El Niño et le réchauffement climatique global

 

Événement climatique naturel survenant tous les deux à sept ans, El Niño affecte le climat mondial provoquant des événements naturels extrêmes et une hausse de la température globale. Après le super El Niño de 2015-2016, l’événement La Niña qui s’est manifesté à partir de mai 2016 n’a pas eu la force ni la durée suffisante pour dissiper la chaleur laissée par le El Niño. De plus, selon le dernier rapport de l’agence américaine NOAA, un nouvel El Niño est installé depuis septembre 2018 qui pourrait pour quelques mois encore pousser vers le haut la température du globe.


 


Tous les deux à sept ans, au moment de Noël, une anomalie climatique connue sous le nom d’El Niño se produit dans les eaux équatoriales de l’océan Pacifique. Le terme El Niño provient de l’histoire séculaire des pêcheurs qui de l’Equateur au Pérou, constataient la chute du nombre de leurs prises en mer certaines années à l’époque de Noël, d’où la référence à l’enfant Jésus.

G.Walker fut le premier à décrire les variations de pression atmosphérique et de température à la surface de l’océan Pacifique tropical, ainsi que les pluies qui leur sont associées (1923-1937). Il les appela « Southern Oscillation » ou E.N.S.O (El Niño Southern Oscillation). El Niño est la phase chaude de l’ENSO, la phase froide étant désignée par le terme La Niña. Les événements El Niño débutent en général en milieu d’année et durent de 6 à 18 mois. Ils atteignent leur intensité maximale vers Noël.

El Niño s’accompagne pendant plusieurs mois, de violentes perturbations météorologiques : pluies diluviennes sur les côtes habituellement désertiques du Pérou et de l’Equateur, fonte des glaciers tropicaux andins, sécheresse en Afrique du Sud et en Australie, tempêtes et lames de fond sur la côte Ouest des Etats-Unis, cyclones à Hawaï et en Polynésie française.

1. El Niño, les mécanismes

El Niño se manifeste par une augmentation de la température des eaux de surface du Pacifique Est et central. Cette variation thermique est couplée à une oscillation des pressions atmosphériques entre la Polynésie française et le Nord de l’Australie qui provoque une modification simultanée du régime des vents et des courants le long de l’équateur ainsi que le déplacement d’un immense réservoir d’eaux chaudes situé à l’Ouest du Pacifique équatorial.

1.1. Situation météorologique normale dans le Pacifique sud

Hors événement El Niño, les alizés de Sud-Est sont bien établis sur la face Nord de l’anticyclone de l’île de Pâques. Ces vents réguliers, qui soufflent d’est en ouest, entraînent les eaux chaudes de surface vers l’ouest. Le déplacement des eaux chaudes provoque une remontée des eaux profondes, froides, à l’Est du Pacifique, le long des côtes du Pérou. Sur la carte des températures de la mer apparaît, le long de l’équateur, une langue froide caractéristique. Aux eaux chaudes est liée une ascendance de l’air entraînant la formation de nuages et de précipitations ; aux eaux froides, une descendance de l’air entraînant son assèchement. Les précipitations sont donc cantonnées à l’Ouest du Pacifique équatorial tropical. Il en est de même des tempêtes tropicales et des ouragans qui épargnent alors la Polynésie française.

Figure 1 : en temps normal, les vents alizés transportent l’eau chauffée d’est en ouest. Michael McPhaden/NOAA

1.2. Situation El Niño

Lors d’un épisode El Niño,  les hautes pressions du Pacifique Sud  diminuent. Les alizés faiblissent, voire se renversent. Les eaux chaudes de surface, accompagnées de nuages et de précipitations, refluent de l’ouest vers l’est. La partie centrale du Pacifique s’échauffant, la convection atmosphérique qui se trouve normalement au-dessus du Pacifique Ouest dans la région des eaux chaudes, migre vers le centre du Pacifique. Le transfert de chaleur de l’océan à l’atmosphère associé à cette convection se traduit par des précipitations inhabituelles dans la région normalement sèche du Pacifique tropical oriental. L’air se déplaçant d’Ouest en Est nourrit la convection, affaiblissant encore les alizés. Ce processus de rétroaction (feedback) amplifie le phénomène et assure le maintien de la convection atmosphérique profonde et des précipitations dans le Pacifique équatorial central. El Niño prend fin lorsque les changements océaniques causent une rétroaction négative qui renverse sa dynamique initiale.

