« Sale blanc » n’est pas plus acceptable que « sale nègre »

Ainsi le Québec, depuis longtemps terre reconnue d'accueil, n'en a pas moins, depuis presque toujours, fixé des seuils d'entrée, et établis des critères fondés sur une règle simple : la capacité des immigrants à s'intégrer dans la société canadienne, et la capacité du Québec à les accueillir dans des conditions décentes et humaines. Ainsi chaque année, le Québec fixe des numerus clausus d'entrée sur son territoire en fonction de maints critères, dont la profession, le niveau d'études, le bilinguisme français-anglais, mais aussi la justification d'une "réserve" d'argent personnel permettant à l'immigrant de pouvoir s'installer au Canada dans des conditions correctes et dans le but d'y trouver un emploi.

A Montréal, il n'existe pas ces taudis, ces "hotels" miséreux qui brûlent de temps à autre comme à Paris, où sont entassées des milliers de familles dans des conditions indignes de toute humanité. Car une générosité irraisonnée est en vérité aussi criminelle que le racisme et la xénophobie que certains veulent opposer aux migrants. Et la rupture de la raison, n'est jamais bonne conseillère en aucune chose.

La France le paye chèrement, et qu'en est-il en réalité du bilan à tirer d'une politique d'immigration qui s'est fondée depuis des décennies sur l'hypocrisie, sinon qu'elle n'a engendré que toujours plus de misère pour les migrants, d'exclusion et par réplique le racisme, la montée des extrémismes et du communautarisme ?

A l'hypocrisie du mythe d'une "immigration zéro", faut il nécessairement opposer le mythe tout aussi hypocrite que Michel Rocard avait justement interrogé en demandant aux tenants d'une "ouverture générale des frontières" si nous étions véritablement en capacité d'accueillir toute la misère du monde ? car là est bien en fait l'enjeu. Alors que notre pays subit un chômage de masse, touchant officiellement plus de 2.2 millions de personnes, auxquelles s'ajoutent plus d'un million et demi de RMIstes, autant d'allocataires et "stagiaires" en "reconversion", enfin le flot de précaires et de travailleurs pauvres, qui tous réunis font qu'aujourd'hui en France près de 8 millions de personnes sont en grande difficulté.

Ne parlons pas des salariés des classes populaires et moyennes, des artisans, des commerçants, des petites et moyennes entreprises, dont il faut bien qu'ils supportent le coût social d'une telle "extravagance" française qui colmate un système à bout de souffle d'innombrables mesures d'accompagnement social, dont il faut bien trouver le financement, sinon sur ceux qui travaillent, sachant qu'un français sur deux n'est pas imposable du fait de revenus trop faibles.

Ce système trouve chaque jour davantage sa limite, et même aux plus utopistes il devient difficile de penser qu'il pourra subsister sans être profondément changé, dans ses bases, dans ses fondements jusqu"aux plus élémentaires. Qui peut aujourd'hui nier qu'il ne faille pas réformer un modèle social qui a brisé l'économie française et paupérisé tant de millions de familles, d'ouvriers, de paysans ? personne.

L'immigration, a un coût pour toute société, et si, je le redis clairement, il ne s'agit pas de se tourner vers des réflexes de repli teinté de xénophobie, il n'est plus concevable aujourd'hui de maintenir sur le sujet des attitudes hypocrites clamant que nous en serions toujours à la doctrine d'une "immigration zéro", alors qu'en fait celle-ci s'est largement poursuivie depuis trente ans dans l'anarchie la plus totale et sans contrôle, au détriment des migrants eux mêmes, qui se retrouvent dans des situations d'une extrême misère indignes des droits humains les plus basiques.

Contrôler l'immigration comme le fait le Québec n'est pas un repli sur soi, mais au contraire fixe le cadre d'un juste équilibre entre savoir accueillir, et pouvoir accueillir. Entre ce que nous pouvons exiger d'un migrant, prosaïquement qu'il s'intègre, ce que nous devons agir en chrétien, en sachant tendre la main au nécessiteux. Cela n'est d'ailleurs pas qu'une question migratoire, il s'agit aussi d'aider mieux le tiers monde à se développer, à construire les bases d'une société où chacun aura sa place et n'aura pas pour seul recours que le déracinement et une fuite bien aléatoire qui finit dans la pauvreté extrême au fin fond d'un taudis parisien.

Si nous ne savons pas, nous, démocrates, républicains, poser les règles claires de l'accueil et du séjour des étrangers, puis du vivre ensemble, alors ce seront les extrémistes de tous poils qui se saisiront de cette question et la trancheront à notre place. Les émeutes de novembre 2005 ne sont pas seulement le symptôme d'une crise sociale, mais la manifestation de la montée d'un communautarisme en gestation qui peu à peu voudrait imposer à tous ses règles, son particularisme, au détriment de l'intérêt général, du bien commun et de l'égalité citoyenne, enfin de nos libertés individuelles et publiques. Qui peut croire encore que l'islam n'est pas un danger pour la démocratie si nous le laissons dériver dans ses formes les plus extrêmes ?

