Les irradiés

Alors, les mêmes canaux nous affirmaient, météo à l’appui, manière de démontrer que l’exception française peut porter en elle les germes des futures désillusions, comment le nuage radioactif eut la courtoisie de ne pas franchir nos frontières, sans doute déjà par crainte de devoir affronter une opiniâtre et farouche résistance, car chacun sait combien notre Nation a en horreur les influences étrangères, ainsi qu’elle le démontre avec brio aujourd’hui encore, d’autant plus lorsque celles-ci sont nos alliées naturelles.

De cette contamination accidentelle s’ensuivit un accroissement du nombre des cancers, aux dires des victimes, et du mensonge d’Etat, chez le citoyen, une amertume certaine.

Mais si, à l’image du nuage radioactif, une pollution d’une autre nature, plus pernicieuse, parce que plus étale dans le temps, plus voilée parce que rencontrant sur notre sol toutes les complicités et les relais logistiques nécessaires à son expansion, plus mortifère parce que véhicule d’une pensée régressive conquérante, dont l’aboutissement programmé serait la négation de notre héritage historique et des valeurs qui ont, jadis, porté la France au rang des nations éclairées, si donc, cette pollution là, dont la toxicité s’attaque au cœur et à l’âme même du pays, s’était installée durablement, au su et au vu de quiconque consent à dessiller ses yeux, alors qu’en serait-il du mythe de cette fameuse résistance à l’oppression à laquelle chaque citoyen se doit impérativement de souscrire?

Et qu’en sera-t-il du regard des enfants, dans dix, quinze ou vingt ans, celles et ceux qui par bonheur ou par malheur, car il est des chimères confortables, n’auront toujours pas, car sans doute de la lignée des opiniâtres, fait table rase du passé, oublié cette République si peu défendue, et parfois même vendue telle une prostituée par des proxénètes de salon, des souteneurs issus du sérail des grands déserviteurs de l’Etat, trahie par les princes de l’image et de l’écrit, ceux-là même qui nous assènent un réel si distant de la matière objectivement observable qu’on en vient à s’interroger sur notre propre capacité d’analyse, et s’inquiéter d’une possible pathologie qui aurait élue domicile dans nos inconscients.

D’autant plus, quand, d’aventure, nous vient l’idée saugrenue d’échapper quelque peu au carcan mental dans lequel la classe politique ou médiatique souhaiterait tant nous restreindre.
D’autant plus quand le dommage moral et physique à l’encontre de la composante juive de l’âme française – non je n’écrirais pas communautaire – et par extension, à l’encontre de la composante juive au moyen-orient – non je n’écrirais pas de parenthèse – n’était, trop d’évènements nous l’ont démontré et le démontreront encore, que la préfiguration d’une violence plus globale visant la civilisation occidentale et ses vertus, au premier rang desquelles notre liberté d’être.

Si nous n’évoluions dans une trame temporelle ou le faussaire est roi, ce constat irait de soi.
Mais nous devons compter sur le rayonnement intensif des chroniqueurs du naufrage assumé, voire pour certains revendiqué, compter aussi sur leur indignation vertueuse vis-à-vis de nos égarements, alors qu’eux-mêmes recourent pour ce faire à la pensée inquisitoriale et aux procédés manipulatoires trop évidents pour paraître tels à un esprit non exercé.
Car s’il est bien un des travers les plus pervers de cette presse aux ordres, qui du Quai d’Orsay, qui de l’air du temps propice aux compromissions de toute nature, qui d’un principe d’incertitude invoqué lorsque l’évidence s’impose, il serait à quérir sur ce mécanisme à double détente, double langage, dont les islamistes en terre d’Europe ont de tout temps joué, et au fil des années d’apprentissage, amélioré.

Un : le processus victimaire, ou de victimisation absolue si besoin est, en terme de référent, amorcé et érigé en bouclier dès qu’un soupçon de légitime opprobre tente de s’exprimer devant le spectacle des exactions et débordements anti-civiques et anti-républicains dont nous avons pu vivre ces dernières années la triste réalité. On put lire la traduction de ce procédé sur un tract d’une organisation dite anti-raciste, au plein cœur des émeutes de novembre 2005, stigmatisant l’état d’urgence et osant le parallèle odieux entre la situation créée par les incendiaires, avec le nécessaire maintien de l’ordre qui en découlait, et celle qui s’exerça à l’encontre des Juifs de France durant la période nazie et la collaboration.
Et qu’importe que le nihilisme belliqueux des émeutiers, certains slogans antisémites proférés, et le marqueur identitaire ethnico religieux s’apparentât alors à un autre racisme, celui-ci excusable, lorsqu’il est reconnu, car estampillé sociologiquement explicable ?