Figure 2 : au cours d’un El Niño, la circulation de l’eau chauffée d’est en ouest se trouve modifiée. Michael McPhaden/NOAA [1]

1.3. El Niño canonique et El Niño modoki

Il existe deux types d’El Niño. L’un est marqué par des anomalies chaudes maximales à l’Est du bassin, et l’autre par des anomalies chaudes maximales au centre du bassin. Les scientifiques parlent respectivement d’El Niño « canonique » et d’El Niño « modoki ». Les épisodes de type « modoki » (le terme signifie en japonais « similaire mais différent » ) ont été mis en lumière par une équipe japonaise en 2007.

Lors du El Niño « modoki », la température de la surface de la mer (SST) dans l’Est du Pacifique n’est pas affectée par un réchauffement mais plutôt par un refroidissement, alors qu’une anomalie chaude affecte le centre du Pacifique équatorial.

Figure 3 : anomalies de température de surface de la mer. a) Type canonique, b) type modoki. Crédits : M.B. Freund & al. 2019. Source : Science post

La thermocline ne bascule pas de la même façon : lors du El Niño classique celle-ci remonte à l’Ouest du Pacifique équatorial pour s’enfoncer à l’Est alors que alors lors d’un El Niño Modoki la thermocline remonte à chaque extrémité de l’océan Pacifique équatorial et s’enfonce au centre du Pacifique.

Figure 4 : Comparaison lors de la situation d’El Niño classique (a) et d’El Niño Modoki (b) Source : La climatologie

De plus, comme cela est expliqué infra, les conséquences de ces 2 types d’El Nino sur le climat mondial sont différentes.

1.4. Une périodicité de 2 à 7 ans

L’étude des coraux[2] montre que les phénomènes El Niño se sont régulièrement produits dans le passé, probablement depuis des millénaires;  mais les premiers relevés datant de la moitié du 20e siècle, il est donc difficile d’avoir du recul sur ce phénomène.

Depuis 1950 il y a eu 26 événements El Niño et 22 La Niña , ce qui montre qu’il n’y a pas de symétrie parfaite entre les phases chaudes et froides de l’ENSO. On note par exemple que le super El Niño de 2015-16 a été suivi par un La Niña  faible en 2017-18.

Figure 5 : El Niño and La Niña années et intensités basées sur l’index ONI [3] (Oceanic Niño Index)

Les El Niño de forte ou très forte intensité surviennent une fois par décennie environ. Le diagramme de la figure 6 montre l’évolution de l’index ENSO depuis 1979 fait apparaître les trois  El Nino majeurs (index supérieur à 2) : 1982-83, 1997-98, 2015-2016.

Figure 6 : Index El Niño/Southern Oscillation index (source : NOAA)[4]

Le super El-Niño de 1972 qui n’apparaît pas dans le graphique de la figure 6 a eu de très fortes répercussions économiques et environnementales en causant de très fortes sécheresses un peu partout dans le monde. Il avait ainsi ramené la production alimentaire globale au niveau le plus bas depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale[5].

2. Des effets climatiques planétaires

El Niño est la plus importante fluctuation du système climatique mondial et ses répercussions sont planétaires.

2.1 Une hausse de la température mondiale est observée pendant les El Niño 

Un El Niño se manifeste par une sensible augmentation de la température moyenne globale pendant les années concernées par l’épisode.

