26 septembre 2020

Antisionisme d’État ?

Que la France pratique une politique pro-arabe, personne ne peut le nier.

Que la France, depuis l’époque du Grand Mufti nazi, qu’elle aida à fuir le procès de Nuremberg, a fait de la promotion de la cause palestinienne un des axes de sa politique étrangère, personne ne peut le nier.

Que sous Sarkozy, elle a fait admettre l’Autorité Palestinienne à l’UNESCO, comme si elle était un Etat qui peut le nier ? Que, sous Hollande, elle a reconnu un Etat palestinien qui n’existe pas dans la réalité, qui peut le nier ?

Que sous Hollande elle a voté une résolution faisant des Juifs des étrangers sur les lieux mêmes de leur histoire antique et de leur religion, qui peut le nier ?

Qu’elle engage une « conférence » internationale pour imposer un diktat à Israël s’il n’accepte pas les requêtes de l’Autorité palestinienne, qui peut le nier ?

Que, pour ce faire, elle se fasse parjure à sa garantie des Accords d’Oslo qui interdisaient toute démarche unilatérale, qui peut le nier ?

Que la France stigmatise Israël pour occuper des territoires qui jamais ne furent indépendants, alors qu’elle tolère et bien plus la Turquie occupant Chypre, le Maroc occupant le Sahara occidental, qui peut le nier ?

Qu’elle stigmatise Israël au nom des droits de l’homme alors qu’elle est devenue le deuxième marchand d’armes du monde, notamment aux dictatures arabes et qu’elle a reçu avec pompe le dernier dictateur de Cuba qui peut le nier ?

« Que le sionisme soit devenu le nom des pires choses au mépris de la vérité et de la réalité historique, qui le niera ? »

Que la société française fasse entendre une inimitié ambiante envers Israël, telle qu’elle se répercute dans les médias, les « réseaux sociaux », l’édition, l’académie, qui le niera ?

Que cette inimitié ait pour origine le dévoiement de l’information sous la houlette de l’AFP, agence semi-gouvernementale, qui réécrit les événements en faveur des Palestiniens, effaçant et justifiant leurs actes terroristes, qui le niera ?

Que ce discours puisse servir d’incitation à la haine des antisémites, qui le niera ?

Que, dans des manifestations, on puisse crier « Mort aux Juifs », que dans toute manifestation on retrouve le drapeau de l’OLP, voire du Hamas, qui le niera ?

Que des hauts fonctionnaires ou des éditorialistes puissent comparer l’immigration en Israël au départ pour le Djihad en Syrie, qui le niera ?

Que nombre de films sur des chaînes publiques ou de livres à grande diffusion puissent réécrire l’histoire juive et celle d’Israël sans que personne ne sourcille, que le judaïsme soit fustigé dans tel et tel magazine pour sa cruauté et sa violence, sans compter la falsification de l’histoire dont il serait le produit, qui le niera ?

Que la participation des intellectuels juifs au débat public soit conditionnée par leur dissociation d’avec Israël, Netanyahou, hier Sharon, ou le sionisme en général, qui le niera ?

Qu’une pléiade d’intellectuels juifs ont disparu des débats publics, des radios, des télévisions, de la presse, des revues « distinguées » comme par enchantement, qui le niera ?

Que leur parole, leurs écrits n’aient plus d’espace où se dire et se tenir, qui le niera ?

Qu’un étudiant qui choisisse un doctorat en rapport avec le monde juif – religion, histoire, société, pensée – soit voué à une impasse professionnelle inéluctable du fait de la marque de Caïn que cela représente, qui le niera ? Que des candidats à un poste effacent de leur curriculum vitae leur cursus éventuel dans des institutions juives pour avoir des chances d’obtenir l’emploi, qui le niera ?

Que les Juifs soient obligés dans certains quartiers d’éviter de se faire reconnaître comme Juifs pour ne pas risquer d’être battus, qui le niera ?

Que, pendant 15 ans, la société et surtout l’État aient toléré des actes antisémites en nombre sans les combattre et les condamner qui le niera ?

