Débat fondateur du Club « Réforme et Modernité »

Pour donner une vision résolument positive, en dépit de quelques bémols, de la globalisation, phénomène trop souvent décrié, voire diabolisé, et confisqué par les alter-mondialistes. Et il y a avait, ce soir-là, un souffle d’optimisme à l’Assemblée Nationale.

C
‘est dans le droit fil de sa raison d’être que cette nouvelle association avait « réuni des membres de la société civile, acteurs de la vie culturelle, scientifique et sociale, des décideurs économiques et des responsables politiques » pour réfléchir et, partant, « oeuvrer ensemble aux réformes indispensables pour que la France, en Europe, s’attelle avec espoir et succès aux défis posés par le monde moderne. »
Objet posé d’emblée par Hervé Mariton, député de la Drôme, maire de Crest, Vice-Président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale et fondateur de ce Club. « Une démarche très utile pour sortir des sentiers battus, » pour reprendre les termes de Marie-Anne Montchamp, ancien ministre, député du Val de Marne, l’une des deux vice-présidents de l’association avec François Goulard, ministre de l’Enseignement et de la Recherche. Le Secrétaire général de « Réforme et Modernité » est un neurobiologiste, Harbert Axelrad et son Trésorier un chef d’entreprise, M.Msika.
En cette soirée du 29 mars, pendant trois heures, des spécialistes en la matière ont évoqué leur vision de la mondialisation et en ont débattu avec une assistance particulièrement attentive. Mais, en dépit de l’importance du thème choisi, l’humour était aussi au rendez-vous.

« La globalisation est vieille comme le monde. » Constat de Jean-Marie Metzger, Directeur des Echanges de l’OCDE qui regroupe 29 pays et fait oeuvre utile « à travers ses analyses ». Même si, de toute évidence, « avec l’essor fantastique des moyens de transport » il y a eu accélération du phénomène. Et « depuis 45 on a essayé de mettre en place une gouvernance économique » rendue nécessaire.

Chiffres à l ‘appui, Jean-Marie Metzger démontrait que « croissance et ouverture sont indiscutablement liés. » Or, « associé à la notion de libéralisme il y a un malentendu de base et dans l’opinion publique on pense que la déréglementation c’est la loi de la jungle. » Pourtant les mécanismes de règlement des différents existent, avec l’OMC, composée de 150 pays, et Jean-Marie Metzger estime que « dans le multilatéralisme, » il y a renforcement et qu’avec « de la volonté l’Union Européenne peut être un vrai succès. » Il faut donc « être un acteur de la globalisation. »
Et, pour ce faire, il faut « faire évoluer le système d’une manière offensive, » en « ouvrant de nouveaux secteurs, « comme les services, en « faisant évoluer les investissements, » en « encadrant sans rigidifier, » en instaurant « une cohérence entre les différents domaines de gouvernance » et « des liens institutionnels entre les différents systèmes. »
Par ailleurs, il s’agit « d’utiliser intelligemment le système, en se portant sur des marchés ouverts, » et ne pas perdre de vue que « la libéralisation n’est pas un but en soi, ni la protection…d’ailleurs protection n’est pas protectionisme.. »
Serein, Jean-Marie Metzger, pour ne prendre qu’un exemple, affirme « je n’ai pas peur de la Chine, » ajoutant : « car elle innove. »

Autre pavé dans la mare : si les Français « sont présents dans les organismes de régulation, comme OMC et Conseil de l’Europe, » ils font preuve d’une certaine frilosité et de citer par contraste « l’entrisme des Britanniques. »
Le « déclin de la France, » son « recul, » sa « faillite » dans une « Europe qui s’est arrêtée » alors que « le monde est en train d’accélérer, » étaient décrits par Eric le Boucher, journaliste au Monde, auteur de « Economiquement incorrect, » publié chez Grasset, et qui se « revendique comme ‘déclinologue’, terme inventé par Villepin. » Le constat est sans concession : « le système social coûte les yeux de la tête mais produit de plus en plus de RMIstes, l’Etat impotent n’investit plus, est endetté jusqu’au cou. » Et, fait qui l’inquiète : « le chômage est à 10 % depuis 20 ans. » Pourtant, paradoxalement, « la vie devient meilleure. »

