La langue de Jésus : Question historique ou enjeu politique?

LES LANGUES Á L ’EPOQUE DE JESUS

Á l’époque de Jésus, période de crise, politique, spirituelle, et sociale, quatre langues « côtoyaient » en terre d’Israël (Judée, Pérée, Samarie, Galilée, Golan). Les voici, selon leur ordre chronologique: l’Hébreu, l’Araméen, le Grec et le Latin.
Choisir de s’exprimer dans une de ces langues plutôt que l’autre était forcément une façon de se positionner face à l’occupant romain.

- Le Latin était en effet la langue du nouvel envahisseur.
L’administration romaine, qui se mit rapidement en place à côté des hautes instances judéennes de Jérusalem (certaines ‘’collaboratrices’’ telles que le Sanhédrin), faisait naturellement usage du latin. Cette dernière était probablement parlée, ou tout du moins comprise, par les hauts fonctionnaires judéens.
En revanche, il est douteux qu’en si peu de temps (pas plus d’une génération), le latin ait pu pénétrer dans les couches les plus défavorisées de la population indigène.
En Galilée particulièrement, province reculée et fief de la plus farouche résistance anti-romaine, le latin exécré n’avait pas ‘’droit de cité’’.

En effet, les patriotes hébreux (francs-tireurs sicaires, rebelles zélotes et autres ‘’ultras’’), se chargeaient, à coup d’embuscades et guet-apens, d’interdire aux légions romaines toute ingérence dans leur vie. Or, faut-il le rappeler, les surnoms des premiers compagnons de Jésus, laissent penser qu’ils se recrutaient parmi ces ‘’ultras’’ (ainsi « Simon le roc », « Simon le zélote », « Judah le glaive» ou encore « Jacob l’éclair »). D’autant plus que ces disciples, campagnards bourrus et modestes pêcheurs, étaient, selon Les Actes des Apôtres (4, 13), des gens illettrés.

Par quelle miracle, auraient t-ils su manier le latin aussi bien que l’hameçon ou la faucille?! Jésus sortait-il du lot ? Serait-ce sa connaissance du Latin qui impressionna ses disciples et lui octroya ce charisme ? On a du mal à le croire.

Ce qui, lors du Sermon sur la Montagne (Matthieu, 7, 28) séduisit Simon, Jean, ou André ainsi que tous les villageois de la contrée, était sa connaissance de la Torah et des Livres des Prophètes, sa façon directe d’en déduire une morale et un comportement social (à la différence des méandres de l’exégèse pharisienne), sa prise de position en faveur des pauvres et des opprimés.
Cela n’a pas empêché Jean-Claude Barreau (Biographie de Jésus. Paris, Edition Plon, 1993. p 29) d’affirmer que Jésus n’a pas eu besoin de traducteur lors de sa discussion philosophique, quasi précieuse, avec Pilate le Romain, le préfet de Judée. Or cette célèbre scène( Jean 23, 33-38) est justement une des rares à faire l’unanimité parmi les chercheurs modernes: Ils la considèrent tous comme non–historique, voyant mal Jésus converser en latin avec Pilate !

- Le Grec fit son intrusion brutale en Israël cent cinquante ans avant le Latin, avec les conquêtes d’Alexandre de Macédoine.
Les livres des Macchabbées relatent la guerre d’indépendance et de libération que mena victorieusement le peuple d’Israël contre Antiochus, un des successeurs d’Alexandre. A la différence cependant du latin, qui fut toujours identifié comme la langue de l’oppresseur, la traduction de la Bible en grec (« La Septante  » ) octroya à la langue de l’envahisseur ses lettres de noblesse parmi ‘’l’intelligensia ‘’ et les classes dirigeantes judéennes.

Il était de bon ton de converser en Grec pour se démarquer de la plèbe qui était encore fidèle à l’Hébreu et à l’araméen. Presque tous adoptèrent, à côté de leurs prénoms hébreux, des noms propres tels que ‘’Aristobule’’, ‘’Hyrcan’’, ‘’Antigone’’ etc…
Des dizaines de mots grecs ont ainsi pénétré dans le vocabulaire, à tel point qu’aujourd’hui les israéliens sont persuadés que ‘’Sanhédrin’’ ou ‘’Guématria’’ sont du pur hébreu (Les Macchabées doivent, c’est le cas de le dire, se retourner dans leurs tombes !).

Nonobstant un succès indéniable dans la Diaspora Juive, le Grec ne put cependant, à l’époque de Jésus, se répandre parmi les couches populaires indigènes.

Et bien que la syntaxe grecque, très différente de l’Hébreu ou de l’Araméen ( à la différence des aristocrates et des citadins judéens, rompus depuis longtemps à l’emploi du Persan- classé avec le Grec parmi les langues dites indo-européennes-, les ruraux de Galilée « s’y cassaient les dents ») ait aussi joué un rôle, il faut imputer ce « rejet » des masses à tout autre chose : L’amalgame que la conscience hébraïque collective faisait entre le Grec, langue officielle de l’Empire Romain en Orient, et le Latin exécré.
Seuls quelques noms propres à résonance hébraïque furent adoptés. Dans les Evangiles par exemple, certains disciples de Jésus avaient des noms grecs: « Talmaï », parce qu’il calquait à l’hébreu « telem », ou « Andraï » parce qu’il traduisait « ishaï », un nom hébreu très prisé qui signifiait « don » mais était entendu comme « homme ».
En dépit de ces données indéniables, c’est toujours Jean-Claude Barreau qui soutient que Jésus usait du Grec. A l’appui de ses dires, il fait un parallèle avec l’époque de l’Algérie française où tout algérien lettré utilisait le français dans ses rapports avec l’administration.

