Sur les élections européennes 2019

Les observations resteraient biaisées semble-t-il pour analyser par exemple le faible score de LR et de la FI  si l’on ne tient pas aussi compte de plusieurs facteurs corrélés comme la persistance d’une abstention forte et son lien précisément avec tout un flou programmatique et surtout le manque d’une volonté réellement novatrice, autant de facteurs qui peuvent expliquer en retour le score somme toute stable de LREM et du RN sans parler du renouveau d’EELV.

La chute des LR par exemple semble bien plus être le résultat d’un fort doute sur leur capacité réelle à peser sur la situation à la fois nationale et européenne (au vu des renoncements passés) que d’une pseudo « droitisation » dite hyper conservatrice de leur programme puisque celui-ci, au-delà de ce que l’on peut en penser, réussit bien à s’imposer à l’étranger, qu’il s’agisse de l’Italie, la Hongrie, le Royaume Uni, les USA (symbolisée par la popularité d’un Trump) le Brésil… De plus, l’inverse ou l’idée d’aller plus vers le centre, est déjà occupée par LREM.

Idem pour la FI qui voit son électorat s’enfuir vers EELV par manque de réalisme économique (l’échec du Venezuela a bien plus d’importance que l’on en donne en France) tandis que d’autres parties de son électorat se sont abstenues ou ont voté « utile » c’est-à-dire RN du fait de cette volonté d’amoindrir la notion de citoyenneté au profit de celle d’effacement, de fait, des frontières avec le refus de penser le droit à la continuité historique en matière d’acquis culturels comme la laïcité et l’égalité homme/femme qu’un culturalisme relativiste bon teint prétend mettre à mal (quitte à mettre en place une nouvelle police crypto religieuse celle de la novlangue PC).

Quant au RN il stagne en réalité parce que son programme économique partage toujours les mêmes impasses de la gauche et la droite étatiste (le déficit permanent) et maintenant écologiste (par exemple la présence d’un Hervé Juvin sur la liste RN comme l’indique Bruno Ducrieux dans Contre l’écologisme, p.34) ne jurant que par le « localisme » (adieu banane, kiwi, ananas, smartphone…) se persuadant en plus à l’instar de la gauche que l’effondrement de l’économie française depuis des décennies serait principalement dû à l’ouverture extérieure (désormais nommée « néolibéralisme »comme à gauche).

Pourtant, la manière dont est organisée (entre-autres) le très coûteux et de moins en moins efficace « modèle social » compte pour beaucoup en réalité dans la faible croissance française (sans parler d’une formation inopérante et ne concernant jamais les chômeurs en priorité) bien plus que les dites évasions fiscales; le tout se manifestant par le plafonnement voire la régression du pouvoir d’achat comme l’a indiqué la révolte des GJ et ce malgré l’opiniâtreté des officines statistiques publiques à énoncer en « moyenne » le contraire ; l’État n’est d’ailleurs pas non plus en reste dans toutes ces difficultés à payer les  cotisations sociales sans parler des heures supplémentaires au règlement toujours en suspens par exemple dans la police ou encore des salaires extrêmement bas des enseignants comparés à l’Allemagne.

En fait lorsque le RN et la gauche voient une « casse sociale néo-libérale » dans  ces économies de bout de chandelle visant à amoindrir voire fermer divers services publics en Province (cela commença par les casernes militaires puis les tribunaux de grande instance) il s’avère qu’il s’agit plutôt de sauver les meubles des structures centrales, celles de la mainmise patriarcale et technocratique (rectorats, ministères, comités Théodule…) et cela se passe à nouveau de même dans la dite « transition écologique » avec ses coûts faramineux et destructeurs comme les éoliennes, au lieu de laisser la liberté individuelle associative et privée proposer des solutions aux services non régaliens, du moins si cette liberté est légalement responsabilisée…

En fait, plus l’économie française (et européenne) tournera au ralenti à cause de coûts sociaux de production exorbitants pour les uns, trop aisément supportables pour les autres, et plus des inégalités non justifiées entre actionnaires, dirigeants et salariés donneront du grain à moudre aux pourfendeurs de la liberté toujours persuadés que leur système résoudra pour toujours conflits inégalités voire même jalousie humaine (trop humaine) plus les services publics régaliens ne pourront pas trouver les fonds nécessaires à leur renouveau (sauf à taxer impunément) comme la Justice à l’abandon sans parler de l’Université, la Santé Publique, qui surnagent tant bien que mal alors qu’elles restent toujours parasitées par une gauche divine et une droite technocratique les deux s’épaulant par esprit de caste.

