Climat de violence au sein de l’Education Nationale

En cette année de commémoration des lois laïques de séparation des Eglises et de l’Etat, force est de constater que malgré le coup d’arrêt contre l’intrusion religieuse politique et sexiste, obtenu grâce au vote de la loi sur le port des insignes religieux à l’école en mars 2004, les problèmes ne sont pas tous réglés sur le fond.

Pourquoi?

Parce que la laïcité est avant tout un combat politique et qu’en ce domaine, la confusion règne.

La doxa


Les Grecs appelaient ainsi les opinions non fondées partielles et partiales. L’ouvrage d’Emmanuel Brenner « Les Territoires perdus de la République » reprend ce terme pour désigner une vulgate bien pensante qui nous enkyste dans des illusions dangereuses. Fondée sur le refus d’identifier l’ennemi qui menace ouvertement, ou sur une hypocrite tolérance sélective à l’égard de moeurs que l’on condamne par ailleurs, ou sur la croyance que tout se vaut, ou sur l’abandon des principes qui fondent la nation…

La doxa révèle une absence de pensée comme le montrent les interprétations médiatiques et politiques de faits récents que l’on se refuse à désigner pour ce qu’ils sont.

Notre association recueille quotidiennement des témoignages de professeurs inquiets devant les développement des conséquences de cette doxa. L’intrusion de la propagande politique au collège Decour est un signe manifeste d’une telle irresponsabilité pétrie d’une bonne conscience à laquelle il serait temps de renoncer.

1. Nombreux ont été ceux qui furent émus par le meurtre d’Ilan Halimi dont le caractère antisémite a été légitimement affirmé dès le départ; le lien mythique entre les Juifs et l’argent est une constante de l’antisémitisme classique. Pourtant certains ont encore voulu louvoyer malgré le fait que d’autres victimes de ce groupe criminel étaient également de confession juive; que cette action soit l’oeuvre de la nouvelle pègre multiculturelle n’enlève rien au caractère antisémite de cette barbarie auto proclamée.

Certains osent dire que nommer cette réalité honteuse serait un moyen d’attiser la barbarie ou pire de la créer de toutes pièces; nous nous élevons avec force contre des analyses aussi pernicieuses qui consistent à rendre coupables les victimes.

Certes, depuis la guerre, l’antisémitisme se confond pour certains avec sa forme extrême réalisée par le nazisme et les camps d’extermination mais rien ne dit que dans ce meurtre on ne puisse pas voir les prémisses de situations à venir.

2. Nous sommes également très inquiets de voir à quel point l’indulgence accordée trop longtemps à l’humoriste Dieudonné a probablement encouragé un racisme anti blanc qui débouche sur des actes délictueux. Il eût été plus judicieux de mettre un terme à ses tentatives de déstabilisation de la société française laquelle s’efforce envers et contre tout de maintenir une égalité de droits; à ce sujet nous disons que nous sommes opposés à toute forme de discrimination quel que soit son signe.

3. Un élément significatif de cette déstabilisation s’observe, à l’école et dans la socité, avec l’instrumentalisation de faits historiques comme la Shoah. L’anniversaire de la libération des camps a donné lieu à de nombreuses commémorations et nous nous réjouissons de voir ainsi l’école prendre en compte cet événement historique dans sa spécificité;

Que cela conduise des populations maltraitées par l’histoire à revendiquer le droit de voir leurs malheurs historiques reconnus ne doit pas conduire à niveler toute réalité au point de faire de la concurrence des victimes un argument pour attiser la haine antisémite.

Plus précisément nous sommes très choqués de voir qu’un quasi chantage peut s’exercer sur ceux qui veulent qu’on commémore dignement la Shoah et ceux qui veulent opposer à ces commémorations la nécessité de rappeler d’autres événements historiques comme la colonisation ou l’esclavage. Comme l’a dit un responsable d’établissement: proposant un troc: « si vous commémorez la Shoah, alors laissez nous parler du malheur des Palestiniens ».

Pourtant, comme le disait le philosophe Raymond Aron, les souffrances s’ajoutent elles ne s’annulent pas. Le thème de l’opposition des communautarismes n’est qu’un slogan destiné à masquer les vrais responsables des délits que l’on craint de désigner .

4. L’importation du Conflit du Proche-Orient dans les écoles nous préoccupe tout particulièrment cat il génère à plus ou moins long terme des comportements antisémites ou même suicidaires; rien n’a été fait pour condamner avec la plus grande fermeté l’utilisation des enfants bombes que certains osent présenter, même à leurs propres enfants, comme des actes de résistance. Les résultats des élections palestiniennes qui ont vu la victoire du Hamas, une organisation intégriste et ouvertement terroriste ont été minimisés .