L’anachronisme de ce parallèle saute aux yeux. L’unique rapport que pouvait avoir à l’époque de Jésus un modeste charpentier galiléen avec « l’administration », était lors de la levée forcée des impôts. La trique et (le son de) la monnaie étaient, entre les percepteurs et les villageois galiléens, plus courantes que de virtuelles discussions existentielles sur la rédemption de l’humanité.

- L’Araméen bénéficie d’un a priori. Admise par nombre de chercheurs comme la seule langue courante au temps de Jésus, elle aurait été une sorte de « lingua franca de l’Asie Mineure sémitique ».

S’il est évident que Jésus, ses disciples, ainsi que Marc et Matthieu – leurs Evangiles, bien qu’ils nous soient parvenus en Grec, sont parsemés de mots et d’expressions en araméen tels que Abba (=Père), Bar(=Fils), Talitha qumi (= Fillette, lève-toi) etc…,
savaient et parlaient l’araméen, langue proche de l’hébreu, cet a priori fait cependant fi de certaines considérations idéologiques.

L’araméen était elle aussi une langue d’occupant. On pourrait même dire, la langue d’un double occupant. Celle de l’occupant extérieur araméen puis assyro-babylonien qui, six siècles environ avant Jésus, avait détruit les royaumes d’Israël et de Judée. Mais aussi la langue d’un « occupant intérieur »: Le judaïsme pharisien.

Les adeptes du judaïsme pharisien, ces émigrés de Babylone, ces nouveaux-venus aux yeux des hébreux autochtones, méprisaient les samaritains et les galiléens, à qui ils accolèrent le sobriquet de « cuthéen », de « phénicien », de « cananéen » etc… Ils voyaient dans leur patoi hébreu, qu’ils comprenaient mal d’ailleurs à cause d’une différence de prononciation et d’accentuation entre leur hébreu biblique fossilisé et le  »charabia » samarito-galiléen, la preuve de la supériorité de leur culture judéo-babylonienne.
Le fossé s’élargit d’autant plus que le judaïsme babylonien changea même la calligraphie des lettres hébraïques et adopta ce qu’il est d’usage de nommer  » l’écriture carrée » par opposition à « l’écriture saccadée » originelle de l’hébreu.

Tout patriote hébreu (y compris Jésus et ses compagnons) était donc loin de considérer l’araméen comme sa langue maternelle chérie. Et bien qu’ils l’employaient couramment, ces hébreux galiléens savaient, « sentaient », qu’elle n’était pas la leur.
S’il nous est permis de faire, à l’instar de Jean-Claude Barreau, un parallèle avec la situation en Algérie, nous dirions qu’un « kabyle » qui revendique son berbérisme, ne considèrera jamais l’arabe comme sa langue. Tout en parlant parfaitement l’arabe, un  »imazighen » autochtone cherchera toujours la moindre occasion pour « placer son mot » en berbère, si possible et souvent par défi, justement lorsqu’un arabe se trouve dans les parages. De plus, on sait aujourd’hui, de par nombreuses découvertes archéologiques, que les samaritains n’ont jamais cessé d’utiliser l’hébreu comme langue vivante et pas seulement liturgique. Or Jésus le galiléen était bien proche (au moins géographiquement) de ses voisins samaritains (voir dans les Evangiles, ses nombreuses rencontres avec eux – « La parabole du bon samaritain », ou « La femme samaritaine » etc…). Quelle était donc cette frontière invisible qui faisait qu’un village samaritain parlait l’hébreu, et qu’un village galiléen situé à deux pas parlait uniquement l’araméen?

Le problème est donc plus épineux qu’il ne paraissait de prime abord, et l’araméen n’est pas ce franc-parler pittoresque et inoffensif que l’on a voulu mettre dans la bouche de Jésus.

- L’Hébreu était, originellement, la langue indigène de la contrée allant du Nil à
l’ Euphrate.
L’archéologie a prouvé que ce que l’on appelle le paléo-hébreu (nommé aussi proto-cananéen) date d’au moins cinq millénaires et qu’il englobait tous les « hébraïsants »: Israéliens et Judéens, Cananéens et Phéniciens (puis Carthaginois), Iduméens et Midianites, Moabites et Ammonites, bref tous les habitants autochtones.

Á chaque fois que ces peuples ont eu à subir le joug d’un occupant étranger, leur première réaction fut de se raccrocher à leur langue, comme à une bouée de sauvetage identitaire.
Mais cette langue  »nord ouest sémitique », selon la classification traditionnelle (mais peu scientifique), avait une proche cousine: L’araméen. Et si l’on devinait depuis longtemps que sous le koïné, le grec populaire des Evangiles, se cachait un originel « sémitique », le Père Marcel Jousse, en 1930 déjà, voyait l’araméen derrière le grec.

Pourquoi l’araméen et non pas l’hébreu ? Sans doute parce que depuis le 16ème siècle, l’opinion générale supposait que l’hébreu était, déjà au temps de Jésus, une langue morte en Israël. En dépit de son anachronisme, cette assertion eut la vie dure. Jusqu’à la découverte des manuscrits de la Mer Morte, dans la seconde moitié du 20ème siècle, qui relégua cette « évidence » au statut de fable.

Mais c’est surtout depuis les années 1980-90, avec les travaux de L’Abbé Jean Carmignac « La Naissance des Evangiles Synoptiques », et davantage avec « Le Christ Hébreu » de Claude Tresmontant, que l’on sait que « ce grec populaire » est en fait une langue calque, un mot à mot à partir de l’hébreu.

Dans son ouvrage, Tresmontant fait un examen minitieux, verset par verset, mot par mot, des textes évangéliques, et à chaque fois trouve l’hébreu sous le calque grec.