Il relève bien au contraire de notre responsabilité de rappeler à tous, que la règle s'applique à tous, qu la loi est pour tous, et qu'il ne peut souffrir d'exception fondée sur la race, la couleur de la peau, le sexe, ou l'appartenance religieuse de tel ou tel, plus encore quand cette "différence des droits", se légitimerait par des aspects communautaristes contraires au principe élémentaire de l'égalité, comme le dit notre constitution justement et précisément, de race, de couleur, d'opinion, ou de religion. En ce sens les droits des femmes sont un élément fondamental de notre degré de civilisation et d'accomplissement de la vertu républicaine. Le voile islamique n'est pas acceptable, non parce qu'il serait un signe religieux, mais bien parce qu'il marque le refus de l'égalité entre les hommes et les femmes, et que cela est contraire à tout ce qui fonde notre constitution, la République, la France. Cela vaut d'être dit autant que nous devons combattre sans relâche le racisme.

Oui la France est une société déjà pluri-ethnique et multi-culturelle, et on ne peut que se réjouir de l'enrichissement que procure l'apport de l'autre, de "ses différences qui sont autant de chances" comme le disait cette chanson de 1985 qui invitait à se donner les uns aux autres, la paix, la tolérance, l'amour des hommes, ce que dit depuis deux mille ans la Bible. Mais cela impose des règles qui soient communes.

Imposer une immigration "choisie", même si le terme peut être quelque peu blessant et surtout inappropriée, tant il ne s'agit pas de choisir, mais de poser des règles d'entrée et de séjour qui soient aussi une garantie pour les migrants d'un accueil décent et respectueux de ses droits humains, et une manifestation de la confiance que la société lui accorde en l'accueillant, comme une chance, et non comme une charge, c'est déjà poser le principe d'acceptation de la loi commune, c'est à dire du respect des autres, du respect du pays d'accueil et de ses lois. Comme sur la route, il ne s'agit pas de réprimer pour réprimer, mais de sauver des vies, de veiller à un partage équitable et respectueux de la route pour tous. Là est le sens d'une France pour tous, d'une France où chacun puisse avoir sa place et de sauver d'une misère certaine des migrants que nous accueillerons au nom d'une générosité dévoyée. On ne nourrit pas une famille avec sa bonne conscience. Et qu'en est il en vérité de cette bonne conscience quand il s'agit de laisser des gens dans une misère indigne ?

Soyons clairs, la France n'a simplement pas les moyens de nourrir tous ses enfants, est-il humainement raisonnable d'envisager d'en accueillir d'autres en leur proposant que de quitter une misère pour une autre sans nulle autre perspective d'avenir ? où est la bonne conscience dans une telle démagogie ? le durcissement des règles d'immigration est aussi une chance pour les migrants, en ne leur laissant pas risquer leur vie et croire qu'ils en auront une meilleure ici, alors que cela est un mensonge avéré par les faits et le constat du bilan d'une immigration incontrôlée depuis trente ans. Sinon comment expliquer que notre pays soit balafré de banlieues indignes de toute humanité, où se répandant la haine sociale et l'intégrisme islamiste ?

Oui nous devons soutenir les plus faibles, et la loi sur une immigration "choisie" ne remet d'ailleurs pas en cause ce principe élémentaire, notamment concernant le droit d'asile politique pour ne citer que celui là. Ne nous laissons pas gagner par la démagogie d'une ultra-gauche vivant dans un monde d'illusion du haut des beaux quartiers de la rive gauche parisienne, et rêvant d'une immigration qu'elle ne connaît, ni ne côtoie.

La priorité doit être l'intégration républicaine, sociale et économique des familles et des enfants issus de l'immigration où la encore à la démagogie, nous devons opposer démocratiquement des règles claires, imposant qu'ils respectent la loi, c'est à dire les règles communes d'un vive ensemble qui n'est pas compatible avec l'intégrisme religieux, avec le repli communautaire et en fait aussi raciste que celui des xénophobes de l'extrême droite. "Sale blanc" n'est pas plus acceptable que "sale nègre".

Il est du droit des Français, y compris de ceux qui le sont devenus même récemment, d'imposer des règles, de veiller à son devenir commun, et à trouver le chemin d'une Nation retrouvée, unie, et solidaire. En cédant aux influences et aux démagogies d'une certaine ultra-gauche, ces catholiques qui protestent aujourd'hui contre les mesures envisagées par Nicolas Sarkozy, sont non seulement déraisonnables au sens étymologique du terme – c'est à dire "manque de bon sens" -, mais elles pavent de bonnes intentions un peu naïves, et probablement fortement manipulées et trompées par des gens aux intentions assurément moins "louables", l'enfer à venir d'un risque réel de fractures profondes dans la société française, dont nul ne peut exclure qu'elles puissent mener à une guerre civile si seuls les extrêmes – que ce soient de droite ou de gauche, xénophobes ou islamistes, en tous cas finalement toutes, d'une manière ou d'une autre, racistes – deviennent référentes et parviennent à imposer leurs vues, si nous, démocrates, républicains, chrétiens, laissons les français se détourner de nous en refusant de regarder les choses avec vérité et d'agir en conséquence, y compris en posant des règles exigeantes mais humaines. La première étant d'entrer et de résider légalement sur le territoire.

Mai 2006

Lionel Castériou 27/8/2017

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