Elections israéliennes : des résultats inattendus et nouvelle donne israélienne

La quasi-totalité des observateurs avaient donné Kadima, ce parti centriste fondé par Ariel Sharon il y a un an et demi, grand gagnant d’élections d’une importance cruciale en Israël. Mais, comme le disait il y a quelques jours à Resiliencetv Freddy Eytan, journaliste, écrivain et diplomate israélien, en matière de politique israélienne on ne sait jamais ce qui peut sortir des urnes.

Certes, en ces lendemains d’élections, et alors que la quasi-totalité des votes ont été comptés, Kadima vient en tête avec 28 ou 29 sièges sur les 120 de la Knesset, mais on en attendait 32. En soi un haut fait pour un si jeune parti dont le fondateur, terrassé par une crise cardiaque, a quitté la scène politique, mais avec un bémol, toutefois, car ce parti avait fait un score de 38 sièges lorsqu’il était conduit par Ariel Sharon.

Le parti Travailliste, qui s’était concentré sur les problèmes socio-économiques du pays où une partie de la population vit dans une grande pauvreté, a fait mieux que ce qui était prédit, avec 20 sièges. Deux partis engrangent plus de votes que ce que l’on attendait avec 13 sièges pour le Shas, parti séfarade ultra religieux, qui se joint traditionnellement à la coalition au pouvoir, et Yisrael Beiteinou, parti nationaliste russe qui n’envisage d’éventuel retrait israélien que sur le long terme, 12. Et se voit prendre une importance plus grande à l’avenir.

Le Likud, qui avait 38 sièges en 2003, s’effondre et ne pèse plus que 11 sièges. Son dirigeant, Benyamin Netanyaou en rend Ariel Sharon responsable. Toutefois, celui qui, surnommé « Bibi », avait été un Premier ministre populaire avait vu sa popularité chuter lorsqu’il avait été ministre des Finances.

Vient ensuite le parti National Religieux, avec 9 sièges. Autre surprise : le parti des Retraités, en grande partie des Travaillistes qui ont quitté leur parti traditionnel car ne se reconnaissant pas en Amir Peretz, son nouveau dirigeant, ancien responsable syndicaliste, obtient 7 sièges. Le parti religieux du Judaïsme uni de la Torah emporte 6 sièges, Meretz 4 et les partis arabes 10.
Cet éparpillement des sièges est dû au système électoral israélien de proportionnelle intégrale que tous récusent mais que les petits partis qui en bénéficient n’ont pas voulu changer jusqu’ici. Ce qui aboutit à des marchandages délicats et parfois des blocages. Il semble cependant, à l’issue de ce vote, qu’il y aura un bloc de centre gauche d’environ 62 sièges, composé principalement de Kadima et du Parti Travailliste, qui regrouperait les partis en faveur d’un retrait de Cisjordanie dont les détails restent à définir et une opposition de 51 sièges, qui est opposé à un désengagement en l’état actuel des choses.

Un des éléments qui a beaucoup surpris dans ces élections est le chiffre record de l’abstention. En effet, seuls 63 % des électeurs ont pris le chemin de urnes, confirmant ainsi une tendance à la désaffection électorale déjà remarquée auparavant. Or, dans le contexte actuel, ces élections revêtaient une importance particulière car la nature du gouvernement mis en place va déterminer l’avenir de l’Etat hébreu confronté à des questions majeures.

Il y a, en effet, la question cruciale des relations avec le nouveau gouvernement palestinien qui peut prononcer des mots d’apaisement « pour la galerie », comme vient d’en tenir à Gaza le Premier ministre Hamas palestinien, Ismayel Hanyieh, mots auxquels personne ne croit plus et qui sont démentis par la teneur d’autres déclarations de son parti, publiées notamment sur le site du Hamas, qui en appellent toujours à la destruction pure et simple d’Israël et au meurtre des Juifs – à voir en anglais sur www.pmw.org.il -. Rhétorique qui peut se traduire par un attentat ou des attentats terroristes, à en croire le volume d’alertes enregistrées par les services israéliens. Il y a, en effet, actuellement 53 projets d’attentats connus….Or, même si les services de sécurité israéliens sont sur les dents, d’une part, certains passages entre Territoires palestiniens et Israël restent ouverts, pour des raisons humanitaires, et, d’autre part, même si la circulation des terroristes a été considérablement entravée par la partie érigée de la barrière de sécurité, celle-ci n’est pas entièrement terminée à l’heure actuelle. Et il ne faut pas oublier les tirs permanents de roquettes Kassam tirées depuis la Bande de Gaza sur Israël qui n’ont fait jusqu’ici, fort heureusement, que très peu de victimes. Mais il suffirait de tirs mieux ajustés.

Et il y a, bien sûr, la menace iranienne, très clairement exprimée par le Président d’un régime qui, non seulement, dit vouloir éradiquer Israël, mais met tout en oeuvre pour se doter de l’arme nucléaire. Avec un dossier iranien qui, certes a été transmis au Conseil de Sécurité, mais où Chine et Russie peuvent bloquer toutes sanctions efficaces.
Peut-être les Israéliens ont-ils estimé que les jeux étaient faits, que Kadima sortirait gagnant des urnes et qu’il n’était donc pas essentiel d’aller voter. Ou y a-t-il une certaine lassitude devant l’accumulation des problèmes. Par ailleurs, Ehoud Olmert, qui agissait jusqu’ici en qualité de remplaçant d’Ariel Sharon, toujours Premier ministre, n’avait pas mené de campagne électorale.

Et il y a aujourd’hui une nouvelle donne en Israël, avec, à l’exception notable de Shimon Pérès, le leader travailliste qui a rejoint Kadima, l’absence quasi totale de dirigeants historiques israéliens. Ou encore bien moins de militaires au pouvoir, hormis quelques exceptions, comme Shaul Mofaz ou Benyamin Ben Eliezer.
Quoi qu’il en soit le prochain gouvernement israélien devrait être formé pour la mi-avril et il devrait disposer de suffisamment de voix pour mettre en place un désengagement qui sera unilatéral si Mahmoud Abbas, tributaire d’un gouvernement Hamas, parti qui se refuse à toute négociation avec une « l’Entité sioniste » qu’il faut détruire, en ce qui le concerne, ne peut répondre à l’appel qui lui a été lancé par Ehoud Olmert dans sa première intervention à la sortie des urnes.
Et reste à savoir, aussi, comment réagiront les habitants des localités juives de Judée Samarie qui seraient contraints d’évacuer leurs maisons. Ehoud Olmert a d’ailleurs qualifié dès aujourd’hui une telle éventualité de retrait « de parties de notre terre bien aimée d’Israël » de « pénible, » mettant l’accent, toutefois, sur la nécessité d’avoir « une majorité juive dans un Etat juif » et de vivre « dans la paix et la tranquillité. »


Hélène Keller-Lind 30/3/2006

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