Eric Le Boucher rejoint Jean-Marie Metzger sur la question de la Chine « qui réoccupe sa place centrale dans la production mondiale», tout comme « l’Inde retrouve sa place normale, » avec une « Europe qui perd un poids relatif, » ce qui est « normal aussi. »

Quant aux détracteurs de la mondialisation, il leur apporte une réponse incontournable : « les autres pays s’en sortent mieux, que ce soient les petits comme l’Irlande ou la Suède, ou les grands, comme la Grande-Bretagne ou l’Espagne. » Pourtant, dit-il, « les hommes politiques de l’extrême-gauche à l’extrême-droite » ont ce constat : « le monde neuf est mauvais et leur stratégie est de s’en protéger..; de se calfeutrer, » or, « la stratégie de la protection est un échec, il faut s’adapter. » A « un monde libéral, » ou règne « un nouveau capitalisme, » loin due celui « où la France se sentait confortable », sans craindre la « mondialisation, » alors que « seuls de 5 à 7 % des emplois sont délocalisables, » bref, un monde qui n’est « plus blanc et noir mais gris, » « où il y a beaucoup plus d’exigences mais aussi beaucoup plus d’opportunités. » Avec « des consommateurs heureux car les prix baissent, » « un accès à des centaines de millions de consommateurs, » « une pauvreté asiatique qui n’existe plus, » mais, bémol, s’est déplacée vers l’Afrique. Et, « ce que l’on perd du point de vue social, on le gagne du point de vue salarial. »

Et si Eric le Boucher parle parfois d’un ton rageur, c’est que, « les Français sont très ingénieux, ont leur rôle à jouer dans ce système, » et que, pour cette France en panne, « les solutions existent. » Elles ont pour nom pédagogie, adaptation, « changement complet du système social, » mise en mouvement et « aptitude à le faire plusieurs fois. » Et, dit-il, la solution n’est « ni de gauche, ni de droite, mais de haut : il faut plus de recherche, plus de formation, plus d’université. »
Pour le fondateur de la PME ‘Phonehouse’, Geoffroy Roux de Bézieux, il faut « redonner confiance aux Français…plutôt débrouillards, » en effet, mais à qui « on a mis dans la tête qu’ils ont tout à craindre » de ce monde nouveau, ainsi qu’aux « salariés qui n’entendent parler que du mauvais côté de la mondialisation. »

Un impératif : il s’agit de faire preuve de réalisme dans les choix des « terrains où se battre » en choisissant « le terrain de l’intelligence et pas celui de la main d’oeuvre » car les « gisements d’emploi se trouvent en Inde ou en Chine. » Réalisme qui fait défaut, à en croire un sondage paru dans La Tribune Parlementaire et qu’il citait : on y voyait des responsables politiques restés accrochés à des domaines qui, certes, « ont fait la force de la France dans le passé » mais sont aujourd’hui totalement dépassés, comme agriculture ou automobile. Lui aussi réclame donc une « pédagogie, » de « politique publique, » cette fois, « pour mettre l’accent là où on fait avancer les choses et ne pas se battre contre des moulins. » Pédagogie nécessaire aussi pour certains patrons. Quant à la formation, son expérience de patron lui fait dire qu’elle peut être acquise aussi « sur le terrain » comme c’est le cas pour ces « jeunes » qu’il emploie, qui y ont « appris la macro économie » en tant que consommateurs et, contrairement à nombre d’idées reçues, ont, selon lui, « très envie de travailler. ».
Il adressait par ailleurs cette mise en garde : « l’image de la France baisse d’année en année ».