Selon l’océanographe Eric Guilyardi [6]du Locéan [7] l’ENSO peut écarter les températures de surface de certaines régions de l’océan tropical très loin de leur moyenne, jusqu’à 5°C ou 6°C. Or, le Pacifique entre le 30°Nord et le 30°Sud, représente un quart de la planète. « l’impact de ce phénomène, lorsqu’il est intense, devient majeur sur l’indicateur de la température moyenne planétaire. Ce fut le cas en 1998, année qui a suivi un fort épisode El Niño et en 2015-2016 années pendant lesquelles les température de surface de la mer ont présenté des anomalies similaires à celle de 1997-1998. Cela a contribué à faire de 2016 l’année la plus chaude jamais enregistrée, comme l’avait été 1998 en son temps ».

La courbe des températures ci-dessous issue des mesures de températures par satellite (UAH) montre bien les pics de température liés à El Niño et inversement le refroidissement qui s’en suit (La Niña ).

Figure 7 : anomalies de température en juillet 2019 (la tendance linéaire sur la période depuis janvier 1979 est de 0,13°C par décennie). Source : Roy Spencer[8]

Selon Roy Spencer, responsable des mesures satellitaires UAH, le réchauffement du 21ème siècle serait dû pour moitié aux événements El Niño.[9]

2.2 Des conditions météorologiques perturbées

Par son ampleur (augmentation de température de l’ordre de 1°C ou plus des couches océaniques superficielles dans le rail équatorial pendant plusieurs mois) et  l’étendue de la zone concernée (au niveau de l’équateur, le bassin pacifique tropical s’étend sur une zone large de plus de 10 000 km),  El Niño affecte le climat mondial dans son ensemble. Une grande partie de la chaleur perdue dans l’océan Pacifique tropical au cours de l’événement est transportée hors de la région tropicale du Pacifique par l’atmosphère. La redistribution de chaleur dans l’océan crée une réorganisation majeure de la convection atmosphérique globale, perturbant fortement les conditions météorologiques, de l’Amérique du Nord à l’Amérique du Sud, de l’Australie à l’Inde, de l’Afrique du Sud au Brésil.

La carte ci-dessous illustre les effets du El Niño récent entre décembre 2015 février 2016 par zone géographique :

Figure 8 : El Niño 2015 (mage NOAA)

Selon Météo-France[10], lors des épisodes précédents, différents types de phénomènes ont été observés :

  • déficit pluviométrique en Australie orientale, Indonésie, Inde, Afrique australe, Caraïbes, Nord-Est du Brésil ;
  • tempêtes tropicales plus à l’est qu’à l’habitude et venant affecter la Polynésie française ;
  • excédent pluviométrique sur la côte Ouest de l’Amérique du Sud, dans le Nord de l’Argentine et en Uruguay, en Afrique de l’Est équatoriale, dans les îles du centre du Pacifique tropical et dans le Sud des États-Unis pouvant entraîner inondations et glissement de terrain.

2.2.1 Une météo perturbée aux États-Unis

Si les El Niño ont une signature assez typique dans les tropiques, leurs impacts sur l’Amérique du Nord varient beaucoup, car d’autres influences agissent de manière concomitante dans les latitudes tempérées. On peut cependant dire que les hivers qui suivent El Niño sont en général très doux dans l’ouest du Canada et le centre-nord des États-Unis, et particulièrement humides dans le sud, de la Californie à la Floride en passant par le Texas.

2.2.2 Des effets plus ténus en Europe 

Les effets varient d’un événement à l’autre et il n’existe pas d’effet typique. Certaines études indiquent un impact d’El Niño sur le nord de l’Europe, les Îles britanniques et la Méditerranée, tout particulièrement pendant les mois de janvier et février qui suivent l’événement. Une relation a ainsi été établie entre la vague de froid exceptionnelle des années 1940-42 et un évènement El Niño majeur[11]. Quelques caractéristiques ont été d’autre part observées : des circulations cycloniques plus nombreuses en Europe centrale, un décalage vers le sud de la trajectoire des cyclones atlantiques, des situations de blocages dans le secteur Europe-Atlantique, ainsi que le déplacement vers le nord de la trajectoire des événements cycloniques de la région méditerranéenne influençant les précipitations dans cette région. Tous ces phénomènes restent cependant faibles et difficiles à détecter.

