EDF

1°) Le Prix

Malgré les conseils des institutionnels, le Ministère des Finances, sans doute grisé par le succès de l’introduction de Gaz de France, a fixé un prix nettement en haut de la fourchette d’estimation qui avait été recommandée.

L’EDF se trouve ainsi valorisée plus cher que ses concurrents

A titre d’exemple , EON. concurrent Allemand d’EDF a un PER 2006 (Price Earning Ratio- rapport cours bénéfices) de 12 alors que le prix d’introduction de EDF met son PER à 16,5.

2°) La décision d’augmenter l’allocation des particuliers au détriment de celle des institutionnels

Au dernier moment, l’état a décidé de transformer les pourcentages habituels et il a alloué 10% de plus que prévu aux particuliers. Ceux ci se sont sans doute retrouvé avec plus d’actions que prévu initialement, et pour libérer les fonds ainsi investis, leur solution était de vendre le surplus.

3°) Le succès GDF

Le succès de la mise en bourse de Gaz de France est sans doute aussi l’un des facteurs explicatifs de l’échec relatif de celui d’EDF . Nombreux furent ceux qui ont pensé pouvoir faire un gain rapide sur le titre (Rappelons que GDF avait pris 22%) le jour de sa cotation. De ce fait les ordres de vente ont afflué sur EDF dans les premières heures de cotation, à tel point que les institutionnels ont du venir à la rescousse, le titre perdans 20% en pré-cotation . D’ailleurs, pendant sa première journée de cotation, il s’est échangé 2,9% du capital, soit 28% du flottant, ce qui est considérable pour une action de ce type.

4°)Les déclarations socialistes

Depuis quinze jours, les socialistes ont inscrit dans leur programme électoral la renationalisation de EDF en cas de victoire électorale. La stabilité et la pérennité sont l’un des critères essentiels à la tenue d’un titre. Investir sur un titre qui risque de se voir racheté par l’Etat n’a rien de séduisant.

5°) Le marché français

La France venait de traverser une période particulièrement troublée avec les émeutes civiles qui ont eu lieu pendant les dernières semaines. Les marchés financiers aiment la stabilité. La période d’introduction a sans doute également pâti de la morosité générale.

Maintenant si l’on regarde à moyen terme, EDF n’est sûrement pas un placement très risqué (sauf catastrophe, bien entendu).Son cours pourrait redescendre jusqu’à la fourchette basse de son prix d’introduction qui était initialement évalué à 28 euros soit un potentiel de baisse d’environ 10% au cours actuel .

Mais son ralliement du CAC 40 début Décembre va avoir un effet de soutien de cours, puisque tous les gérants de fonds indiciels vont devoir l’acquérir. Ces achats massifs pourraient ralentir la chute, pouvant même aller jusqu’à provoquer de légères hausses très ponctuelles.

De plus l’option de surallocation n’a pas été levée et ne devrait pas être exercée pour l’instant. L’Etat ne peut se permettre de voir le cours EDF s’effondrer, surtout compte tenu de son succès auprès des petits porteurs. L’un des objectifs actuels du Ministère des Finances est bien de renforcer l’intérêt des particuliers pour les actifs cotés et non l’inverse. C’est la raison pour laquelle les nouvelles lois fiscales prévoient également l’exonération des 16% de taxation sur les plus values en cas de détention d’au moins 8 ans. Il a besoin de cet intérêt pour renforcer l’allocation d’actifs productifs et pour pouvoir avoir plus de poids lorsqu’il s’agit de défendre les grandes entreprises françaises contre des prises de participation non désirées. Les exemples sont nombreux depuis plusieurs années.

L’action EDF risque donc d’être très volatile dans les jours et les semaines qui viennent. Après son apparition au CAC 40 ou elle détrônera TF1, elle pourrait redevenir plus stable et s’orienter vers un cours de stabilisation de quelques mois. C’est sans doute à ce moment là que l’on pourra se replacer sur le titre ou compléter des lignes éventuelles.

A Long terme, c’est un bel outil industriel, qui, si il n’est pas malmené par une politique tarifaire qui ne vient pas de la décision des gestionnaires, mais des pouvoirs publics, pourrait connaître un développement plus que satisfaisant dans les années qui viennent.

Caroline Petibon est analyste financière

« La seule certitude à avoir est qu’en Bourse, rien n’est jamais sûr »


27/11/2005

Discuss this articleDiscuss this article

Imprimer ce texte Imprimer ce texte

1 567 vues

Tous les articles de

Share/Save/Bookmark

Trackback

Posted in: Non classé

 


Comments • comment feed