Sharon, ce symbole d’Israël, vu par Freddy Eytan. Qui évoque aussi l’avenir immédiat.

Car c’est l’effet que « l’enfant terrible de Tsahal, dans le bon sens du terne, qui ressemble à Ben Gourion dans sa détermination, sa persévérance, ses actes, qui a une force de carisme et de caractère, » a sur bien de ceux qu’il a côtoyés. Ce qui a été le cas de Freddy Eytan qui l’a rencontré en 1965, alors qu’il était officer à l’Etat-Major de l’armée. Puis il se sont vus et revus. Avec ce moment important en 1999 : Ariel Sharon était alors ministre des Affaires étrangères du gouvernement Netanyahou et Freddy Eytan a ouvert la première ambassade d’Israël en Mauritanie, ce pays musulman.

Entre autres anecdotes, le diplomate raconte la visite effectuée par le Premier ministre mauritanien dans le célèbre ranch des Sycomores d’Ariel Sharon près de Sderot, aux portes du Néguev. Une visite chaleureuse au ministre de l’époque, à sa femme, ses enfants et petits-enfants de ce Bédouin venu d’Afrique. « Et les Bédouins, les Arabes respectent Sharon pour qui une parole est une parole, » explique Freddy Eytan, qui, avec sa double casquette d’Ambassadeur et de traducteur, savourait ce moment exceptionnel.

Et si « Sharon est un personnage controversé, il est admiré, vénéré, même. » En excellent journaliste qu’il est aussi, Freddy Eytan, raconte tout de lui, controverses y compris.

Oui, lorsque Ariel Sharon commandait l’unite 101 et menait des représailles en Cisjordanie dans la foulée d’attaques sanglantes perpétrées en Israël, « il y a eu des bavures, mais c’était dans le cadre d’une guerre. » Et, non, bien sûr, on ne peut faire endosser à Ariel Sharon l’affaire de Sabra et Chatila. « Il a d’ailleurs été marqué par la campagne contre lui, avec ces caricatures…ce qui n’était absolument pas justifié. » Freddy Eytan le prouve, comme il prouve tout ce qu’il écrit, dans une centaine de pages de documents joints au récit.

Oui, « il y a eu malversations dans le financement de sa campagne électorale dont était chargé son fils Omri. Mais ce n’ont été que des reversements de dons au Likud qui n’étaient pas autorisés par la loi alors qu’une campagne coûte bien plus que le budget alloué par l’Etat dans ce cadre. Et Sharon n’était pas au courant, son fils ne lui en a pas parlé. Celui-ci a d’ailleurs été condamné et l’affaire est en appel. » Autres problèmes avec « son autre fils, Gilad pour des paiements reçus dans une affaire d’immobilier dans une île grecque : un projet qui n’a finalement pas vu le jour et cela a été porté devant les tribunaux. »

Mais tout cela ne peut ternir l’image de celui « qui a écrit parfois l’Histoire au pas de course et est entré dans la courte histoire de 58 ans d’Israël. Et son histoire a des pages glorieuses et des pages tristes… » Sharon dont le parcours militaire a été parfois contré, en dépit de ses coups de génie, comme « la percée sur le Canal de Suez pendant la guerre de Kippour et alors qu’Israël regardait la mort en face, à cause de son fichu caractère, de son engagement politique alors que la pensée unique était alors de mise. »
Dans ce « portrait à mille facettes, » Freddy Eytan, qui est universitaire également, spécialiste en presse et sciences de l’information, s’attache à dire non seulement ce qu’a accompli « ce grand acteur de l’histoire contemporaine au proche-Orient, » mais aussi qui il est.

Et l’on voit alors que les racines de cet homme sont bien implantées, à la fois dans sa famille, et la terre d’Israël où il est né le 26 février 1928, près de Tel Aviv. Dans un moshav de la plaine côtière. « Moshav et non pas kibbutz. Or un moshav, ce n’est pas le collectivisme, mais l’indépendance. Indépendance de la terre, indépendance d’esprit. » D’où un attachement viscéral de « ce paysan, ce Texan, » à cette terre. Quant à sa famille, qui avait fui les pogroms de Russie, elle lui a apporté son pragmatisme, sa détermination et aussi son amour de la musique. Car Sharon, dont le père jouait du violon, instrument qu’il n’a pu maîtriser, est mélomane.
Sur le plan personnel, sa vie a été marquée par maint drame. Comme la mort de sa première épouse et « quelque temps plus tard celle de leur fils, alors âgé de 11 ans et qu’un camarade a tué avec le propre fusil de Sharon… » Ou l’incendie qui a ravagé son ranch alors que sa deuxième femme luttait contre le cancer qui devait l’emporter.

Peu à peu le personnage se dessine. On comprend son amour de la vie, son appétit « de gourmand et de gourmet, » le fait qu’il puisse « ignorer les médiocres, » ou mener à bien des mesures qui s’inscrivent dans « les concessions douloureuses » qu’il estimait nécessaires. Pour « que nos enfants aient une vie meilleure, » explique Freddy Eytan.
Et autour du personnage de Sharon on croise « tous ceux qui ont marqué cette époque. »
Aujourd’hui, à la veille des élections israéliennes, « Ariel Sharon est dans un coma dépassé et Israël est un peu orphelin. »
Freddy Eytan pense que « le prochain Premier ministre sera Ehoud Olmert, mais rien n’est certain, comme toujours en Israël. » Et, à l’issue des élections, il pourrait y avoir deux blocs droite gauche enfermés dans « un match nul. » Un résultat dû au « malheur du scrutin proportionnel… »

Mais s’il revient à Ehoud Olmert de former le gouvernement, même si celui-ci « n’est pas Sharon, il est entouré d’hommes et de femmes de grande qualité qui appartiennent au centre droit et au centre gauche, avec Shimon Péres, Shaul Mofaz, Gideon Ezra, des anciens du Shin Beth. Ils connaissent bien le terrain. Ce sont des professionnels. Sharon seul était assez fort pour soulever et tenir ce fardeau qu’est la gestion de l’Etat d’Israël, la gestion la plus difficile de toute la planète. Ehoud Olmert le fera avec une équipe. » Et ce sera alors, « un retour au ‘Sharonisme,’ c’est-à-dire à la Feuille de Route, mais son premier postulat, à savoir l’éradication du terrorisme, sera plus délicat avec un gouvernement du Hamas… »
Selon Freddy Eytan, « Ehoud Olmert fera alors tout pendant 4 ou 5 mois pour négocier avec Abou Mazen. Et si cela n’aboutit pas, il y aura des décisions unilatérales, avec des mesures de sécurité, des frontières de sécurité défendables. Les trois grandes formations ont d’ailleurs la même conception. »


Hélène Keller-Lind 24/3/2006

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