Rappelons à nouveau l’absence d’une cogestion réelle, d’une participation actionnariale effective des salariés, refusés également par les syndicats post-marxistes issus du CNR et toujours persuadés que le profit provient uniquement de l’exploitation/paupérisation des salariés alors que ce n’est pas la loi du genre, le « surtravail » n’étant décelable que dans des situations déclinantes ou au sein de rapports de force tyranniques (comme aujourd’hui en Turquie et en Chine).

La rentabilité capitalistique reste produite par l’innovation et l’excellence de toute la chaîne productive (d’où des salaires de qualité dans l’industrie spécialisée) de plus en plus tournée vers le haut de gamme du fait des exigences qualitatives qui n’attendent pas l’écologisme pour se manifester, ce qui veut déjà dire que la liberté n’est pas la licence, l’affairisme, y compris étatique, mais plutôt la responsabilité.

Au fond, le manque d’imagination politique du RN (à l’exception de son opposition, abstraite, à l’immigration illégale) explique sa stagnation et en même temps  le maintien de LREM (qui en plus n’existait pas sur le marché politique aux dernières élections européennes) du fait même de toutes ces nécessités objectives (énumérées ci-dessus) à reformuler.

Sauf que les solutions de LREM  ne prennent pas réellement ces problèmes à bras le corps, du moins pour le moment. Aussi conviendrait-il d’entamer pour accélérer deux réformes politiques : le passage à la proportionnelle intégrale en faisant en sorte d’avantager en siège les formations ayant le plus de voix ; le retour de l’élection présidentielle sur sept ans afin que soient bien séparés les rôles de Président de la République et celui de Premier Ministre. Une troisième réforme serait de renationaliser l’élection européenne en faisant en sorte que cela soit les députés nationaux qui à nouveau y siègent, le Sénat aurait le rôle de coordonner l’action des Régions redécoupées à taille raisonnable.

En définitive, les élections européennes n’ont rien produit d’autre qu’une situation stationnaire parce que les protagonistes restent dans des schémas anciens, y compris ceux de la dictature rêvée par certains Insoumis et écologistes, tandis que les plus apparemment centristes se satisfont d’une démocrature au sens où le système politique a bien l’apparence d’une démocratie, mais cette dernière reste en réalité de plus en plus détournée de son sens, ne serait-ce qu’au Royaume Uni où les députés s’acharnent à empêcher que le résultat du vote référendaire soit rendu effectif, tout comme en France en 2005, tout comme aux USA avec cette volonté des Démocrates de persister à penser que Poutine a conditionné les cerveaux pour voter Trump ce qui est absurde, tout comme en Turquie où l’on voit le pouvoir remettre en cause la victoire électorale de l’opposition à Istanbul. Et pendant ce temps le trentième anniversaire du massacre de Tien An Men approche….

Ce n’est pas en poussant la poussière des problèmes sous le paillasson électoral que l’on arrivera à éviter le pire car si pour l’instant « même une chaise gagnerait contre un RN au second tour » il ne s’ensuit pas que les peuples ne préfèrent pas au bout du compte autre chose qu’une chaise, même en Algérie ils se sont dorénavant lassés du « cadre » qui leur avaient été imposé…

Lucien SA Oulahbib 30/5/2019

Discuss this articleDiscuss this article

Imprimer ce texte Imprimer ce texte

366 vues

Tous les articles de Lucien SA Oulahbib

Share/Save/Bookmark

Trackback

Posted in: Analyses-RTV, Article Resiliencetv, Editorial de Resiliencetv-ARTV

 

Comments are closed. Please check back later.