2.2.3 Des conséquences différentes pour le El Niño Modoki

Les conséquences de ces 2 types d’El Nino sur le climat mondial sont différentes [12]: lors du El Niño classique la côte Ouest des Etats-Unis est humide mais pendant El Niño Modoki elle est plutôt sèche. Tandis que lors du El Niño classique il y a une réduction significative des précipitations sur le Nord et le Sud de l’Australie, l’événement Modoki semble conduire à une diminution à grande échelle des précipitations sur le Nord-Ouest et Nord de l’Australie. L’Inde aussi serrait touchée par des sécheresses avec ce deuxième type d’El Niño contrairement au phénomène classique qui est connu depuis longtemps.

3. El Niño, un phénomène dont les causes restent incomprises

Le phénomène El Niño est un système complexe où interagissent des processus linéaires ou non linéaires, à différentes échelles de temps et d’espace dans le couplage entre l’océan et l’atmosphère du Pacifique tropical.  Si donc le mode de variabilité oscillatoire d’El Niño dans le Pacifique tropical est relativement bien décrit, l’origine des perturbations internes ou externes au Pacifique tropical qui mènent à son déclenchement ne sont pas encore comprises.

 « Nous n’avons pas assez de recul pour analyser le phénomène très complexe El Niño, il y a toujours une très grande part imprévisible. Et même quand le phénomène est bien là, les conséquences sont parfois difficiles à prévoir » explique Adrien Deliège[13], chercheur en mathématiques qui a consacré sa thèse au phénomène.

Des explications partielles sont fournies : rôle du volcanisme, influence du dipôle de l’océan Indien (IOD) sur l’apparition des super El Niño. Quant aux études cherchant à établir un lien entre le réchauffement global  et la fréquence où l’intensité du phénomène, elles s’avèrent faiblement convaincantes.

3.1 Des explications partielles

3.1.1 Le rôle des éruptions volcaniques

Une étude publiée dans Nature[14] en octobre 2017 montre que les éruptions volcaniques stratosphériques peuvent déclencher des évènements El Niño dans le Pacifique.

Selon cette étude, l’éruption du Pinatubo en 1991 a produit un refroidissement du continent africain (la plus grande étendue terrestre de la zone intertropicale), ce qui a eu pour effet de perturber la mousson africaine (baisse de la pluviométrie) générant à son tour une onde atmosphérique qui s’est propagé vers l’est jusqu’à l’océan Pacifique. Le courant d’eau chaude dans le Pacifique qui en a résulté est à l’origine du déclenchement d’El Niño après l’éruption.

L’influence de l’éruption sur le type de « réponse » climatique, selon l’état de l’océan au moment de l’éruption a pu être quantifiée :

  • si un évènement El Niño est attendu, l’éruption prolonge sa durée sans modifier son intensité ;
  • si un évènement La Niña est prévu, l’éruption a pour effet de le raccourcir ;
  • si aucun évènement n’est pressenti, l’éruption déclenche un évènement El Niño.

Les recherches se poursuivent, afin de comprendre si la saison de l’éruption influence la réponse de la mousson africaine au forçage volcanique.

3.1.2 Les super El Niño

Dans une étude publiée en  juin 2018 dans la revue Nature[15], une équipe de chercheurs de l’Université d’Aizu (Japon) indique avoir identifié les processus clés qui donnent aux épisodes super El-Niño leur structure et amplitude singulières. Les températures de surface de la mer extrêmement élevées sont une caractéristique notable des super El-Niño qui ont eu lieu en 1972, 1982 et 1997. Les processus propres à la région Pacifique ne suffisent pas à expliquer la survenue des supers El-Niño. Il apparaît en fait que les événements les plus forts coïncident avec la phase positive du dipôle de l’océan Indien (IOD, acronyme anglais pour Indian Ocean Dipole), celui-ci étant une sorte d’El-Niño miniature propre à cet océan. En étudiant les liens potentiels entre les deux bassins, les chercheurs ont finalement mis en évidence que si le déclenchement d’un El-Niño était contrôlé par des processus qui s’articulaient essentiellement dans le Pacifique, c’est l’énergie supplémentaire apportée par l’océan Indien lors d’une phase d’IOD positive qui est en mesure de le transformer en super El-Niño, supplantant les mécanismes tampons habituellement à l’œuvre.

