Un GIEC-gate ?

A l'approche du Sommet de Copenhague (début décembre 2009) qui devait sceller un nouvel accord (dit Kyoto2) contraignant sur la réduction des émissions des gaz à effets de serre et qui s'est achevé, comme chacun sait, par un fiasco retentissant, les médias nous ont submergé de déclarations ultra-alarmistes dont celle qui a été rapportée par le Daily Mail (photo ci-contre).

 

dailymail

 

Cet article qui a été répercuté sous des formes diverses par un très grand nombre d'organes de presse du monde entier, était intitulé " Les glaciers de l'Himalaya pourraient disparaître avant 30 ans à cause du réchauffement global".

De fait, on ne peut guère reprocher au "Daily Mail Reporter" et aux autres, d'avoir purement et simplement recopié quelques lignes du très volumineux 4ème rapport scientifique (AR4) du GIEC paru en 2007 que l'on ne doit pas confondre avec le maigre SPM (le résumé pour les responsables politiques). En effet, les journalistes considèrent le rapport du GIEC, à l'instar des dépêches de l'AFP (l'agence qui a découvert les rayons cosmétiques), de l'AP ou de Reuters, comme la parole révélée. Mal leur en a pris !

Voici l'extrait concerné ainsi que ses références :

IPCC AR4 WG2 Ch10, p. 493
Extrait du rapport du GIEC 2007, Groupe de travail N°2, Chapitre 10, page 493.
( Roger Pielke Sr)

"Glaciers in the Himalaya are receding faster than in any other part of the world (see Table 10.9) and, if the present rate continues, the likelihood of them disappearing by the year 2035 and perhaps sooner is very high if the Earth keeps warming at the current rate. Its total area will likely shrink from the present 500,000 to 100,000 km2 by the year 2035 (WWF, 2005)".

Soit en français :

"Les glaciers de l'Himalaya sont en recul plus rapide que dans n'importe quelle autre partie du monde (voir Table 10.9) et, si le taux [NDT : de fonte] continue à son rythme actuel, la probabilité qu'ils disparaissent en 2035 et peut-être plus tôt, est très grande si la Terre continue à se réchauffer au rythme actuel. Sa surface totale passera probablement de 500.000 km2 à 100.000 km2 en l'an 2035
(WWF, 2005)."

De prime abord, il est surprenant de constater que la seule source revendiquée par le GIEC pour étayer cette "information" particulièrement inquiétante, soit un article du WWF, le World Wildlife Fund, alors que tout le monde sait que cette organisation publie régulièrement des articles catastrophistes évidemment non revus (peer-reviewed) par les scientifiques. Sans aucun doute, cette source a échappé au processus du peer-review dont Rajendra Pachauri, le Président du GIEC, nous répète pourtant urbi et orbi, que le peer-review est incontournable pour pouvoir figurer dans les rapports du GIEC
(Voir un autre exemple, franchement ridicule, de ce genre d'emprunt à des sources infondées pour un récent rapport sur le climat publié par l'ONU/UNEP, c'est à dire la maison mère du GIEC ).

ont mené deux enquêtes approfondies dans le but de comprendre comment de telles affirmations, émanant du WWF, ont pu se retrouver dans le rapport scientifique du GIEC de 2007. Les résultats de ces deux enquêtes et des réactions suivantes nous en apprennent beaucoup sur le "sérieux" des rapports du GIEC qui sont pourtant censés rassembler l'essentiel des données scientifiques avérées sur le climat et servir de base à l'élaboration d'une politique mondiale contraignante.

A partir de la source du document du WWF (2005) cité, le Professeur Colle a remonté la piste jusqu'au seul document ( non revu par les pairs) qui évoque la question et dans lequel on retrouve d'ailleurs la phraséologie utilisée dans le rapport AR4 du GIEC… à un gros détail près comme nous allons le voir. Il s'agit d'un document de travail pour l'UNESCO édité en 1996. (Kotlyakov, V.M., 1996, The future of glaciers under the expected climate warming, 61-66, in Kotlyakov, V.M., ed., 1996, Variations of Snow and Ice in the Past and at Present on a Global and Regional Scale, Technical Documents in Hydrology, 1. UNESCO, Paris (IHP-IV Project H-4.1).