Certains arguments lui ont été opposés:

Par exemple, le fait que dans les Evangiles, la Bible est citée d’après la Septante, cette traduction grecque en usage chez les hébreux hellénophones. Et donc les « hébraïsmes » des Evangiles ne prouve pas forcément l’existence d’un substrat
hébreu puisque les auteurs des Evangiles pouvaient avoir retenu et copié beaucoup
d’expressions de la Septante. Comme au moment de la rédaction des Evangiles, la langue de communication était le grec, il est possible que la rédaction en grec se soit faite à partir de traditions orales formulées, en hébreu.

Selon Tresmontant (Le Christ Hébreu. Edition Albin Michel. Paris. 1992), cette argumentation (argutie?) ne tient pas compte du constat que le Grec des Septante était de qualité bien supérieure à celui des Evangiles. De plus, les « citations » des Evangiles ne sont pas fidèles, loin de là, à ce soi-disant originel grec des Septante qui n’est en mesure (pas plus que la Pshitata, la traduction de la Bible en araméen) d’expliquer de façon efficace et claire les paroles, les loggias et les paraboles (donc toute la pensée!) de Jésus. Ces 2 langues au contraire (le grec évidemment plus que l’araméen) appauvrissent l’enseignement de Jésus en hébreu, qui était non seulement la langue écrite des Saintes Ecritures, mais aussi une langue parlée.
Si Tresmontant ne se prive pas, à juste titre, d’égratigner au passage ses collègues, spécialistes du Nouveau Testament grec mais « qui ne savent pas trois mots d’hébreu », en revanche sa démonstration pour privilégier l’hébreu à l’araméen est moins mordante. Car, comme le dit Lionel Rocheman ( Jésus. Enigmes et Polémiques. Grancher. 2000. p 158): « Il est vrai que, masqué par une langue calque, discriminer l’hébreu d’un araméen sous-jacent n’est pas chose aisée ».

LA METHODE DE RECHERCHE


Vouloir expliquer la « Nouvelle Alliance » (le Nouveau Testament) par un éventuel substrat linguistique, hébreu ou araméen, est un exercice souvent ardu, l’objet de nombreuses polémiques, et les hypothèses dans ce domaine doivent être avancées avec prudence. Ce n’est pas donc sans hésitation que l’on aborde ici cette question, au risque d’enflammer l’imagination de quelques imprudents chercheurs de trésors philologiques. Il existe pourtant des cas où le recours à telle langue plutôt qu’à l’autre, ouvre des perspectives inattendues à la lecture du texte.
Le propos toutefois de cet article n’est pas tellement de savoir dans quelle langue les différents rédacteurs des Evangiles canoniques ont initialement rédigé leurs textes, mais plutôt en quelle langue Jésus a-t-il dispensé son enseignement et sa parole à ses disciples, bref son message.

Pour justement distinguer ces deux langues proches, l’hébreu et l’araméen, la méthode proposée est de sélectionner des dictons, des adages, des paraboles, et pourquoi pas les jeux de mots, prêtés à Jésus.
Ce choix, qui peut paraître arbitraire, découle cependant d’un certain bon-sens commun: Le cachet d’authenticité de ce qui est convenu d’appeler les loggias de Jésus ‘’saute aux yeux’’ du lecteur. Ainsi lorsque, par exemple, Claude Nougaro chante « Le corbeau croâsse et moi je crois », il est évident que le français est la langue d’origine de sa chanson. Ni l’Italien, ni le Portugais et ni l’Espagnol, pourtant proches du Français, ne sauraient retransmettre toute l’ironie « nougaresque ».

Non seulement ce jeu de mot est intraduisible, voire incalquable, mais le rythme même des allitérations témoigne du substrat linguistique particulier. Néanmoins, il est aussi vrai qu’un bon traducteur essaiera toujours de trouver des équivalences, ne serait-ce que pour conserver une partie de la « saveur » du texte originel.

Prenons un exemple: D’après l’Evangile de Matthieu (10, 34), Jésus aurait averti ses disciples qu’il n’est point venu apporter « La paix mais l’épée ! »
Ce jeu de mots, qui n’existe pas en Grec, n’est pas qu’une heureuse coïncidence: Bien que « glaive » aurait été plus précis, la plupart des traductions françaises lui ont, inconsciemment, préféré « épée ». Et si on demande à un israélien par exemple de retransmettre ce verset en hébreu à partir du français , il traduira par: « lo bati lehavi et ha SHaLoM ki im et ha SHiLeM ». SHaLoM= Paix; SHiLeM= Vengeance

Pourquoi cette entorse au texte? Est-elle due au génie propre de l’hébreu? Ou n’est-ce pas un penchant naturel de tout traducteur de préférer une bonne homonymie plutôt qu’une fidélité bornée à une translation littérale (en hébreu, l’épée se dit « herev »)?
Si de tout temps et dans toutes les langues, les homonymes furent privilégiés par l’étymologie populaire pour créer ses propres jeux de mots, il semble que certains idiomes et certaines époques s’y prêtent mieux que d’autres.
Les langues dites ‘’sémitiques’’ (et l’hébreu en particulier), de part la racine tri-consonantique de presque tous ses mots et la faculté d’interversion de l’ordre des lettres (métathèse), sont une source inépuisable d’homonymies, donc de « bons mots ».
Examinons de près quatre exemples, parmi les innombrables « bons mots » parsemés dans les Evangiles.

1. Pharisiens et excréments


Matthieu (Chap 15) et Marc (chap 7) nous relatent une scène haute en couleurs.
Des pharisiens, très soucieux de leur pureté rituelle (leur nom signifie principalement « séparés du peuple impur »), remarquent que les compagnons de Jésus rompent le pain du repas sans auparavant avoir fait l’ablution des mains. Ils vont voir Jésus et l’accusent d’enseigner à ses disciples le dédain de la tradition des Anciens. Jésus leur répond par un verset d’Isaïe, les accusant à son tour d’hypocrisie en primant le respect méticuleux de leurs traditions au mépris de la Foi.