3.2. El Nino et le réchauffement climatique global

Selon Météo France [16], Il n’y a pas actuellement, de consensus sur l’impact du changement climatique sur ce phénomène. De nombreuses équipes travaillent à établir un lien entre les émissions de Gaz à effet de serre et l’augmentation de la fréquence et/ou l’intensité des El-Niño. Ils ont à leur disposition des paléo-archives  et…des modèles. Mais la modélisation échoue à expliquer le phénomène : en effet,  les données climatiques exploitées sont contraintes dans l’espace (limite du déploiement des réseaux d’observations in situ) et dans le temps (les données ne sont fiables que depuis le début des années 1980 seulement). Il n’est pas certain que ces incertitudes puissent être réduites : en effet, les délais requis par la collecte d’observations qui recouvriraient une période assez longue pour extraire les grandes tendances du phénomène El Niño afin de pouvoir valider ou non son comportement dans les modèles numériques.[17]

Citons dans l’ordre chronologique les études qui nous ont paru les plus significatives :

En 2002 des chercheurs [18]de  l’IRD (Institut de recherche pour le développement) et de l’Université de Floride avaient découvert en analysant une colonie de corail sur les côtes de la Nouvelle-Calédonie que la période la plus froide (1701-1750) du Petit âge glaciaire (1400 à 1850 ap. J.-C.), qui a été associée à une diminution des températures dans le Pacifique Sud-Ouest, ne semble pas avoir affecté El Niño. A cette époque, les températures dans les latitudes tempérées de l’hémisphère Nord étaient inférieures de 1 à 2 °C à celles enregistrées en moyenne actuellement. Le comportement d’El Niño était similaire dans sa force et dans sa fréquence à celui observé actuellement malgré la baisse des températures moyennes.

En 2006, une étude publiée dans Advances in Geosciences [19] s’appuyant sur les paléo-archives (coraux, anneaux d’arbres, ice-core) entre 1525 et 2002 prétend montrer que 43% des événements ENSO extrêmes survenus depuis 1525 se sont produits pendant le  20ème siècle, avec une accélération dans les décennies récentes.

En 2014, une étude publiée dans la revue Nature Climate Change [20] a  compilé les données issues de 20 modèles climatiques et tiré la conclusion que le réchauffement global dû aux émissions anthropiques induira un doublement de la fréquence des événements El Niño extrêmes au cours du XXIe siècle (pouvant atteindre dix événements par siècle).

En 2017 une étude publiée dans Nature[21] se basant sur les modèles climatiques participant à la phase 5 du projet de comparaison des modèles climatiques (CMIP5) entend « prouver » que la fréquence des El Niño augmente de façon linéaire avec la température globale, ce qui conduira à un doublement de ces événements pour un réchauffement de 1,5 ° C.

En mai 2019, enfin, une publication de Nature Geo-sciences [22] prétend démontrer que les événements modoki ont subi une hausse d’occurrence depuis les années 1990 (4 fois plus que les événements canoniques). Le rapport de fréquence entre les deux types d’événements qui est resté quasiment stable (proche de 1) durant quatre siècles se serait « envolé » à partir de 1990. Dans le même temps, les El Niños canoniques, bien que plus rares, seraient devenus plus intenses. Néanmoins, reconnaissent  les chercheurs, il est difficile de savoir s’il s’agit d’une simple matérialisation de la variabilité naturelle ou des effets du changement climatique.

On le voit, le lien entre les événements El Niño et le réchauffement climatique anthropique est ténu.

4. Des conditions El Niño persistantes depuis 2015

4.1 Après le puissant El Niño de 2015-2016, La Niña  a été de faible intensité

Dans un communiqué du 18 janvier 2018[23], l’OMM (Organisation météorologique mondiale) classe 2017 dans les trois années les plus chaudes depuis le début des mesures. Le record reste détenu par l’année 2016 (+ 1,2° C au-dessus des températures de la période pré industrielle), suivie par l’année 2015 (+ 1,1° C) toutes deux influencées par un épisode El Niño intense. Selon l’OMM, l’année 2017 serait ainsi l’année la plus chaude sans influence d’un phénomène El Niño ce qui suggère une reprise du réchauffement mondial après la pause des températures de plus de 17 ans.