Voici la phrase de Kotlyakov que l'on trouve à la page 66 de ce document :

"The extrapolar glaciation of the Earth will be decaying at rapid, catastrophic rates – its total area will shrink from 500,000 to 100,000 square kilometres by the year 2350.". Soit, en français : La glaciation extrapolaire (NDT : C'est à dire de tous les glaciers hors des pôles) décroîtra à des vitesses rapides, catastrophiques - sa surface totale se rétrécira de 500.000 à 100.000 kilomètres carrés aux environs de l'année 2350."

A rapprocher de la phrase cruciale du rapport scientifique du GIEC de 2007 (AR4, WGII, page 493)

Its total area will likely shrink from the present 500,000 to 100,000 km2 by the year 2035"
"Sa surface totale se rétrécira probablement de 500.000 à 100.000 km2 aux environs de l'année 2035 "

Outre la substitution des dates 2350 par 2035 qui laisse rêveur, il faut noter que le rapport Kotlyakov concernait les 500.000 km2 de tous les glaciers de la planète (hors les pôles) et que ce même chiffre ne peut, en aucun cas, s'appliquer aux glaciers Himalayens seuls. Il y a donc, au moins, deux erreurs dans le rapport du GIEC.

Le Professeur Cogley en déduit qu'il s'agit probablement d'une grossière "erreur" de transcription ( 2035 au lieu de 2350 !) due à un ou à plusieurs des 10 auteurs du rapport du GIEC en question. Il fait remarquer qu'il est quand même très difficile d'imaginer qu'une telle énormité ait réussi à passer les filtres de la révision systématique des autres collègues rédacteurs ainsi que le filtrage du processus de révision par les relecteurs du rapport avant sa publication définitive.. sans compter l'imprimatur accordé par les représentants des gouvernements qui adhèrent au GIEC. Nous verrons plus loin que malgré les objections, ce texte avait bien réussi à passer tous les filtres, en parfaite connaissance de cause.
Cogley et trois de ses collègues ont écrit une lettre à la revue Nature pour protester sur cette affaire..

De son côté, le Professeur Nielsen-Gammon a mené une enquête encore plus approfondie et a remonté la piste de cette étrange affirmation jusqu'à un article du New Scientist Magazine (bien sûr, non revu par les pairs) de 1999 qui donnait une survie de 40 années aux glaciers Himalayens. Ce magazine se serait basé sur une déclaration (non écrite et antérieure) d'un certain Syed I Hasnain qui était alors directeur du groupe de travail sur l'Himalaya de la Commission Internationale pour la Neige et les Glaces (ICSI). Lequel aurait dit (et non publié) que les glaciers "disparaîtront dans les 40 ans à cause du réchauffement climatique."

Ainsi Nielsen-Gammon ne pense-t-il pas qu'il s'agit d'une simple erreur de transcription comme Cogley, mais plutôt d'une conviction affirmée de certains scientifiques qui s'est propagée jusque dans le rapport final du GIEC… sans aucun support scientifique avéré.

  • Les BBC News

qui ne soufflent jamais le froid sur le réchauffement climatique et qui ne nous ont pas habitués à ce genre d'autoflagellation, intitulent un article sur ce sujet par : "Himalayan glaciers melting deadline 'a mistake' " soit " "Date de la disparition des glaciers de l'Himalaya " une erreur"". Avec des guillemets autour de "a mistake", riches de sous-entendus. Voici quelques extraits de cet article :

"Lors d'une déclaration commune, quelques uns des meilleurs glaciologues mondiaux qui sont aussi participants au GIEC, ont affirmé que "Cette énumération d'erreurs dans la glaciologie de l'Himalaya… a provoqué beaucoup de confusion qui aurait pu être évitée si les normes de publication, incluant le processus de peer-review et la restriction exclusive au travail revu par les pairs, avait été respectées""

