apporté une aide aux combattants du Ghetto de Varsovie. Pendant que d’autres avaient tout simplement ignoré le Soulèvement du Ghetto ». Arens souligne que durant la IIe Guerre mondiale, les pouvoirs polonais en exil et l’Armée de l’Intérieur « non seulement n’ont pas collaboré avec les Allemands mais étaient engagés dans une lutte contre ces derniers jusqu’à la fin de la guerre ».

      Il précise que les Allemands sont responsables de l’Holocauste. Et souligne que de nombreux pays collaboraient avec l’occupant, ce qui n’a pas été le cas de la Pologne.
      
« C’est toute la différence entre la Pologne et les autres nations d’Europe durant l’occupation. Une raison possible de l’irritabilité du gouvernement polonais actuel sont les accusations d'une coresponsabilité de la Pologne dans l’Holocauste » – écrit Arens.

      «Toutefois, l’article de loi voté par le Parlement polonais (…) va trop loin. Il devrait être révisé » – termine Arens.


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(*) Poète, dramaturge, morte en 1983. N.d.T.

 

Radio Poznan


 

 



 


Irène 20/7/2018

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