D‘humeur combative et se définissant comme « non idéologue, » car « partant du réel, » Laurence Parisot, à la fois patronne du MEDEF et d’IFOP, reformulait l’intitulé de la rencontre pour la dynamiser, en transformant le « partager » en injonction : « partagez, » souligné d’un point d’exclamation volontariste. Et, au mot « acteurs » elle ajoutait celui « d’actrices. » Les femmes étant, d’ailleurs, très bien représentées pour cette première. Il faut, dit-elle à propos de la mondialisation, « prendre cet enjeu à bras le corps » et se souvenir que « tous les économistes et les historiens » confirmeront que « toute civilisation qui refuse l’ouverture finit toujours par s’appauvrir. »

Et, même si elle citait, non sans plaisir, un slogan du ministre Azouz Begag, « avec le MEDEF, c’est tout bénéf, » elle admettait ne pas avoir « de recette miracle, » mais, devant « le regard critique et anxieux qui s’exprime, » ou « la distance incroyable entre les Français et l’économie de marché, » préconisait néanmoins un travail « d’explication auprès du grand public et des relais d’opinion, du monde de l’éducation et de la justice. » Elle ajoutait qu’il faut « avoir l’esprit tourné vers l’extérieur, ce qui manque en France, » et « parler parfaitement anglais. » Une nécessité évoquée également auparavant par Geoffroy Roux de Bézieux sans que ni l’en ni l’autre ne se soient donné le mot.
S’il « n’y avait pas obligation de sortir pour un pays riche, aujourd’hui il faut sortir, » affirmait-elle, reprenant « un autre slogan d’Azouz Begag à propos des ‘quartiers’ mais qui s’applique aussi à la mondialisation : ‘ il faut sortir pour s’en sortir !’ »
Et de pourfendre cette idée que se font « 43 % des Français dans une enquête IFOP, » à savoir que «l’extrême-gauche est utile au pays», alors que « l’importance de la culture de l’extrême-gauche dans notre pays, fait que nous sommes uniques à cet égard ». Elle ajoute qu’il est étrange : « que la question de l’alter-mondialisme se pose de façon la plus aigue dans notre pays » alors que « plus on est dans le libre échange, plus il ya de possibilités de créer des richesses. » et que face aux défis bien réels posés il faut « inventer, régénérer. » Plus encore : « Il est urgent d’avancer à nouveau dans la construction vraie du marché unique européen, » estime-t-elle afin « de créer les conditions d’une fusion à l’intérieur de l’Europe. » Question de taille « par rapport aux concurrents des grandes zones du monde. »

Coup de colère de Laurence Parisot en réponse à une question posée sur l’action menée par Martine Aubry : « elle a fait des dégâts considérables, inqualifiables, pas juste mécaniquement dans ce qui a été perdu en temps de travail, mais aussi parce qu’elle a créé une utopie qui disait que l’on allait vers la fin du travail, or une utopie est un lieu qui n’existe pas. Des générations ont été entamées par cela ».
Son espoir : que « l’on réfléchisse aujourd’hui sur ce que doit être le positionnement économique de notre pays, les secteurs à garder, dans quels secteurs investir. Et il faut réfléchir de manière transversale : c’est une question de niveau. Quelle qualité dans notre pays par rapport à ailleurs ? Est-on suffisamment à l’écoute des clients ? Il y a des progrès collectifs à faire ? » Ces « enjeux de la qualité et des besoins des clients » sont des enjeux majeurs et devraient être inscrits « dans la campagne présidentielle. »

Sortir de France, Christine Lagarde, ministre déléguée au commerce extérieur, l’a fait, en allant vivre et travailler à Chicago, répondant aussi à cette nécessaire maîtrise de l’anglais. Et, cette avocate, devenue « chef d ‘entreprise d’une multinationale basée aux Etats-Unis, » en a rapporté quelques recettes. Comme ces activités extra-scolaires qui font découvrir les réalités de l’entreprise à des « jeunes issus des quartiers sud de la ville » pour se rendre alors compte que le patron n’est pas l’ennemi. D’où son idée de faire « prendre un filleul pour le faire entrer dans l’entreprise » aux chères « têtes blanches, pleines d’expérience et qui se sentent un peu délaissées. »