"Michael Zemp du Service de Suivi des Glaciers Mondiaux (Zurich) a aussi déclaré que l'affirmation du GIEC sur les glaciers Himalayens avait été la cause d'une " confusion majeure dans les médias".(NDT : Pas seulement dans les médias !).. " En application des règles du GIEC, ceci n'aurait pas dû être publié car il ne repose pas sur des références scientifiques avérées "…." Dans l'état actuel de nos connaissances, il n'est pas plausible que les glaciers de l'Himalaya auront disparu dans les prochaines décennies. Je ne connais aucune étude scientifique qui supporte l'idée d'une complète disparition des glaciers dans l'Himalaya durant ce siècle.""

  • Réaction des voisins de l'Himalaya :

Les quelques lignes, extrêmement inquiétantes pour le futur de l'Himalaya, n'ont évidemment pas laissé insensibles les Indiens ni les Chinois (Tibet), Pakistanais, Népalais et les habitants du Bhoutan, qui sont les premiers concernés par cette déclaration, puisque l'Himalaya fait partie intégrante de leurs territoires. C'est ainsi que le Ministre Indien de l'Environnement Mr Jairam Ramesh a commandé un rapport indépendant à un expert glaciologue reconnu qui travaille depuis plusieurs décennies sur les glaciers de l'Himalaya, le Dr. Vijay Kumar Raina. Ce dernier a examiné en détail le comportement de quelques 20 glaciers parmi les plus importants et ce depuis 150 ans. Il a observé que si certains glaciers ont reculé, d'autres ne l'ont pas fait et que les comportements très variés observés ne permettent certainement pas de conclure que ceux-ci résultent du réchauffement climatique.

  • Enfin, un article publié le 13 Nov. dans la revue Science (Vol. 326. no. 5955, pp. 924 – 925 DOI: 10.1126/science.326.5955.924)

au sujet de cette affaire, essaye de faire le point sur la situation réelle des glaciers de l'Himalaya. La conclusion est claire : Nous n'en savons pas assez pour faire des prédictions !
Cet article inclut un autre paragraphe qui invalide une autre affirmation du
GIEC et du Daily Mail au sujet du Gange qui, soi-disant, cesserait d'être alimenté si les glaciers de l'Himalaya disparaissaient :

" Le mot de la fin est que les affirmations du GIEC sont "horriblement fausses" assure John "Jack" Shroder, un spécialiste des glaciers de l'Himalaya de l'Université de Nebraska, Omaha. " Ils ont été trop rapides pour tirer des conclusions avec trop peu de données."
"Le GIEC s'est aussi trompé dans ses prévisions sur l'impact de la fonte des glaciers sur l'alimentation en eau", déclare Donald Alford, un hydrologue du Montana qui a récemment achevé une étude sur l'eau pour la Banque Mondiale. "Nos données montrent que le Gange dépend en premier lieu de la pluie de mousson et jusqu'à ce que la mousson disparaisse complètement, il y aura un fleuve Gange très semblable au fleuve actuel.
" La fonte des glaciers contribue à hauteur de 3 à 4% au débit du Gange" déclare Kireet Kumar".

On trouve, toujours dans ce même article de Science, un paragraphe qui en dit long sur le fonctionnement interne du GIEC :

"Le spécialiste de l'Atmosphère Murari Lal [...] auteur principal et coordinateur du chapitre sur l'Asie du rapport 2007 du GIEC, rejette l'idée que le GIEC était en dehors de la plaque à propos des glaciers Himalayens. Mais il reconnaît que l'équipe des 10 auteurs du rapport en question, se sont basées sur des travaux non publiés en ce qui concerne l'état des glaciers.
La délégation Indienne a fait objection à cette rédaction du rapport, se souvient Lal, mais ce texte a bénéficié d'une large approbation lors de la session plénière du GIEC"

On croit rêver !

