Une affaire d’ours peut cacher une entreprise idéologique…

Il ne s'agissait donc pas d'un effort surhumain pour sauver l'espèce ours brun puisqu'elle est en aucun cas menacé comme l'a confirmé un directeur de recherches au CNRS. Ce dernier rouspétait d'ailleurs devant une telle insouciance en se demandant si l'on allait revenir à la raison lorsque les ours, plutôt que de se contenter de miel (qu'ils ne mangent pas d'ailleurs…), s'en prendraient à quelques enfants. Il en est de même des loups qui font des dégâts chez les moutons, très bien remboursés cependant par l'Union européenne… Par ailleurs, l'idée d'assurer l'équilibre écologique en introduisant des fauves est un non sens : autant dans ce cas réintroduire le lynx, importer des piranhas, ressusciter les dinosaures…

Il s'agit tout simplement d'une de ces expériences idéologiques façon jurassik park mixées à celle du feu Lyssenko du temps de Staline qui voulait prouver que la lutte au sein d'une même espèce n'existait pas si l'on savait éduquer ses membres à la solidarité. Ainsi écrit Dominique Lecourt (in Lyssenko, éditions Maspéro, 1976, pp.124-125) :

" Lyssenko, comme on sait nie avec la dernière énergie l'existence d'une telle concurrence où il ne voit qu'une "fiction" inventée par la bourgeoisie pour justifier la division en classes de la société. On se rappelle ses arguments proprement "biologiques" : " le loup dévore le lièvre, mais le lièvre ne s'en prend pas au lèvre, il se nourrit d'herbe. De même le blé ne gêne aucunement la végétation du blé". Le loup n'étant pas un loup pour l'homme, l'homme ne saurait, par nature, être un loup pour l'homme… De cette "théorie", Lyssenko déduit l'une de ses techniques les plus célèbres, la plantation en "nids" ou en " bouquets" du kok-saghigh (pissenlit à caoutchoux) et des arbres forestiers que le " Grand Plan de transformation de la Nature " mis au point par Staline en 1949 imposera sur une vaste échelle pour le plus grand dommage de l'agriculture soviétique (…) : " Les mauvaises herbes mènent leur offensive contre le nid, mais ne peuvent pénétrer à l'intérieur devant la résistance de nombreux plants de kok-saghigh. Quant à ceux-ci, s'étant débarrassés en commun de leur ennemi le plus farouche, ils poussent grâce à la nature et l'humidité de la surface qui leur est dévolue".

Marcel Prenant, rapportant en 1957 une conversation qu'il avait eue à ce sujet avec Lyssenko en 1949, écrit : " Je me permis alors de lui poser cette question : " J'admets qu'il soit bon de planter les jeunes arbres en nids, et qu'ils soient ainsi mieux protégés au début, mais n'est-il pas nécessaire d'en enlever une partie au bout de quelques années ?" Lyssenko me répondit : " Non !" et commenta : " Ils se sacrifieront en faveur de l'un d'eux ", " Vous voulez dire, répondis-je, que l'un d'eux l'emportera et que les autres végéteront ou périront ? ", " Non, répondit-il encore, ils se sacrifieront pour le bien de l'espèce ".

A la lutte, Lyssenko substitue le sacrifice (…). Voici un texte de Safonov qui concerne le blé : " Le vent transporte des nuages de pollen. Et la plante choisit dans ces nuages ce qui lui convient. Elle choisit ; elle ne se laisse pas féconder au hasars par n'importe quel grain de pollen. Si l'on accorde la liberté à la nature, seuls s'unissent les organismes qui s'accordent, qui se renforcent l'un l'autre. (…)".

Les expériences idéologiques actuelles veulent en fait toujours prouver la toute puissance du concept matérialiste sur cette vieille vision idéaliste des tendances vitales, en particulier la lutte pour la vie y compris au sein de chaque espèce, en posant qu'il n'y a que de la culture et peu de nature (alors qu'il y a de l'esprit, de l'animé, qui tisse le lien, via la Psyche, entre les deux, -et plus encore…- mais, chut ! it's a secret…), bref être du côté de l'ours et du loup, c'est progressiste, être contre, c'est être réac, la preuve ?

Il n'y a que des réacs qui réagissent précisément ? Qui ? Les paysans par exemple, n'y a-t-il d'ailleurs pas plus réac qu'un pecnot ? A l'exception de la meute à Bové s'entend qui, elle, est bien progressiste puisqu'elle arrache ces affreux OGM qui veulent rendre plus résistante la Nature envers ses propres prédateurs, (évitant les pesticides dangereux pour les nappes phréatiques), alors que celle-ci, pas touche ! elle est désormais inviolable, divinisée par un certain biais,et seuls les vrais dieux peuvent s'y promener : les dieux ours et loup.

Solution : ressemblons-leur ! déjà en refusant les convenances bourgeoises, ses valeurs, en refusant de lire, d'écrire, de se former, en refusant le travail, en se déchaînant dans les moeurs, bref, en redevenant "sauvage" : cela tombe bien, des bébés fauves sont en fabrication désormais industrielle dans les "quartiers difficiles", et sont autant sacralisés dans nos médias, -(qui auraient tant aimé voir la jonction avec les petits bourgeois antiCPE comme en 1968…)- que le Voyou chez Jean Genet, ou le retour au Bandit, du Rebelle, (du Djihadiste chomskyien et baudrillardien), qui refuse la massification, se veut Guerrier, Dernier Homme, mais, mais, où est la coexistence pacifique, où va-t-on dans ce cas ? N'arrive t-on pas à l'opposé de ce que l'on nous avait promis ? Ne va-t-on pas produire en définitive la souche des futurs S.A, orgiaques et démoniaques, anti-blancs, (mais aussi anti-basanés comme en Russie, en Pologne, et dans quelques villes françaises…), les deux se rejoignant (parce que le nazisme s'allie toujours en particulier avec les ezsatz islamistes) dans l' anti-juif, dans l'anti-capitalisme en un mot, cherchant leur Fürher pour canaliser leur fureur ? Peut-être, par dérision, Ségolène, qui se veut socialiste et nationaliste ? Elle n'est pas la seule ces temps-ci à être social et national…

Mais n'allons pas si loin. Admettons seulement que l'expérience pro-ours et loup échoue. Du moins du point de vue de la coexistence pacifique. En ce cas ne devrait-on pas mettre en cause les structures mentales du néolibéralisme en particulier, de la civilisation occidentale en général? En effet, les ours slovènes, les loups italiens ou espagnols, s'ils deviennent agressifs, seront, visiblement, et à n'en pas douter, des éléments défavorisés qui auront certes quelques victimes collatérales à leur actif, mais ne serait-ce pas parce qu'ils se sont sentis exclus ? N'y-at-il pas là de la xénophobie, de l'oursophobie de la loupophobie, pis, du racisme, qui nécessiterait une loi écrite en commun par Raout et Taubira ?

L'avenir nous le dira.

Juillet 2006

Lucien SA Oulahbib 28/12/2017

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