Et c’est alors que Jésus prononce sa fameuse sentence:
« Ce n’est pas ce qui pénètre dans la bouche qui souille l’homme mais ce qui en sort ».

Les disciples, en apercevant les pharisiens extrêmement choqués des paroles de leur Maître, lui demandent l’explication de la parabole.
Jésus les sermonne: « Etes-vous vous aussi des bornés?! Ne comprenez-vous pas que ce qui pénètre dans la bouche descend dans le ventre et s’en va comme excréments aux lieux d’aisances, tandis que les paroles qui sortent de la bouche proviennent du cœur, et elles, souillent l’homme!. »

Entre parenthèses, il est intéressant de constater que Matthieu et Marc en tirent un enseignement différent.
Matthieu en déduit que Jésus a ainsi rejeté la tradition pharisienne de l’ablution des mains et de la pureté rituelle. Marc lui pense que Jésus a aboli toute la « Kashrout » (La nomenclature des mets permis ou interdits à la consommation, dans le judaïsme).

En relisant toute cette scène, aussi bien en français qu’en grec ou même en araméen, on a du mal à saisir ce qui offusque tant les pharisiens et pourquoi Jésus traite-t-il ses propres disciples de bornés!

On aura aussi énormément de mal à expliquer pourquoi la simple juxtaposition de trois mots: Pharisiens-Excréments-Paroles, risque de provoquer, instantanément, chez les auditeurs de Jésus, le sentiment d’avoir été bafoués d’une part (chez les pharisiens), et … un fou rire général d’autre part (chez ses disciples galiléens).

J’en ai fait l’expérience en retraduisant en hébreu ce paragraphe à des israéliens.

En effet, si en français, les mots ‘’Excréments’’, ‘’Paroles’’, et ‘’Pharisiens’’ ne rélèvent d’aucune homonymie, en hébreu par contre, ils dérivent tous d’une racine commune : P-R-SH, qui au départ indique « ce qui sort », « ce qui se sépare », ce qui se détache »:
- Les ‘’excréments’’ (=P-Re-SH) se détachent de l’orifice anal.
- Les ‘’paroles’’, ou « explications », ou encore « exégèses » (= P-Ru-SH) sortent de l’orifice buccale.
- Et le « pharisien » (= P-Ro-SH = « Celui qui se sépare » du peuple) fait l’amalgame entre « excrément » et « parole », anal et buccal.
Par ce « calembour », Jésus rétorque aux pharisiens que la véritable souillure est leur exégèse méticuleuse et rebarbative de la Torah. Certains trouveront l’humour assez scabreux, d’autres penseront qu’il ne manque pas de « suc ». Mais que l’on apprécie ou non le sens caché de la parabole, le « pot aux roses », si l’on veut, nous est enfin révélé.
Il est à signaler que tout cet épisode serait incompréhensible si Jésus s’était adressé aux pharisiens en araméen, puisque dans cette langue, parole/exégèse (pishra) s’associe bien à pharisien (proushi), mais pas aux excréments (mohraot).

2. Pierre et fils de pierre


Qui ne connaît ce passage de l’Evangile de Matthieu (16, 17-19):
« Heureux es-tu, Simon fils de Jonas… Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ».
De prime abord, le jeu de mots est clair, un peu facile et simplet dira-t-on. Pourtant une étude linguistique un peu plus poussée est à même de nous révéler une toute autre complexité.
Sœur Jeanne d’Arc, qui a rédigé une nouvelle traduction française des Evangiles ( Les Evangiles des quatre . Paris. Edition Desclée de Brouwer. Paris. p104), faisait déjà la remarque suivante :
 » Coloration très sémitique… Képha/Pierre, le jeu de mots n’est possible qu’en araméen (… et en français!): Le nom de Pierre n’existait ni en Grec ni en Latin. Ainsi cette saveur très araméenne est un argument de poids pour l’origine ancienne de cette parole: ce n’est pas à Rome qu’on aurait pu la créer dans ces termes ».

La faille de cette conclusion ( » cette saveur très araméenne est un argument de poids pour l’origine ancienne.. ») est l’ignorance et l’absence de référence à l’Hébreu. Cette « ignorance » (dans les deux sens) est-elle une intention délibérée, autant dire discriminatoire, afin de privilégier l’araméen? Ou bien Sœur Jeanne d’Arc est elle victime du mythe que « l’Hébreu était déjà une langue morte à l’époque de Jésus ».

Les Evangiles eux-mêmes réfutent ce mythe. En effet, si nous retraduisons ce passage de Matthieu en hébreu (en lettres latines), voilà ce que cela donne:
« ashreikha shim’on benyona… atah eben veal eben zo ebneh benyoni. »

Un simple coup d’œil nous montre que les consonnes composant  »Pierre », le surnom de Simon, reviennent en hébreu (= »(e)ben ») pas moins de cinq fois!

Or, les mêmes mots dits en araméen sont loin de présenter une telle allitération:
shim’on baryonah… kaïpha…ibnah binyata.
Simon fils (bar) de Jonas… Tu es Pierre (kaïpha) et sur cette pierre (kaïpha,) je bâtirai (ibnah) mon Eglise (biniata).

Bien peu en effet, comparé à l’hébreu dont le clavier sonore enrichit l’allitération en englobant, de façon extrêmement sophistiqué, à la fois le surnom de Simon, le nom de son père (lui-même homonyme du verbe Bâtir), le verbe bâtir, la matière première sur et avec laquelle on bâtit, et le but final de cette charade!