Seconde détente : le processus de diabolisation de l’Autre, via la figure emblématique, au besoin caricaturale, de leaders politiques ou d’opinion.
Ainsi de George W. Bush , comme le titre l’hebdromadaire Marianne, en sa dernière livraison : Après l’Afghanistan, après l’Irak, l’Iran , la 3ème guerre de Bush.
Outre l’esprit racoleur très people, on ne peut que relever cette litote très française, focalisant sur une personnalité la résultante de nos inconséquences et des atermoiements des dites grandes puissances – dont la France – devant le défi lancé au monde libre et à la paix par le régime totalitaire iranien.
Pour qui saisit l’arrière-plan idéologique et théologique dont l’actuel président de l’Iran s’est fait le porte parole, à savoir une attente eschatologique dont la bombe islamique serait l’instrument, non de dissuasion, mais d’agression, et donc d’avènement de cette fin des temps tant souhaité, car synonyme de la venue du douzième imam, l’imam caché ou encore la Mahdi, il est impératif de stopper, fut-ce en dernier recours par des moyens militaires cette apocalypse promise aux fanatiques.
Mais sans doute cette révélation ci a-t-elle échappé aux princes qui nous gouvernent si mal, en premier lieu celui qui de la France historique n’en a conservé que l’écume.

Que penser encore du même hebdromadaire titrant il y a peu : Les Juifs français courtisés par la droite extrême. Sinon qu’un esprit faible conditionné par des années de propagande hostile à l’Etat d’Israël, ne pourra que se satisfaire de cette vérité là, tant celle-ci le conforte dans ses propres certitudes.
Ainsi donc il existerait bel et bien, ce Juif improbable néo réac de nature ou d’obligation, attiré par les sirènes de la droite extrême et non de l’extrême droite, ne confondons pas.
Et ce qui vaut pour cette figure du Juif, à son tour en prise aux affres du rejet, vaut pour l’Etat auquel il se sent intimement rattaché.
Le problème est posé, faussement, l’équation résolue à force de contorsions sémantiques, l’écolier, pour une fois, assidu .
Car tout de même avec quelle assiduité, quelle constance dans le mensonge et la fabrication de preuves à charge, ces histrions de la pensée gigogne s’évertuent-ils à déréaliser des pans entiers d’objectivité pure, factuelle, et gommer les aspérités de l’Histoire, celle qui déplaît, fait obstacle et s’oppose.

Au travers de la remise en question de l’existence de l’Etat d’Israël, l’un des multiples objectifs à atteindre serait l’effacement progressif des Etats nations s’opérant en Europe, et la volonté parallèle de déposséder les peuples de leur identité particulière et de leur souveraineté.
L’Histoire de l’Europe doit s’écrire sous la contrainte, au mépris de la liberté que nous prêchons pour d’autres, celle de s’auto déterminer, ceci pour asseoir un contre pouvoir continental de nature et de taille à rivaliser avec les grands blocs économiques de demain.
Le prix que nous devons payer pour cela est l’acceptation d’une mutation profonde de nos sociétés, passant par le poids croissant d’une culture politico religieuse allogène, ce qui en soi ne poserait pas forcément problème, si celle-ci n’était par nature, en son essence constitutive, étrangère à nos référents historiques, hostile aux valeurs fondatrices des sociétés modernes, et n’avait pour fin dernière, non de s’intégrer au sein de, mais de circonvenir et dominer.

L’ironie de l’Histoire veut que, par ce renversement subtil et la complicité des porteurs de valises idéologiques, à l’empire français d’Orient se substitue sous nos yeux l’empire d’Orient en France et en Europe.

Tels d’éternels sycomores, nous envoyons des signaux à nos concitoyens.
Peu d’entre eux semblent les recevoir et les décrypter.
Il est vrai qu’il n’est de paix viable, fut-ce dans le déshonneur, que dès lors les armes morales dont nous disposons déposées.
Quant aux sirènes de l’extrême droite, ce courant qui s’arrange si bien et de l’islamisme et de la perspective de la bombe iranienne, celles-ci peuvent bien se perdre en vocalises démagogues.
Nous sommes ailleurs.
De cet ailleurs à construire. Il nous reste encore un peu de temps pour cela.

Une affaire agite en ce moment jusqu’au plus haut sommet de l’Etat. Il serait bon que nos journalistes, qui savent si bien diriger le public là ou l’on veut qu’il le soit, n’en oublient pas le fond de cette affaire à tiroir et poussent leurs investigations sur la naissance et sur le pourquoi de la première affaire Clearstream , à savoir la recherche sur le financement du terrorisme. Il serait également louable que certains hommes politiques français, qui ont auditionné à cette occasion de manière tout à fait officielle communiquent au public leurs analyses.

Aussi louable que celles ou ceux qui se sont livrés à une quelconque manipulation politique, pour l’affaire d’aujourd’hui, en tirent les conclusions, toutes les conclusions, afin de ne pas discréditer plus longtemps et l’autorité de l’Etat et sa crédibilité.

Mai 2006

Iris Canderson 25/8/2017

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