France : examen difficile au Mali

En 1995, le journaliste africain-américain du New York Times Howard French, alors en poste sur le continent, rapportait de Bamako : « Les diplomates parlent aussi de ce pays enclavé comme d’un rempart contre l’islam militant qui s’étend à partir de ses frontières du nord avec l’Algérie ».
Aujourd’hui la situation régnant dans le Nord Mali est de plus en plus dangereuse. La branche maghrébine de l'organisation terroriste Al-Qaïda a menacé d'exécuter Pierre Camate, un travailleur humanitaire français capturé en Novembre dernier, si d'ici 20 jours, 4 islamistes n'étaient pas relâchés des prisons maliennes.(1)

Le Français Pierre Camate été kidnappé dans la nuit du 25 au 26 novembre 2009   par des éléments de l'Alliance du 23 mai pour le changement, un mouvement touareg de l'Adrar des Ifoghas (une région du Mali)  fondée par Iyad ag Ghali,  figure de la rébellion locale. Né à l'occasion de la rébellion Touareg qui a débuté le 23 mai 2006, ce mouvement se veut fédérateur des revendications des populations touaregs du Nord Mali contre les autorités centrales  de Bamako. Pierre Camatte est en réalité victime d'un règlement de compte entre le régime et certaines fractions du nord du Mali (2).

C'est la première fois qu'un kidnapping se passe sur le territoire malien. Il y a eu certes des otages allemands, suisses, britanniques -mais jamais des Français. Le ressortissant français, âgé de 61 ans et domicilié dans les Vosges (nord-est de la France), préside « L'Association Gérardmer-Tidarmene ». Selon une responsable de l'association, le Français se rend  régulièrement  au Mali et s'implique notamment dans la culture d'une plante thérapeutique contre le paludisme.

Selon des sources concordantes au Mali (3),  Pierre Camatte, enlevé dans le nord du Mali, a été vraisemblablement vendu à des membres de "l'aile dure" d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) (4). Cette branche s’est déjà parler d’elle lorsque un touriste britannique, Edwin Dyer,  fut sauvagement assassiné par (Aqmi).

Après l'enlèvement au Mali, le 25 novembre dernier, de Pierre Camate, la France a  rappelé à ses ressortissants d’éviter d'aller dans le Nord du Mali. Le 28 août 2007 une quinzaine de soldats maliens ont même été enlevés, par des hommes armés du Groupe Salafiste de Prédication et de combat (GSPC).

Implanté dans le nord du Mali, l’ex-Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) a réussi à s’allier aux rebelles locaux. Grâce à la rançon, l’ex-GSPC a commencé à investir dans la zone, s’assurant ainsi des complicités (5). Il a multiplié les largesses envers les nomades touaregs, leur offrant des vivres et allant jusqu’à établir des relations familiales avec eux. Les  hommes  de l’ex-GSPC épousaient même des femmes touarègues pour s’assurer des fidélités tribales.

Les pays Occidentaux n’ont pas tenté, de leur part, d’empêcher ce  rapprochement dangereux dans le désert du Sahel, entre l’ex-GSPC et les  touaregs. L’ex-Groupe salafiste pour la prédication et le combat a  fait entrer une sorte de « contamination  idéologique » aux rebelles locaux.

Les médias occidentaux ignorent  aussi que le nord du Mali est devenu l’une des  régions les  plus dangereuses au Monde. Dans l’Ouest de Tessalit (Nord-Est du Mali) , par exemple,  les islamistes munis d’armes d’une portée de 10 km se déplacent librement. Ici l’armée malienne  reste impuissante devant les barbus et les membres de l’ex-GSPC ou (Aqmi) qui deviennent de plus que jamais des groupes dangereux, parce qu’armés et très mobiles.

Aujourd’hui Al Qaeda vient de s'installer dans le Nord Mali pour recruter des agents et utilise ce terrain comme zone de guerre. Cette zone est sur le point de devenir un califat alquaïdique. Al-Qaida a veut créer un “Afghanistan africain”.  Elle a réussie à  séduire les Touaregs pour faire d’eux ses alliés et obtenir ainsi pour de bon la création d’un “Afghanistan africain”. Les salafistes tirent ainsi parti  du conflit au Nord Mali. Le coordinateur général de l’Alliance touarègue du Nord-Mali pour le changement (ATNMC) et commandant en chef de la rébellion, Ibrahim Ag Bahanga, est entouré d’hommes lourdement armés, de notables tribaux venus d’Algérie et de Kidal, la capitale de la région touarègue.