Que les responsables de ces actes n’aient jamais été clairement nommés qui le niera ?

Que cette nomination des responsables individuels ait été impossible, voire interdite, sous prétexte d’éviter des amalgames qui le niera ?

Que les Juifs aient cessé de voir leurs amis non Juifs pour éviter disputes et fâcheries, qui le niera ?

Que les Juifs habitant dans certains quartiers aient dû déménager pour fuir une insécurité manifeste, qui le niera ?

Que les Juifs appelant à l’aide contre les antisémites puissent être accusés de « communautarisme », qui le niera ?

Que le sionisme soit devenu le nom des pires choses au mépris de la vérité et de la réalité historique qui le niera ?

Comment peut-on nommer cet état de faits ? Antisionisme d’État ? Mâtiné, maintenant, depuis l’UNESCO, d’antijudaïsme.

 

Note de la rédaction : Voir le livre de Pierre-André Taguieff, paru en 2008 chez Odile Jacob, La Judéophobie des Modernes, chap. 17: « Hypothèses interprétatives: israélophobie d’État et judéophobie de ressentiment », pp. 439-449.

p. 444 (extrait):

" Mais il convient aussi de prendre en compte un facteur politique étrangement méconnu, peut-être parce qu’il constitue une exception nationale gênante, qui ne saurait être totalement assumée : l’existence d’un antisionisme d’État, ou plus précisément d’un parti pris anti-israélien largement partagé par les élites administratives de gauche et de droite. Cette israélophobie institutionnelle,  dont l’intensité ne peut être comparée qu’aux expressions les plus fortes de l’antiaméricanisme dans certaines conjonctures  (par exemple, celle de la seconde guerre d’Irak), s’est mise en place au cours des années soixante et soixante-dix.

Jusqu’à l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, Israël fut en permanence dénoncé ou condamné avec indignation par les plus hauts dirigeants politiques français (à quelques exceptions près), sur ce seul point en parfaite consonance avec la plupart des médias.  Cette vulgate anti-israélienne allait de pair avec un pro-arabisme d’État. Tel aura été l’ultime héritage de la « politique arabe de la France » définie par le général de Gaulle entre 1962 et 1967, qui a longtemps déterminé les orientations du Quai d’Orsay. Certes, l’État français reconnaissait l’existence de l’État d’Israël, mais cette reconnaissance formelle était régulièrement relativisée, voire annulée, par les critiques systématiques dont la politique israélienne, quelle qu’elle fût, faisait l’objet, dans le cadre d’une diplomatie globalement favorable aux pays arabes et particulièrement complaisante à l’égard du nationalisme palestinien[1].

Non sans tomber parfois dans l’israélophobie  énoncée sans fard, sur le mode rendu célèbre en 2001 par un ancien porte-parole du Quai d’Orsay devenu ambassadeur de France, Daniel Bernard, qui, rappelons-le,  après avoir stigmatisé Israël comme un « petit pays de merde », l’a accusé de conduire à une éventuelle « troisième guerre mondiale ».  À quoi il faut ajouter que, dans un contexte où l’autorité de Yasser Arafat était contestée par un nombre croissant de responsables palestiniens, la France s’est singularisée en continuant de reconnaître une légitimité et une représentativité à l’autocrate corrompu et corrupteur, déclaré officiellement mort le 11 novembre 2004.

[1] Voir David Pryce-Jones, « Jews, Arabs, and French Diplomacy :  A Special Report », Commentary, vol. 119, n° 5, mai 2005, pp. 27-45 ; Id., Un siècle de trahison. La diplomatie française et les Juifs, 1894-2007 [1ère éd. angl., 2006], tr. fr. Henri Froment, Paris, Denoël, 2008 ; Tsilla Hershco, « Les relations franco-israéliennes, 2000-2007 : quel bilan ? »,

MERIA. Journal d’étude des relations internationales au Moyen-Orient, 3 (1), mars 2008,

http://meria.idc.ac.il/journal_fr/2008/issue1/jv3no1a2.html. 

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