The case against Munich

Avant de vous précipiter au cinéma pour voir le dernier Spielberg sur l’attentat de Munich mené par un commando de Septembre Noir, et ses suites, lisez cette critique de Léon Wieseltier.

Vous vous épargnerez peut-être une mauvaise soirée en allant voir un meilleur film.

(Pour la version anglaise : Munich , adaptation française de Simon Pilczer, volontaire de l’IHC)

Steven Spielberg devrait avoir honte de lui.


Quelques jours avant que je ne lise dans le ‘Time’ que le nouveau film de Steven Spielberg était si significatif qu’il n’y en avait pas eu de projection en avant-première, je me rendis à une projection en avant-première du film.

L’imposture est partout, n’est-ce pas, bien que dans cet exemple, cela rend joliment compte de la prétention de ce film pseudo controversé. Les réalisateurs de ‘Munich’ semblent considérer que c’est en soi une intervention dans le conflit historique qu’il dépeint. C’est pour cette raison peut-être qu’ils ont conçu un film qui espère être choquant et inoffensif en même temps. Il raconte l’histoire des représailles israéliennes après le massacre aux jeux olympiques de Munich en 1972 – spécifiquement, des terribles aventures d’une équipe de cinq Israéliens dispersés en Europe pour éliminer onze Palestiniens.

Le film est puissant, de la manière en creux dont beaucoup de films de Spielberg sont puissants. C’est un maître des intensités vacantes, des nappes incandescentes. Quel que soit le thème, il doit ravir le spectateur. ‘Munich’ n’est pas différent esthétiquement de la ‘Guerre des Mondes’, et ne craignez pas que quelqu’un traite de questions aux conséquences éthiques ou historiques et que l’autre soit stupide. Spielberg sait comment submerger. Mais je suis fatigué d’être submergé. Pourquoi devrais-je admirer quelqu’un pour sa capacité à me manipuler ? Dans les autres domaines de la vie, ce talent est désigné comme la démagogie. Il y a de meilleures raisons de se tourner vers l’art, de meilleures raisons d’aller au cinéma, que d’être soufflé à distance.

La vraie surprise de ‘Munich’, c’est combien il est fastidieux. Pendant de longues extensions, il semble comme les ‘Incorruptibles’ avec onze ‘Capone’. Mais son ennui est finalement dû au fait que pour toute cette vanité sur son propre courage, le film a peur de lui-même. Il est trempé dans la sueur de l’idée de l’impartialité. Meurtre de Palestiniens, meurtre d’Israéliens. Des Palestiniens donnent des preuves de conscience, des israéliens montrent des preuves de conscience. Des Palestiniens coupent court à leurs scrupules, des Israéliens coupent court à leurs scrupules. Des Palestiniens font peu de discours sur la maison, le sang et le sol, des Israéliens font peu de discours sur la maison, le sang et le sol. Des Palestiniens tuent des innocents, des Israéliens tuent des innocents.

Toutes ces analogies commencent à paraître dangereusement comme le pêché d’équivalence, et donc il faut souligner que la mort d’innocents était une faute israélienne, mais un objectif palestinien. (Je fais seulement référence à la guerre entre les terroristes et les contre-terroristes. Le tableau plus global est plus sombre. Au cours des années, davantage de civils ont été tués dans des frappes aériennes israéliennes que dans les atrocités palestiniennes qui ont déclenché ces frappes aériennes. La justice de la propre défense d’Israël ne doit pas être confondue avec la justesse de tout ce qu’Israël fait en autodéfense). Sans doute, ‘Munich’ sera admiré pour ses symétries mécaniques, qui seront appelées complexité. Mais cela n’est pas la complexité, c’est de la stratégie. Je veux dire de l’espèce qui fait vendre : je prend note que les réalisateurs du film ont nerveusement eu recours aux services distingués de Dennis Ross pour mener le film à travers la communauté excitable de ceux qui connaissent le sujet. ‘Munich’ a désespérément besoin de ne pas être accusé d’être un point de vue. Il est animé d’un sens de la tragédie et d’un rêve de paix, que toutes les bonnes gens partagent, mais qui est considéré à Hollywood comme contestataire, et aussi comme un point de vue. Sa prudence reluisante m’a presque rappelé une espèce de pensée sur Oliver Stone. Car le seul parti que Spielberg ait jamais pris est le parti du cinéma.