On peut s’attendre également à ce que très rapidement la situation des femmes se dégrade. Notre lutte contre le sexisme axe fondamental de notre démarche ne peut s’abstraire de cette réalité d’autant que la situation dans les territoires palestiniens est depuis longtemps un sujet qui intéresse nos concitoyens et que beaucoup s’émeuvent de ce qui se passe dans cette région du monde.

De cette région du Proche Orient sont venus aussi des cris de haine et pas seulement de masses fanatisées mais d’un président en exercice qui affirme vouloir rayer Israël de la carte dès que sa puissance nucléaire le lui permettra. Là encore il ne s’agit pas de se fermer les yeux et nous partageons l’inquiétude de tous ceux qui oeuvrent pour stopper ces projets sinistres et cyniques.

5. Nous avons été également atterrés de voir que la publication des caricatures danoises qui a servi après coup à monter une opération de propagande islamiste n’ait pas été comprise comme un fait sans aucune commune mesure avec les réactions de fanatisme meurtrier qui ont suivi; à ce sujet nous déplorons que des associations prétendument antiracistes aient cru bon de proposer une loi contre le blasphème.

On a assisté alors à des confusions notoires même dans les écrits de prétendus intellectuels qui affirment que dessiner Mahomet avec une bombe sur le bonnet est aussi grave que caricaturer la Shoah alors que dans un cas on se moque de dogmes religieux ou mieux encore on dénonce à juste titre l’instrumentalisation de l’Islam par l’islamisme ,et dans l’autre on met en question des vérités de fait; le négationnisme a trouvé là une nouvelle vigueur.

A ce sujet nous voulons affirmer notre solidarité avec l’initiative du journal Charlie Hebdo qui a pris le risque de rappeler les principes qui permettent à une société le libre débat démocratique. Comme l’a dit son rédacteur en chef il semble qu’un « deal » ait été implicitement proposé : laissez nous à l’abri de la terreur et nous laisserons les tendances intégristes s’imposer dans les institutions et la société française, malgré le rejet quasi général dont elles sont l’objet.

Nous espérons qu’une prise de conscience se fera jour pour tenter , avant que les passions s’enflamment, de restaurer un langage de vérité et mettant un terme à un confusionnisme dont le pays ne se remettra peut être pas.

6. Nous avons pu également constater depuis de nombreuse années que le refus de considérer les actes de délinquance sans aussitôt les excuser au nom de l’égalité sociale défaillante a pour effet désatreux de ne pas voir dans les incendies d’écoles de centres sociaux et de véhicules privés autre chose que des formes de révolte; un délit reste un délit quelles que soient les circonstances éventuellement atténuantes de leurs auteurs déstructurés.

Le philosophe A.Finkielkraut a voulu, au nom de la morale et du respect des faits, se démarquer de ces interprétations sociologiques et les médias les plus ouverts se sont acharnés contre lui. Cet épisode est bien révélateur d’une peur largement partagée d’appeler les choses par leur nom ; on préfère, chaque fois substituer au bon sens des interprétations auto protectrices.

La réalité


Au sein de l’école, pour ce qui nous concerne, nous tentons de faire prévaloir les comportements civilisés et nous opposerons à toutes ces dérives qui font qu’aujourd’hui on peut impunément organiser des opérations de pure propagande politique génératrices de haine :

- Au collège Decour les responsables n’osent même plus y mettre un terme.

- Au Lycée Montaigne ou ailleurs (car toutes les affaires ne sont pas médiatisées) c’est la jeune victime de l’antisémitisme qui a été priée d’aller voir ailleurs car on n’a pas voulu faire taire ses agresseurs.

- A Jussieu la propagande politique encore a entraîné des violences contre ceux qui osaient proposer des opinions différentes.

La peur est mauvaise conseillère; faire profil bas devant les agressions d’où qu’elle viennent , s’imaginer qu’on restera à l’abri en minimisant les actes de racisme antisémitisme et sexisme est le plus sûr chemin pour aller vers une dégradation encore plus grande.

Les médias, les politiques, les artistes, la justice et les professeurs doivent s’interroger sur cette situation et réagir tant qu’il en est encore temps.

PEREC
Association issue de l’ouvrage collectif dirigé par E. Brenner“ les Territoires perdus de la République”
9 Bd du Temple – 75003 Paris

19/3/2006

Discuss this articleDiscuss this article

Imprimer ce texte Imprimer ce texte

1 009 vues

Tous les articles de

Share/Save/Bookmark

Trackback

Posted in: Non classé

 

Comments are closed. Please check back later.