Girls in America

Il commence comme un reportage sur la vie de trois jeunes femmes dans la banlieue de New York. Il sonne tellement juste qu’on peine à croire qu’il s’agit d’une fiction, et en même temps, l’histoire qui se déroule sous nos yeux est merveilleusement bien construite.
L’univers dans lequel vivent ces jeune femmes est très glauque : le chemin du lycée est fréquenté par des « petits caïds » qui dealent, la rue est laide et sale, les familles sont disloquées, des parents se droguent, etc. Et pourtant rien de misérabiliste dans ce film, mais la photographie brute d’une banlieue qui va mal et la difficulté qu’il y a à échapper à l’engrenage de la déchéance.
La sérieuse petite lycéenne, Suzette, est fascinée par un jeune « caïd » dont elle veut faire « son homme ». Les efforts de la mère – célibataire – semblent vains pour empêcher l’attrait qu’exerce ce monde de trafiquants « au look dernier cri » sur sa fille.

L’adolescente, Oz, qui s’occupe avec amour de son frère attardé n’a personne pour l’épauler, entre une maman droguée et une grand-mère emmurée qui ne s’exprime qu’à travers ses prières. Le gagne-pain de cette jeune fille, c’est donc logiquement de vendre de la drogue ; sa manière de survivre, de se comporter en mec.
La jeune maman, Marisol, est systématiquement tentée par la drogue qui circule sous ses yeux et n’arrive pas à lui résister, quitte à vendre le repas de sa fille pour se fournir.
Mais le tableau ne s’arrête pas là. Il montre aussi l’énergie déployée par les institutions pour lutter contre cet engrenage, les interventions musclées et sincères d’un « rescapé » qui veut empêcher ces filles « qui ont tout pour elles » de retomber dans la dépendance à leur sortie de prison (dépendance à la drogue, dépendance aux hommes qui les exploitent), une prison pour mineure qui, vue de France, semble d’une propreté et d’une convivialité rares.

Mais on sent que la solution ne viendra pas de là. Il y a quelque chose d’inéluctable dans ces destins tragiques, sauf à avoir le sursaut, la volonté personnelle, qui casse la chaîne. Chaque cas dramatique s’explique, mais, précisément, en rester à l’explication devient générateur d’autres drames, notamment pour les générations futures. Voilà pourquoi Oz va violemment secouer sa mère, refuser de continuer à l’excuser et décider de prendre en mains sa propre vie.

Le film est très dur, mais il ne tombe jamais dans la violence gratuite ni dans le pathos.

Il parle d’êtres humains, qu’ils soient noirs, blancs ou issus de mélanges.
Certains dealers ont beau être très attrayants et doués d’un goût vestimentaire sûr, l’attirance cesse devant la monstruosité de certains faits – tuer un enfant, prostituer une maman, voler le repas d’un enfant – et leur attitude irresponsable devient insupportable.
Le film n’est pas moralisateur mais factuel. Son impact est d’autant plus fort. Il est à recommander à tous les lycéens.

16/3/2006

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