Le scénario est essentiellement l’œuvre de Tony Kushner, dont la patte est facilement reconnaissable dans la qualité grossièrement schématique du drame, mais aussi dans quelque chose de plus. Le film n’a aucune place pour Israël en son cœur. Je ne veux pas dire qu’il souhaite du mal à Israël ; pas du tout. Mais il ne peut imaginer une motivation pour Israël au-delà de la dureté du monde pour les Juifs.  » Le monde a été rude pour vous « , dit le parrain sibyllin et gourmand d’une famille anarchiste ‘underground’, personnage ridicule joué de façon maniérée par Michaël Lonsdale, à Avner Kauffman, le chef de l’équipe israélienne.  » Il est juste de répondre rudement à ce traitement « . La mère d’Avner, dont la famille fut détruite par les nazis, prêche ainsi au sujet de l’Etat juif :  » Nous devions prendre cela, parce que personne ne nous le donnerait. Quoi qu’il ait pris, quoi qu’il prenne « . Le sionisme dans ce film, est simplement de l’anti-antisémitisme. La nécessité d’un Etat juif est reconnue, mais sa nécessité est une très faible forme de légitimité.

Il y a deux sortes d’Israéliens dans ‘Munich’ : des Israéliens cruels avec des remords et des Israéliens cruels sans remords. L’un des tueurs israéliens rappelle un Midrash au sujet de la compassion de D. pour les Egyptiens se noyant dans la Mer Rouge, et il continue de tuer. Un autre tueur israélien proteste que les  » Juifs ne font pas le mal parce que nos ennemis font le mal…Nous sommes supposés être justes « , et il continue de tuer.

Tout cela est en ligne avec la vision qu’a Tony Kushner du sionisme, comme il l’a dit à Ori Nir du ‘Haaretz’ l’an passé : ce n’est pas la  » bonne réponse « , et la création d’Israël était une  » faute « , et  » établir un Etat signifie foutre des gens en l’air  » (S’il cherche vraiment à comprendre le terrorisme au Moyen-Orient, il devrait méditer l’étendue à laquelle l’absence d’Etat, également, peut signifier foutre des gens en l’air). Quand l’evaluation des actes d’Avner le conduit au bord de la dépression nerveuse, il appelle sa femme et son enfant à Brooklyn et refuse de retourner en Israël, comme si la bienséance y était impossible. Non, Kushner n’est pas un antisémite, ni un Juif animé de la haine de soi, ni aucune de ces autres insultes qui ternissent sa connaissance de soi comme dissident juif américain (il est l’une de ces personnes qui ne parle jamais, mais s’exprime seulement). C’est simplement un parfait doctrinaire progressiste. Et l’image d’Israël de l’auteur progressiste juif Tony Kushner fait penser bizarrement à l’image d’Israël de l’auteur juif réactionnaire David Marnet : pour tous les deux, son essence est le pouvoir.

La réponse israélienne à Septembre Noir a marqué la naissance de contre-terrorisme contemporain, et il est difficile de ne pas voir dans ‘Munich’ une parabole de la politique américaine depuis le 11 septembre.  » Chaque civilisation trouve nécessaire de négocier des compromis avec ses propres valeurs « , concluait gravement Golda Meïr au début du film. Pourtant le film proclame que les terroristes et les contre-terroristes sont identiques.  » Quand nous apprendrons à agir comme eux, nous les vaincrons  » déclare l’un des hommes d’Avner, interprété par Daniel Craig, muni déjà d’un permis de tuer. Pire, ‘Munich’ préfère une discussion sur le contre-terrorisme à une discussion sur le terrorisme ; ou bien on croit que c’est la même discussion. Voilà l’opinion que seuls des gens qui ne sont pas responsables de la sécurité d’autres personnes peuvent avoir.

Sentinelle 5769 13/12/2005

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