Les périls du théâtre diplomatique

Le tourbillon actuel d’activité diplomatique est profondément troublant. Ce n’est pas seulement parce que le gouvernement Obama a contraint le Premier ministre Benyamin Netanyahou à participer à la pièce de théâtre diplomatique avec l’OLP, dont l’achèvement réussi rendra Israël plus faible et moins défendable. Ce n’est pas seulement que le tout nouveau « processus de paix » distrait l’attention de nos dirigeants de l’Iran et de son programme d’armes nucléaires.
 
 
L’aspect le plus troublant du tout dernier round de ‘kabuki’ diplomatique est que les dirigeants d’Israël et les amis les plus fervents d’Israël aux USA participent avec enthousiasme à ce dangereux projet.

C’est vrai, Netanyahou n’est pas dans une situation enviable, placé comme il l’est entre le roc et la dure position du président des USA Barack Obama. Au lieu de faire face à ce dirigeant américain hostile, Netanyahou cherche désespérément une concession magique pour ne plus avoir Obama sur le dos.

La préférence de Netanyahou pour l’apaisement est à la fois ironique et destructive. Elles est ironique parce qu’il a fait le choix de l’apaisement au moment même où la notion qu’il est possible de satisfaire Obama s’est autodétruite.

Il y dix mois, Netanyahou a trouvé ce qu’il espérait être une concession magique. Capitulant face à Obama, le dirigeant de l’Etat juif a interdit toute construction juive en Judée et Samarie pour une période de 10 mois. Cette décision sans précédent de discrimination contre des Juifs était supposée libérer Netanyahou de la pression d’Obama. Sans  succès.

L’affirmation publique par Obama cette semaine que Netanyahou prolonge l’abrogation des droits de propriété juive démontre qu’il ne sera pas rassasié.

Il n’existe pas de concession magique. Chaque concession à Obama – comme chaque concession israélienne aux Arabes – est considérée comme à la fois permanente et le point de départ de nouvelles concessions.

Ainsi Netanyahou en concède davantage. Non seulement a-t-il  effectivement donné son accord à une extension d’interdiction discriminatoire contre les Juifs. Netanyahou a décidé de concessions encore plus scandaleuses.

Selon les media libanais, Netanyahou a donné son accord pour céder de larges portions des Hauteurs du Golan à la marionnette arabe de l’Iran, le dictateur syrien Bashar Assad. Selon les articles, Netanyahou a donné mandat à l’émissaire d’Obama George Mitchell de présenter son offre à Assad à Damas, et même donné à Mitchell des cartes détaillées de la restitution proposée.

Si Netanyahou pense que cette décision diminuera la pression des USA sur un retrait total de Jérusalem, de Judée et de Samarie, il doit s’attendre à une surprise déplaisante. Mitchell l’a fait clairement savoir lors de sa conférence de presse mercredi, en déclarant : « Les deux pistes peuvent être complémentaires et mutuellement bénéfiques si nous pouvons parvenir à une paix élargie sur plus d’une piste ».

En bon anglais, cela signifie que le gouvernement Obama se sent parfaitement à l’aise en mettant la pression sur Israël pour céder aux Syriens et aux Palestiniens en même temps.

Si on laisse de côté la folie stratégique de pourparlers de restitution avec la Syrie, on ne peut pas affirmer trop fortement  que les pourparlers avec les Palestiniens ne sont pas un bouleversement pour Israël.

Beaucoup d’observateurs ont souligné qu’il est peu probable de parvenir à un accord avec le chef de l’OLP Mahmoud Abbas. Et cela est sûrement vrai. Avec le Hamas à la tête de Gaza et largement soutenu en Judée et Samarie, Abbas ne risquera certainement pas de signer un accord de paix avec Israël qui lui servira probablement d’arrêt de mort. Mais les mêmes observateurs qui déplorent les maigres chances d’un traité ignorent le fait que l’alternative – qu’Abbas signe un traité de paix avec Israël – serait un désastre pour Israël. Tout accord qu’Israël signe avec l’OLP rendra le pays plus faible. Nous savons cela parce que nous avons déjà signé des accords avec l’OLP. Et tous ces accords ont affaibli Israël.

Tous les accords entre Israël et l’OLP ont été fondés sur des restitutions territoriales israéliennes et des promesses de modération palestinienne.

Israël a exécuté ses engagements et cédé de la terre à l’OLP. L’OLP ne s’est jamais plié à son engagement de modérer son comportement. Au contraire, la réponse de l’OLP après chaque accord a été l’escalade politique et de la guerre terroriste contre Israël.

