L’EPR coûtera moins cher que les éoliennes de mer

L’EPR de Flamanville coûtera quatre fois moins cher que les éoliennes de mer


Rémy Prud’homme, professeur des universités (émérite)

     Encore un dérapage des délais et des coûts à l’EPR de Flamanville ! Cette centrale va coûter 12 milliards, quatre fois plus que ce qui était prévu : c’est une catastrophe qui condamne définitivement le nucléaire, n’est-ce pas ? En réalité, ce lamentable fiasco condamne plus l’ingénierie française que la technologie de l’EPR : les Chinois en ont construit deux – avec notre aide ! – dans les délais et les budgets prévus, qui marchent très bien. Surtout, si on compare ces 12 milliards au coût des six champs d’éoliennes en mer qui démarrent en France, on voit que Flamanville, en dépit des flops du chantier, reste une excellente affaire.

     La comparaison est compliquée par le fait que le coût – le coût prévu – de ces éoliennes en mer est un secret d’Etat. Dans les dizaines d’articles dithyrambiques qui chantent la louange de ces monstres marins trois fois plus hauts qu’une centrale nucléaire, on cherche en vain une estimation du coût. Quand on aime, on ne compte pas. On peut cependant tenter une estimation. Ce qui est sûr en effet, c’est que l’Etat s’engage à faire acheter toute la production d’électricité de ces éoliennes (un marché garanti, de quoi faire baver d’envie tous les chefs d’entreprise), à un prix d’environ 140 €/MWh. Comme on connaît la puissance de ces éoliennes (3 GW), le nombre d’heures de fonctionnement par an (3200, c’est ce que l’on observe aux Royaume-Uni, où il y a beaucoup d’éoliennes en mer, et plus de vent qu’en France), et la durée de vie de ces éoliennes (généreusement estimée à 25 ans), on peut calculer le montant qui va être empoché par les multinationales de l’éolien : environ 34 milliards. Le coût de production de l’électricité éolienne (et nucléaire d’ailleurs) est principalement, mais pas uniquement un coût en capital. Soustrayons 20% du chiffre d’affaire pour le coût de fonctionnement, et 10% pour la marge bénéficiaire des financiers promoteurs. Cela nous fait un coût d’investissement d’environ 24 milliards. Le double du coût de Flamanville.

     Mais, dira-t-on, ces installations éoliennes vont produire beaucoup plus d’électricité que la centrale de Flamanville ? Pas du tout, elles vont au contraire en produire moins, beaucoup moins. Il est facile de calculer que cet éolien en mer va fabriquer 240 TWh d’électricité (il suffit de multiplier la puissance par le nombre d’heures de fonctionnement). De son côté, Flamanville (d’une puissance de 1,65 GW, fonctionnant 7400 heures par an, pendant 50 ans) va fabriquer 610 TWh d’électricité.

     En simplifiant un peu, l’éolien en mer c’est relativement à l’EPR de Flamanville : (i) un coût d’investissement (et un coût tout court) deux fois plus élevé, (ii) deux fois plus de puissance, (iii) deux fois moins d’heures de fonctionnement par an, et (iv) deux fois moins d’années de vie, soit au total une électricité quatre fois plus coûteuse. Et qui plus est, une électricité de moins bonne « qualité », car intermittente et imprévisible ; même en mer, le vent souffle quand il veut, et pas nécessairement quand on a besoin d’électricité.

     Il y a quelques années, un calcul aussi simple n’aurait pas été possible, car il aurait fallu actualiser sur 50 ans les flux annuels d’investissement et de production. Les taux d’intérêt nuls, voire négatifs, qui prédominent actuellement nous en dispensent aujourd’hui. L’ordre de grandeur des résultats n’en aurait guère été affecté. Mais la démonstration aurait perdu en simplicité et en clarté.

     Qui paiera ce surcoût de 300% ? Vous et moi, et les industriels français, car il augmentera le montant de nos factures d’électricité. Mais les éoliennes en mer font tellement plaisir aux capital international (qui a beaucoup d’argent à y gagner), et aux internationales vertes (qui haïssent absolument le nucléaire), que pour leur donner satisfaction nous allons devoir nous serrer la ceinture, en disant « merci » au gouvernement qui organise ce fric-frac (j’ai failli écrire hold up eu égard au caractère international de la chose, mais comme la décision est française fric-frac est sans doute plus approprié).

Shirley Loral 17/10/2019

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