Jésus a ainsi, par le biais de cette allitération, octroyé la succession à son premier disciple. Il a fait de Simon Pierre l’ultime récipiendaire du Message, son véritable « bâtisseur » des générations futures.
Ne serait-ce que pour rendre la « coloration » et la complexité du texte hébreu originel, et peut-être le rythme de ses allitérations, une autre translittération française du verset est sans doute préférable:  » Bienheureux Simon fils de Yonah… tu es fils du roc et c’est sur ce roc que j’édifierai mon édifice »

3. Pain et Chair, Vin et Sang


Les trois Evangiles synoptiques nous rapportent ce qu’il est d’usage d’appeler « La Cène », en réalité le repas de Pessah (La Pâque), à partir de laquelle s’instaurera la cérémonie chrétienne de l’Eucharistie.
En raison de sa briéveté, citons Marc 14, 23-24:
« Il (Jésus) prend un pain, bénit, partage, leur donne et dit: Prenez, mangez. Ceci est ma chair. Il prend une coupe de vin, rend grâces, et leur donne… Il leur dit: Ceci est mon sang… »
Cet épisode donna lieu à de graves contre-sens. Certains critiques et exégètes juifs rabbiniques (même bien intentionnés) ont voulu voir dans cette Cène, non seulement une grave entorse à la tradition orale et écrite, mais de surcroît un ersatz païen (de nécrophagie?!), aux antipodes de la Pâque juive.

Il est curieux de constater que cette version juive-rabbinique de la Cène, trouvera dans le monde chrétien son pendant à rebours avec l’odieuse calomnie de « crime rituel » et l’usage « traditionnel » de sang chrétien dans la confection des pains azymes chez les juifs.
Que de malentendus entre juifs et chrétiens auraient été résolus, combien de pogroms et de persécutions auraient pu être évités si Jésus avait été lu dans sa langue: L’hébreu.

Voici, par l’hébreu, le sens reconstitué de ces couples de mots:
Pain = LeHeM; Chair = LeHeM
Vin = aDoM; Sang = DaM

Le premier tandem, de racine LHM, est à la fois homonymique et synonymique.

Entre parenthèses, le mot « guerre » est construit en hébreu à partir de la même racine: « miLHaMah », ce qui dit bien ce qu’elle est : Un lieu de « carnage » (du latin carnis=chair), afin de s’approprier le pain (le blé et la terre) d’autrui.
Le second tandem, de racine DM, est une homonymie doublé d’une métonymie (métonymie présente d’ailleurs en français dans « gros rouge » pour un vin de qualité médiocre): La vigne était, selon l’exégèse pharisienne d’un verset de la Torah (Deut 23, 28), le lieu de prédilection pour l’agression et le viol des vierges!

En d’autres termes, en associant ces deux couples « Pain et Chair », « Vin et Sang », Jésus ne fait pas que répéter ce constat de la langue hébraïque aux oreilles de ses disciples. C’est en ce soir du repas de Pâque qu’il leur livre ses réflexions profondes.
Il leur enseigne l’abandon de la coutume du sacrifice de l’agneau pascal, avec toutes les connotations qu’elle renferme de violence et de sang versé. Il leur recommande la commémoration de sa mort prochaine, et par là-même, amende la Torah et la sublime.

Il est à noter qu’une fois de plus l’Araméen est inadéquat à contenir toute la parole symbolique de Jésus. Pain (lahma) et chair (gufa ou bifra) ne se correspondent pas plus que sang (damma) et vin (hamrah). Il n’y a donc ici ni homonymie, ni métonymie, et la pensée de Jésus s’en trouve sensiblement appauvrie.

4. Eli et Elahi


 » Eli, Eli, lama sabachtani ? »( » Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? »)
Ces célèbres derniers mots qu’aurait prononcé Jésus sur la croix, selon Matthieu (27, 46), se trouvent aussi chez Marc (15, 34):  » Eloï, Eloï, lamma sabachtani ? »

De prime abord, ces mots sont en araméen. L’araméen serait donc la langue maternelle de Jésus. On imagine mal en effet quelqu’un, aux ultimes instants de sa vie, pousser un dernier soupir dans une langue qui n’est pas la sienne.

Les choses sont pourtant plus compliquées. En réalité, ces mots de Jésus ne sont pas de son cru. Ils appartiennent, en hébreu, à la Première Alliance (l’Ancien Testament- Psaumes. 22):  » Eli, Eli, lamma ‘azavtani?  »

Ce verset a-t-il été dit par Jésus dans la langue originelle (en hébreu), et alors ce seraient les évangélistes qui pour leurs besoins, et ceux de leurs lecteurs ou auditeurs, l’auraient traduit en araméen? Ou bien est-ce Jésus lui-même qui l’aurait prononcé, en traduction simultanée pourait-on dire, en araméen? Mais pourquoi cette entorse?
Remarquons qu’il y a entre Matthieu et Marc deux changements, presque imperceptibles à l’œil nu (redoublement du m de lamma, mais surtout l’ajout du h, translittéré oï à Eli), car ce Eli de Matthieu et le Eloï de Marc, sont la clé de voûte de toute l’énigme.

Pour savoir ce qu’a réellement prononcé Jésus, et en quelle langue, il suffit de prolonger un peu la lecture du texte. Il est raconté en effet que des témoins de la scène crûrent que Jésus adressait sa supplique au prophète Elie.

Or une telle confusion est impensable si Jésus avait prononcé « Mon Dieu » (« Elahi ») en araméen, puisque l’homonymie entre « Eli » (= »Mon Dieu ») et « Elie », le nom du prophète, n’existe qu’en Hébreu.
Cela montre donc que Jésus parlait ici en hébreu, ou que ce jeu de mots n’a pu être construit que par et pour des hébraïsants, ou encore que le passage en question fut ultérieurement traduit en araméen. Quoiqu’il en soit, une réponse claire se profile à l’horizon: La prépondérance de l’hébreu au détriment de l’araméen.