La guerre terroriste palestinienne contre Israël qui a commencé en septembre 2000 était le résultat direct de l’accord  de « paix d’Osto » de septembre 1993 qui a créé le cadre des cessions de terre israélienne à  l’OLP, et le cadre des accords suivants. Les attaques terroristes qui ont tué et blessé des milliers d’Israéliens ne seraient jamais survenues – de fait elles auraient été inconcevables – si Israël ne s’était pas retiré de Gaza, de Judée de Samarie à la suite des accords de paix signés avec l’OLP. L’historique des 17 dernières années démontre que les retraits sont dangereux. Pourtant, « l’accord de paix » aujourd’hui sur la sellette est fondé sur des retraits.

Obama et ses conseillers prétendent que ces pourparlers vont améliorer les relations d’Israël plus largement avec le monde arabe. Mais de nouveau, les 17 dernières années démontrent la stupidité et la fausseté de cette prétention. Les cessions de terre israélienne en échange de morceaux de papier n’ont pas convaincu les Etats membres de la Ligue Arabe d’accepter Israël comme Etat permanent du Moyen Orient. Elles ont convaincu les voisins arabes d’Israël de sa faiblesse et de son affaiblissement. Au-delà, cela a montré au monde arabe en général que leur meilleur atout est de joindre leurs forces avec les émules du Hamas et de financer et de soutenir par ailleurs activement la guerre contre l’Etat juif.

S’engager dans le « processus de paix » mensonger n’est pas seulement mauvais parce qu’il y a peu de perspective de parvenir à un accord ou parce que tout accord potentiel serait un désastre pour Israël. Il existe trois raisons supplémentaires qui rendent dramatique pour Israël la décision du gouvernement de s’engager dans ce psychodrame diplomatique.

D’abord, entrer en pourparlers est un grand mal. Parler à Abbas et à ses adjoints confère une légitimité à une direction palestinienne qui est totalement vouée à la destruction d’Israël. Comme Abbas et ses porte-voix le démontrent quotidiennement, ils n’acceptent pas le droit d’Israël à l’existence. Ils ne condamnent ni ne s’opposent au meurtre d’Israéliens par des Palestiniens. Ils n’accepteront pas d’accord si Israël dispoe d’un contrôle suffisant pour se défendre lui-même contre des attaques palestiniennes ou d’autres Arabes dans l’avenir.

Et ils ne cesseront jamais ni ne désarmeront leur guerre diplomatique contre Israël. L’acte même de légitimer les émules d’Abbas étend leur capacité de mener une guerre diplomatique contre Israël.

Ensuite, exactement comme les concessions magiques de Netanyahou aux Américains ne sont qu’un point de départ pour de nouvelles concessions magiques, de même la volonté d’Israël de s’engager dans des pourparlers avec ses adversaires palestiniens oblige nos dirigeants à concéder encre davantage de points importants pour les maintenir. Par exemple, aujourd’hui, face à une offensive terroriste du Hamas parfaitement claire, qui a déjà coûté la vie de quatre Israéliens et en a obligé des dizaines de milliers à courir dans les abris anti-bombes, Israël est contraint de rester coi. Une campagne efficace contre des jihadistes palestiniens affaiblirait l’OLP parce que la plupart des Palestiniens soutiennent le jihad contre Israël. Dans l’intérêt de la « paix », le Hamas est autorisé à attaquer à volonté.

Ainsi, uniquement en acceptant de parler avec les Palestiniens, le gouvernement a rendu simplement impossible d’assurer sa fonction primaire – défendre le pays et ses citoyens contre une agression.

La troisième raison pour laquelle les pourparlers sont intrinsèquement contraires aux intérêts d’Israël, c’est parce qu’ils sapent la démocratie israélienne. Des enquêtes depuis des années, constantes, montrent que le public rejette massivement davantage de retraits. Le public rejette tout compromis sur Jérusalem. Le public rejette le maintien de l’interdiction de la construction juive. Le public rejette l’expulsion de Juifs de leurs foyers. Et le public rejette le retrait des Hauteurs du Golan.

En reconnaissant cela, le gouvernement Obama a insisté pour que le contenu des pourparlers actuels demeure caché au public. Pour Obama et la secrétaire d’Etat Hillary Clinton et Mitchell, ils sont meilleurs juges des perspectives et de la sagesse de ces pourparlers que le public israélien qui devra vivre avec ses conséquences. En donnant son accord à ces exigences, Netanyahou collabore à un projet qui est intrinsèquement anti-démocratique et nuisible au bon ordre politique d’Israël.