Convaincue que « l’économie française a généralement su s’adapter » aux nouvelles donnes, elle souligne que « la position française dans les échanges internationaux est bonne , » que « le PIB est au sixième rang mondial et au troisième rang en Europe » ou que, par exemple, « en matière de services les Français sont de véritables champions mondiaux dans le traitement des eaux ou du bâtiment. »
Et elle se montre sévère à l’encontre de ceux qu’elle décrit comme « des intellectuels et journalistes de deuxième rang » qui, selon elle, « savent trouver les peurs des Français pour les alimenter. » Dans la foulée elle s’élève contre « la méconnaissance de l’entreprise des jeunes qui en ont une vision, non pas grise, mais noire, » ou « l’association de globalisation et délocalisation et chômage, » une crainte « exagérée, » d’autant qu’il y a diverses formes de délocalisations, certaines pouvant être bénéfiques, lorsqu’elles « créent des investissements étrangers, » par exemple. « Il est inexact que la délocalisation détruit le tissu économique, » conclut-elle sur ce point, affirmant, par ailleurs qu’il faut « affirmer un patriotisme économique comme le font les autres. »

Dans un autre registre, « il convient de s’interroger sur la quête identitaire, qui n’est pas incompatible avec la globalisation. » Donc rechercher « un point d’équilibre subtil et fragile » dans ce domaine comme dans celui de la « libéralisation des échanges et le développement des pays peu développés, » gage de « paix sociale dans le monde. » Equilibre aussi entre « libéralisme des échanges, règles » nécessaires mais qui n’entravent pas pour autant la « fluidité. »
Si toute tentation d’évoquer le CPE avait été écartée pour cette première rencontre, Hervé Mariton soulignait, néanmoins, que « l’élément jeune avait été le fil directeur des débats. » Il faut donc, résumait-il, que « la globalisation soit expliquée aux jeunes, » avec l’accent sur une nécessaire pédagogie, l’apprentissage de l’anglais et un enseignement de l’économie digne de ce nom.

Last but not least
, à peine arrivée de Genève où elle avait participé au Conseil d’Administration du Bureau International du Travail, où elle est déléguée du gouvernement, Nicole Ameline, ancien ministre, Ambassadeur en mission, chargée des questions sociales et de la parité dans les relations internationales, prenait la parole.
Pour dire qu’ « il doit y avoir progrès pour tous (car) même si la pauvreté a reculé, il y a parfois des écarts de revenus considérables » ; elle énuméra ensuite les menaces actuelles qui ont pour nom « migrations massives, risques de conflits, instabilité économique ». Et rappela que « une globalisation maîtrisée n’est pas juste économique et financière mais aussi politique et sociale ».

Il ne faut donc pas perdre de vue ajoute-t-elle « la primauté du droit à s’établir partout dans le monde », tout en précisant que « le social n’est pas juste un effet correcteur : lorsqu’un investissement durable utilise le capital humain, il est en même temps une réponse à la lutte contre la pauvreté. » Elle rappela aussi que : « les populations les plus pauvres peuvent aussi être créatrices de richesses. Et il faut des partenariats nouveaux, en dépassant le stade de la compassion. » Elle mentionnait, à cet égard, « l’Afrique dans un état critique et qui ne bénéficie pas de la globalisation».

Elle signala enfin la nécessité d’une meilleure « cohérence entre OMC et BIT » et d’une « éthique du futur », citant «l’exemplarité de la France ». Pour conclure qu’il « ne faut pas laisser aux alter-mondialistes, aux anti-mondialistes, la vision du monde ».

Hélène Keller-Lind 31/3/2006

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