Dans tous les exemples mentionnés ici, seule une référence à l’hébreu permet de comprendre exactement non seulement les paroles de Jésus, mais encore les réactions qu’elles suscitèrent. Mais ce ne sont pas là les seuls cas. Les Evangiles abondent de paraboles (comme par exemple celle du grain de sénevé (Math. 13, 31-32), du levain (Math. 13, 33) et de l’ivraie (Math. 13, 24-30)) qui ne sont susceptibles de livrer leur contenu qu’en faisant référence à cette langue.

On peut donc en conclure que, même si Jésus connaissait bien l’araméen, il préféra systématiquement transmettre son enseignement en hébreu, quitte à ne pas toujours être compris par tous. Il incombait alors aux disciples d’expliciter (parfois en araméen) au peuple, le sens caché de ses paraboles.

C’est probablement dans un tel contexte qu’il faut comprendre la raison pour laquelle « Les disciples s’approchent et lui disent : pourquoi est ce en paraboles que tu leur parles ? » (Math 13, 10-15 ; Marc 4, 10-12 ; Luc 8, 9-10), et Jésus de répondre:
« Rien de caché qui ne sera découvert, rien d’obscur qui ne sera compris. Ce que je vous dis dans l’ombre, dites-le dans la lumière.

Ce qu’à l’oreille vous percevez, clamez-le au dessus des toits! » (Math. 10, 26).

Voici pour conclure un dernier exemple de quelque chose d’obscur qui devient lumière, une fois exprimé en hébreu.
Il s’agit d’un passage de l’Evangile de Luc (1, 72-73), tiré du Cantique de Zacharie, le Benedictus: « Il a montré sa miséricorde envers nos pères et s’est souvenu de son alliance sainte du serment qu’il avait fait à Abraham notre père. »

Retraduits en hébreu, les trois mots soulignés correspondent aux noms des trois personnages principaux de ce passage: Jean, Zacharie et Elisabeth. Jean, en hébreu Yohanan, signifie : « Le Seigneur a fait miséricorde », et Zacharie (ZakharYah) veut dire : « Yah s’est souvenu ». Enfin, Elisabeth est le nom hébreu Elisheva’ ; la première partie du nom (Eli) signifiant « Mon Dieu », tandis que la seconde vient de la racine shv‘, exprimant la fois le serment et le chiffre 7 (que l’on retrouve par exemple, dans Beer-Sheva, aussi bien “le puits du serment” que « le puits des 7 (brebis) ». Les noms des trois personnages principaux du récit s’y trouvent donc en quelque sorte cryptés.

Un tel choix de sens caché en hébreu n’est probablement pas le fruit d’un ésotérisme gratuit de la part de celui qui se voulait si proche du peuple. En ce sens, Jésus serait alors bien plus proche que l’on ne le pense des tenants d’un retour à l’identité hébraïque « dure » et d’un activisme patriotique, tels que les zélotes ou les sicaires.

Ces hommes choisirent délibérément non seulement de ne parler qu’en hébreu, mais encore de réutiliser les lettres de l’alphabet originel (comme le montrent les pièces de monnaie frappées par les mouvements révolutionnaires hébreux de cette époque).
Cela signifierait-il que, en optant pour l’hébreu, Jésus oeuvrait à sa façon non seulement pour la libération du pays contre le joug de l’envahisseur romain, mais également contre l’aliénation culturelle introduite par les précédents occupants, extérieurs et intérieurs ?
Déterminer la langue dans laquelle Jésus enseigna devient alors indispensable non seulement pour en comprendre la substance, mais également pour saisir la portée de l’engagement qu’un tel choix représentait, à cette époque.

Paul lui-même ne s’y est pas trompé: la voix qu’il entendit sur le chemin de Damas était celle de Jésus. Or cette voix, Paul le mentionne spécifiquement lui parla en hébreu! Citons le passage en entier (Actes, 26, 14):
« Nous sommes tous tombés à terre et j’ai entendu une voix me dire en dialecte hébreu: Shaoul, Shaoul, pourquoi me persécutes-tu?…

Mais je dis: Qui es-tu, Seigneur? Le Seigneur dit: Je suis Yeshoua que toi tu persécutes »…
Jésus appela Paul de son nom hébreu: Shaoul, qui signifie « l’appelé », nom prédestiné semble t-il! On peut y voir une volonté de notifier « une chaleur et une familiarité fraternelle ». Tandis que pour Paul, le fait même de témoigner que Jésus lui parla en hébreu, et dans aucune autre langue, attribuait à la voix une autorité quasi divine.
Toute la complexité de cette relation Jésus-Paul ne peut être appréhendée que dans la langue hébraïque et en aucune manière en araméen! Il est bon aussi de remarquer qu’il est fait mention d’un dialecte hébreu, sans doute le rugueux parler galiléen pour le distinguer du Judéen officiel et « civilisé » de Jérusalem, ce dénote bien de l’état d’esprit révolutionnaire de ce groupuscule dont Jésus était le meneur.

DE L’ARAMEEN SOUS L’HEBREU?


Devant l’évidence de ce témoignage paulinien, certains « exégètes », tels Jacques Lemaire et Christian Piette, aveuglés par leur anti-hébraïsme, persistent à voir de l’araméen même lorsque c’est de l’hébreu. Sur quoi se base leur opinion? Justement sur le fait qu’il y a écrit « dialecte ».