La réalité n’est pas si simple : le GWPF (Global Warming Policy Forum)[24], montre que l’événement La Niña qui s’est manifesté à partir de mai 2016 n’a pas eu la force ni la durée suffisante pour dissiper la chaleur laissée par le El Niño. De plus, un nouvel événement El Niño s’est mis en route en février 2017, ce qui est tout à fait exceptionnel. La figure ci-dessous retrace cette séquence :

Figure 9 : index ONI par trimestre depuis 2015 (Source : NOAA[25])

C’est donc la faiblesse de La Niña et l’apparition rapprochée d’un nouvel El Niño (même avorté) qui expliquent la chaleur de 2017[26]. C’est une situation atypique mais comme l’indiquait récemment un météorologue californien les événements El Niño ne sont étudiés que depuis 1950 et il n’y a eu dans les 66 dernières années que cinq événements El Niño de forte intensité, ce qui ne suffit pas pour  prévoir ce qui se passera l’année suivant un tel événement.

4.2 Retour des conditions El Niño en 2019

Le dernier rapport de la NOAA (22 juillet 2019)[27]indique que des conditions El Niño (index ONI supérieur ou égal à +0,5°C) sont à nouveau présentes depuis septembre 2018 comme le montrent les figures 9 et 10. Sur la période avril – juin 2019 la moyenne de l’index ONI est de +0,7°C attestant un El Niño de faible intensité mais bien établi.

Figure 10 : Evolution de l’index ONI 2014-2019. Source NOAA (ENSO: Recent Evolution, current Status and Predictions)

Ce nouvel épisode poussera t-il  la températures moyenne globale de 2019 à la hausse permettant à la science officielle de déclarer 2019 l’année la plus chaude « on records » et aux commentateurs d’ergoter sur le classement d’une année par rapport à la précédente sachant que la température moyenne globale est estimée avec une précision d’environ 0,1°C [29] ?


BIBLIOGRAPHIE

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Archive ina  : 20 heures le journal sur El Nino  2002 https://www.ina.fr/video/1926746001011

Archive ina  : Recherches scientifiques sur le phénomène climatique El Nino. Le journal de RFO https://www.ina.fr/video/2131098001008

Archive ina  : 20H de France 2 sur El Nino 1997 https://www.ina.fr/video/CAB97134571

Cairn : El Niño : tensions entre forces « naturelles » et forces « anthropiques » (https://www.cairn.info/revue-communications-2014-2-page-131.htm#)

Futura sciences : Les éruptions volcaniques peuvent déclencher El Niño dans le Pacifique  (https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/climatologie-eruptions-volcaniques-peuvent-declencher-el-nino-pacifique-2826/

CNES « Quand El Niño se prépare » (https://www.dailymotion.com/video/x5n5ti)

Futura sciences : Les El Niño extrêmes pourraient doubler à cause de l’activité humaine  (https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/rechauffement-climatique-el-nino-extremes-pourraient-doubler-cause-activite-humaine-51783/)

GWPF : Global temperature in 2017 : not a resurgence of global warming (https://www.thegwpf.com/2017s-global-temperature-not-a-resurgence-of-global-warming/?utm_source=CCNet+Newsletter&utm_campaign=d93b09a787-EMAIL_CAMPAIGN_2018_01_17&utm_medium=email&utm_term=0_fe4b2f45ef-d93b09a787-36453853)

IRD : El Niño insensible au Petit âge glaciaire ? mars 2002 https://www.ird.fr/la-mediatheque/fiches-d-actualite-scientifique/149-el-nino-insensible-au-petit-age-glaciaire

La climatologie (http://la.climatologie.free.fr/enso/enso-pdo1.htm)

Météo France : Comprendre El Niño et la Niña – Météo France  (http://www.meteofrance.fr/climat-passe-et-futur/comprendre-le-climat-mondial/el-ninola-nina)

Nature : A model for super El Niños. Nature https://www.nature.com/articles/s41467-018-04803-7.