  • Le coordinateur de cette partie du rapport est une spécialiste de l'atmosphère (sans doute un physicien) et donc passablement incompétent en glaciologie Himalayenne. Pourtant, il émet un avis péremptoire et définitif sur la partie du rapport qui concerne les glaciers Himalayens… sans disposer de la moindre publication scientifique avérée sur ce sujet !
  • L'avis des Indiens qui sont aux premières loges et savent à quoi s'en tenir sur l'Himalaya, est écarté d'emblée. Et, en définitive, l'affaire est tranchée au cours d'une "réunion plénière du GIEC" dont l'immense majorité des membres est incompétente en glaciologie et notamment celle de l'Himalaya…. et toujours en l'absence du moindre article scientifique avéré sur ce sujet !

Et on se demande pourquoi les Indiens et les Chinois se sont montrés si peu enthousiastes (c'est un euphémisme) lors du récent sommet de Copenhague !

Par ailleurs, le Dr. Mandhav Khandekar, scientifique Indo-Canadien, vétéran de l'environnement, cite les archives de l'histoire Hindoue qui remontent à près de 5000 ans (période particulièrement chaude de l'holocène) dans lesquelles il précise qu'il n'a jamais été fait mention d'aucun changement des glaciers himalayens ni d'un quelconque assèchement du Gange ou des autres grands fleuves de la région.

Comme de bien entendu, Rajendra Pachauri, le CEO du GIEC, a été rudement interpelé au sujet du texte ultra-alarmiste sur l'Himalaya publié dans le rapport scientifique AR4 du GIEC, sans aucun support scientifique, contrairement à ses exigences répétées. Ses réponses sont intéressantes. En voici quelques-unes à propos du rapport indépendant commandé par le Ministre Indien de l'Environnement :
" Nous avons une idée très claire de ce qu'il se passe (NDT : Sans support scientifique ?). Je ne sais pas pourquoi le ministre soutient cette recherche infondée. C'est une affirmation extrêmement arrogante.".
Par ailleurs, R. Pachauri a qualifié l'étude du Dr Raina de "science Vaudou" en ajoutant que "le GIEC est un organisme sérieux dont le travail est vérifié par les gouvernements". En tout cas, et pour le moins, le gouvernement Indien ne semble pas enthousiasmé…

Ceci étant, l'ingénieur diplômé des chemins de fer et Docteur en économie, co-titulaire du Prix Nobel de la Paix (avec Al Gore et le GIEC), président du GIEC, R. K. Pachauri a, tout de même, une curieuse façon de s'exprimer pour un "grand scientifique climatologue" (comme disent les médias). Voilà qu'il qualifie une étude effectuée par un expert glaciologue vétéran d'arrogante ou de science Vaudou, après avoir déclaré, il y a deux ans, que la théorie de Svensmark et al sur l'influence des cycles solaires sur le climat (actuellement testée au CERN de Genève) était " extrêmement naïve et irresponsable"…
Il fallait oser!

Vous l'avez deviné :

Le bonnet d'âne du mois de Décembre 2009 (en poils de Yéti, très difficiles à trouver…) est attribué, sans hésitation, au

pachauri

Président du GIEC (avec les honneurs) R.K. Pachauri, aux 10 auteurs principaux du GIEC, responsables de la rédaction du chapitre sur les glaciers de l'Himalaya de l'AR4 du GIEC, ainsi qu'aux membres de la session plénière du GIEC qui ont validé, malgrè les oppositions, sans aucun support scientifique avéré et contrairement aux règles de l'organisme, un texte manifestement hasardeux, pour ne pas dire complètement erronné.

Un accessit (bonnet d'âne ordinaire) est attribué aux très nombreux journalistes de la presse écrite qui ont recopié le texte du rapport du GIEC sans se poser la moindre question sur ses sources, alors qu'ils se targuent de ne fournir que des informations recoupées et vérifiées à leurs lecteurs, ce que les sites Internets ne font pas… selon eux.

 

Pensée unique 4/1/2010

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