Voici en substance leur point de vue :

 » Deux passages du Nouveau Testament font allusion à l’hébreu: «Paul, parlant en langue hébraïque, dit» (Actes 21 : 40). Et «J’entendis une voix qui me disait en langue hébraïque» (Actes 26:14).
Il ne faut pourtant pas se méprendre sur le sens du mot «hébraïque». Il ne s’agit pas de l’hébreu classique mais de l’araméen. L’apôtre Paul connaissait sûrement l’hébreu, mais dans la vie courante, il parlait grec ou araméen. C’est ce que nous voyons à la fin de 1 Corinthiens (16 :22), où il salue les chrétiens par le mot araméen «maranatha» qui signifie «notre Seigneur vient».
L’apôtre Jean, dans son Evangile, mentionne deux mots «hébreux» : «Béthesda» (Jean 5 :2) et «Gabbatha» (Jean 19 :13). Or ces deux mots ne sont pas du pur hébreu, mais encore une fois de l’araméen :
«BETHESDA. En grec béthesda (de l’aram. bêt hisda. «maison de miséricorde» (Dictionnaire Encyclopédique de la Bible, page 205).
«GABBATHA, LITHOSTROTOS. En grec gabbatha, de l’araméen gabbeta’, «l’élévation» (Dictionnaire Encyclopédique de la Bible, page 510).

Dans le même Evangile de Jean, le dialogue original de Marie de Magdala avec Jésus ressuscité s’est tenu en araméen. D’où le cri de Marie: Rabbouni, un mot araméen qui signifie «Maître» ! (Jean 20 :16). Il est donc clair que lorsque le Nouveau Testament parle de «langue hébraïque» ou d’«hébreu», il faut comprendre «araméen».

En résumé, les données du Nouveau Testament ne confirment pas sa rédaction en hébreu, suivie d’une traduction en grec. La langue usuelle de la « Palestine » (sic!) au 1er siècle était l’araméen et à Jérusalem même, une forte minorité de la population parlait le grec. On voit mal pourquoi, les auteurs du Nouveau Testament auraient rédigé en hébreu pour traduire en grec! Comme nous l’avons vu, il semble que Matthieu ait rassemblé les paroles de Jésus en araméen. Ce florilège lui a servi à rédiger son Evangile en grec.

Cette opinion de Papias né vers 70 est rapportée par Eusèbe de Césarée (260-340), le premier historien ecclésiastique: « Matthieu réunit donc en langue hébraïque les paroles (de Jésus) et chacun les traduisit comme il en était capable». (Eusèbe, Histoire de l’Eglise, III, 39, 15-16).

Notons que Papias, qui écrivait vers 130 ne dit pas que tout le Nouveau Testament a été écrit en hébreu. Il ne dit pas non plus que l’Evangile de Matthieu a été écrit en hébreu. Tout ce que l’on sait d’après lui, c’est que Matthieu a mis par écrit en hébreu les «paroles» de Jésus. Or nous savons que pour les anciens le mot «hébreu» signifie araméen. Matthieu aurait donc rédigé un recueil de paroles du Seigneur dans leur langue originale – l’araméen. On est loin d’une première rédaction de son Evangile en hébreu suivie d’une traduction en grec.

A partir de Papias, plusieurs Pères de l’Eglise ont soutenu la rédaction de l’Evangile de Matthieu en hébreu. Deux d’entre eux sont cités par Eusèbe : Irénée (140-202) et Origène (185-253). Irénée de Lyon: «Matthieu (a écrit) parmi les Hébreux dans leur propre langue et dans leur propre écriture». Eusèbe, (Histoire de l’Eglise, V, 8). Origène d’Alexandrie:« D’abord Matthieu, en lettres hébraïques…»(VI, 25)

Finalement, l’opinion d’Irénée et d’Origène dépend de celle de Papias. Nous n’avons donc pas ici d’arguments supplémentaires.

L’hypothèse d’un Evangile de Matthieu rédigé en hébreu reste fragile.
Jérôme (†419), l’auteur de la Vulgate, traduction de la Bible en latin, va dans le même sens: Primus omnium Mattheus… qui evangelium in Judaea hebraeo sermone edidit (Jérôme, Comm. In Mat, Prooem, § 5).
Mais nous sommes ici très loin des origines et il semble de nouveau que la source de Jérôme soit la même. On est donc toujours ramené à des suppositions difficiles à prouver.

En résumé, les données fournies par les Pères de l’Eglise, ne permettent pas d’affirmer que tout le Nouveau Testament a été écrit « en hébreu par les premiers disciples juifs de Yéshoua ». Tout au plus, et ne c’est pas certain, peut-on penser que Matthieu a mis par écrit en araméen les paroles de Jésus. Quoi qu’il en soit ce document est perdu. C’est donc une pure hypothèse qui ne repose que sur le témoignage douteux de Papias… En résumé, il est impossible de prouver qu’un seul livre du Nouveau Testament ait été rédigé en hébreu avant d’être traduit en grec.

Nous maintenons donc que le Nouveau Testament a été rédigé en grec et que c’est dans cette langue originale, il est la Parole inspirée de Dieu. Les traductions en d’autres langues sont utiles et nécessaires, y compris en hébreu. Mais elles ne sauraient «régler, fonder et établir» notre foi. («Confessio Belgica» de 1561). Seuls l’Ancien Testament en hébreu et en araméen et le Nouveau Testament en grec font foi. »

Signé: Jacques Lemaire. Christian Piette.

DE L’HEBREU SOUS L’ARAMEEN?


En lisant la prose des sieurs Jacques Lemaire et Christian Piette, on ne peut qu’être sidérés devant tant de mauvaise foi (dans tous les sens du terme) et de malhonnêteté intellectuelle! Voici des chrétiens qui non seulement falsifient le témoignage des pères de l’Eglise, mais les prend pour des ignares qui ne savent distinguer l’hébreu de l’araméen. Pour eux, même Jean l’évangéliste et Paul, l’ancien rabbin polyglotte versé aussi bien dans la Bible que dans l’enseignement oral des pharisiens, étaient des analphabètes qui mélangent hébreu et araméen! Mais pour être cousines, ces 2 langues sont aussi loin que le français et l’italien; un parlant hébreu « n’entend » pas l’araméen et vis- versa. La preuve est que les élèves israéliens laïques aujourd’hui, ne comprennent rien au Talmud enseigné dans les séminaires religieux, en araméen.