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Novethic : SOUS L’EFFET D’EL NIÑO, 2019 POURRAIT DEVENIR L’ANNÉE LA PLUS CHAUDE DE L’HISTOIRE https://www.novethic.fr/actualite/environnement/climat/isr-rse/2019-pourrait-devenir-l-annee-la-plus-chaude-de-l-histoire-de-l-humanite-146757.html

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Roy Spencer : Anomalies de températures dans la basse troposphère (mesures satellitaires UAH) http://www.drroyspencer.com/2019/08/uah-global-temperature-update-for-july-2019-0-38-deg-c/

Royal Meteorogical Society : What caused the 1940–1942 climate anom-aly? Was it just the coincidence of a strong El Niño https://rmets.onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.1256/wea.248.04

Science post : des chercheurs identifient les processus clés pouvant conduire à l’apparition d’un super El-Niño  Science post (https://sciencepost.fr/des-chercheurs-identifient-les-processus-cles-pouvant-conduire-a-lapparition-dun-super-el-nino/)

Science post: Des chercheurs identifient les processus clés pouvant conduire à l’apparition d’un super El-Niño” (https://sciencepost.fr/des-chercheurs-identifient-les-processus-cles-pouvant-conduire-a-lapparition-dun-super-el-nino/

Science post: El Niño : un comportement récent hors norme et sans précédent depuis au moins 400 ans  (https://sciencepost.fr/el-nino-un-comportement-recent-hors-norme-et-sans-precedent-depuis-au-moins-400-ans/

Science post: El Niño : un comportement récent hors norme et sans précédent depuis au moins 400 ans (https://sciencepost.fr/el-nino-un-comportement-recent-hors-norme-et-sans-precedent-depuis-au-moins-400-ans/)

Sud- Ouest : Le phénomène météorologique El Niño, qu’est-ce que c’est ? par Catherine Gautier, University of California, Santa Barbara (https://www.sudouest.fr/2016/02/01/le-phenomene-meteorologique-el-nino-qu-est-ce-que-c-est-2260671-706.php)


INDEX

[1] EVOLUTION OF THE 2002/03 EL NINO BY MICHAEL J. MCPHADEN https://journals.ametsoc.org/doi/pdf/10.1175/BAMS-85-5-677

[2] Les coraux massifs sont considérés comme la meilleure mémoire de la variabilité climatique des zones tropicales océaniques. En effet, le squelette du corail enregistre en continu, parfois sur plusieurs siècles, les fluctuations de température, de salinité et d’ensoleillement. La vitesse de formation rapide et l’existence de bandes de croissance saisonnières en font un matériel idéal pour étudier la paléoclimatologie récente en liaison avec El Niño.

[3] https://ggweather.com/enso/oni.htm

[4] bi-monthly Multivariate El Niño/Southern Oscillation (ENSO) index (MEI.v2) https://www.esrl.noaa.gov/psd/enso/mei/

[5] Sience post “Des chercheurs identifient les processus clés pouvant conduire à l’apparition d’un super El-Niño” (https://sciencepost.fr/des-chercheurs-identifient-les-processus-cles-pouvant-conduire-a-lapparition-dun-super-el-nino/

[6] Libé 28 mai 2015 : Le Niño booste les thermo stats https://www.liberation.fr/sciences/2015/05/28/le-nino-booste-les-thermo-stats_1318416

[7] Laboratoire d’océanographie et du climat :expérimentations et approches numériques

[8] http://www.drroyspencer.com/2019/08/uah-global-temperature-update-for-july-2019-0-38-deg-c/                                   

[9] https://www.climato-realistes.fr/50-pc-rechauffement-21eme-siecle-du-a-el-nino/

[10] http://www.meteofrance.fr/climat-passe-et-futur/comprendre-le-climat-mondial/el-ninola-nina#

[11] What caused the 1940–1942 climate anom-aly? Was it just the coincidence of a strongEl Niño https://rmets.onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.1256/wea.248.04