Il existe un autre aspect contrariant de cette saison diplomatique. Cet aspect implique le rôle délétère des négociations sur la formation de la position et des options d’Israël aux USA.

Quand Netanyahou a annoncé qu’il cédait à la pression de la Maison Blanche en empêchant la construction juive en Judée et en Samarie en novembre dernier, ses défenseurs arguaient que c’était nécessaire selon la force politique relative d’Obama à l’époque.

Mais beaucoup de choses ont changé depuis dix mois.

Aujourd’hui, Obama est profondément impopulaire. Il est probable que les Démocrates perdent le contrôle de la Chambre des Représentants, et au minimum, leur emprise sur le Sénat sera diminuée.

Aujourd’hui, Israël n’a rien à gagner et beaucoup à perdre en s’inclinant et en s’agenouillant devant Obama.

C’est vrai, il est peu probable que les positions d’Obama sur les questions liées à Israël changent après le 2 novembre. Mais la capacité d’Obama d’exécuter sa stratégie politique sera sérieusement entamée. En effet, la résurgence prévisible des Républicains l’a déjà handicapé.

En poursuivant le jeu d’imposture d’Obama de pourparlers de paix, Netanyahou a rendu difficile pour les partisans d’Israël aux USA d’expliquer pourquoi ces pourparlers sont dangereux et pour offrir une alternative politique fondée sur l’expérience et sur la réalité. Pire encore, Netanyahou a encouragé les amis d’Israël à soutenir ce que fait Obama.

Cela a été démontré très clairement dans un articlé rédigé la semaine dernière par l’éditorialiste diffusé dans nombre de journaux, Charles Krauthammer, intitulé : « Votre décision, M. Abbas ».

Krauthammer est largement perçu au sein du public américain comme un ferme partisan d’Israël. Ses nombreux lecteurs – qui dans l’ensemble ne sont pas des observateurs attentifs des évènements du Moyen Orient – se rendent à son jugement. Hélas, son dernier éditorial monte que sa confiance est mal placée. Krauthammer écrit : « Aucun acteur politique sérieux ne croit qu’Israël puisse s’accrocher pour toujours à la Rive Occidentale ».

Non seulement beaucoup d’acteurs sérieux croient vraiment qu’Israël le peut – et en effet  devrait – se maintenir pour toujours en Judée et en Samarie, mais les observateurs les plus proches des évènements du Moyen Orient reconnaissent que la leçon centrale des 17 années écoulées est qu’Israël doit s’accrocher à la Judée et à la Samarie. Les cessions territoriales partielles qu’Israël a menées dans les années 1990 ont conduit au meurtre de plus d’un millier d’Israéliens. Céder totalement ces zones mettrait en péril le pays. Même Clinton a reconnu cette semaine que la situation actuelle peut continuer pendant 30 ans. Et comme tous les proches observateurs et les acteurs sérieux du Moyen Orient le savent, 30 ans sont équivalent de ‘pour toujours’.

Avec l’immense influence de Krauthammer sur la formation de l’opinion publique et la stratégie politique aux USA, son tableau présomptueux et faux de la réalité est débilitant.

Cela est particulièrement vrai dans la période électorale présente, où les Américains s’interrogent sérieusement sur la sagesse prêtée leur élite politique pour la première fois en une génération. Maintenant, non seulement les partisans d’Israël doivent battre le gouvernement pour que les USA adoptent une politique rationnelle à l’égard des Palestiniens et d’Israël. Il devront battre leurs alliés supposés sur la Droite.

Mais bien que dévastatrice, la position de Krauthammer est une question marginale en fin de compte. Krauthammer n’est pas l’homme en charge de la défense d’Israël. C’est l’éditorialiste d’un journal et un commentateur de télévision.

L’homme en charge de la conduite et de la défense d’Israël, c’est Netanyahou. C’est l’homme qui a gagné l’élection. Netanyahou est l’homme responsable de diriger et de défendre ce pays.

Et Netanyahou est l’homme qui nous conduit aujourd’hui sur la pente de la dégradation et de la défaite.

caroline@carolineglick.com

http://www.jpost.com/Opinion/Columnists/Article.aspx?id=188361
Adaptation française de Sentinelle 5770 ©

Caroline B. Glick 19/9/2010

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