Toutefois, avant de répondre à leurs exemples pris sur l’Evangile de Jean, contentons nous de deux remarques:
1. Le nom Palestine n’apparaît pas une seule fois dans toute la Nouvelle Alliance (Nouveau Testament)! Les noms usités sont Pays d’Israël; Judée; Samarie etc…
L’empereur Hadrien, mu par une véritable pulsion vengeresse visant à effacer jusqu’à l’identité du peuple qui y vivait, et soucieux de rayer de la carte ceux qui osèrent se rebeller contre le tout-puissant empire romain, refusa au peuple hébreu un droit d’existence non seulement politique, mais encore une dimension ethno- culturelle. Ainsi, il rebaptisa la Judée  » Palaestina », et Jérusalem « Aelia Capitolina » (du nom de sa famille).

Il est remarquable néanmoins qu’à l’époque, ce nom de « Palestine », symbole de l’ultime humiliation et la barbarie de l’empire Romain., ne fut jamais utilisé par les indigènes de cette contrée. Pour le mouvement de Jésus et ses disciples (trop longtemps taxé de « pacifique » et « apolitique », alors qu’en réalité il fallait y voir une résurgence hébraïque « subversive » aux yeux de l’occupant romain comme à ceux de l’establishment du judaïsme officiel!), l’usage du terme « Palestine » représentait une injure au peuple hébreu dans son intégralité. Ce qui n’empêche pas aujourd’hui certains pseudo- chrétiens, alliés aux propagandistes islamo- palestinistes, de parler de « Jésus le palestinien » (sic!), sans jamais se poser la question pourquoi les Evangiles s’interdisaient l’usage du terme « Palestine », considéré comme un affront et symbolisant l’oppression romaine, alors que « Terre d’Israël » était fièrement arboré!. Pourquoi donc Messieurs Lemaire et Piette ne respectent-ils pas, à tout le moins, la terminologie des Evangiles? Est-ce pour des raisons « anti-sionistes » inconscientes?

2. L’Evangile de Jean est, avec celui de Luc, celui qui nous révèle le contenu de l’inscription gravé sur l’écriteau, le titulus, placé au dessus de la tête de Jésus. Il nous dit qu’elle était en 3 langues: hébreu, grec, latin. Son ordre est différent de celui de Luc (grec, latin, hébreu). Pour quelle raison, Jean aurait-il donné la primauté à l’hébreu si comme le prétendent Lemaire et Piette, il s’agissait en réalité de l’araméen? Comment imaginer que le scribe polyglotte de Pilate ait pu privilégier l’araméen, langue vulgaire parlée, au détriment de l’hébreu, la langue scripturaire par excellence?

Et si nous traduisions la célèbre inscription latine (INRI: Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum ) en araméen, que nous aurait-elle donné?
« Yeshoua’ Nazara Malka Di Yehoudaia » – initiales comportant 5 lettres (YNMDY), qui ne veulent rien dire en araméen. Alors que l’inscription en hébreu: »Yeshoua’ Hanazir Wemelekh Hayehoudim », rend les initiales du Tétragramme: YHWH!
Voici comment, par haine anti-hébraïque, certains préfèrent déprécier et diminuer la portée de l’Evangile de Jean.

A présent parlons du gabbatha et du bethesda. Il est évident que ce sont des formes araméennes. Jean n’était pas un ignare, il le savait pertinemment. Alors pourquoi dit-il que c’est de l’hébreu? Pourquoi désire-t-il tant donner la prépondérance à l’hébreu? La réponse est simple: C’est parce que Jean s’adressait principalement à de nouveaux convertis chrétiens, des gentils d’origine grecque, romaine ou autre, et non à des hébreux messianiques de souche. Il lui importait qu’ils savent ce qu’ils doivent à la culture hébraïque et au peuple hébreu. Et qu’ils n’oublient pas, pour reprendre la parabole de Paul (Rom, 11, 16-18 – traduction française à partir du « The interlinear Bible » de Jay P Green. 1976), qui est l’olivier d’Israël et qui est la greffe sauvage:

Or, si les prémices sont consacrées, la pâte l’est aussi ; et si la racine est consacrée, les branches le sont aussi. Mais si quelques-unes des branches ont été retranchées, si toi, l’ olivier sauvage, tu as été greffé parmi eux , et rendu participant avec eux de la racine nourricière de l’olivier, ne te glorifie pas aux dépens de ces branches. Si tu fais le fier, sache que ce n’est pas toi qui portes la racine, mais que c’est la racine qui te porte.

CONCLUSION


Par le biais de « Jésus le palestinien parlant l’araméen » (« parlant l’arabe », n’est qu’une question de temps!), la récupération politique du personnage de Jésus par la propagande islamo- palestiniste est un subtil subterfuge visant à déposséder le peuple hébreu de son patrimoine culturel et historique.
Car, ne l’oublions pas, Jésus (qu’il soit historique ou légendaire) ne fut pas le seul condamné à la crucifixion. Des milliers d’autres « rebelles » hébreux le furent de même, pour appel à la révolte contre l’occupant romain!

Ces mouvements révolutionnaires de l’époque ont redonné ferveur et impulsion à d’autres mouvements (et ce jusqu’au 20ème siècle sous le nom de Sionisme), dans la « résurrection » de la langue et du peuple hébreu, sa volonté de se libérer de ses oppresseurs et occupants, et son aspiration nationale de retour au pays de ses ancêtres et à la terre où un certain Yeshoua’ Ben Yossef, surnommé Yeshoua’ bar Abba (Jésus Barabbas = Jésus fils du Père) naquit, vécut et mourut pour ses idées.

N’en déplaise aux propagandistes islamo-palestinistes de tous poils et leurs acolytes, Jésus était un Hébreu qui parlait l’hébreu.

David Belhassen 3/6/2007

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