[12] http://la.climatologie.free.fr/enso/enso-pdo1.htm

[13] Le Figaro El Niño, l’enfant terrible du climat (http://www.lefigaro.fr/assets/el-nino/)

[14] Tropical explosive volcanic eruptions can trigger El Niño by cooling tropical Africa Nature octobre 2017 (https://www.nature.com/articles/s41467-017-00755-6) Commentaire en français par Futura (https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/climatologie-eruptions-volcaniques-peuvent-declencher-el-nino-pacifique-2826/

[15] Saji N. Hameed, Dachao Jin & Vishnu Thilakan : A model for super El Niños. Nature https://www.nature.com/articles/s41467-018-04803-7. Résumé de l’étude en français  dans Science post (https://sciencepost.fr/des-chercheurs-identifient-les-processus-cles-pouvant-conduire-a-lapparition-dun-super-el-nino/)

[16] http://www.meteofrance.fr/climat-passe-et-futur/comprendre-le-climat-mondial/el-ninola-nina

[17] El Niño : tensions entre forces « naturelles » et forces « anthropiques » (https://www.cairn.info/revue-communications-2014-2-page-131.htm#)

[18] El Niño insensible au Petit âge glaciaire ? mars 2002 https://www.ird.fr/la-mediatheque/fiches-d-actualite-scientifique/149-el-nino-insensible-au-petit-age-glaciaire

[19] How unusual was late 20th century El Nino-Southern Oscillation (ENSO)? Assessing evidence from tree-ring, coral, ice-core and documentary palaeoarchives, A.D. 1525–2002 (https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00296927/document)

[20] Increasing frequency of extreme El Niño events due to greenhouse warming (https://www.nature.com/articles/nclimate2100) Commentée en français par Futura sciences (https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/rechauffement-climatique-el-nino-extremes-pourraient-doubler-cause-activite-humaine-51783/)

[21] Continued increase of extreme El Niño frequency long after 1.5 °C warming stabilization (https://www.nature.com/articles/nclimate3351)

[22] Higher frequency of Central Pacific El Niño events in recent decades relative to past centuries (https://www.nature.com/articles/s41561-019-0353-3) commantée en français dans Science post (https://sciencepost.fr/el-nino-un-comportement-recent-hors-norme-et-sans-precedent-depuis-au-moins-400-ans/

[23] WMO confirms 2017 among the three warmest years on record  (https://public.wmo.int/en/media/press-release/wmo-confirms-2017-among-three-warmest-years-record)

[24] Global temperature in 2017 : not a resurgence of global warming (https://www.thegwpf.com/2017s-global-temperature-not-a-resurgence-of-global-warming/?utm_source=CCNet+Newsletter&utm_campaign=d93b09a787-EMAIL_CAMPAIGN_2018_01_17&utm_medium=email&utm_term=0_fe4b2f45ef-d93b09a787-36453853)

[25] NOAA Cold & Warm Episodes by Season (1950-2019) https://origin.cpc.ncep.noaa.gov/products/analysis_monitoring/ensostuff/ONI_v5.php

[26] Voir aussi : Climato-réalistes : un El Niño hors norme ne signifie pas la reprise du réchauffement mondial (https://www.climato-realistes.fr/el-nino-2015-2016-rechauffement-planetaire/)

[27] ENSO: Recent Evolution, current Status and Predictions (https://www.cpc.ncep.noaa.gov/products/analysis_monitoring/lanina/enso_evolution-status-fcsts-web.pdf

[28] NOAA Cold & Warm Episodes by Season (1950-2019) https://origin.cpc.ncep.noaa.gov/products/analysis_monitoring/ensostuff/ONI_v5.php

[29] Libération 23/09/2013 : explique le “plateau” des températures (http://sciences.blogs.liberation.fr/2013/09/23/edouard-bard-explique-le-plateau-des-temperatures/?fbclid=IwAR2XMuVjUmF7X6MIoYCq3VpfV0b2ajgyLhSGv-OoQrX1t_Uc2iu0L5AICTw)

Shirley Loral 9/8/2019

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