Des combattants étrangers et des milices alliées Al Qaeda continuent d’affluer au nord du Mali. Des éléments dangereux d'Al Qaida  ont trouvés de nouveaux  refuges  dans cette zone oubliée par les renseignements étrangers. Même si des agents de la DGSE et des renseignements français seraient, actuellement, dans le Nord du Mali, ces  régions restent très vastes et font fait l'objet d'importantes activités et alliances  terroristes.

L’évolution de la situation durant ces dernières semaines au Mali, annonce un nouveau cycle de violence et un élargissement du périmètre de la confrontation. La question urgente du moment est de savoir si l’otage français d'Al Qaida au Mali en sortira indemne ?‎ L'ultimatum d'Al-Qaida aux gouvernements français et malien vise à  augmenté la pression sur Paris et Bamako : « Que la France et le Mali soient informés, que nous leur donnons vingt jours pour répondre à notre demande, sans quoi les deux gouvernements seront tenus entièrement responsables de la mort de l'otage français» indique un  communiqué datant du 10 janvier et émanant de forums jihadistes.

Le plus scandaleux est que le gouvernement malien continue de minimiser la gravité la   situation dans le nord du pays .Début décembre, le président malien, Amadou Toumani Touré, déclarait dans une interview au journal français Le Monde privilégier la piste de « petits bandits ».

La France n’a d’autres choix, en ce moment,  que d’envoyer des unités  rapides sur le sol  et mener des  raids héliportés par des forces spéciales afin de tuer les activistes les plus recherchés de la région, qui détiennent le sort du français capturé depuis Novembre. La France est capable de le faire mais elle manque hélas d’une volonté politique pour aller plus loin dans la guerre anti-terroriste. Cette région d’Afrique et en particulier au Mali reste pourtant une zone d’influence française et c'est la première fois qu’un français est kidnappé  sur le territoire malien. Les terroristes veulent tester la réaction de la France et voir si Paris est capable de réagir et de défendre ses intérêts au delà de ses frontières.

Rappelant que le 14 Septembre 2009, Saleh Ali Saleh Nabhan, un des chefs d'Al Quaïda responsable des attentats de Mombasa en 2002, au cours desquels trois Israéliens, dont deux enfants de 12 et 14 ans, et huit citoyens kenyans avaient trouvé la mort, a été éliminé par des forces de commando américaines en Somalie. Recherché par le FBI pour sa participation aux attaques contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998, les  experts américains ont été si courageux d’envoyer des commandos qui ont surpris le terroriste kenyan Saleh Ali Saleh Nabhan et l’ont éliminé à l’heure où il circulait sur une route de Somalie. Un raid héliporté des forces spéciales américaines sur l’un des activistes les plus recherchés de la région, a montré que les américains  restent énergiques dans la traque des terroristes.
 
La France sera-t-elle capable du même exploit au Nord du  Mali ? Réponse dans quelques jours.
 
Ftouh Souhail

(1) Les centres américains de surveillance des sites islamistes SITE et Intelcenter ont rendu public ces exigences. « Le groupe a donné aux gouvernements français et malien une période de vingt jours pour relâcher les quatre prisonniers d'Aqmi au Mali, sans quoi Camatte sera exécuté »,  indique le SITE citant un communiqué datant du 10 janvier et émanant de forums jihadistes.

(2) A environ 200 kilomètres au sud de la frontière avec l’Algérie, on trouve Tuxmin, un ancien fort situé en plein désert malien. En 1990, l’occupation de ce poste militaire avait constitué le point de départ de la rébellion touarègue. Depuis cette époque, les relations entre le peuple touareg (200 000 âmes, d’ethnie berbère) et Bamako, capitale d’un Etat de 12 millions d’habitants, ont été marquées par un cycle de réconciliations, d’accords, de révoltes.

(3)Aminata Mariko : Pourquoi le Français a été kidnappé et vendu à Al-Qaïda ?

(4) Une source sécuritaire malienne s'exprimant sous le couvert de l'anonymat avait indiqué début décembre que le Français était retenu par des membres de « l'aile dure » d'Al-Qaida au Maghreb islamique.

(5) En 2003, l’un des chefs de l’ex-GSPC, Amari Saïfi, alias Abderrazak El-Para (ainsi nommé parce qu’il a servi dans l’armée algérienne), qui a enlevé 32 touristes européens distribué , selon un témoin, entre 60 000 et 70 000 euros aux responsables touaregs. Les faits ont été confirmés par El-Para lui-même après son arrestation, en 2004.

Ftouh Souhail 13/1/2010

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